Le complotisme et la crise de la connaissance

«Il est devenu urgent de fournir aux élèves les outils intellectuels pour apprendre à mieux rechercher l’information et à faire preuve d’esprit critique», selon l'auteur.
Photo: Esteban Felix Associated Press «Il est devenu urgent de fournir aux élèves les outils intellectuels pour apprendre à mieux rechercher l’information et à faire preuve d’esprit critique», selon l'auteur.

Le lundi 3 août, l’Institut national de santé publique du Québec publiait les résultats d’une étude qui relevait les croyances des Québécois au sujet de la pandémie, notamment leur tendance à adhérer aux théories du complot.

L’étude révélait que plus du tiers de la population adhère à une forme de complotisme. Plus tôt en mai, une étude de l’Université de Carleton révélait également que 46 % des Canadiens sondés souscrivaient à au moins une théorie du complot.

Qu’est-ce qui explique cette popularité du complotisme ? Il s’agit en fait plus profondément d’une crise globale de la connaissance elle-même, ce que certains nomment l’ère de la « post-vérité ». Le lien est évident avec la saga des « fausses nouvelles » et des « faits alternatifs » qui évoquait déjà un embrumage de notre capacité collective à connaître.

En 2018, l’OCDE nous rapportait d’ailleurs que moins d’un élève de 15 ans sur dix était capable de faire la distinction entre un fait et une opinion. C’est dire que nous assistons depuis maintenant plusieurs années à unedégradation rapide et constante de notre capacité collective à distinguer le vrai du faux.

Philosophes, historiens, sociologues et autres chercheurs savent bien que nous étions engagés dans ce déclin bien avant l’apparition des médias sociaux. Ceux-ci sont malgré tout sévèrement critiqués pour la propagation généralisée de fausses informations et la diffusion sélective des publications qui confortent les croyances des utilisateurs.

Or, la recherche scientifique est, elle aussi, partiellement coupable : son opacité abstraite et la technicité de son langage ont eu tôt fait de distancier le citoyen moyen de la connaissance scientifique. D’autres avancent que cette « ère de la post-vérité » résulte de l’abandon de la vérité religieuse, d’autres encore accusent l’individualisme exacerbé des sociétés capitalistes avancées.

En somme, même si les causes sociales et historiques de la crise sont multiples et complexes, il importe néanmoins de ne pas concevoir l’état des choses actuel comme un événement tout à fait nouveau, mais comme l’une des conséquences concrètes de cette crise qui peut sembler abstraite. Nous observions avec humour la popularité croissante de mouvements comme les « flat earthers » et autres théories qui versent dans l’absurde. Aujourd’hui, cet obscurantisme fragilise la santé publique à l’ère des anti-masques et des anti-vaccins.

Trouble global

Comment affronter ce trouble global de la connaissance ? C’est dans le slogan des complotistes « Faites vos recherches ! » que se trouve la possibilité d’un point d’entente : il faut apprendre à mieux connaître. C’est justement là que se trouve le nœud du problème : pour mieux connaître, nous devons apprendre à mieux chercher.

Comment reconnaître une bonne source d’information ? Comment croiser différentes sources pour limiter les biais de l’information ? Comment déterminer si un argument est logiquement fondé ou non ? Quels sont les faux arguments (sophismes) fréquemment utilisés pour convaincre ? Comment être critique sans pourtant être indûment sceptique ? C’est pourquoi il est devenu urgent de fournir aux élèves les outils intellectuels pour apprendre à mieux rechercher l’information et à faire preuve d’esprit critique.

En février dernier, le ministère de l’Éducation du Québec menait de discrètes consultations sur la refonte du programme d’études Éthique et culture religieuse (ECR). La refonte du cours d’ECR est apparue à plusieurs comme l’occasion parfaite de fournir aux élèves une formation philosophique de base qui leur permettrait de s’éveiller à une réflexion sur la vérité et la connaissance. Après tout, la philosophie est reconnue pour favoriser le développement de l’esprit critique, de la pensée logique et de la compréhension de textes complexes.

