Le tramway de Québec, le projet d’une élite

«Ce serait de la pure folie de laisser un projet aussi incomplet et dénué de logique venir défigurer Québec», écrit l'auteur.
Illustration: Ville de Québec «Ce serait de la pure folie de laisser un projet aussi incomplet et dénué de logique venir défigurer Québec», écrit l'auteur.

Nous sommes pour l’amélioration de l’offre de services du Réseau de transport de la capitale (RTC), mais rien ne justifie le tramway, ce projet pharaonique mal adapté à notre région, de l’avis même des usagers. Affirmer le contraire relève de la partisanerie visant à faire accoucher un projet qui n’a pas été présenté de façon démocratique aux citoyens de Québec.

Avec la COVID-19, seul un prophète pourrait identifier les nouvelles habitudes de transport des citoyens de Québec […]. Notre économie est déjà affectée par la pandémie et nous croyons que les sommes qui avaient été prévues initialement seraient avantageusement réaffectées à l’aide aux entreprises éprouvées par le confinement. Le projet qui est présenté est le projet de tramway le plus cher au kilomètre au monde.

L’empressement des partisans du tramway de procéder à l’appel d’offres découle de la peur et de la constatation que les citoyens désapprouvent majoritairement le projet, et ce, à plus de 60 %, comme l’indique un récent sondage. À l’approche des élections municipales de novembre 2021, les partisans du tramway ont besoin de sécuriser les ententes afin d’empêcher qu’une nouvelle administration, démocratiquement élue, puisse annuler le projet. Nous trouvons franchement honteux ce type de comportement qui fait fi des préoccupations des contribuables de la région.

Improvisation

Le bureau de projet est incapable de répondre à plusieurs questions qui lui sont formulées. Ce serait de la pure folie de laisser un projet aussi incomplet et dénué de logique venir défigurer Québec. Pensons seulement aux 1701 arbres matures qui seront abattus. Comment des organismes qui ont pour but de défendre l’environnement peuvent-ils signer une missive en faveur de ce projet (Collectif, « Le tramway de Québec dans la dernière ligne droite », Le Devoir, 3 août 2020) ?

On mentionne que le directeur du bureau de projet parle de respecter les budgets prévus, mais il nous a dévoilé durant les audiences du BAPE avoir l’intention de demander une subvention additionnelle de 700 millions de dollars au Fond vert du gouvernement et à Hydro-Québec. D’ailleurs, les experts s’entendent pour dire qu’avec les modifications apportées, on parle maintenant non pas d’un projet de 3,3 milliards, mais bien plus d’un projet de 5 milliards de dollars. Une pure folie dans le contexte économique actuel. Ce même bureau de projet est incapable de répondre à des questions spécifiques que lui pose le BAPE.

On nous parle de qualité de vie avec ce projet. Parlez-en à ceux dont la résidence sera à cinq mètres du trajet de tramway. Aux commerçants qui auront à endurer pendant quatre ans des travaux qui empêcheront leur clientèle de venir visiter leurs commerces librement. Des 148 carrefours infranchissables par les voitures en raison de l’installation d’une dalle de béton. De l’augmentation de 244 % de la circulation au pied de la côte Saint-Sacrement. Des 21 minutes de plus pour accéder à la colline Parlementaire à partir du bas de la ville, dans Saint-Roch. Des 3 ans de dynamitage dans le quartier Saint-Jean-Baptiste et des 40 000 voyages de camion nécessaires pour évacuer le matériel. Qualité de vie, vraiment !

Le gouvernement doit faire preuve de logique et de bonne gestion et constater que ce projet ne correspond en rien à ses exigences initiales de couverture de la toile périphérique, d’interconnexion avec la rive-sud et de respect des budgets, comme l’avait mentionné la vice-première ministre, Geneviève Guilbault.

Besoins de la population

Les contribuables méritent un meilleur respect que ce que l’administration municipale actuelle a su démontrer en utilisant à plusieurs reprises sa majorité afin d’empêcher la tenue d’un référendum clair sur la question.

Nous tenons à affirmer que nous sommes pour l’amélioration du réseau de transport en commun de la capitale nationale et que ce réseau doit être accessible au plus grand nombre de citoyens. Considérant que le projet actuel ne compte pas desservir l’aéroport, le mégahôpital, l’édifice du Revenu, la gare de train ou le centre Vidéotron, il est clair qu’il ne correspond pas aux besoins de la population. Il s’agit plutôt du rêve d’une certaine élite qui ne rejoint en rien l’opinion majoritaire des contribuables.

