Le rôle des comportements humains et du climat

«Le climat à lui seul ne limitera pas significativement la croissance de la pandémie au cours du temps», soutient l'auteur.
Photo: Josep Lago Agence France-Presse «Le climat à lui seul ne limitera pas significativement la croissance de la pandémie au cours du temps», soutient l'auteur.

Au moment où l’épidémie semble repartir en Europe, principalement sur les régions côtières, les faits semblent montrer que le SRAS-CoV-2 ne serait a priori pas saisonnier. Serait-ce parce que les régions littorales concernées présentent des températures plus fraîches ?

On prête en effet au virus une résistance plus faible à la chaleur. Non bien évidemment, puisqu’il s’agit, en partie, de cas dits importés et suivant probablement les flux touristiques. La flambée des cas ces dernières semaines en Floride, malgré les forts indices UV et la chaleur, confirme que si l’effet climatique existe, il est faible. Le climat n’aurait-il alors que peu d’effets sur l’épidémie, contrairement aux souhaits que certains formulaient il y a quelque temps lors de l’accalmie ou à ce qu’affirmaient dès l’hiver dernier certains comme Trump?

Contrairement à d’autres virus du même type (SRAS) ou à la grippe (influenza), le SRAS-CoV-2 pourrait être plus résistant aux conditions atmosphériques. En fait, son taux de transmission plus élevé expliquerait qu’il présente des liens avec le climat plus faibles.

Les études de l’impact des facteurs météorologiques (températures, humidité, précipitations, ensoleillement) sur le SRAS-CoV-2 sont encore peu nombreuses. Elles sont de deux types : les études en laboratoire qui cherchent à apprécier la résistance du virus sur des surfaces, à l’air libre ou à des conditions météorologiques simulées (forte chaleur et humidité par exemple) et les études statistiques, partiellement menées à partir de modèles et données épidémiologiques couplés à des données climatiques.

Si certaines études suggèrent que le climat pourrait réduire la propagation du virus, les effets négatifs sur le nombre de décès ou le taux de transmission ne seraient pas tous robustes, au mieux sont-ils faibles, comme en témoigne une étude de R. Baker de Princeton et de ses co-auteurs dans Science. Au final, le bilan des études est nuancé.

Sans mesure de contrôle effective, de fortes flambées épidémiques sont probables, même dans les climats plus humides et à forte température, et le climat à lui seul ne limitera pas significativement la croissance de la pandémie au cours du temps. Par ailleurs, les pandémies ne suivent pas forcément les mêmes dynamiques que les épidémies dites classiques (la grippe espagnole par exemple) et il est difficile d’extrapoler les résultats sur la résistance des autres virus au SRAS-CoV-2.

Alors si le climat n’est pas à la hauteur de ce qu’on lui prêtait, à l’instar de ce qu’il permet en nous épargnant de la grippe dite (sic) saisonnière chaque hiver, ne s’agirait-il pas d’un problème de spécifications et de corrélation fallacieuse que commettent les scientifiques ? Sans rentrer dans les détails de la statistique, il est bien évidemment nécessaire de contrôler les déterminants attendus : démographie, flux touristiques, qualité et quantité des infrastructures médicales, immunité croisée, stratégies de contrôle du virus et même niveau de pollution.

La plupart des études sérieuses récentes — ce n’était pas le cas de toutes les premières courtes études sur le sujet — le font de manière directe ou indirecte. Elles parviennent à des résultats assez convergents : si les facteurs climatiques ont un effet significatif, ils demeurent faibles, notamment à des niveaux de température moyens. Si les facteurs météorologiques agissent, ce n’est que sous des conditions particulières, par exemple uniquement pour des températures excédant 25 °C pour un dernier document de travail de Harvard ou des climats particulièrement humides (humidité relative de plus de 40 %). Au final, les coefficients demeurent dans tous les cas mesurés et toutes choses égales par ailleurs, le climat n’est qu’un facteur faiblement améliorant mais non décisif.

Facteurs comportementaux

Le débat est-il pour autant clos ? Non, car les études ont pris en compte essentiellement l’impact des facteurs climatiques direct ou physique. Or, le vrai canal de transmission des facteurs météorologiques doit être appréhendé par le biais des comportements humains. Les facteurs directs sont assez univoques : fortes températures, UV et humidité ont tendance à réduire la survie du virus. Mais les facteurs comportementaux (mobilité, rapport à la peur du virus, distanciation sociale, port du masque) sont plus complexes. En effet, lorsqu’il fait chaud et beau, nous avons tendance à davantage sortir, à aérer maisons et appartements, permettant au virus de moins stagner dans des environnements confinés, particulièrement dangereux pour la transmission. Mais quand il pleut et qu’il fait froid, c’est le contraire, nous restons davantage confinés et permettons au virus de circuler.