Il est selon moi urgent que la société québécoise enseigne à ses jeunes à mieux connaître. Le rôle de l’école dans ce contexte de crise est d’autant plus stratégique dans la mesure où les autorités scolaires ont la responsabilité vitale de fournir aux élèves les moyens de ne pas être emportés dans les dérives de la post-vérité.

Plus que jamais, un enseignement rudimentaire de la philosophie répond de façon exemplaire au rôle de l’école secondaire face à ce défi. Devant un taux d’analphabétisme fonctionnel au Québec qui flirte autour de 50 %, il y a un important travail à accomplir pour faire face aux grandes incertitudes économiques et climatiques qui s’annoncent.

Prendre acte de la crise de la connaissance implique que nous agissions collectivement afin de fournir à la jeunesse les outils nécessaires pour répondre aux dangers toujours plus présents de la mésinformation et de la désinformation, sans quoi le complotisme deviendra le lieu commun de tous ceux et celles qui voient le monde leur échapper.


 
110 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 17 août 2020 00 h 31

    Il est urgent de remplacer le cours ECR par l'enseignement de la pensée critique auprès de nos enfants

    Je suis tout à fait d'accord avec vous, monsieur Dominic Morin. À l'ère de «Fake news» et de «faits alternatifs, il faudrait absolument remplacer le cours ECR qui enseigne le relativisme culturel, avec un cours de «citoyenneté» et de «pensée critique.»
    Un rapport international sur le classement de la liberté de la presse révèle que le Canada se situe en 15e place. Un résultat qui n'est pas très élogieux. Les pays scandinaves occupent le premier rang.
    https://rsf.org/en/ranking_table

    • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2020 10 h 25

      @ Mme Alexan

      Mais, je décroche, un tantine,t quand je lis cette afirmation gratuite sur le 50% d'aanaphabétisme au Québec. D'autant plus qu'il y aurait plus d'analphabètes fonctionnels en France qu'au Québec, chez les jeunes de 15 ans.
      https://www.lapresse.ca/actualites/education/201912/20/01-5254579-eleves-de-15-ans-beaucoup-plus-danalphabetes-en-france-quau-quebec.php

      D'autre part,je vous suis sur votre proposition sur "la pensée critique".Je suis de ceux qui pensaient que le Québec était mûr pour des États généraux sur l'Éducation.Comme il arrive trop souvent, malheureusement, le gouvernement y est allé, à la vitesse grand V, sur les structures: abolition des commissions scolaires.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 17 août 2020 11 h 50

      Quel snobisme au Devoir quand arrive la question de l'analphabétisme.
      Peut être ces gens qui savent lire et écrire ont tout simplement des intérêts et une compréhension différente de la votre.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 17 août 2020 12 h 11

      J'ajouterai que si le monde est au bord du précipice, ce n'est certainement pas à cause des analphabètes, au contraire.

    • Serge Pelletier - Abonné 17 août 2020 13 h 32

      M. Grandchamp, en regard de l'analphabétisme il s'agit d'une constante qui dure et perdure. Mais il faut obligatoirement ajouter le qualificatif "fonctionnel" à celle-ci (la constante).

      Le pire, du pire, ce porte sur le haut taux d'analphabétisme fonctionnel se retrouvant même chez plusieurs ses titulaires d'un baccalauréat universitaire (licence dans le système européen).

      Il est étonnant que les personnes âgées n'ayant compléter qu'une troisième année du primaire avant les années 60 sachent mieux lire que les nouvelles générations. Les perpétuelles "nouvelles méthodes d'enseignement" que le MELS (anciennement MEQ) se gargarisait en est fort possiblement la cause.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 août 2020 14 h 55

      Manifestement, monsieur Pelletier souffre du mal qu'il diagnostique chez les autres.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2020 15 h 10

      M. Pelletier,

      En tout respect, je partage l'opinion du réputé économiste Pierre Fortin:« 53% d’analphabètes fonctionnels. Voyons voir…Une affirmation abusive, réductrice et qui manque sérieusement de mise en contexte » https://lactualite.com/lactualite-affaires/2017/07/11/53-danalphabetes-fonctionnels-voyons-voir/

      Sur cette question, comme sur celle du décrochage, il faut relativer. Pierre Fortin (L'Actualité) et Francis Vailles(La Presse) sont mes références.

