L’État et le vieillissement à la lumière de la pandémie

«On ne réglera pas la situation des CHSLD uniquement en élevant le niveau de rémunération d’une catégorie d’emplois et en construisant des maisons des aînés», affirment les auteurs.
Photo: Jean-Francois Badias Associated Press «On ne réglera pas la situation des CHSLD uniquement en élevant le niveau de rémunération d’une catégorie d’emplois et en construisant des maisons des aînés», affirment les auteurs.

La gestion de la pandémie dans les CHSLD n’aura été rien de moins que catastrophique. Tout autant que l’insuffisance de ressources dans ces milieux, des facteurs politiques et organisationnels peuvent l’expliquer, comme l’hypercentralisation des structures de décision et leur complexité.

Les réponses apportées par le gouvernement sont, pour l’heure, incomplètes et témoignent d’orientations limitées. L’idée de rehausser de façon substantielle la rémunération des préposés aux bénéficiaires (qu’on aurait d’ailleurs avantage à désigner sous le vocable « d’aides-soignants ») s’impose depuis longtemps, mais elle comporte au moins deux types de conséquences : elle offre une solution qui risque de causer de sérieux déséquilibres dans d’autres services destinés à des personnes vulnérables, dans les ressources intermédiaires, dans les résidences pour aînés, dans les services à domicile, ou encore dans les centres de réadaptation pour personnes handicapées. Elle ne s’inscrit pas dans une vision large et complète de la gamme de services aux personnes aînées. Quant au projet de maisons des aînés, malgré les bonnes intentions qu’il poursuit, il ne porte que sur la composante institutionnelle du système.

Or, ce qu’on a observé depuis le début de la pandémie, et qui risque de se perpétuer si on se limite à agir sur l’institutionnalisation, a mis en évidence des problèmes majeurs de qualité des soins et des services qui peuvent découler de modes de gestion déficients. La situation a été aggravée en raison de ressources insuffisantes, souvent peu ou mal formées, de regroupements de personnes en lourde perte d’autonomie dans des lieux contigus peu ou mal adaptés aux situations diverses de ces personnes. À cela s’ajoute le peu ou le manque de recours aux proches aidants et aux ressources de la communauté présentes dans l’environnement des établissements de soins de longue durée.

On ne réglera pas la situation des CHSLD uniquement en élevant le niveau de rémunération d’une catégorie d’emplois et en construisant des maisons des aînés. Il faut considérer toute la gamme de services aux personnes aînées et trouver ainsi le nécessaire équilibre entre les différentes composantes d’un système où le soutien à domicile devrait constituer l’option privilégiée, la toute première option offerte aux personnes aînées, celle qui respecte leur choix comme l’ont démontré nombre de travaux et d’études au cours des trente dernières années.

Les solutions existent et ont fait l’objet d’expérimentation ailleurs dans le monde. Le Québec dispose en outre d’un important réseau d’experts pouvant être rapidement mobilisé et mis à contribution pour en arriver à des actions structurantes et opérationnelles à court terme. Les incontournables transformations sont connues et se déclinent en trois séquences.

1. Dans l’organisation générale du réseau de la santé et des services sociaux, les services à l’intention des personnes aînées sont des services de proximité, tout comme les services de première ligne. Dans cette perspective, l’hypercentralisation n’a plus sa raison d’être.

2. La gamme de services destinés aux personnes aînées doit être planifiée, organisée et gérée de façon autonome sur une base locale, dans un espace communautaire à dimension humaine. Ces services appartiennent à la communauté dans laquelleils s’inscrivent, l’autorité centrale n’ayant qu’à s’assurer d’une distribution équitable des ressources, d’une utilisation efficiente des fonds publics et de la formulation d’orientations générales. L’autoritarisme doit être exclu de ces démarches.

3. Le contrôle d’une communauté sur ses institutions, notamment celles qui s’adressent aux aînés, permet à la fois la mise en commun, par tous les partenaires et les proches aidants, d’un ensemble de ressources tout en favorisant l’exercice de la démocratie au niveau le plus significatif pour une communauté.

En toute cohérence, il faut considérer toute la gamme de services aux personnes aînées et trouver ainsi le nécessaire équilibre entre les différentes composantes d’un système où le soutien à domicile constitue le tout premier choix. Par ailleurs, les maisons des aînés devraient être considérées comme une solution de dernier recours plutôt que comme la panacée pour régler les difficultés observées durant la pandémie.

