Il faut lutter contre les conséquences et les causes du racisme

«Sociologiquement, il existe des
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Sociologiquement, il existe des "races" qui sont construites par un processus de racialisation dans des contextes sociohistoriques donnés, qui donnent lieu au racisme», écrit l'auteur.

Le Groupe d’action contre le racisme doit aller au-delà d’une « série d’actions efficaces » et tenir compte également de ses causes.

Le mandat du Groupe d’action contre le racisme (GACR) mis sur pied en juin dernier par le premier ministre du Québec, M. François Legault, ne doit pas consister seulement en l’élaboration d’une série « d’actions efficaces » contre le racisme dans les différents secteurs de la société en prenant en « compte les réalités que vivent les personnes issues de minorités visibles et des communautés autochtones ».

Biologiquement, il n’existe qu’une seule race humaine : c’est Homo sapiens. Homo, genre humain. Sapiens, race. La seule race qu’il y a donc, c’est la race des Sapiens. Mais sociologiquement, il existe des « races » qui sont construites par un processus de racialisation dans des contextes sociohistoriques donnés, qui donnent lieu au racisme. La plupart des auteurs s’accordent sur le fait que le racisme est un rapport de pouvoir et de domination qui se justifie par le classement des races ou des groupes ethnoculturels sur une échelle de valeur, de supérieur à inférieur.

À cette hiérarchisation est associé un ensemble d’état d’esprit, de croyances, de jugements de valeurs et de sentiments moraux qui sont transmis et intériorisés par les individus et les groupes. Ils président aux attitudes, aux comportements et à des pratiques sociales envers les minorités « racisées ». Une minorité, au sens sociologique du terme, est sujette à l’exclusion sociale et à la discrimination de la part d’une majorité, qui se manifestent dans plusieurs secteurs de la société : école, travail, emploi, services publics, etc.

Insuffisant

Le « pragmatisme du GACR », si cher au premier ministre Legault, risque de ne proposer que des mesures contre les conséquences du racisme systémique (puisqu’il faut l’appeler par son nom). Certes, ces mesures sont nécessaires, mais insuffisantes si l’on veut trouver une solution globale au problème. Leur application pourrait certes réduire les inégalités raciales ou ethniques et procurer de bons sentiments antiracistes aux politiques et à l’opinion publique, mais elle ne changerait rien à leurs causes.

Par exemple, la police est une institution dont la fonction est le maintien de l’ordre et de la cohésion sociale. Si les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) interpellent les Arabes, les Autochtones et les Noirs respectivement deux fois, quatre fois et cinq fois plus que les Blancs (Le Devoir, 9 octobre 2019), c’est parce que les policiers ont des préjugés et croient que l’Arabe, l’Autochtone et le Noir sont des délinquants potentiels, des criminels potentiels. Les fréquents modes d’intervention des agents auprès de ces catégories sociales sont motivés par la représentation qu’ils ont de celles-ci, représentation elle-même fondée sur les idées reçues, le sens commun, que les policiers ont acquis et intériorisés durant leur formation scolaire et professionnelle.

Réduire ou mettre fin à ces pratiques policières passerait par une sensibilisation, une prise de conscience par les policiers de leurs idées préconçues et de leurs fausses croyances en ce qui concerne les minorités, d’une part, et par le fait de prendre une certaine distance, d’autre part. L’objectif de cette démarche est d’amener les policiers à avoir une représentation plus civique de tous les citoyens quelle que soit leur appartenance raciale ou ethnoculturelle.

L’école est la seule institution de socialisation et d’éducation qui soit commune et obligatoire pour tous et toutes. À l’instar de la lutte contre le sexisme, il faudrait que le GACR propose une politique pour élaguer systématiquement les préjugés, les stéréotypes quant aux valeurs, aux rôles, et les représentions racistes dans les matières, les manuels, les programmes, ainsi que pour sensibiliser les acteurs du système d’éducation. Sans doute est-ce sur la base des croyances, des idées reçues sur l’intelligence des Noirs, qu’un enseignant d’une école secondaire du Québec s’est étonné de la réussite scolaire de madame Emilie Nicolas, d’origine haïtienne (hier élève et aujourd’hui chroniqueuse au journal Le Devoir), lui disant qu’elle est « douée tout en étant noire » (Le Devoir, 18 juin 2020).

La lutte contre le racisme est un vaste projet pour une société. Elle nécessite une politique générale qui s’attaque à la fois aux causes et aux conséquences de ce problème social. Or le mandat du GACR est de proposer, en trois mois, des « actions concrètes et efficaces » qui toucheraient essentiellement aux conséquences. Il faut aussi faire des interventions pour changer les conditions qui ont permis et permettent encore la discrimination raciale, par exemple en luttant contre l’ignorance par l’enseignement de l’histoire des peuples racisés, qui montre leurs apports respectifs à la civilisation universelle, et en inculquant les valeurs du vivre ensemble.