  • Mario Jodoin - Abonné 17 août 2020 00 h 53

    Bonne lettre, mais...

    «Devant un taux d’analphabétisme fonctionnel au Québec qui flirte autour de 50 %»

    C'est dommage qu'une lettre qui dénonce la trop grande présence de fausses nouvelles sur la place publique et qui contient de bonnes suggestions pour contrer ce phénomène se termine par une fausse nouvelle! Aucune étude n'a jamais conclut qu'il y a près de 50 % d'analphabètes au Québec. L'étude qu'on cite habituellement pour appuyer cette affirmation (le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA)) ne contient même pas les mots «analphabète» et «analphabétisme». On y lit plutôt :

    «Contrairement à l’EIACA, il n’y a pas dans le PEICA de seuil dit fonctionnel ou minimal utilisé pour considérer une personne comme compétente ou non compétente pour faire face aux exigences de la société actuelle et participer pleinement à la vie en société. Il n’est donc plus question d’un niveau «souhaité» de compétence pour fonctionner aisément dans la société. Lorsque les niveaux de compétence en littératie et en numératie sont regroupés en deux catégories (niveau 2 ou moins et niveau 3 ou plus), ce regroupement est fondé sur un critère statistique et non pas sur un critère théorique. Plus précisément, ce point de coupure est celui qui permet de séparer la population en deux parties presque égales.»

    Cela signifie que si la moitié de la population a eu un résultat inférieur à 3, c'est que ce test était conçu pour que la moitié de la population ait un résultat inférieur à 3. Mais, bon, il s'agit d'une autre fausseté qui devient vraie sur la place publique à force d'être répétée.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 17 août 2020 08 h 15

      Est-ce vraiment si faux?

      Foglia a vulgarisé la chose dans le texte « Le Canada Babebibobu ». Les exemples très probants permettent de comprendre ce que le classement statistique implique. 9 millions de Canadiens seraient incapables de restituer correctement les infos simples, par exemple, d'un article au sujet de couches jetables (l'exemple de Foglia). Ils peuvent comprendre des infos simples comme «prendre ces pilules 3 fois par jour». Toutefois, il leur est impossible de démêler les infos du régime québécois d'assurance parentale ou encore de lire le programme du MELS pour ECR.

      Vous êtes très rigoureux et je suis impressionné comme d'habitude sur l'étendue de votre l'analyse statistique et de la peine que vous vous donnez, mais tant que l'on ne comprendra pas correctement ce qu'impliquent, concrètement, les niveaux, on parle un peu dans le vide.

      Si je vais sur votre propre site, je constate que 56,3 % des jeunes de 16-19 ans sont de niveau 1 ou 2. C'est quand même énorme. Même chose pour les 45-65 ans ( d'ailleurs pourquoi pourquoi ne dépasse-t-on pas 65 ans?) qui sont 64,3 % à ne pas dépasser le niveau 2.

      Je suis déjà allé dans une scierie, pour commander du bois. Un détail m'empêchait de connaitre exactement la quantité à commander, j'ai demandé un papier, j'ai fait un calcul et j'ai demandé une calculatrice pour le vérifier. J'ai demandé au patron s'il était d'accord avec mon raisonnement (qui me faisait économiser).

      Il m'a répondu qu'il ne suivait pas, qu'il n'était pas allé à l'école. Pourtant il est fonctionnel, il gère une scierie familiale et coupe des milliers de planches par année. Toujours dans votre tableau, les 25-44 ans sont à 42% au niveau 1 ou 2. Comment évalue-t-il une politique fiscale?

      Notre société n'est pas celle des années 50, considérant que nous sommes «dans l'économie de l'attention», est-ce que le niveau 2 ne correspond pas à l'analphabétisme d'antan?

