La loi 101, quand la fierté devient source de liberté!

«La Charte de la langue française, ayant été charcutée une quinzaine de fois par la Cour suprême et la Charte canadienne des droits et libertés depuis 1977, se doit, en 2020, d’être ouverte et renforcée», écrit l'autrice.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «La Charte de la langue française, ayant été charcutée une quinzaine de fois par la Cour suprême et la Charte canadienne des droits et libertés depuis 1977, se doit, en 2020, d’être ouverte et renforcée», écrit l'autrice.

Monsieur le Ministre Simon Jolin-Barrette,

Votre texte du 26 août souligne de belle manière le contexte entourant l’adoption de la Charte de la langue française il y a 43 ans (« La loi 101, une source de fierté »). En filigrane de cette histoire de la langue qu’est la nôtre, nul ne peut nier que le français du Québec a traversé des tempêtes au cours des 400 dernières années, que sa place a dû être défendue avec fougue et témérité dans un monde où l’anglais est déifié.

Néanmoins, cette place du français, chèrement acquise, sera toujours menacée si les Québécois de toutes origines ne font pas un seul corps pour porter ce français le plus haut, le plus loin possible. Or, depuis quelques décennies le recul du français au Québec est explicitement documenté dans les rapports de l’Office québécois de la langue française, notamment dans celui de 2012 jusqu’au plus récent, paru en août 2020, et fortement dénoncé par des personnes d’expérience ayant œuvré au sein de l’Office.

Autrement dit, la langue française, que ce soit à Montréal, en Outaouais ou ailleurs au Québec, ne pourra survivre que si la mobilisation citoyenne s’allie à la mobilisation politique, et ce, au-delà de la partisanerie, afin de nous permettre de penser, de décrire et de partager le monde en français en toute liberté.

Une fois reconnu le rôle-clé joué par la Charte de la langue française dans l’implantation « réelle et durable » du français dans tous les secteurs d’activité au Québec, il y a lieu de passer à l’action, comme vous le dites très clairement : « Défendre et promouvoir notre langue est — depuis — une responsabilité historique du Québec. Votre gouvernement agira en ce sens. » Ainsi, tout naturellement, nous en arrivons à la question suivante : mais, quel est votre plan, quel est le plan du gouvernement pour respecter l’esprit de la Charte de la langue française ?

Au fil des ans, eu égard aux enjeux rattachés à la place du français au Québec, dans le monde du travail, de l’éducation, de l’immigration, de la santé et autres, nombre de personnes et d’organismes ont fait part aux gouvernements successifs d’actions novatrices et aidantes pour accroître la vitalité du français partout au Québec.

Chose certaine, la Charte de la langue française, ayant été charcutée une quinzaine de fois par la Cour suprême et la Charte canadienne des droits et libertés depuis 1977, se doit, en 2020, d’être ouverte et renforcée.

Convaincue que vous connaissez la majorité des actions à prendre pour que cette langue française nous permette « de dire qui nous sommes — partout dans le monde — et, surtout, qui nous voulons être… », j’énumérerai ici quelques actions concrètes à insérer dans une actualisation de la Charte de la langue française.

1) En ce qui a trait au rôle d’exemplarité de l’État : étendre la Politique gouvernementale relative à l’emploi et à la qualité de la langue française dans l’Administration aux organismes municipaux et scolaires, aux services de santé et aux services sociaux.

2) Pour ce qui est des entreprises :

— inclure les entreprises de moins de 50 employés dans une démarche de francisation en leur proposant des programmes de francisation adaptés à leur réalité ;

— appliquer la Charte de la langue française aux entreprises de compétence fédérale et permettre ainsi à des milliers de Québécois de travailler en français ;

— Revoir la gestion des ententes particulières, car dans les faits plusieurs entreprises profitent de ces ententes pour se soustraire à la Charte de la langue française et fonctionner en anglais de A à Z.

3) Dans le domaine de l’éducation :

— étendre l’application de la Charte de la langue française au niveau collégial, recommandation récurrente dans de nombreux rapports ;

— promouvoir la recherche scientifique en français.

Enfin, M. le Ministre, toutes les mesures à prendre pour rendre justice à l’esprit de la Charte de la langue française, à notre soif de nommer en français, en toute liberté, l’univers qui nous entoure ne pourront faire l’économie d’un plan de sensibilisation auprès des jeunes et des personnes nouvellement arrivées en terre du Québec.

17 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 28 août 2020 07 h 32

    Le laisser-faire concernant l'application de la loi 101 est imputable aux gouvernements successifs du Québec!

    Vouloir plaire sans déplaire, c'est le statu quo et la manifestation de gouvernements mous tels que le PLQ et la CAQ. Le premier, avec Philippe Couillard qui a pris clairement position contre la loi 101 EN PRÉCONISANT L'ANGLAIS AU TRAVAIL! Madame David avait bien raison de s'offusquer des propos tenus par le PM de l'époque! Sa ministre, ancienne journaliste au sein de Radio-Canada, a toujours prétendu que tout allait bien pour le Français tant dans les entreprises et les commerces. Ayant un passé fédéraliste comme tous ceux et celles ayant travaillé pour R-C, il n'y a pas de quoi s'étonner!
    Pour la CAQ, après Nathalie Roy qi n'a rien fait pour faire appliquer la loi, c'est aujourd'hui que le Ministre Simon Jolin-Barette prend le flambeau des paroles qui tardent à se transformer en actions! Faire traîner les choses en politique est devenue une coutume dont il faudra bien un jour se débarrasser! Le temps presse devant tous ceux et celles qui fourbissent leurs armes, tant à Ottawa qu'à Montréal, où est le noyau d'anglophones, contre tout renforcement de la loi par le Québec! Ils et Elles se sont manifestés pendant les référendums sans trop de reproches, sinon celui de Monsieur Jacques Parizeau qui voyait juste! Vous êtes indépendantistes alors on vous suit à Ottawa, voilà comment s'exprime la démocratie dans le Dominion! Il serait temps effectivement que la société québécoise entière, dont le gouvernement, dénonce toutes les démarches venues d'ailleurs pour affaiblir le Français. Je l'écrivais hier, l'immigration francophone est aussi un point important pour grossir nos rangs que tend de contrôler tant Ottawa que François Legault en essayant de jouer sur plusieurs tableaux!