En s’inspirant de ce qui est connu et bien documenté, et ce, si l’on accorde la primauté au soutien à domicile, les solutions passeront certainement par le renforcement des services de première ligne, la mise à contribution de toutes les ressources d’une communauté et une gestion locale. Ces trois avenues ont été quasi évacuées au cours des dernières années.

Il va de soi, en complément, qu’on devra revoir les modes de gestion des soins de longue durée, qui ont été pénalisés par les choix de gouverne de la précédente réforme. En définitive, ce dont il est question ici, est ni plus ni moins qu’une véritable politique du vieillissement, plutôt qu’une simple mise à niveau, nonobstant leur importance, des soins de longue durée et des établissements qui les abritent ou les abriteront.


 
10 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 14 août 2020 05 h 30

    Messieurs Marc-André Maranda et Pierre Joubert, regardez...

    Messieurs Marc-André Maranda et Pierre Joubert, regardez ce que l'individu du nom de François Legault a fait alors qu'il était ministre de l'Éducation sous le gouvernement Bouchard et Landry, et ensuite de la Santé sous le gouvernement Landry. Tout était, pour utiliser les termes polis d'un chroniqueur professionel de ce journal, brouillon. Ce n'est certainement pas après plus de 20 ans qu'il deviendra brusquement autre chose. Mais il y a pire, en éducation, la forte majorité, très forte majorité des études universitaires indépendantes démontrent clairement que sa gestion de ce domaine était catastrophique dans tous les secteurs où il "dictait" des actions, des modes de fonctionnement, etc. Pour la santé, c'est lui qui a lancé le slogan que les médecins (tous les médecins) du Québec devraient avoir une rémunération aussi élevée qu'en Ontario - cela n'est pas passé dans les oreilles de sourd... Puis, pour gagner ses élections "je vais récupérer 1 milliard dans les revenus des médecins, puis ils vont payer... Ouais. Des journalistes, incluant de ce journal, lui ont remis le cas du milliard non récupéré sur le nez, et que les propos qu'il tenait alors qu'il était ministre de la Santé était la cause première de l'inflation hors proportion des salaires. Négations du brouillon Legault, avec bien entendu la faute, toute la faute aux autres. Même chose en éducation... La faute aux autres...

    Regardez la gestion générale de ce qu'il possible de nommer l'Affaire Virus... Cafouillages et désordres dans tout, absolument tout. Désastres en n'en plus finir, et ce dans tous les secteurs (hôpitaux, CHSLD, équipements de protection manquants, directives contradictoires, etc.), mais avec encore des propos - plusieurs accusations - similaires: c'est la faute aux autres, surtout à ceux d'en bas... Pire, lui et ses acolytes traitaient le personnel de première ligne qui osait se plaindre de "menteurs".

    Et vous, messieurs, êtes étonnés du "bordel" qu'il vient de causer. Misère noire...

    • Cyril Dionne - Abonné 14 août 2020 08 h 53

      Que vous avez raison M. Pelletier. Ce gouvernement et son premier ministre, eh bien, ils jouent dans la ligue de garage alors que nous avons besoin de professionnels aguerris en la matière. Que dire des 675 décès par million de population au Québec, un des totaux les plus hauts du monde avec un des territoires les moins densément peuplés sur la planète? Essayez maintenant Montréal qui approche le cap des 2 000 morts par million. Et c'est le silence radio pour une commission d'enquête sur les CHSLD. Évidemment, devinez qui sera blâmé pour incompétence?

      Leur gestion de la pandémie envers les plus vulnérables est presque un crime contre l’humanité au Québec. Aujourd’hui, ils pointent du doigt les autres alors que ce sont eux les responsables. Ils vantaient les « anges gardiens » alors que plusieurs étaient des sans papiers dans les CHSLD sans aucune éducation ou formation en la matière. Curieusement, dans toutes les autres provinces, ils n’ont pas connu ces morts par centaines dans les maisons pour aînés. Seulement au Québec après nous avoir dit sans rire qu’ils avaient la situation sous contrôle au début du mois de mars.

      Maintenant, ils nous parlent des maisons pour aînés comme ils nous parlaient des maternelles quatre ans. Par le temps qu’une de ses maisons pour aînés soit construite, la pandémie ne sera plus avec nous. Mais pour ceux qui ont perdu un être cher de façon inutile, les souvenirs amers demeureront. Il faut s’en souvenir aux prochaines élections.

    • Marc Pelletier - Abonné 14 août 2020 09 h 26

      1- Les soins à domicile libéreraient un certain nombre de lits dans les CHSLD, comme la COVID, malheureusement, l'a déjà mise amorcé.