    • Nadia Alexan - Abonnée 17 août 2020 10 h 16

      Vous avez tort, monsieur Jodoin. J'ai vu ces statistiques dans nos journaux à plusieurs reprises. On parle «d'analphabétisme fonctionnel». C'est è dire, l'on peut lire, mais ne pas vraiment comprendre ce que cela signifie. Rappelons que pour comprendre les faits, il faudrait avoir une connaissance au moins élémentaire, dans la philosophie, l'histoire, les sciences, la politique, la littérature et j'en passe. Ce qui n'est pas le cas quand nous avons évacué l'étude des humanités de nos curriculums.
      Quand j'enseignais au secondaire, beaucoup de mes étudiants trouvaient laborieuse la lecture d'un paragraphe ou deux du journal sur des sujets variés. Les étudiants de nos jours manquent la curiosité requise pour l'apprentissage.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 août 2020 10 h 44

      Monsieur Gill, les idées fausses ne jouiraient d'aucune faveur si on ne pouvait leur trouver d'apparentes justifications.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 17 août 2020 13 h 32

      Parlez plus clairement Monsieur Maltais-Desjardins,

      J'ai expliqué plus bas le rapport avec la société de l'information.
      Qu'est-ce qui est faux dans l'affirmation de Foglia que 9 millions de Canadiens sont des «babebibobu»?

      Avez-vous lu le texte? Je vais directement sur la page de Monsieurs Jodoin pour colliger les chiffres qui montrent un proportion inquiétante de gens non pas sous le niveau 3, mais sous le niveau 2.

      Le niveau 2 ne vous permet pas de comprendre aisément comment appliquer, par exemple, le guide de constructoin de « La maison à ossature bois », d'une manière triviale. Ou alors c'est moins qui comprend mal le niveau 2.

      Qu'est-ce qu'on entend par «analphabète fonctionnel»? Évidemment au sens purement littéral, les gens de niveau 1 et 2 ne sont pas «analphabètes». Mais considérant souvent leur niveau d'étude et les exigence de la socité, alors oui. Le niveau de littératie devient un handicap gênant qui mine à la fois la vie individuelle, mais la contribution que ces individus pourraient apporter.

      Ça n'est pas les mépriser que déplorer cette situation.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 août 2020 14 h 59

      Monsieur Gill, désolé, mais nous n'aurons pas cette discussion. Me suffit de relever ici que la fondation pour l'alphabétisation a appliqué la catégorie floue d'analphabétisme fonctionnel à la moitié de la population comme si le constat était de nature scientifique. Vous pouvez à votre aise vous rallier à cette légende urbaine, mais pour ce qu'elle vaut.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 18 août 2020 10 h 33

      Monsieur Maltais-Desjardins, vous raillez, vous dites que vous ne participerez pas à une discussion, puis vous argumentez sur un point qui est périphérique.

      Je propose un texte de Foglia (célèbre) et facile à trouver. Je vais sur la page de Monsieur Jodoin, je fais des calculs, je les expose, puis je parle (plus loin) des conséquences, par exemple l'incapacité, pour quelqu'un au niveau 2, de décortiquer un guide important comme «La maison ossature bois» de la SCHL.

      Il existe par exemple de nouvelles techniques appelées «Advance Framing» qui commandent des lectures et une alternante de tableaux chiffrés VS texte. Ou encore, on trouve des notes assez complexes sur les portées. Ne pas s'en soucier et uniquement suivre les traditions, dans le contexte d'une hausse du prix des matériaux, c'est évidemment payer trop cher, sans compter que c'est potentiellement nuire à la sécurité du bâtiment.

      Je présume que les gens qui sont au niveau 2 ont généralement moins accès à un ingénieur ou un architecte, faute de moyen, ils font leurs travaux eux-mêmes. Voici un extrait du guide dont je parle, au sujet de le portée des linteaux, il s'agit d'une note : « Si la portée des solives de plancher est égale à la largeur du bâtiment sans support, la portée des linteaux supportant le toit,le plafond et 1 étage doit être réduite de 15 %, celle des linteaux supportant le toit, le plafond et deux étages, de 20 % et celle des linteaux supportant le toit, le plafond et 3 étages, de 25 %.


      Quelqu'un du niveau 2 comprend-il cette phrase? Peut-il bien la traiter et tirer les conclusion qui s'imposent ou cette personne doit-elle se fier à un ami, un beau-frère, etc. Quelqu'un du niveau 3, 4 ou 5 peut engager une conversation avec un tiers pour interpréter le passage, c'est dû si l'on doit admettre que l'on peine à comprendre.

