Une victoire diplomatique pour Nétanyahou

Selon le premier ministre Nétanyahou, le projet d’annexion est «suspendu temporairement», mais «demeure sur la table», une position contredite par Jared Kushner, l’architecte du plan de paix Trump.
Photo: Thomas Coex Agence France-Presse Selon le premier ministre Nétanyahou, le projet d’annexion est «suspendu temporairement», mais «demeure sur la table», une position contredite par Jared Kushner, l’architecte du plan de paix Trump.

L’accord historique entre Israël et les Émirats arabes unis promet la suspension de l’annexion par Israël d’une partie de la Cisjordanie en échange de la normalisation des relations entre les deux pays. Cette entente pourrait changer la donne dans les relations entre Israël et les pays arabes et chambouler la dynamique de négociation de paix entre l’État hébreux et les Palestiniens.

Depuis la montée de la menace iranienne dans la région, les Émirats arabes unis et Israël ont noué des relations officieuses touchant le partage du renseignement et la vente de produits de haute technologie par Israël visant à lutter contre la menace iranienne et le terrorisme. Cet accord prévoit élargir la collaboration entre les peuples dans les secteurs économique, social et culturel, contrairement aux accords de paix entre Israël et l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994 qui se limitaient pour l’essentiel aux relations diplomatiques.

Selon le premier ministre Nétanyahou, le projet d’annexion est « suspendu temporairement », mais « demeure sur la table », une position contredite par Jared Kushner, l’architecte du plan de paix Trump, qui a déclaré qu’« Israël n’ira pas de l’avant sans le consentement des États-Unis et les États-Unis ne prévoient pas donner leur consentement pour un bout de temps ». Cela signifie qu’il n’y aura pas d’annexion d’ici les élections américaines de novembre ni pour un bout de temps après.

Les gagnants

Les grands gagnants de cet accord sont Trump, Nétanyahou et Muhamed bin Zaidi, le chef des Émirats arabes unis. Trump promeut déjà cette victoire diplomatique qui a été bien accueillie aux États-Unis, même chez les démocrates. C’est aussi une victoire diplomatique pour Nétanyahou qui s’inscrit dans sa stratégie de long terme visant à créer des alliances avec certains pays arabes et musulmans afin de contrer la menace iranienne dans la région.

Selon lui, cette alliance serait un préalable à un accord de paix avec les Palestiniens, car elle viserait à réduire « l’intransigeance palestinienne » dans les négociations de paix comme le retour des réfugiés palestiniens en Israël. Cet accord a été très bien reçu par la population israélienne.

Cet accord est important pour les Émirats arabes unis, car il pourrait accroître leur influence auprès du gouvernement américain afin d’obtenir de l’armement sophistiqué et le soutien américain dans leurs actions militaires à l’étranger. Tout comme l’Égypte et la Jordanie, les Émirats arabes unis auront probablement plus d’influence sur Israël sur la question palestinienne avec un accord que sans accord. Cet accord a été bien accueilli par une bonne partie de la communauté internationale, dont plusieurs pays arabes et musulmans.

Les perdants

Les grands perdants sont les Palestiniens, surtout l’Autorité palestinienne (AP). Même si l’annexion a été stoppée pour un certain temps, ce qui est un gain réel pour l’AP, les colonies et leur expansion demeurent. Jusqu’à maintenant, le temps a joué en faveur de la colonisation, qui devrait se poursuivre et pourrait mettre en danger la viabilité d’un État palestinien.

Si d’autres pays arabes, tels que Bahreïn et Oman, qui ont salué l’accord, suivent l’exemple des Émirats arabes unis , ce sont la Turquie et surtout l’Iran, deux pays anti-Israël ayant fustigé l’accord, qui vont se sentir menacés par l’influence grandissante de l’État hébreu dans la région du Golfe. Les autres perdants, ce sont les colons, supporteurs acharnés de l’annexion qui crient à la trahison et promettent de s’opposer à Nétanyahou.