      2- Les maisons des ainés (es), projet électoraliste du premier ministre, qu'il utilise encore dans ses tournées en région, ne répond pas aux besoins prioritaires de ainés qui demandent, sans les obtenir, des SOINS respectueux et adéquats dans tous les sens du terme.

      " Au train où vont les choses ", j'ai peu d'espoir que ni l'un ni l'autre de ces demandes bien concrètes des ainés ne puissent être comblées.

      Et " vogue la galère " dans le brouillard !

    • Serge Pelletier - Abonné 14 août 2020 14 h 34

      M. Dionne, le manque de responsabilité et de sanction disciplinaire menant au congédiement - congédiement avec rien en compensation on s'entend - est la cause première de l'irresponsablité des "boss" de tous les niveaux hiérarchiques. L'exemple vient de haut, très haut même... Du Cabinet de Premier ministre en personne.
      Prenez ce matin, Legault qui faut encore des pleurs d'indignation parce qu'il apprenait, via les journeaux/quotidiens, que plusieurs des "élèves" dans le programme accéléré de "préposé au bénéficiaire" n'avaient pas reçue aide monétaire depuis le début de la formation voici deux mois...
      Les pleurs habituels: "cela est inacceptable si c'est vrai, j'ai demandé qu'on corrige la situation, j'ai demandé que l'on corrige rapidement la situation... Etc.".
      En aucun moment il ne fut prononcer les mots "J'ORDONNE QUE LA SITUATION SOIT CORRIGÉE IMMÉDIATEMENT"...
      Il y toute une différence entre "je demande" et "j'ordonne". Et une bureaucratie connait parfaitement la différence entre l'un et l'autre des termes; demande = quand j'ai le temps de le faire; ordonne = cela je le fais drette là.
      Souvenez-vous, M. Dionne, quand l'un des journalistes "picottait" Arruda sur ces deux mots: vous demandez ou vous ordonnez Dr Arruda... Le Arruda répétait le "je demande" à répétion... Le journaliste pointilleux ne lâchait pas " ... vous n'ordonnez pas Dr Arruda?"... À bout de patience Arruda, rouge de colère, cria alors "je ne demande pas, j'ordonne, j'ordonne, j'ordonne". Mais pourquoi a-t-il fallut qu'un journaliste pointilleux par son picottement force Arruda à dire le mot "ORDONNE". Facile, facile: Arruda est un fonctionnaire de carrière et il sait très bien la différence entre les deux mots. Quand, c'est un ordre direct, c'est comme dans l'armée "on fait"... pour l'autre mot... Ben, si j'ai le temps, ou si cela me tente, j'ai autre chose à faire là (incluant boire mon café), etc."...
      Il y a toute une panoplie de mots qui est utilisée pour confondre la population.

  • Nadia Alexan - Abonnée 14 août 2020 08 h 30

    Favoriser d'abord le soutien à domicile avant d'entreposer les vieux dans les maisons de repos.

    Merci aux auteurs de mettre en avant les choix qui s'imposent pour aider les ainés à vivre dans la dignité. Trois options se distinguent: premièrement, le soutien à domicile constitue le tout premier choix. Deuxièment, «les maisons des ainés devraient être considérées comme une solution de dernier recours plutôt que comme la panacée pour régler les difficultés observées durant la pandémie.»
    Troisièmement, on doit se départir de la centralisation à outrance de monsieur Barrette du système de soins de santé pour favoriser les services à proximité.
    J'espère que le gouvernement est à l'écoute. Une société civilisée se distingue par la façon dont elle traite ses citoyens les plus vulnérables.

    • Serge Pelletier - Abonné 14 août 2020 13 h 49

      Très bien Mme Alexan, auf pour les problèmes qui touchent la centralisation. Le problème dans ces structures n'est pas la grosseur, mais le manque de responsabilités imputables par des congédiements s'il y a faute lourde. Actuellement il y a plus de 5,000 cadres supérieurs dans le système étatique québécois de la santé (nombre donné par la présidente de l'association des cadres supérieurs). Quand l'on parle de cadres supérieurs, il faut au minimum y ajouter des cadres intermédiaires, des chefs de service, et des cadres de premier niveau... Chacun de ses échelons comporte des adjoint(es)-administratifs(ves), des secrétaires, etc. Cela fait beaucoup de monde qui ne sont pas imputables pour faute avec possible sanction de congédiement. Avant la réforme dite Barrette, cela était encore pire, il y avait en plus 900 directeurs généraux (généralement un par établissement), avec de deux à quatre directeurs généraux-adjoints selon la "grosseur de l'hôpital"... Avec encore personne pouvant être congédiée pour faute. Au pire, "tu n'es pas bien bon icit toé, on va te muté pour que tu sévisses dans un autre secteur ou hôpital...". Voici environ 10 ou 11 ans, le scandale des 10 ou 12 morts en une année dans un hôpital - morts par manque de soins/hygiènes/salubrité des lieux... n'a rien donné de concret: mutation du directeur général dans un hôpital de Laval, mutation des directeurs-ajoints dans d'autres hôpitaux - tous avec mêmes rémunérations et avantages... Car ils disaient que ce n'était pas de leur faute, cétait la faute à l'autre... celui de l'employé odinaire de première ligne qui ne leur disait pas... Comme si le préposé au ménage était responsable du manque d'équipements/produits et des coupes budgétaires.
      Dites-vous, Mme Alexan, que plus il y a de directeurs de ci et de ça... plus il y a des réunions... et que le budget "café/voyages/sandwichs trois couleurs" est en croissance... Mais cela avec encore moins de responsables pouvant être congédiés, car lls ne savaient pas