      La thèse du «pas fonctionnel» est valide si le niveau 2 ne permet pas de comprendre ladite phrase. N'est-ce pas important?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 août 2020 13 h 55

      Je n'argumente pas. Signaler un usage abusif des résultats des enquêtes PEICA est rien moins que «périphérique» s'agissant d'un texte où on prône le développement du sens critique.

    • Serge Pelletier - Abonné 18 août 2020 16 h 47

      Messieurs, allez-vous asseoir, à l'avant, dans une classe universitaire - première session, première année. Vous y seriez très étonnés du haut taux d'alphabétisme, dit fonctionnel, des gens s'y trouvant. Et le constat sera encore plus dramatique lorsque vous effectuerez la correction des travaux écrits - l'on ne parle pas des fautes d'orthographes selon les modes du moment (anciennes, ou nouvelles règles d'orthographe et de grammaire qui ne cessent de changer au Québec) mais simplement de simples phrases.

      Ce constat s'applique aussi à une proportion non négligence des chargés de cours, et pour couronner le tout chez, bien que plus rare, certains professeurs (généralement de la "nouvelle génération").

      Il y a dérive depuis l'accès à tous pour les études universtaires. Cette dérive s'est augmentée par les "subventions par tête de pipe" aux universités...

      Certains diront: "ba! encore un vieux criss qui est mélancolique du bon vieux temps où seul l'élite "monétaire" ou "fortement recommandée" y avait accès". Erreur que cela. Au début des années 1990 - l'on ne parle pas ici de l'époque où Trudeau Père était à l'université comme étudiant - environ de 7% à 10% des étudiants détenaient un diplôme de premier cycle (ceux qui allaient à l'université)... Aujourd'hui, 30 ans plus tard, ce pourcentage est pratiquement de 70% (environ 30% de décrochages)... et même 100% dans certaines "disciplines"... Il y a donc, malheureusement, inflation des diplômes et son corollaire direct que constitue la déflation galopante des connaissances...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 août 2020 22 h 29

      J'ai enseigné 35 ans dans des classes de Cégep, programmes préuniversitaires et techniques. Le niveau d' «alphabétisme» était très raisonnable. Il n'y a pas à être nostalgique d'un quelconque bon vieux temps fantasmé.

    • Serge Pelletier - Abonné 19 août 2020 00 h 22

      M. Desjardins, s'il-vous-plaît, cessez de prendre vos songes d'un passé édulcoré pour la réalité effective... Et ce n'est pas un passé "fantasmé" qu'il est question dans le commentaire (le mien). Que non. J'ai en est vu des vertes et des pas mûres lorsque je corrigeais des travaux universitaires: certains étaient très crorrects - mais il s'agissait de la minorité des travaux. Et en ce qui concerne certaines disciplines, cela était désastreux (notamment en éducation et en administration). En droit et en relations industrielles la qualité était généralement au rendez-vous (mais pas pour tous) - cela est normal, les étudiants sont "obligés" de se taper en lecture des textes et des textes. Or, une personne qui effectue de la lecture de textes "difficiles" (pour employer un mot aujoud'hui à la mode), termine, à un certain moment, par savoir lire et écrire.
      M. Desjardins, pour les finissants en éducation (premier cycle), ceux-ci doivent "passer et réussir" un examen de français... Ils en sont pour le grande majorité à la troisième ou quatrième reprise... Pour un échec à la première fois = OK, surprise, pas l'habitude, etc. Mais, après deux fois, et les sessions spéciales de récupérations et de pratiques (selon des examens antérieurs)... Cela est particulier, plus que particuler même. Vous ne trouvez pas M. Maltais-Desjardins.

