Le Canada doit jouer un rôle politique au Liban

«Par son implication louable au Moyen-Orient, la diplomatie canadienne est hautement qualifiée pour venir à la rescousse du Liban pluriel et démocratique, en proie à des rivalités destructrices, pour qu’il soit maître de son avenir et qu’il soit un message de paix et de tolérance», pensent les signataires.
Photo: Patrick Baz Agence France-Presse «Par son implication louable au Moyen-Orient, la diplomatie canadienne est hautement qualifiée pour venir à la rescousse du Liban pluriel et démocratique, en proie à des rivalités destructrices, pour qu’il soit maître de son avenir et qu’il soit un message de paix et de tolérance», pensent les signataires.

Lettre au premier ministre du Canada, Justin Trudeau, au ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne et à la ministre du Développement international, Karina Gould.

Considérant que le Liban passe à travers la pire tourmente de son histoire, une dangereuse instabilité et une déconvenue sans précédent ; le 4 août 2020, sa capitale Beyrouth, a été dévastée par cette terrifiante explosion apocalyptique la laissant en ruines après avoir soufflé son port qui depuis la Phénicie demeure l’un des plus modernes et des plus actifs de la Méditerranée orientale.

Considérant que le cataclysme qui s’est abattu sur cette ville cosmopolite a fait plus de 200 morts (dont deux Canadiens), plus de 6000 blessés graves et plus de 300 000 personnes sans logis et des dommages estimés approximativement à 15 milliards de dollars canadiens. La tragédie a aggravé une terrible crise humanitaire, sanitaire, sociale, économique et environnementale qui y sévissait déjà.

Considérant que cette tragédie survient alors que le Liban se trouvait déjà dans un marasme économique, avec un système fiscal en détresse. Le Liban accuse un endettement public de près de 170 % de son PIB et il est en défaut de paiement sur sa dette. La paupérisation y est galopante et le risque de famine touche presque 40 % des Libanais.

Considérant que les Canado-Libanais témoignent, avec gratitude et reconnaissance, des relations étroites et privilégiées qu’entretiennent le Canada et le Liban depuis des décennies. Ils souhaitent consolider davantage ces relations qui se sont concrétisées par la récente visitedu ministre canadien des Affaires étrangères au Liban, la nomination imminente d’une ambassadrice au Liban, et par la mise en place d’un groupe de travail.

Considérant que les Canado-Libanais souhaitent ardemment que l’aide financière annoncée et toute autre forme d’aide en produits et matériaux soient acheminées directement aux organisations fiables et reconnues de la société civile. L’instauration de moyens de distribution directe et transparente sur le terrain, notamment par le biais de l’ambassade canadienne au Liban, ainsi que la désignation, sans retard, d’un émissaire spécial canadien sur le sol libanais, facilitera la coordination et permettra de rapporter un suivi régulier et fiable sur les mesures humanitaires ou toutes autres démarches déjà entreprises et/ou qui devraient être entreprises pour faire face à cette tragédie.

Considérant que le Canada est invité à jouer un rôle politique, de pair avec son rôle humanitaire, en émettant une déclaration de soutien qui reconnaîtra que le Liban et le Canada entretiennent des relations amicales, historiques et culturelles et que des réformes substantielles, sur tous les plans, de son système actuel de gouvernance constituent une priorité. Le Liban serait appelé à confirmer, à l’image du Canada, son attachement à la démocratie parlementaire, le pluralisme culturel enrichissant, la force de l’éducation et du savoir, lesquels sont une nécessité, et ce en dépit des vicissitudes et des pressions actuelles pour changer son rôle, son identité, et sa vocation.

Considérant les ressemblances et les similarités sur les principes fondamentaux et universels adoptés par le Canada et le Liban, notamment, en ce que les deux sont à l’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, et que le Liban est membre fondateur des Nations unies, et que son salut repose essentiellement sur une gouvernance imputable, intègre, responsable et sur la consolidation d’un État de droit.

Considérant le préambule ci-dessus, les Canado-Libanais demandent respectueusement l’assistance et le soutien du Canada pour agir, notamment, dans les domaines ci-après décrits :

1) Désignation d’un émissaire canadien au Liban : Nous pensons que le Canada devra jouer un rôle de premier plan comme pays ami du Liban. Car plusieurs dizaines de milliers de Libanais ayant le passeport canadien vivent au Liban. Le peuple libanais a des liens très privilégiés avec le Canada et nous demandons votre aide pour l’envoi d’un émissaire au Liban […].

2) Aides humanitaires et sociales : Contrôler une reddition des comptes des organismes soutenus par La Coalition humanitaire pour assurer une distribution égale et équitable […].

3) La gouvernance : Demander la création d’une commission financière indépendante mixte ayant pour mandat de mener à terme une mission d’audit sur les réseaux de corruption, la fuite, le gel des capitaux et la politique financière […].

4) Le domaine éducatif : Apporter une aide substantielle destinée particulièrement au réseau éducatif du Liban, qui se trouve au bord de l’effondrement et qui est responsable de son essor culturel, de sa prospérité et de son rayonnement […].

Enfin, des personnalités publiques, des dignitaires, des dirigeants, des écrivains et des artistes se trouvant dans tous les secteurs de la société canadienne souhaitent ardemment que le Canada prête main-forte au Liban en ces moments difficiles, lui qui célèbre d’une triste façon son centenaire.

