Peut-on refuser la société techno-médicale?

«Ceux qui osent défier les balbutiements possibles d’une société techno-médicale autocratique sont immédiatement traités de complotistes ou carrément d’égoïstes», écrit l'auteur.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse «Ceux qui osent défier les balbutiements possibles d’une société techno-médicale autocratique sont immédiatement traités de complotistes ou carrément d’égoïstes», écrit l'auteur.

La civilisation moderne évolue présentement à un rythme sidérant. Les possibilités technologiques et médicales ouvriront bientôt des possibles enivrants aux prochaines générations. Déjà, nous voyons l’incidence des études statistiques quasi instantanées sur les décisions de santé publique : la gestion de la crise du coronavirus en est un exemple frappant.

De nombreux choix de société réalisés ces derniers mois sont la résultante directe de notre foi en la science et de notre désir d’éviter la mort à tout prix. Sans ces paradigmes inconscients, partagés par la plupart des citoyens, nous aurions probablement pris une tout autre direction. Aurait-elle été meilleure ou plus avisée ? Là n’est pas la question.

Constatons simplement que nos décisions collectives sont de plus en plus fondées uniquement sur la parole de certains experts scientifiques. Le règne de l’équation « mesure sanitaire positive prouvée par la science = décret appliqué par les gouvernements » est maintenant commencé. Les personnes qui souhaitent se soustraire à cette formule mathématique n’ont aucune voix au chapitre.

Pourtant, l’imposition de mesures sanitaires aussi vastes, à l’effet multidimensionnel, ne devrait pas être laissée uniquement entre les mains de la Santé publique et des politiciens. Ainsi, nous devrions inclure à la table décisionnelle des philosophes, des psychologues, des sociologues, des économistes, etc. Les dommages collatéraux du confinement, de la distanciation sociale ou du port du masque, devraient peser dans la balance lorsque vient le temps d’outrepasser certains droits individuels fondamentaux et de bouleverser le tissu social.

Qui peut prédire où ces transformations profondes nous mèneront ? Le progrès, lorsqu’il se présente avec des ornières, se révèle rarement une avancée réelle.

Malgré tout, certains proclament qu’il faut éviter le sophisme de la pente glissante et refusent de se projeter dans l’avenir. Le problème, c’est que nous sommes déjà en train de glisser, et depuis assez longtemps. Nous avons progressivement accepté que le monde médical devienne le centre de nos vies, à travers des médications diverses pour traiter toutes les pathologies physiques et psychologiques imaginables. Nous avons remis notre pouvoir à l’extérieur sans nous poser beaucoup de questions sur les causes de tous ces déséquilibres, de la même façon que nous acceptons à présent sans broncher des mesures massues pour corriger les effets méconnus d’un virus.

D’autres visions du monde

Quelle place reste-t-il pour toutes les personnes qui cultivent une autre conception du monde, où la prudence élémentaire ne commande pas de verser dans des extrêmes parfois déshumanisants ? Est-il possible de se sentir encore partie prenante de cette société nouvelle où tout un chacun se considère désormais un danger potentiel pour son prochain ? Et si nous ne voulons pas faire de la guerre aux virus un projet de société, mais que nous espérons plutôt la fin de toute lutte envers la nature, comment ne pas se percevoir tel un étranger en son propre pays ?

Ces questions hantent certainement tous les objecteurs de conscience, en cette époque troublée où on demande à chaque personne de penser à « sauver des vies » et d’ignorer tout le reste.

Toutefois, se pourrait-il que certaines de ces personnes soient simplement connectées à une autre façon d’entrevoir le monde, tellement différente qu’elle paraît un peu extraterrestre ? Plutôt que de tenter de les museler, la société ne devrait-elle pas au contraire leur tendre l’oreille ? Après tout, qui sait si un jour, à l’aune d’une percée révolutionnaire, nous ne souhaiterons pas nous-mêmes avoir le choix d’accepter ou de refuser les suggestions des experts scientifiques et des gouvernements.