Cet accord crée une première brèche dans l’initiative arabe de paix de 2002 qui propose de normaliser les relations entre le monde arabe et Israël, mais seulement en échange d’un retrait complet d’Israël des territoires occupés et de la création d’un État palestinien. Si la normalisation faisait tache d’huile dans d’autres pays arabes, cela affaiblirait encore plus l’AP et son chef Abbas et accélérerait la marginalisation de la cause palestinienne.

De plus en plus de personnalités palestiniennes et israéliennes progressistes critiquent l’approche de négociation du « tout ou rien » de l’AP et implorent l’adoption d’une approche plus pragmatique. Rappelons que l’AP a manqué de saisir dans le passé des occasions réalistes de paix. Ainsi Arafat a refusé les offres de Clinton en 2000, geste qu’il a regretté publiquement, tandis qu’Abbas a ignoré des offres encore plus généreuses du premier ministre israélien Olmert en 2008, contre l’avis de son négociateur en chef Saeb Erekat, et en 2014, Abbas a choisi de ne pas répondre au plan de paix d’Obama, permettant à Nétanyahou de s’en tirer à bon compte.

Selon Erekat, cet accord « va tuer la solution à deux États ». Peut-être a-t-il raison. Mais il est possible que l’accord « tue » aussi l’approche jusqu’au-boutiste déconnectée de la réalité prônée par Abbas au profit d’une stratégie de négociation plus pragmatique. Tant que la droite israélienne demeure au pouvoir il y a peu de chances que la vision palestinienne d’Abbas se réalise.

7 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 24 août 2020 07 h 17

    Les Palestiniens, les grands perdants

    Cet accord me semble plutôt du bidon. L'annexion est temporairement stoppée, mais la colonisation et son expansion continuent! Israël pourra continuer à faire à sa tête. Les grands perdants, ce sont les Palestiniens. Ceux-ci sont bien seuls. Tant chez ceux-ci que chez les Israéliens, il faudra des dirigeants d'une autre génération pour arriver à une vraie paix, respectueuse de tous. Ce n'est pas demain la veille.

    Michel Lebel

  • Robert Bernier - Abonné 24 août 2020 09 h 01

    À propos d'Arafat

    L'auteur écrit: "Ainsi Arafat a refusé les offres de Clinton en 2000"

    On a beaucoup reproché à Yasser Arafat de n’avoir pas négocié de bonne foi à Camp David en 2001. Aveuglement des plus profonds . Il faut se rappeler le contexte. En 2001, des élections se préparent (encore une fois) en Israël. Ces élections arrêtent (encore une fois) l’application des accords d’Oslo. Ehoud Barak traîne dans les sondages loin derrière qui? Ariel Sharon. Barak contraint Arafat à accepter des re-négociations sur des clauses déjà acceptées par Israël. Ces négociations seront menées sous les auspices du Président américain Bill Clinton qui s’apprête à quitter le pouvoir. Voilà un président qui ne pourra pas s’engager sur l’enthousiasme du futur gouvernement américain à faire respecter tout accord qui résulterait des négociations de Camp David. Et Arafat devrait en plus négocier avec un Ehoud Barak dont on sait déjà qu’il va perdre les élections et sera remplacé par un Ariel Sharon –dont la visite provocatrice sur l’Esplanade des Mosquées a déjà déclenché la deuxième intifada- qui ne cesse de répéter durant la campagne électorale qu’il ne se sentira lié par aucun accord signé par son prédécesseur. On demande à Arafat de négocier dans ce contexte deux points majeurs : Jérusalem et le retour des réfugiés palestiniens en Israël. Voici donc la situation : on demande au négociateur en chef des palestiniens, Yasser Arafat, de jeter sur la table ses meilleures cartes mais en l’assurant d’entrée de jeu qu’on ne lui donnera rien en retour et que ses avancées devront servir de prix d’entrée de base pour une prochaine ronde de négociations. Vous connaissez un homme d’État responsable qui aurait accepté pareille duperie? Moi, non.
    (http://www.ledevoir.com/international/actualites-i

