L’espoir juridique des jeunes pour protéger l’environnement

«Devant la lenteur de l’action gouvernementale, certains jeunes se tournent vers les tribunaux pour faire respecter leurs droits», écrit l'auteur. 
Photo: Jens Meyer Associated Press «Devant la lenteur de l’action gouvernementale, certains jeunes se tournent vers les tribunaux pour faire respecter leurs droits», écrit l'auteur. 

Dans une lettre adressée aux 27 chefs d’État de l’Union européenne, l’adolescente suédoise Greta Thunberg demande l’adoption de « sept premiers pas pour éviter un désastre climatique et écologique ». L’élite de la jeunesse a compris que ce sera sa génération qui subira de plein fouet les effets dévastateurs des changements climatiques. Mais les gouvernements, menottés par des lobbys pétroliers bien structurés, se traînent les pieds. Devant la lenteur de l’action gouvernementale, certains jeunes se tournent vers les tribunaux pour faire respecter leurs droits.

C’est le cas de sept jeunes qui poursuivent le gouvernement ontarien de Doug Ford parce que celui-ci a répudié la bourse du carbone (« cap and trade »), ce qui réduirait l’efficacité de la lutte contre les changements climatiques de cette province. Selon eux, cette inaction entraînerait des maladies et la mort de nombreuses personnes de leur génération, ce qui violerait « leur droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne » tel que garanti par la Charte canadienne des droits et libertés. Le groupe Ecojustice les aide à naviguer dans les dédales du système de justice ontarien. Espérons que Sophia, Zoe, Shaelyn, Shelby, Alex, Madison et Beze sauront faire comprendre le bon sens à ce gouvernement réfractaire à l’idée de lutter contre les changements climatiques.

Ils ne sont pas les seuls à emprunter la voie judiciaire, malgré toutes les embûches et toutes les difficultés d’une telle démarche, rendue nécessaire par l’inutilité pratique de la voie législative. Après la COP23, James Hansen déclarait que « la voie législative ne fonctionne pas puisque c’est l’endroit où les lobbyistes ont le haut du pavé ». Ce climatologue bien connu s’est engagé comme demandeur pour la génération montante, car sa petite-fille, Sophie, est également demanderesse dans cette cause.

Entre autres jeunes, Jacob Lebel, un jeune originaire du Québec qui vit maintenant dans l’État de l’Oregon, s’est joint à ce groupe de 21 jeunes Américains qui poursuivent le gouvernement des États-Unis « afin de le forcer à arrêter d’encourager le réchauffement de la planète ». Cette poursuite connue sous le nom de « Youth v. Gov » avait été lancée en 2015 par Kelsey Juliana qui avait décidé de poursuivre l’État de l’Oregon. Par la suite, le groupe a transféré la poursuite à l’échelle fédérale, au grand dam de tous les Trump de ce monde, en invoquant le fait que, « selon la Constitution des États-Unis, l’État est responsable de la qualité de l’air, de l’eau, des côtes et des océans ».

Des enjeux considérables

Ces poursuites dérangent-elles ? Même si les jeunes ne poursuivaient au départ que le gouvernement, plusieurs groupes ont décidé d’intervenir et se sont joints au « défendeur » au motif que le résultat de ce procès aurait un impact sur leurs intérêts financiers. Parmi les groupes qui ont exigé de se joindre à la cause du gouvernement de Washington, on remarquera la National Association of Manufacturers, le groupe American Fuel and Petrochemical Manufacturers et l’American Petroleum Institute. L’industrie des énergies fossiles a obtenu la permission de se joindre volontairement à la cause du gouvernement fédéral des États-Unis, ce qui veut dire que les jeunes les poursuivent également. Les enjeux de cette cause viennent de monter considérablement.

La voie judiciaire est-elle utile dans la lutte contre les changements climatiques ? Deux jugements récents ont donné des cauchemars à l’industrie et aux émules du président Trump. Au mois d’avril, un juge a conclu que l’Army Corps of Engineers doit être plus rigoureux dans son analyse des impacts sur l’environnement du pipeline Keystone XL, n’en déplaise à ceux qui voudraient faire fi de tous les garde-fous environnementaux. Fait encore plus significatif, un juge a décrété que le Dakota Access Pipeline, construit et inauguré malgré l’opposition des Premières Nations, doit être fermé d’ici le 5 août parce que les impacts environnementaux n’ont pas été analysés correctement. Le message est clair : ne pas faire ses devoirs correctement coûte cher ! Energy Transfer et Dakota Access affirment qu’ils perdront entre 2,8 et 3,5 millions de dollars par jour lorsque le pipeline cessera de fonctionner à cause de ce jugement.

La voie judiciaire est difficile pour les jeunes qui sont nés à l’aube du XXIe siècle. Mais l’enjeu en vaut la chandelle. Comme le dit Melody Porlier, étudiante en médecine, « l’Organisation mondiale de la santé considère le changement climatique comme étant la principale menace à la santé au XXIe siècle ».


 
5 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 28 juillet 2020 07 h 36

    Même les plus vieux sont pour rendre l'Environnement plus sain pour l'avenir!

