Hiroshima, Nagasaki et le blitzkrieg soviétique

«Le 9 août 1945, soit trois jours après la première bombe atomique et quelques heures avant la deuxième, l’URSS lançait 1,5 million d’hommes et 5500 blindés à l’assaut de l’État du Mandchoukouo défendu par l’élite fanatisée de l’armée impériale japonaise qui comptait 700 000 hommes sur papier», écrit l'auteur.
Photo: Archives Agence France-Presse «Le 9 août 1945, soit trois jours après la première bombe atomique et quelques heures avant la deuxième, l’URSS lançait 1,5 million d’hommes et 5500 blindés à l’assaut de l’État du Mandchoukouo défendu par l’élite fanatisée de l’armée impériale japonaise qui comptait 700 000 hommes sur papier», écrit l'auteur.

Le 9 août 1945, l’URSS de Joseph Staline lançait une offensive contre le Japon avec lequel il avait pourtant signé un pacte de non-agression en 1941. Staline avait appris à ses dépens qu’un tel pacte n’était pas une protection absolue, comme Hitler le lui avait démontré quatre ans plus tôt.

Staline se fit inviter par ses alliés à entrer dans le conflit en Asie à plusieurs reprises, aux conférences de Téhéran (1943) et de Yalta (1945). À chaque fois le dictateur acquiesçait aux demandes, mais reportait son intervention en prétextant que l’essentiel de ses efforts militaires devait aller à la libération de son territoire d’abord et ensuite à abattre chez lui le régime hitlérien, n’oubliant pas de répéter que l’Armée rouge affrontait l’essentiel des troupes allemandes. Or, ce fut la déclaration de Potsdam, dans laquelle les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine lançaient un ultimatum au Japon, le 26 juillet 1945, qui força Staline à se décider à intervenir.

Dans la tradition américaine, la campagne soviétique est vue comme un appendice à la décision du Japon de capituler, largement provoquée par le bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki. À l’opposé, la tradition russe a tendance à présenter « la campagne de Mandchourie » comme le facteur déterminant de la reddition japonaise. Il faut reconnaître que la participation soviétique forçait ni plus ni moins à la capitulation sans condition. Une prise de l’île d’Hokkaido par l’Armée rouge aurait été une catastrophe pour l’Empire japonais.

Au dire de son bras droit Viatcheslav Molotov, Staline aurait été préoccupé durant toutes les années 1930 par la possibilité d’une guerre sur deux fronts, contre l’Allemagne à l’ouest et le Japon à l’est. Entre 1932 et 1939, l’URSS a été, on l’oublie très souvent, dans un état de guerre larvée contre le Japon. Forte de son alliée, la République populaire de Mongolie, l’Union soviétique multiplia les escarmouches contre l’État fantoche du Mandchoukouo, créé en Chine par le Japon en 1932, dans ce qu’on a appelé « la Guerre des frontières » dont l’essentiel des affrontements eut lieu en Mandchourie et en Mongolie et qui s’est soldée par une victoire des forces soviétiques commandées par Joukov.

Cette bonne performance en guerre mobile permit à Staline de soutirer un pacte de non-agression au Japon signé en avril 1941, à la veille de l’offensive allemande contre l’URSS. À plusieurs reprises, Hitler tenta de faire sortir l’Empire nippon de sa neutralité face à l’URSS, mais sans succès. Ce fut plutôt Staline qui rompit le pacte avec le Japon.

Blitzkrieg soviétique

Le 9 août 1945, soit trois jours après la première bombe atomique et quelques heures avant la deuxième, l’URSS lançait 1,5 million d’hommes et 5500 blindés à l’assaut de l’État du Mandchoukouo défendu par l’élite fanatisée de l’armée impériale japonaise qui comptait 700 000 hommes sur papier. Staline avait commencé à transférer des troupes d’Allemagne dès le mois de mai et confié le commandement au maréchal Vassilevski. L’URSS pourra mettre en pratique l’appui aérien et blindé aux opérations d’infanterie et la guerre amphibie sur le fleuve Amour, et lancer de véritables opérations « en pinces ».

En face, le haut commandement japonais ne put compter que sur l’espoir de voir l’alliance américano-soviétique se fissurer et sur le fanatisme de ses troupes. Le blitzkrieg soviétique fut fulgurant : en trois semaines, les troupes de Vassilevski ont pulvérisé l’armée japonaise, réduit l’État mandchou en cendres, occupé la partie nord de la Corée, repris les îles Sakhaline et les Kouriles, perdues par la Russie tsariste en 1905, et menacé Hokkaido. Le Japon capitulait le 2 septembre.

La décision de lancer des bombes atomiques sur l’ennemi nippon a été justifiée traditionnellement par les pertes anticipées découlant d’un débarquement américain au Japon. Selon l’historien Tsuyoshi Hasegawa, les deux bombes ne peuvent isolément expliquer la capitulation japonaise. Or, pour le président Truman, les bombes permettaient de venger Pearl Harbour et aussi d’intimider Staline qui montrait son appétit territorial et qui disposait d’une supériorité en troupes et en armes traditionnelles en Europe, mais, pas encore, de LA bombe.

Staline a donné le coup de grâce à un Japon, à bout de souffle certes, mais qui aurait pu encore infliger de lourdes pertes aux Alliés. Du même coup, il « réparait » les pertes de la Russie tsariste, et se positionnait stratégiquement dans le nord de la Chine et en Corée et à un coût relativement faible par rapport à ce que la défaite du IIIe Reich lui avait coûté. Toute histoire est réécriture perpétuelle et celle de la Deuxième Guerre mondiale l’illustre admirablement.

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