  • Hélène Somma - Abonnée 24 août 2020 12 h 38

    Colonisation

    Comment les grandes puissances acceptent et cautionnent une colonisation sauvage qui se passe encore en Israél? C'est à désespérer des chefs d'États actuels. Ce sont les chefs des grandes puissances qu'il faut changer, et mettre des chefs qui ont le sens de la justice , de la morale, et qui ont le courage de régler un problème qu'ils ont eux-mêmes créer aux dépends des Palestiniens.La Palestine était un pays de co-habitation, tout comme tout le Moyen Orient, c'est cet objectif qu'il faut viser, au lieu de comploter pour les divisions. Rendre justice aux Palestiniens est le seul moyen de ramener la Paix dans cette région déstabilisée.Hélène Somma

  • Christian Roy - Abonné 24 août 2020 14 h 42

    "Selon le premier ministre Nétanyahou, le projet d’annexion est « suspendu temporairement », mais « demeure sur la table », une position contredite par Jared Kushner, l’architecte du plan de paix Trump, qui a déclaré qu’« Israël n’ira pas de l’avant sans le consentement des États-Unis et les États-Unis ne prévoient pas donner leur consentement pour un bout de temps ». Cela signifie qu’il n’y aura pas d’annexion d’ici les élections américaines de novembre ni pour un bout de temps après." - David Cohen

    Gros pari...

    Faites vos jeux mesdames et messieurs... faites vos jeux.

    • Hermel Cyr - Abonné 24 août 2020 18 h 29

      Il n’y a plus rien à parier M. Roy. Tout le monde sait que Kushner est un fourbe. Quant à Cohen, c’est un drôle qui feint de le croire.
      Les jeux sont faits. L’ONU, les pays arabes et le monde ont lâché (lâchement) les Palestiniens … qui n’ont que l’option de se radicaliser derrière le Hamas et chercher les appuis des pays qui leur sont alliés (Iran et Turquie). On voit sous nos yeux une énième guerre se dessiner au Proche-Orient ou, plus probablement, se multiplier les actes terroristes … l’option des faibles et des désespérés.

  • David Cohen - Abonné 24 août 2020 18 h 54

    Moi je connais un homme qui aurait accepté pareille duperie....M. Arafat


    M. Bernier vous avancez d’ excellents arguments théoriques. La réalité coome je l' ecris dans mon article c’ est qu' Arafat vous contredit et cela m' a même surpris quand j ai découvert cette information. En effet, Arafat a dit en privé en janvier 2002 à John Kerry, l’ ancien secretaire d’état sous Obama de regretter son geste d' avoir refusé l’ offre de Clinton en 2000 . Et dans les médias, Arafat a dit en 2002 qu’ il accepterait l’ offre de Barak faite en Janvier 2001 à Taba
    Dans sa biographie : « Every day is extra », John Kerry, écrit qu’ Arafat lui a dit: « J’ ai fait une erreur en n’ acceptant pas l’ offre de Clinton » (p 453)
    Au cas ou Kerry serait suspect d' un biais anti- Arafat, voici ce que dit The Guardian un journal crédible
    Selon The Guardian du 22 juin 2002, « Arafat a approuvé l’ offre israelienne de Taba trop tard : Le dirigeant palestinien, Yasser Arafat, a accepté tardivement hier un plan de paix au Moyen-Orient présenté il y a 18 mois par le président américain de l'époque, Bill Clinton.
    Mais le gouvernement israélien a déclaré que l'offre, qui avait été discutée par les négociateurs israéliens et palestiniens à Taba en Egypte en janvier de l'année dernière, n'était plus sur la table (en 2002).
    Les Israéliens avaient affirmé que leur offre à Taba était généreuse et que M. Arafat avait été stupide de ne pas la saisir. M. Arafat a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu'elle était loin d'être généreuse.
    Mais, dans une entrevue publiée hier (21 juin 2002) dans le quotidien israélien Haaretz, Arafat a déclaré: "Je suis prêt à l'accepter, absolument." Au cours de l'entretien, un journaliste du Haaretz a présenté les propositions de Taba à M. Arafat et il a approuvé chacune d'elles.
    Les principaux éléments du plan de Taba comprennent: une division de Jérusalem entre Israéliens et Palestiniens; un compromis sur l'avenir des 3,5 millions de réfugiés palestiniens; et la création d'un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza."
    https://www.thegu