    Nous vivons déjà des moments peu agréables avec le coronas-virus qu'une autre tuile nous pend au bout du nez , celle de l'Environnement. Il est remarquable de voir l'insouciance de nos dirigeants tant du Dominion qu'au Québec. Le premier est au coeur de tant de situations scabreuses qu'il fait partie des personnages dont on parlera bientôt au passé. Et c'est tant mieux pour tous les citoyens qui veulent des élus sans taches!
    Au Québec, ce n'est guère mieux, mais au moins pas de souci quant à la personne du PM François Legault. On peut lui reprocher cependant son apathie face à la destruction massive du sol québécois, tant par les compagnies minières que forestières. Il faut vivre en région nordique pour constater combien la Nature est chamboulée pour des décennies. Le sort de la flore et des animaux est aux mains de parasites financiers qui gravitent aussi près du pouvoir politique. Ce dernier tend à faire la leçon tant aux jeunes qu'aux plus âgés pour porter le masque, ce dont je suis d'accord selon l'endroit, mais il est incapable de contrôler ce qui se passe sur son territoire! Doit-on comprendre qu'il fait plus confiance aux compagnies et aux actionnaires qu'aux citoyens qui réclament de la justice pour l'Environnement!
    Ces quinze dernières années près de 200 arbres feuillus (chênes, etc.) poussent sur notre terrain en Gaspésie, peut-être au moins d'autres retraités pourraient faire de même, le jeu en vaut la chandelle pour l'avenir de tous!

  • Robert Bérubé - Abonné 28 juillet 2020 08 h 46

    Et quand est-il au Canada...

    Ne devrait-on pas poursuivre ce gouvernement pour avoir, sans notre consentement, acheté avec notre argent un oléoduc qui, espéront le, ne servira pas. Il n'en tient qu'à nous.

  • Cyril Dionne - Abonné 28 juillet 2020 10 h 06

    Les Montréalais arrivent en Gaspésie

    Je n’ai jamais aimé une lettre qui au début, parle de l’élite de la jeunesse. Vraiment pas. Devrions-nous dire ceux et celles qui ont été choyés dans la vie puisqu’ils ou elles semblent n’avoir aucune restriction socioéconomique et beaucoup de temps libre?

    Ceci dit, au Québec, avec notre gros 0,15% en fait de production des GES mondiaux, on est tout simplement ridicule. Au lieu de s’attaquer légalement aux Québécois ou aux Américains, pourquoi ne pas s’attaquer à la Chine qui est responsable d’à peu près le tiers des GES mondiaux?

    Pour le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne tel que garanti par la Charte canadienne des droits et libertés, vous savez les tablettes de Moïse de PET de deux générations passées, il faudrait se rappeler le fait que plus de 28 000 enfants en bas de l’âge de 5 ans dans le monde meurent à tous les jours de causes évitables. Au lieu de faire appel à des droits qui ne peuvent être garantis même si on vit dans une des sociétés occidentales les plus riches, il faudrait se rappeler d’où vient cette richesse au Canada. Pardieu de l’exportation de pétrole de l’Alberta. C’est à peu près la seule chose que les pays étrangers veulent de nous. Et pour ceux qui n’ont pas encore reçu le texto, nous sommes en train de traverser probablement la pire crise économique du siècle et nous avons emprunté à des intérêts etrangers qui contrôlent maintenant notre dette, et le gouvernement d’Ottawa a compris que la seule issue qui nous reste à tort ou à raison, eh bien, c’est l’exportation des produits fossiles.

    La voie judiciaire est le violon d’Ingres des riches tout comme pour le mouvement du réchauffement climatique semble être issu des populations les plus opulentes de la planète, Greta Thunberg oblige.

    Et si on veut faire quelque chose pour l’environnement au Québec, on pourrait commencer par les Montréalais qui ont envahi la Gaspésie pour tout détruire.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 28 juillet 2020 13 h 15

      Oui, ça va mal! Le défoulement que l'on peut observer en Gaspésie n'est que la pointe d'un iceberg dont on tente d'en camoufler les fondements! Évidemment, c'est dans un geste d'humanité qu'il faut ceependant accueuillir les Montréais qui ont fui les foyers de pandémie pour se ressourcer et penser à l'avenir qui semble passablement morose! Comme d'habitude la CAQ a sousestimé les conséquences d'un déploiement en région éloignée! À l'étranger, même dans des régions pratiquement désertiques, des panneaux routiers indiquent qu'une amende sera établie en jetant un détritus sur le bas-côté de la route! Probablement que François Legault n'y a même pas pensé! Nous en avons déjà ramassé et un groupe a même jeté des restes de homard dans notrre poubelle bleue mise sur la route! C'est de la maternelle, mais voilà, nos ministres volent bas et ne connaissent rien de la vie! Bref, ,la CAQ comme d'autres partis devraient être rayés de la carte car ils sont incapables de relever le Québec comme il fut avant!
      Bom après-midi Cyril, je retourne voir mes chênes, au moins eux ne posent pas de problème pour l'environnement!

    • Marc Pelletier - Abonné 28 juillet 2020 17 h 51

      Vous avez bien raison M. Leiffet, car en hésitant à imposer des amendes à ceux et celles qui laissent leurs " détritus " un peu partout, M. Legault manifeste sa faiblesse face aux délinquants et il craint sans doute qu'une partie de sa base électorale ne lui tourne le dos et pose des gestes bien plus violents.

      La dégradation des comportements s'accentue dans la belle province et les contestations des décisions gouvernementales, incluant celle pour le port du masque devenue quasiment obligatoire, semble en irriter plus d'un (e).

      Et voilà que la droite est bien près de nous inviter à la révolte. Un peu plus et l'on pourrait penser qu'un noyau de francophones bien de chez nous souhaiteraient être dirigés par une copie conforme de Trump.

      Et dire que ce sont des adultes qui sont les plus réfractaires aux faits, tant pour l'environnement que pour les directives le COVID 19 !

      " Misère de misère " !