En défendant la capacité de choisir de chaque personne, au-delà de nos propres croyances, peurs et idéologies, nous assurons la continuité d’un rêve récent et très fragile dans l’histoire de l’humanité : le respect de l’intégrité individuelle, indépendamment du bien-être potentiel du groupe. En effet, l’intérêt supérieur de la collectivité est forcément subjectif et soumis aux aléas des valeurs d’une époque, tandis que l’intégrité de l’individu a une valeur plus définitive et moins arbitraire. Gardons-nous donc de ne pas prendre au sérieux les changements auxquels nous assistons, même s’il serait surprenant que cette nouvelle norme sociale puisse perdurer dans le temps.

27 commentaires
  • Simon Harvey - Abonné 30 juillet 2020 06 h 35

    Les complotistes ont évacué votre message.

    Merci pour votre commentaire éclairé monsieur Drouin. J'en suis!
    Mailheureusement, il n'y a rien de pire que des mensonges pour valider le point de vue adverse. Les points de vue doivent être diversifiés, mais pour être entendus et validés, ils doivent aussi atteindre un certain niveau de compétence. Or, un sophisme reste un sophisme, et il amène à regarder dans l'autre direction lorsqu'il est mis à jour. Les complotistes comme Alexis Cossette ont complètement évacué votre point de vue des plus valides et sont venus renforcer le point de vue dominant en fondant leurs critiques sur des théories "satanistes et sionistes" qui n'ont rien à voir avec la santé publqiue. Je serais propbablement anti-masque si ce n'était des affiliations que cela implique maintenant sur le plan de la culture politique..
    L,absence de pensée critique est bien réelle et doit faire partie du débat. Nous avons le devoir de juger, et le discours actuel ne peut et ne doit pas se fonder sur une clique étroite d'experts, pas plus que sur une clique étroite de propagandistes malhonnêtes. .

  • Françoise Labelle - Abonnée 30 juillet 2020 07 h 33

    La conspiration techno-médicale

    «nos décisions collectives sont de plus en plus fondées uniquement sur la parole de certains experts scientifiques»
    Revenons sur l'épisode de la chloroquine, toujours vendue par le Dr Trump et sa gourou reptilienne. Le Dr Raoult, fort de sa réputation, suggérait la chloroquine comme traitement anti-covid. Les autres membres de cette communauté scientifique, si soudée selon vous, ont demandé des preuves. Raoult n'avait que sa réputation à offrir. Voilà pour la science, fondée sur des preuves toujours à refaire et sur le doute systématique, le tout mu par les conflits d'égo, l’hommerie.
    Face au prochain virus qui se répandra rapidement et pour lequel vous n'avez pas de défense immunitaire, qui allez-vous écouter? Les vendeurs qui ne doutent de rien ou les scientifiques qui doutent de tout?

    Penchez-vous plutôt sur la faible distanciation entre la science et le commerce. La famille Sackler est devenue une des plus riches des USA en convainquant les médecins de famille que les opioïdes étaient sans danger. On vous convaincra bientôt que les voitures autonomes le sont également même si personne ne sait dans le détail comment le véhicule a pris la décision de frapper un arbre. La voiture «autonome» est l'argument de vente de la 5G, qui ne répand pas de virus, au sens médical, du moins.

  • François Beaulé - Inscrit 30 juillet 2020 08 h 13

    La position de M. Drouin est contradictoire

    Il prétend que les mesures prises actuellement par les gouvernements du monde le sont à l'encontre de l'intégrité des individus. Or c'est tout le contraire. Si la liberté des gens est contrainte par la distance qu'ils doivent garder entre eux et par le port du masque dans les lieux publics, c'est justement pour protéger l'intégrité physique de tous les individus.

    On peut cependant questionner l'effet global sur la société : comment la dette des États sera-t-elle assumée par les individus dans l'avenir ?

    Les mesures prises protègent davantage les plus de 40 ans que les plus jeunes qui ont peu à craindre du coronavirus. Sont-ce les plus de 40 ans qui assumeront les conséquences financières des mesures sanitaires ? Et n'est-ce pas surtout les jeunes qui subiront les conséquences du chômage accru ?