Par son implication louable au Moyen-Orient, la diplomatie canadienne est hautement qualifiée pour venir à la rescousse du Liban pluriel et démocratique, en proie à des rivalités destructrices, pour qu’il soit maître de son avenir et qu’il soit un message de paix et de tolérance.

Monsieur le premier ministre, en tant que Canado-Libanais profondément consternés, nous fondons nos espoirs sur votre prompte réponse à notre appel d’urgence. Nous mettons nos expertises, nos compétences et nos ressources à votre entière disposition, pour le bien commun du Canada et du Liban.

* Les signataires:
 

Vivian Abboud, Chef exécutif, Alberta School Boards Association

 

Nicole Abdul-Massih, Présidente de la Fondation LCF

 

Souheil Abihanna, Président et directeur général d’Alstom Canada et président de l’Union maronite du Canada

 

Charles Aboukhaled, Vice-président Macogep Inc. et président de la Chambre de commerce et d’Industrie Canada-Liban, membre fondateur Lebanese Canadian Coalition

 

Sami Aoun, Professeur, École de politique appliquée, Université de Sherbrooke Directeur, Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques

 

Karine Bouzakhm Sfeir, Présidente de l’association Fonds enfants Liban

 

Joe Cheaib, Vice-président Cedars Cancer Foundation

 

Marie-Thérèse Chicha, Professeure titulaire, École de Relations industrielles, Titulaire de la Chaire en relations ethniques — Université de Montréal

 

Joseph Daoura, Avocat et conseiller municipal de la Ville de Mont-Royal

 

Joseph El-Sayegh, ex-Président CEO ; administrateur ; président du Lebanese Festival Toronto

 

Noha Fadlallah, Pharmacienne propriétaire Jean Coutu ; membre fondatrice Dames des Cèdres

 

Joe Fakhri, Président CEO, Axiom Innovations ; ex-président du conseil paroissial OLOL-Toronto et Lebanese Festival Toronto

 

Hussam Hoteit, Président de la Jeune Chambre de commerce libanaise au Canada

 

Malek Jundi, Avocat, président de l’Association islamique libano-canadienne, ex-vice-président finances de la fédération des étudiants libanais à Montréal (Tollab)

 

Roger Karam, CEO Taki Holding, Membre exécutif – Chapitre Montréal, Lebanese International Financial Executives

 

Robert Najm, Principal, Sentinal Property Preservasion Canada et vice-président du conseil paroissial OLOL-Toronto

 

Tania Saba, Titulaire de la Chaire BMO en diversité et gouvernance Professeure titulaire — École de relations industrielles, Université de Montréal Ville Mont-Royal, Québec

 

Aref Salem, Conseiller de ville à Montréal, ex-membre du comité exécutif responsable du transport

 

Marie-Joëlle Zahar, Professeure titulaire de science politique et directrice du Réseau de recherche sur les opérations de paix, Université de Montréal

2 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 27 août 2020 06 h 27

    Non, nous n’avons rien à cirer d'un pays majeur et vacciné

    Considérant que le Liban est une création colonialiste de la France arraché de la Syrie, nous ne nous ingérons pas dans les affaires d’un pays étranger.

    Considérant que la crise humanitaire, sanitaire, sociale, économique et environnementale y sévissait déjà bien avant cette explosion, eh bien, cela ne nous regarde pas.

    Considérant que cette crise économique a été construite de toute pièce par les différentes factions qui y vivent, par leurs dirigeants et par sa population, nous n’avons rien à cirer de leurs problèmes internes.

    Considérant que les soi-disant relations étroites sont l’apanage d’un mythe et qui n’a jamais existé et qu’il n’existe pas de relations privilégiées entre le Liban et le Québec, on passe.

    Considérant que l’aide financière demandée et exigée est quasiment insultante car ce même problème a été créé de toute pièce par les gens qui occupent ce coin de terre.

    Considérant qu’on fait appel à l’image du Canada qui a été et est colonisateur dans son être profond et que son attachement à la monarchie constitutionnelle nous pue au nez au Québec, on passe à un autre appel.

    Considérant qu’on essaie d’imputer des ressemblances et des similarités sur les principes fondamentaux et universels adoptés entre le Québec et le Liban, eh bien, cela dépasse l’entendement.

    Considérant qu’on exige la désignation d’un émissaire au Liban, de l’aide humanitaire et sociale, d’une création d’une commission financière indépendante, d’une aide substantielle destinée particulièrement au réseau éducatif du Liban alors que le nôtre patauge dans l’insalubrité, il faut être dénoué de toute gêne.

    Cette création colonialiste du Liban avec ses frontières artificielles et ses différentes populations aux accents religieux qui passent leur temps à se bagarrer et à s’entretuer n’existe que dans l’imagination de certains. Le Québec existe depuis plus de 412 ans et on nous empêche de devenir un pays.

    Alors au Québec, on passe vraiment à un autre appel.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 27 août 2020 19 h 15

    Signataires du texte collectif

    Pourquoi ne demandez-vous pas au peuple libanais de faire une révolution une bonne fois pour toute ? De foutre à la porte les responsables de la situation actuelle ? D'édifier un gouvernement laïque ?

    Tout ce que nous pouvons faire, c'est de mettre un 'plaster' sur un membre déjà gangrené.