  • Mario Jodoin - Abonné 17 août 2020 00 h 59

    Pour en savoir plus

    Pour en savoir plus sur le PEICA et la mesure des compétences en littératie et en numératie, on peut consulter ce texte que j'ai écrit à la fin de 2015 :

    https://jeanneemard.wordpress.com/2015/12/23/analphabetes-vous-dites/

    • Françoise Labelle - Abonnée 17 août 2020 07 h 50

      Merci pour le lien. Très intéressant.
      Le concept fumeux de littératie ne distingue pas les aptitudes linguistiques de la connaissance du monde, qui dépend de la culture générale.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2020 09 h 52

      En appui à M. Jodoin, dont j'apprécie son argumentation et son esprit rigoureux.

      Quand je vois cette information erronée sur l'anaphabétisme, ma pression monte! Le réputé économiste PIerre Fortin écrivait dans L'ACTUALITÉ:« 53% d’analphabètes fonctionnels. Voyons voir…Une affirmation abusive, réductrice et qui manque sérieusement de mise en contexte » https://lactualite.com/lactualite-affaires/2017/07/11/53-danalphabetes-fonctionnels-voyons-voir/

      Il écrit notamment : « la panique qui s’est répandue récemment au Québec au sujet de nos taux de littératie et de numératie dans l’enquête du PEICA n’est absolument pas justifiée». Il établit des comparaisons avec d’autres pays et provinces.
      .................................................................
      A lire, aussi,

      https://www.lapresse.ca/actualites/education/201912/20/01-5254579-eleves-de-15-ans-beaucoup-plus-danalphabetes-en-france-quau-quebec.php
      IL y aurait beaucoup d’analphabètes en France qu’au Québec, chez les élèves de 15 ans

  • Raymond Labelle - Abonné 17 août 2020 02 h 17

    En parlant de raccourcis... à propos de l'analphabétisme fonctionnel.

    Ce 53% d'analphabètes fonctionnels souvent colporté signifie, pour celles et ceux qui invoquent ce chiffre (souvent sans qu’elles ou ils le sachent): la proportion de la population du Québec sous le niveau 3 au test du PEICA de 2012. Le PEICA est un test de l’OCDE visant à évaluer, entre autres, la numératie et la littératie pour la population en général âgée de 16 à 65 ans.

    L’institut de la statistique du Québec (ISQ) en parle plus en détail ici : http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/education/

    Les niveaux de performance 1, 2 et 3 se divisent ainsi, la performance croissant avec les chiffres: 34, 3% est de niveau 2, 14,9% de niveau 1 et 4,1% sous le niveau 1. Le reste sont les niveaux 3-4 et 5. Dans la mesure où il est exagéré de qualifier d’analphabète fonctionnel quelqu’un de niveau 2, et si on qualifie les niveaux 0 et 1 d’analphabètes fonctionnels, on arrive plutôt à 20%. Voir tableau 8.1 du document de l’ISQ.

    Description officielle du niveau 2:

    Littératie :

    Les personnes sont en mesure d’intégrer au moins deux informations en fonction des critères donnés, de les comparer, de les mettre en opposition ou d’engager une réflexion à leur sujet, et de faire des inférences de faible niveau. Elles sont capables de parcourir des textes numériques pour repérer les informations dans différentes parties d’un document

    Numératie

    Les personnes peuvent effectuer des opérations mathématiques simples, en deux étapes ou plus, comme le calcul avec des nombres entiers ou avec des décimales, des fractions et des pourcentages. Elles sont capables d’interpréter l’information mathématique simple qui se trouve dans des textes, des tableaux ou des graphiques. Elles sont aussi en mesure de reconnaître et d’utiliser des informations et des concepts mathématiques se trouvant dans différents contextes courants dont le contenu mathématique est assez explicite ou visuel, avec relativement peu de distracteurs.

    • Françoise Labelle - Abonnée 17 août 2020 07 h 54

      Surtout qu'il est question des jeunes, moins touchés par ce classement discutable. Qu'est-ce que «l'intégration d'information» a à voir avec l'analphabétisme?
      Je ne peux «aimer votre commentaire, n'étant pas sur FB.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 août 2020 09 h 32

      Je l'aurai fait pour vous en même temps que pour moi et je mets mes pouces en l'air en regard des vôtres.

      Le complotisme n'est des fois que l'autre face de la moraline dans laquelle baigne le recours à « la science ». On voit ça avec la frénésie avec laquelle les uns s'opposent aux « masques » alors que d'autres seraient prêts à l'imposer pour se brosser les dents. Pas toujours, mais.