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 28 août 2020 09 h 04

    Votre liste d'actions concrètes

    Mme Monique Bisson,

    La première «action concrète» à prendre serait la réalisation de l'indépendance politique, sociale, culturelle et économique du territoire québécois et de ses habitants.

    Pour aspirer vivre en français à long terme, il nous faut d'abord sortir du carcan canadien dans lequel nous sommes minoritaires. Mais j'imagine que cette action concrète fait partie de ce que vous appelez la «mobilisation citoyenne»?

    • Monique Bisson - Abonné 28 août 2020 14 h 31

      Tout à fait d'accord avec vous, M. Marcoux!

  • Marc Pelletier - Abonné 28 août 2020 10 h 13

    Et nous ?

    Si les francohones du Québec n'ont pas plus de ferveur pour le français qu'ils n'en ont pour l'environnement, M. Jolin Barrette n'obtiendra pas les résultats qu'il compte obtenir.

    De plus, la période où il veut agir me semble bien mal choisie : la Covid 19, avec le lot de problèmes qu'elle suscite, tant pour les individus que pour les entreprises, accapare déjà l'énergie des uns et des autres.

    @ M. Leiffet,
    Jusqu'à nouvel ordre, Montréal fait heureusement encore partie du Québec et ce n'est pas en rejetant 50 % de la population que le français au Québec se bonifiera.

    La solution, si elle existe, viendra de l'intérêt et de la prise de conscience des francophones eux-mêmes et non des impositions des gouvernements.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 28 août 2020 12 h 43

      Les francophones de Montréal sont échoeurés d'êtte obligés de parler anglais, c'est à eux de faire un choix, pas à ceux des régions qui n'ont que foutre de l'anglais!

    • Patrick Boulanger - Abonné 28 août 2020 13 h 28

      Je crois que vous faites fausse route M. Pelletier en rejetant les solutions structurelles venant du gouvernement. Bien que l'intérêt et la prise de conscience des francophones soient passablement importantes pour la pérennité du français au Québec, je ne crois pas que l'on puisse se passer de mesures gouvernementales structurantes. Sans la Loi 101, où en serions-nous aujourd'hui?

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 août 2020 12 h 10

    «porter ce (sic) français le plus loin possible […] pour que cette (sic) langue française nous permette ''de dire qui nous sommes — partout dans le monde'' » ( Monique Bisson)


    «Ce» français du Québec, avec ses «auteures» (p. ex. Berthe est une grande [hauteur]), son loufoque «autrice», son écriture fantaisiste (p. ex. préposé.e; préposéE; préposé/e) et qui aujourd'hui confond allégrement le générique avec le spécifique, risque plutôt d'être la risée de la francophonie hors Canada.

    De même, le lectorat québécois en viendra à croire que l'on ne rencontre en Afrique que des troupeaux d'éléphants mâles, lorsqu'il lira dans «Le Lion» (c1958) de J. Kessel que Patricia apercevait des troupeaux d'éléphants -sans qu'elle ne mentionne explicitement la présence d'éléphantes.

    C'est quand même extraordinaire que l'on confonde maintenant le métier avec celui qui exerce ce métier;

    Le générique désigne la nature du métier, tandis que le spécifique indique une personne qui exerce ce métier;

    Le puéril redoublement du titre d'un métier dans l'annonce d'une association incite à méconnaître l'intelligence de la langue.

    Par exemple, celui ou celle qui façonne le fer en le martelant exerce le métier de forgeron (et non pas de forgeronne!);

    «L'Association des forgerons» regroupe les forgerons et les forgeronnes qui exercent le métier de forgeron.

    Ainsi, le terme «forgeron» dans l'énoncé «L'Association des forgerons» désigne la nature du métier, i.e. le métier qui consiste à façonner le fer en le martelant.

    Et l'on spécifie qu'au village de St-Western, nous avons une forgeronne.

    Le genre du terme générique «forgeron» est grammatical et non pas sexuel (!); le terme générique «forgeron» est grammaticalement masculin au même titre que le mot «table» est grammaticalement féminin.

    À quand au Québec « l'Association des maîtres nageurs et des maîtresses nageuses »?

    • gaston bergeron - Abonné 28 août 2020 20 h 29

      Bon, vous sortez du sujet pour en caricaturez un autre, mais < autrice > est au Robert qui nous donne aussi bienfaitrice, cantatrice, factrice, lectrice... Et alors, qu'avez contre le fait, par exemple, de nommer < policière > une agente de police? Cela vous enlèverait-il quelque chose?

  • Gilles Théberge - Abonné 28 août 2020 12 h 19

    Les problèmes sont connus, les solutions aussi, ne manque que le courage politique pour l'as appliquer...

    Ce sera d'ailleurs la seule porte de sortie pour Legault, s'il veut stopper l'érosion de son vernis nationaliste. C'est d'ailleurs ce qu'on va voir, lors du dépôt du projet de loi de réforme de la loi 101...