Sauvons notre patrimoine sulpicien

«Nos gouvernements doivent agir, et agir vite», écrit l'auteur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Nos gouvernements doivent agir, et agir vite», écrit l'auteur.

De juillet 2014 à février 2018, un groupe d’anciens du Collège de Montréal s’est constitué à l’initiative de mon confrère Michel Duffy afin de rendre hommage à la contribution exceptionnelle des sulpiciens à la société montréalaise et, plus largement, au Québec tout entier. Ce groupe a finalement rassemblé cinq anciens du conventum 1962 du collège : Robert Amyot, Roger Delorme, Michel Duffy, Bruno Lemieux et moi-même.

Nous avons frappé à toutes les portes, à celles du Comité exécutif et de la Direction de la culture et du patrimoine de la Ville de Montréal, de l’Univers culturel de Saint-Sulpice, du curé et de la Fabrique de la paroisse Notre-Dame, des associations des anciens du Collège de Montréal et du collège André-Grasset, des directions du Collège de Montréal et du collège André-Grasset, du Centre d’histoire de Montréal, du musée de Pointe-à-Callière, de la direction de Montréal du ministère de la Culture et des Communications du Québec, des religieuses hospitalières de Saint-Joseph, du Conseil provincial des prêtres de Saint-Sulpice de Montréal, de la Congrégation Notre-Dame et des Sœurs grises, etc.

Tous ont reconnu l’apport remarquable de Saint-Sulpice à la vie montréalaise, mais les corps publics n’ont malheureusement pas exprimé la volonté de faire des gestes d’importance dans le but de sauver et de mettre en valeur le patrimoine sulpicien.

Toutes ces démarches ont conduit au dévoilement d’une plaque soulignant l’éminente contribution de la Compagnie de Saint-Sulpice à notre ville (tous ont accepté de contribuer à cette initiative à l’exception de nos gouvernements, laïcité oblige, doit-on croire).

« Nos » sulpiciens tracèrent des rues et des chemins et construisirent des églises, des chapelles, des forts et des moulins sur l’ensemble de l’île de Montréal. Ils appuyèrent l’action des religieuses hospitalières de Saint-Joseph, de la Congrégation Notre-Dame et des Sœurs grises. Ils fondèrent le Collège de Montréal en 1767, le Grand Séminaire de Montréal en 1840, le Séminaire de philosophie en 1876, le collège André-Grasset en 1927, puis le collège Jean-Jacques Olier de Verdun en 1951.

Ils furent de plus à l’origine de la première paroisse anglophone de Montréal, celle de Saint-Patrick, dont l’église fut inaugurée en 1847. Ils créèrent l’œuvre des bons livres en 1844 et inaugurèrent la bibliothèque Saint-Sulpice en 1914. Ils participèrent enfin, le 6 janvier 1878, à la fondation de l’Université Laval à Montréal, devenue l’Université de Montréal en 1919.

Aujourd’hui, des sulpiciens originaires de l’Amérique latine et d’ailleurs prennent la relève des nôtres, qui sont de plus en plus rares et de plus en plus vieux. L’heure est venue pour notre collectivité de voler à leur aide et de sauver l’immense patrimoine matériel (archives, livres rares, objets d’art, peintures, etc.) que les sulpiciens de Montréal ont constitué pour nous.

La crise de la COVID-19 a vraisemblablement placé la Compagnie de Saint-Sulpice dans une situation financière très précaire, tant en Amérique latine (région gravement frappée) qu’au Canada. Les sulpiciens de Montréal ont infiniment plus donné qu’ils n’ont reçu à travers les siècles. Plusieurs parmi eux venaient de familles riches et ils ont fait profiter tous les Montréalais de leur héritage. Le temps est venu de leur tendre la main et de sauver leur patrimoine qui est aussi le nôtre. Nos gouvernements doivent agir, et agir vite.

2 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 20 août 2020 03 h 02

    Que voulez-vous Tellier, le gouvernement du Québec, sous le P-M Legault, n'en a que pour les grands projets du style et genre d'un pont tunnel entre Lévis et Québec, des grandioses maisons pour aînés, des énormes écoles aquariums, etc. Sauver par des subventions couvrant les archives historiques, le maintient/adaptation de lieux propices à la conservations de "ces vieux papiers historiques" et les salaires des spécialistes en le domaine (pas très nombreux ici au Québec, cela ne fait pas grand projet du tout...

    Pourtant, plusieurs pays de par le monde conservent jalousement ces types/genres de documents... et mêmes des édifices/maisons... et même des multimillionnaires s'y mettent en ouvrant gratuitement des "musées" pour les exposés. Prenez à Hong Kong - qui est la mecque des milliardaires - l'un de ceux-ci a installé dans deux étages se l'un de ses grattes-ciel un musée où sont offert gratuitement au public la possiblité de voir (derrière des vitrines blindées) des archives historiques qui remontent aux débuts de l'Île de Hong-Kong, de Kawloon, des Nouveaux-Territoires, etc. L'on y apprend beaucoup... comme par exemple que les français y étaient beaucoup en nombre (et en commerce de tous genres- y compris l'opium) avant la première guerre de l'opium, les régistres des bâteaux, etc. Les historiens, sous autorisations spéciales du propriétaire peuvent consulter "en main" toutes les pages de tous ces documents... L'État aussi possède en propre une multitude de musées...

    Ici, cela ressemble plus à Macao d'avant la rétrocession (par le Portugal) à la Chine continentale... des barraques décrépies ou abandonnées pratiquement partout, une ou deux "maisons musées" elles aussi décrépies, un seul hotel casino ou la pègre règne en maître, etc. Mais comme ici (en devenir avec le pont tunnel de Québec) de majestueux ponts pour rejoindre des petites îles où habitent des millionnaires...

    Ouais, le Macao Portugais est sans doute l'inspiration de la gang du gouvernement Legault.

  • Anne Boudreault - Inscrite 21 août 2020 08 h 43

    La façon dont cela s'est fait est très inquiétante pour l'intgrité des artéfacts.