    • Raymond Labelle - Abonné 17 août 2020 09 h 38

      Merci de vos bons mots. Moi aussi je boycotte FB, qui utlise nos données personnelles au profit de tiers (celles données volontairement plus celles découlant de l'observation de nos mouvements), sources de ses revenus.

      En effet Mme Labelle, nos jeunes font mieux que ceux ailleurs dans le Canada de façon relative et mieux que nos plus âgés - dont beaucoup les traitent d'illettrés d'ailleurs.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 17 août 2020 11 h 34

      « Qu'est-ce que «l'intégration d'information» a à voir avec l'analphabétisme?»

      D'après certains spécialistes, on serait dans «la société de l'information».

      Pour accéder au monde et être soi-même un agent «capacité», il faut en faire plus, en matière de littératie que par le passé.

      Par exemple, pour comprendre correctement un règlement municipal, il faut aller le chercher sur Internet et le décoder. On est loin des définitions plus courantes de « l'analphabétisme ». Comment savoir par exemples les modalités d'utilisation de l'Écocentre pour ses vieux pneus et sa peinture.

      On pouvait être analphabète en 1950, gagner sa vie et même être politiquement influent.
      Est-ce que le niveau 2 suffit pour prendre une décision éclairée pour le régime québécois d'assurance parentale, voire pour se débrouiller dans la complexité des opérations pour une grossesse?

      Donc, eu égard à cette société de l'information, il est évident que l'analphabétisme d'antan correspond, alors que nous avons maintenant l'instruction publique, à un très faible niveau de littératie.

      Je vois mal comment quelqu'un du niveau 2 peut être un citoyen outillé pour constater un problème de salubrité dans son quartier et faire les démarches pour le régler en collaborant avec la municipalité. C'est plutôt le contraire, le niveau 2 vous condamne à être un travailleur qui ignore que le souffleur à feuille que vous utilisez n'est pas conforme aux normes municipales en vigueur et que vous êtes probablement en train de vous abîmer les tympans.

      Toutes les procédures pour vous aider à réparer lesdits tympans seront plus complexes du fait de cette limite qu'est le niveau 2.

      Je comprends mal comment quelqu'un de coincé au niveau 2 peut bien comprendre le guide «Construction de maison à ossature bois» pour choisir le bon type de solives ou l'espacement entre les poteaux et l'épaisseur de son plancher. Comment pourra-t-il commander une poutre composée sans passer par un ingénieur?

    • Jean-Charles Morin - Abonné 17 août 2020 13 h 34

      "Je ne peux aimer votre commentaire, n'étant pas sur FB." - Françoise Labelle

      Pardonnez mon ignorance ou mon manque de perspicacité, mais quel est donc ce fameux "FB" dont tout le monde semble se gargariser?

      Le citoyen, alphabéte fonctionnel ou non, serait sans doute mieux informé si on cessait de lui lancer des acronymes aussi obscurs qu'abscons à tout propos.

    • Raymond Labelle - Abonné 17 août 2020 21 h 39

      FB - Facebook.

    • Raymond Labelle - Abonné 17 août 2020 21 h 44

      Seuls les abonnés à Facebook (FB pour les intimes) peuvent donner des "j'aime" ("likes") aux commentaires du Devoir.

      Je tente de surveiller mon usage d'acronymes ou d'abbréviations, trouvant moi-même l'usage abusif d'acronymes irritant. Je vous comprends M. Morin. Mais ne suis pas infaillible. J'utiliserai au long au moins une fois Facebook (ou tout autre nom sujet à acroynyme) dans un même texte à l'avenir, avec indication de l'acronyme correspondant pour qu'on en connaisse le sens.

    • Raymond Labelle - Abonné 17 août 2020 21 h 45

      Comme vous vous donnez la peine d'essayer de nous comprendre M. Morin, vous méritez des explications supplémentaires.

    • Raymond Labelle - Abonné 17 août 2020 21 h 46

      Même un doctorant en linguistique de niveau 5 pourrait se méprendre sur le sens des panneaux de stationnement de Montréal.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 18 août 2020 10 h 44

      Merci Monsieur Labelle d'insérer un peu de légèreté dans le débat.