Ce n’est en fait pas si simple car lorsqu’il fait beau et chaud, nous sommes aussi plus nombreux à sortir, à aller en terrasse, au parc ou à la plage, nous rechignons à porter ou à garder le masque, nous assistons à des spectacles collés serrés, fût-ce à l’air libre, faisant fi pour certains de la distanciation sociale et retrouvant des comportements grégaires dangereux. Dans ces cas, le climat devient défavorable et peut aggraver l’épidémie et des canaux indirects. Au final, l’effet global du climat dépendra de l’effet net des facteurs physiques par rapport aux comportements humains. Il peut amoindrir la transmission comme l’aggraver selon la rigueur de nos comportements. Scruter la météo ne sert donc à rien si on ne s’astreint pas aux bons comportements individuels !

Au final, si la COVID-19 est moins saisonnière, ne serait-ce pas parce qu’elle est plus contagieuse ? Quels que soient l’impact physique réel du climat et la légère possible dynamique saisonnière du virus, le port du masque et les mesures de distanciation, comme le martèlent à juste titre nos médecins, sont bel et bien les seuls moyens qui nous permettront de contenir le virus. Les derniers décrets rendant obligatoire le masque en France ou au Canada vont assurément dans le bon sens.


 
3 commentaires
  • David Huggins Daines - Abonné 29 juillet 2020 07 h 17

    Climatisation

    On ignore souvent l'importance de la climatisation dans ce qui se passe en Floride. On savait déjà (par des études au Wuhan) que le flux d'air recirculé dans des espaces clos peut entraîner des contaminations importantes. Les Européens connaissent mal à quel point la vie se passe à l'intérieur en été aux États-Unis, surtout dans le "Sun Belt".

    Peu import qu'il fasse chaud à l'extérieur au Sud des États-Unis! Ce n'est pas à l'extérieur que se passe la vaste majorité de la contagion!

  • Françoise Labelle - Abonnée 29 juillet 2020 07 h 32

    Progression géométrique de la contamination

    «Au final, si la COVID-19 est moins saisonnière, ne serait-ce pas parce qu’elle est plus contagieuse ?»

    On explique l'explosion de cas dans les états du sud américain par la progression de contamination géométrique, plus que par une ruée dans les bars ou les sur les plages (vérifié par le traçage de cellulaires). La progression géométrique double à chaque pas: 1, 2, 4, 8, 16... 256, 512, 1,024.
    Le problème, c'est que dans les états qui ont ouvert trop tôt, la progression ne partait pas de 1. Le jour où le Texas a «ouvert», il y avait 1,270 nouveaux cas, plus du double en Géorgie et 15,000 cas à l'ouverture de la Floride. Un peu d'activité suffit.
    «The geometry of the pandemic in America», The Economist 13 juillet.

  • François Beaulé - Inscrit 29 juillet 2020 09 h 45

    La Covid est beaucoup plus contagieuse que la grippe

    L'hypothèse d'un possible caractère saisonnier à l'épidémie causée par le coronavirus a été faite par des médecins du Québec. Au mois d'avril, j'ai entendu à la radio l'ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette, exprimer sa conviction que l'épidémie ralentirait en été et qu'il faudrait s'attendre à une 2e vague à l'automne. Le Dr Alain Vadeboncoeur appréhendait la même chose à la même époque. Et bien d'autres médecins. Moi, je n'en croyais rien.

    Les croyances de ces médecins reposaient sur leur expérience de la grippe, qui est, elle, saisonnière. La réduction de la contagiosité de la grippe au printemps et en été est suffisante pour faire passer le fameux facteur R sous le nombre 1. En hiver, le facteur R de la grippe est entre 1 et 1,5. Alors que le facteur R0 du nouveau coronavirus est au-dessus de 2. Même si le climat avait un impact sur la transmission du coronavirus, il aurait fallu que le facteur R0 tombe sous 1 pour éviter sa diffusion géométrique sans mesure de distanciation et de lavage des mains plus fréquent. Ce qui est très peu probable.

    Mais il y a plus. La contagion accrue du coronavirus comparée à celle de la grippe se fait directement dans l'air d'une personne à l'autre. Alors que la diffusion indirecte, en touchant des surfaces, est le mode principal de la transmission de la grippe. La variation de la « survie » du coronavirus sur des surfaces selon la saison n'a donc que peu d'impact global sur la contagiosité de ce dernier.