La musique est un art rassembleur

«La musique est un art rassembleur, vecteur de cohésion sociale, de développement psychomoteur, de réussite scolaire et d’ouverture sur le monde, dont les jeunes et la société québécoise ont plus que jamais besoin», estime l'auteur. 
Photo: Jim Watson Agence France-Presse «La musique est un art rassembleur, vecteur de cohésion sociale, de développement psychomoteur, de réussite scolaire et d’ouverture sur le monde, dont les jeunes et la société québécoise ont plus que jamais besoin», estime l'auteur. 

Monsieur le Ministre de l’Éducation Jean-François Roberge,

Je me suis senti vivement interpellé par les inquiétudes énoncées par le milieu de l’éducation musicale quant au retour en classe en septembre. L’encadrement sécuritaire et la poursuite des cours de musique dans les écoles québécoises à la rentrée scolaire sont en jeu et décriés par de nombreux acteurs, notamment dans un appel lancé à votre attention par la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ), la Fédération des harmonies et orchestres symphoniques du Québec (FHOSQ), la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ) et l’Alliance chorale du Québec.

Dans un article du journaliste Philippe Papineau, paru dans Le Devoir au début du mois de juillet, le président de la FAMEQ, Stéphane Proulx, faisait état de la décision de plusieurs directions d’écoles de « fermer leur programme de musique pour éviter de jongler avec des consignes et des contraintes souvent contradictoires, notamment sur le plan sanitaire ». À la suite de la conférence de presse de lundi dernier, au cours de laquelle vous avez fait le point sur le plan de la rentrée scolaire, les inquiétudes quant au sort réservé à l’enseignement de la musique demeurent, en raison notamment du manque de clarté de ces directives.

La musique est un art rassembleur, vecteur de cohésion sociale, de développement psychomoteur, de réussite scolaire et d’ouverture sur le monde, dont les jeunes et la société québécoise ont plus que jamais besoin. L’importance de l’enseignement musical dans le cheminement scolaire des élèves sur les plans personnel et social n’est plus à prouver, de même que son effet direct sur leur propension à l’âge adulte à fréquenter les lieux et les institutions culturels. L’attention portée aujourd’hui à l’éducation musicale aura des répercussions sur la viabilité de nos organisations culturelles dans le futur.

Fragilisation

De plus, le milieu de la musique classique, à l’instar de nombreux autres secteurs artistiques, souhaite être plus représentatif de la diversité culturelle québécoise. L’une des conditions essentielles à ce changement de paradigme réside dans l’accès aux arts et à l’éducation musicale pour tous, particulièrement dans les écoles publiques de milieux défavorisés.

L’école est le meilleur lieu pour que nos jeunes aient la chance de toucher et découvrir de merveilleuses sources de motivation et d’épanouissement pour chacun d’eux, sans égard au milieu duquel ils proviennent. Si notre société souhaite effectivement promouvoir les valeurs d’équité qu’elle défend en éducation, en culture et dans tous les pans de la société, l’heure est au développement et au renforcement de l’enseignement des arts, notamment de la musique, dès le plus jeune âge.

Les musiciens de l’Orchestre Métropolitain et moi-même sommes de fiers ambassadeurs du talent musical québécois. Nous soutenons la relève musicale d’ici et incarnons de manière tangible le rêve d’une carrière en musique. Notre engagement s’est étendu ces dernières années avec des partenariats directs dans les commissions scolaires de Montréal.

Nous croyons fermement que la voie que nous prenons est profitable à notre communauté, et nous demandons votre soutien pour la suite. Nos musiciens et musiciennes sont pour la grande majorité formés dans les établissements québécois. La fragilisation de l’enseignement musical dans nos écoles publiques aurait un effet négatif palpable, non seulement sur le développement psycho-social des enfants et des adolescents d’aujourd’hui, mais également sur la prochaine génération de musiciens et de mélomanes qui définiront la culture québécoise et ses valeurs démocratiques.

À l’instar des organisations culturelles qui ont été appelées à se réinventer et qui ont prouvé, comme l’a fait l’OM, qu’il est possible de s’adapter en contexte de pandémie, je suis convaincu que des solutions existent et je mets à votre disposition mon équipe pour en discuter constructivement. Je joins donc ma voix aux enseignants et vous demande, Monsieur le Ministre, d’être à l’écoute du milieu, de lui donner les moyens et de mobiliser avec lui des solutions concrètes et sécuritaires pour assurer la poursuite d’un enseignement musical de qualité dans les écoles du Québec. 


 
2 commentaires
  • Jean-Pierre Lamontagne - Abonné 15 août 2020 08 h 24

    Espérons une oreille attentive...

    J'adhère à l'ensemble de votre argumentaire et souhaite sincèrement que vous soyez entendu pour le bien de tous les jeunes et pour notre bien à tous.

    Je vous remercie d'avoir pris la parole.

    Jean-Pierre Lamontagne
    Retraité

  • Patrice Soucy - Abonné 15 août 2020 08 h 46

    Les calculs de la coquille sèche

    Je ne suis pas si certain qu’il s’agisse d’un art rassembleur. Si je me souviens bien du secondaire, les genres musicaux servaient aussi bien à marquer le territoire des différentes tribus adolescentes… Prolongement naturel de la parade amoureuse, nécessaire accompagnement de ses peines et tourments, il faut avoir tout oublié de sa jeunesse pour ne pas voir à quel point la musique est le premier des arts, le plus fort, l’indispensable. A moins de s’être réduit à une coquille sêche qui cogne entre les murs d’un bureau, on ne fait pas de calcul avec les sentiments. On enseigne la musique parce qu’il le faut. Parce que l’air doit vibrer et se maitriser. Parce que vous êtes et devez.