      Pour ma part, je crois que l'on passe à côté de l'essentiel. Je me moque de la multiplications des adpectes des théories de la conspiration (et autres bidules complotistes) qu'on présume chez les utilisateurs de FB et cie.

      Je me demande, est-il vrai que beaucoup de gens sont coincés au niveau 1 et 2.
      Je propose l'expérience suivante avec un guide très pratique qui est un exemple d'infos importantes livrées à l'écrit, le guide de construction des maisons à ossature bois. Guide que les particuliers peuvent consulter pour autoconstruire leur maison.

      J'assume qu'en raison des liens entre scolarité et salaire, ceux qui sont coincés au niveau 1 et 2 peinenraient à comprendre ce guide et donc à l'appliquer.

      50, 40, 30 %, ça n'a pas d'importance. Un nombre énorme de gens ne peuvent utiliser un tel guide, ne peuvent donc comprendre l'équivalent, par exemple «Protégez-vous».

      Ils ne peuvent probablement pas (du moins pas d'une manière efficace et autonome) faire la paperasse pour «Les Petites Créances», la Régie du logement ou encore écrire une plainte articulée à leur municipalité. Comment peuvent-ils lire le rapport annuel de leur école, de leur CPE? Comment peuvent-ils faire une demande pour une émission de radio dans une radio communautaire?

      Peut-être que je me trompe et le niveau 2 permet tout ça. Mais quand je compare, concrètement ce que veut dire le niveau 2 dans le texte de Foglia «Le Canada Babebibobu», où il illustre ce que ça veut dire dans un texte au sujet de couche jetable, je constate un écart entre la description théorique que vous livrez et les capacités réelles.

      Donc, pour moi, le drame, c'est que l'on minimise le fait qu'un nombre important de gens ne peuvent s'émanciper et contribuer à leur plein potentiel à la société parce qu'ils sont simplement bloqués sur le plan de la littératie.

      S'obstiner sur la terminologie est contreproductif...

  • Yvon Montoya - Inscrit 17 août 2020 06 h 01

    Un bon texte pour une mission impossible avec 50% d'analphabètes au Québec mais aussi avec les Réseaux sociaux, l'état des médias de masse ou pas de masse. Il nous faudrait un miracle. Cette problématique est planétaire désormais. Il est trop tard. Merci.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2020 10 h 55

      @ M. Montoya,

      D'accord avec vous sur le lien planétaire avec les médias sociaux, en lien avec la pensée critique. Quand je vois des intellectuels défendre un certain Donald Trump dont l'addition des mensonges, depuis 4 ans, est très longue; quand je vois des évangéliques américains appuyer le même personnage dont le comportement est aux antipodes des valeurs évangéliques? Quand je vois le même bonhomme féliciter une candidate républicaine ouvertement favorable au complot?

      Un proche me racontait, hier, que sa massothétapeute l'ha,rague, à chaque fois qu'il y a, pour lui vendre ce complot.

      Mais, tout comme l'économiste Pierre Fortin, je prétends que: " 53% d’analphabètes fonctionnels. Voyons voir…Une affirmation abusive, réductrice et qui manque sérieusement de mise en contexte ".

    • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2020 16 h 44

      Le oint de vue de Mario Dumont:

      «Je pense que c’est normal. À l’époque de la grippe espagnole, en 1918-1919, bien avant les réseaux sociaux, des gens criaient à la théorie du complot et autres affaires semblables. Les psychologues et psychiatres disent que c’est normal; il y a beaucoup de pression et de stress, des gens ne sont pas capables de supporter ça. Il y a toujours des gens qui réagissent mal dans les crises, qui veulent se venger contre la société et le gouvernement. https://www.journaldemontreal.com/2020/08/17/mario-dumont-pret-pour-un-automne-chaud

    • Pierre Grandchamp - Abonné 18 août 2020 07 h 52

      Donald Trump est le champion des fausses nouvelles.On lui attribue plus de 20 000 faussetés ou mensonges:https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1722373/journalistes-verification-propos-trump-mensonges