    • Hélène Paulette - Abonnée 30 juillet 2020 10 h 30

      Les mesures prises protègent tout le monde et les moins de quarante ans sont en train de l'apprendre à leurs frais...

  • Normand Ouellet - Abonné 30 juillet 2020 08 h 47

    Un arbitraire que l’on voudrait collectif ...

    Malgré le fait que la science soit une source de lumière qui permette d'appréhender et comprendre notre monde, à l'échelle de l'incommensurabilité de notre univers, la connaissance qu'elle génère ou si vous préférez, cette lumière scientifique, demeure lointaine et ne représente qu'une faible lueur dans le ciel nocturne de la connaissance.

    Alors, nos réelles motivations nous viennent plus souvent de nos conditionnements programmés par les stimulus de survie liés à notre sécurité ou par les stimulus émotionnels liés à nos phantasmes et plaisirs. Nos actions sont conditionnées davantage par ces stimulus qui ont peu à voir avec la connaissance.

    Notre monde est conséquemment construit sur un arbitraire que nous souhaitons collectif. Et pour que cela en soit ainsi, il faut avoir une programmation commune. Nous nous chicanons pour définir notre réalité collective et les élites peinent à maintenir le troupeau ensemble.

    Vous avez raison de dire: "En effet, l’intérêt supérieur de la collectivité est forcément subjectif et soumis aux aléas des valeurs d’une époque, tandis que l’intégrité de l’individu a une valeur plus définitive et moins arbitraire". Pour ma part, je crois que l'intérêt personnel et individuel est tout aussi arbitraire mais à tout le moins, l'individu est très souvent en accord avec lui-même.

    Avec la beuverie accumulative des ressources concentrées entre très peu de mains et la perte de confiance qu'elle génère, le collectif ne crois plus les bergers et il en vient à croire que la pandémie est une campagne promotionnelle pour les vaccins ... une autre vague ou une autre tournée de cette grande beuverie!

  • Réal Gingras - Inscrit 30 juillet 2020 09 h 12

    Sur la norme sociale

    Ne serions-nous pas en train de passer de la norme sociale à la norme vitale? Dixit Bernard-Henri Lévy. …mais on ne peut pas ”éviter la mort à tout prix”. Elle viendra à un moment donné.
    L’espérance de vie des hommes est de 79 ans et celle des femmes de 85 ans.
    Je suis d’accord pour dire qu’il faut des philosophes, des psychologues, des sociologues, des économistes. Ce sont les algorithmes de calcul des ordinateurs qui font l’analyse des données et qui aboutissent comme le dit monsieur Drouin à l’équation: « mesure sanitaire positive prouvée par la science = décret appliqué par les gouvernements ».

    La médecine n’a qu’un but avec la longévité qui s’étire de plus en plus dans les pays occidentaux : retarder l’échéance. C’est louable mais a quel prix? Plus on vieillit , plus on devient vulnérable. C’est la norme et l’angoisse devant la mort qui approche, virus ou pas, est, elle aussi, de plus en plus présente.
    J’ai 67 ans, ma mère 92 et mon beau-père 96. La médecine les tient en vie déjà depuis quelques années et les résidences où ils habitent assurent le respect de leur intégrité individuelle. Tout va bien pour eux. Ils ne sont pas éternels.

    Depuis le début de cette pandémie, je réclame le droit à l’objection de conscience et, bien sûr, je souhaite me soustraire à cette formule mathématique basée sur des projections informatiques issues de toute une pléiade d’applications qui, par les résultats obtenus, font en sorte que les hommes ne décident plus. La première ornière émane de la lumière bleue que vous avez devant les yeux tous les jours.

    Existe-t-il un programmeur pouvant mettre en place dans un ordinateur un algorithme pour analyser cette pensée… « Ce qui tourmente les hommes, ce n’est pas la réalité, mais les jugements qu’ils portent sur elle. » (Épictète) … et les décisions qui en découlent.