Monsieur le premier ministre François Legault, laissez les gens de la région de Québec décider et établir clairement leurs besoins à l’élection de novembre 2021. Il faut décréter immédiatement un moratoire sur le projet actuel et un gel des sommes déjà octroyées dans le dossier.


 
10 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 6 août 2020 06 h 36

    Et votre solution, nitchevo?

    Je ne me prononce pas sur le projet tramway mais où est votre proposition précise pour régler le problème du trafic est-ouest et vers le centre-ville. Vous vous contentez de vous opposer à tout?
    JF Gosselin a perdu son élection référendum sur l'inepte 3e lien à l'est et il n'a même pas été élu; quelqu'un a dû lui céder sa place. Et il a récemment condamné le projet de tunnel vers le centre-ville. Cf. « Jean-François Gosselin remet en question le troisième lien » La Presse 6 mai 2020
    Votre solution, c'est le châr ou le télé-travail? Selon «Sortons les radios poubelles», parions sur le châr roi et maître du maire de Lévis. Certainement pas le transport en commun.
    Quant à la tirade éculée sur «l'élite», que vous souhaitez remplacer, je vous souhaite un chirurgien qui en fasse partie, une fois sur la table d'opération.
    «Qui se cache derrière No way tramway / Tramway non merci?», Sortons les radios poubelles, 18 juillet 2019

    Un beau dégat en perspective, si vous prenez le pouvoir «au nom du peuple».
    «Québec 21 est né d’un fort courant de «droite» animé notamment par des animateurs de radios privées partisans d’un gouvernement minimal qui ferait le moins de dépenses possible. »
    «Comment Jean-François Gosselin a «perdu» et regagné son parti» François Bourque, Le Soleil, 2019

  • Jean Lacoursière - Abonné 6 août 2020 07 h 59

    L'auteur écrit :

    « Le projet actuel ne compte pas desservir l’aéroport, le mégahôpital, l’édifice du Revenu, la gare de train ou le centre Vidéotron. »

    Rien que çà suffit à disqualifier le projet actuel.

  • Gilles Théberge - Abonné 6 août 2020 10 h 04

    C'est vrai qu'à Québec vous êtes nés pour des petits pains.

    Quant un projet est un peu plus gros qu'à l'ordinaire, ou que ça risque de vous propulser dans la modernité où encore que c'est trop avancé vous prenez peur rapidement.

    Je me souviens notamment de l'escalier magistral qui avait été proposé au maire l'Allier. Un cadeau de la France, à la Ville de Québec à l'occasion de l'anniversaire de sa fondation 400 ans plus tôt. Escalier qui ne vous aurait rien Ç'aurait été un monument urbain qui aurait sorti la ville de Québec de l'ordinaire, et l'aurait propulsé au nombre des villes aux avantages particulier. Par exemple à l'exemple de la montagne de Buerens à Liège.

    Le "tam tam" des radios poubelle s'en est donné à cœur joie et au lieu d'un escalier magistral, finalement, ben vous n'avez eu droit qu'à une place ordinaire. Bravo les champions !

    Non, c'est pas drôle d'être nés pour un petit pain...

  • François Boulay - Abonné 6 août 2020 10 h 48

    Tramway

    Quel que soit le projet et le traçé, ça implique de très gros travaux, de nombreuses expropriations et de gros inconvénients pendant des années. C'est à la population de Québec de choisir.

  • Guy Ducharme - Abonné 6 août 2020 10 h 53

    Nés pour un petit pain?

    Rêve d'une certaine élite? On en a marre de ce genre d'argument, qui a comme corollaire que les gens de Québec devraient se contenter de ce qu'ils ont, c'est-à-dire des autoroutes, des gros "chars" et des radios bassement populistes qui flattent la droite rétrograde. Les arguments invoqués dans cette lettre d'opinion concernent surtout le court terme, c'est-à-dire la durée des travaux, qui occasionneront bien sûr des inconvénients, mais ne pouvons-nous pas voir plus loin que le bout de notre "hood de char" et, oui, rêver d'un système de transport collectif digne de ce nom? Ainsi, à cette première ligne de tramway, d'autres pourraient se greffer avec le temps, lesquelles desserviraient, par exemple, "l’aéroport, le mégahôpital, l’édifice du Revenu, la gare de train ou le centre Vidéotron", comme semble le souhaiter M. Lachance, qui se dit "pour l’amélioration de l’offre de services du Réseau de transport de la capitale (RTC)", mais ne propose aucune solution de rechange au tramway. Faisons un premier pas dans le XXIe siècle. Les autres pas suivront.