  • Claude Gélinas - Abonné 14 août 2020 10 h 28

    Avant les maisons des aînés : des services de maintien à domicile et la mise à niveau des CHLSD.

    À moins d'y être obligé il est raisonnable de penser que dans l'état actuel de vétusté attribuable au déficit d'entretien ainsi qu'au manque de personnel, personne ne souhaite vivre en CHSLD tout en partageant une toilette commune source reconnue de microbes.

    Partant de cette réalité, avant de mettre en route ces maisons des aînées vendues comme jovialistes, le Gouvernement devrait poursuivre un double objectif : des services de maintien à domicile accessibles et de qualité ainsi que la mise à niveau des CHLSD dotés de climatisation en raison de la multiplication des vagues de chaleur avec en autant que possible des repas pris en commun ou en privé selon la volonté des personnes.

  • Colette Bérubé - Abonné 14 août 2020 11 h 28

    Le rôle de la 1ère ligne pour nos aînés

    Messieurs Maranda et Joubert remettent sur la table le rôle crucial des services de 1ère ligne tels que dévolus aux CLSC au début des années 1970. Ces dernies ont été rejetés à la marge d'un système hospitalo-centriste et occupent, depuis lors, la partie congrue de notre système de santé et de services sociaux.
    Sur la base de leur expérience, nos auteurs ont tout à fait raison de revenir à la source des problèmes que connaît notre système actuel. Leurs pistes nous renvoient directement à la place primordiale et au mandat initial que devaient remplir nos CLSC gérés par les communautés, avec moyens financiers et humains, tout en étant imputables au niveau de l'État.
    Enfin, avec une population vieillissante, nos auteurs plaident avec justesse pour une véritable Politique du vieillissement au Québec qui nous sorte de "la structurite" à outrance et de la désastreuse centralisation qui sont notre lot depuis des décennies.

    Colette Bérubé, Ph. D.
    Professeure d'université à la reraite

    • Serge Pelletier - Abonné 14 août 2020 18 h 18

      Exact Mme Bérubé. Malheureusement tout, absolument tout a été fait "tout croche" et ce dès le début. Prenez, entre autres, les heures d'ouverture... Les jours d'ouverture... Cela est d'un ridicule plus que consommé. Et dire qu'il s'agit de "première ligne", et bien, le malade doit obligatoirement le faire les bonnes heures et de jours d'ouvertures. Et même là, il y a des listes d'attente avant de "voir un médecin"...

      Et la situation ne cesse d'empirer dans tous les "services" restant. Avec toujours la faute au "pas bon pantoute et très mauvais gouvernement". À ce que l'on sait, ce n'est pas le ministre qui ordonne de ne plus faire le ménage, ni d'ailleurs le syndicat. Ce n'est pas le ministre non plus qui ordonne de ne pas enlever en été les "tapis" d'hiver sur le plancher des aires d'attente... La liste pourrait être fort longue des incongruités en gestion interne des CLSC... L'excuse pathétique du "on n'a plus de directeur général du CLSC ici", est loufoque. C'est comme dire que tout le monde fait comme il veut, et quand il le veut... sans aucun cadre (ou un représentant hiérarchique)... Et l'évaluation des services par les "malades", elle est où? Facile: NUL PART. Il n'y a même pas un petit carton d'évaluation style "St-Hubert" (ou universitaire pour les cours) pour sauver au moins la face.

  • Yvon Bureau - Abonné 14 août 2020 19 h 21

    OUI aux services et soins à domicile À 85% !

    OUI OUI OUI aux CLSC 24/7 ou au moins 18/7. AVEC les BUDGETS svp.