 
27 commentaires
  • Francois Ricard - Abonné 23 juillet 2020 06 h 19

    Les coupables

    Qu’est-ce-que le racisme ? Difficile de répondre.À la réflexion, ce n’est pas seulement à travers la couleur de leur peau que les hommes se manifestent un mépris qui fait, hélas, partie de leur nature. Et voilà que le mouvement anti-raciste actuel, d’inspiration américaine, se confine au seul racisme du Blanc à l’égard du Noir.
    Il faudrait donc tenir pour acquis que le monde se divise en Blancs et Noirs, les uns racistes et les autres racisés, les premiers méchants et les seconds bons, tout cela par principe et par définition. Il faudrait aussi tenir pour acquis que la vie est un long fleuve tranquille pour les Blancs et un parcours infini d’obstacles pour les Noirs, que la justice est totalement aux ordres des premiers et la police strictement dévolue à pourchasser et assassiner les seconds.Ce n’est qu’un pas de plus dans la longue entreprise de culpabilisation du monde occidental. C’est, à s’y méprendre, une forme de racisme : le racisme anti-blanc.

    • Claude Bernard - Abonné 24 juillet 2020 08 h 25

      M Ricard
      Le mouvement Black Lifes Matter se confine à ceux qui se font assassiner par la pollce au su et au vu du public.
      Cela n'est pas pour vous étonner, non?
      Est-ce une entreprise «pour culpabiliser l'occident» ou pour mettre fin au racisme anti noirs?
      Si on ne peut distinguer le but et un sentiment secondaire qui n'appartient qu'à ceux qui se pensent la cible alors qu'ils ne font que nier un problème de la société américaine et aussi de la nôtre.
      La question n'est pas de se sentir coupable mais de participer à la lutte contre l'injustice.

  • Marc Therrien - Abonné 23 juillet 2020 07 h 14

    C'est l'organisation verticale de la pensée qui est systémique


    J’apprécie de lire que vous présentez clairement ce que j’avais moi-même exprimé dans quelques commentaires sur ce sujet à savoir que ce qu’il y a de systémique c’est l’organisation même de la pensée verticale occidentale instituée entre autres par Aristote et Platon. Se déprendre de ce paradigme pour penser autrement représente un changement radical. C’est pourquoi on devra se contenter de quelques mesures réformistes qui ne menaceront pas trop l’ordre établi.

    Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 23 juillet 2020 09 h 05

      De grâce, lâchez-nous avec vos Aristote et Platon. Sur le plancher des vaches, nos antiracistes demandent rien de moins que de changer la mentalité de certaines personnes, notamment la police, et tout deviendra beau et les chemins seront ensoleillés. La mentalité des gens est une construction sociologique et chronologique ancrée dans la culture, les mœurs, les valeurs etc., qui s’opère durant un long cheminement et pour certains tortueux. Pour avoir enseigné pendant plusieurs années, je peux vous dire que par l’âge de 10 ans, l’enfant a une personnalité bien à lui et ce sera très difficile de défaire les traits et les comportements qui ne sont bien les bienvenues. Les timides, sont timides et les bullies, eh bien, sont des bullies et le demeureront toute leur vie.

      Le racisme, cette notion qu’on lance à tous vents, n’a rien de systémique au Québec. Cette représentation sociale n’est pas ancrée dans nos systèmes sociaux. Désolé, mais tout cela est un canard boiteux au Québec.

      Ceci dit, pour la police, là on parle d’une société fermée où la loi de l’omerta règne en maître, et le tout, protégé par des syndicats puissants. Au Québec, la police est essentiellement corrompue avec des accents racistes. Désolé encore, mais le trait caractéristique des forces de l’ordre au Québec est la corruption systémique; le racisme vient en second. En Ontario, c’est le contraire. On pourrait aussi ajouter l’incompétence, encore une fois démontrée sans l’ombre d’un doute dans la recherche du fugitif qui était probablement mort la journée même de son crime odieux. On ne publiera pas de chiffres, mais toute cette opération a coûté des millions pour rien avant que ce soit des citoyens qui appellent pour leur dire qu’ils avaient trouvé un cadavre qui commençait à puer très certainement.

      Enfin, il faudrait recommencer à zéro avec la police. On pourrait commencer par demander une éducation universitaire et un âge minimal comme 25 ans.

    • Réal Boivin - Abonné 23 juillet 2020 15 h 21

      M. Dionne vous pointez le problème.

      L'ignorance étant la base du racisme, la police du Québec est certainement raciste. On peut constater que nos corps policiers sont dépassés socialement et techniquement et, ce, depuis très longtemps. On peut se demander si l'imbécilité est un critère d'embauche pour travailler dans la police québécoise. Nous en avons eu un aperçu avec la saga du matricule 728. C'était pitoyable de voir que le SPVM laissait cette femme circuler à Montréal avec des armes. Et oui la traque de Martin Carpentier a été mené avec la plus grande des incompétences.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 juillet 2020 16 h 19

      Vous me faites rire M. Boivin. Il y a quelques années de cela, on avait demandé au chef de police de Toronto quels étaient les critères d'embauche et il avait répliqué que l'intelligence n'était pas la bienvenue ou requise. Donc pour ceux qui étaient éduqués, ils n'avaient aucune chance.

    • Réal Boivin - Abonné 24 juillet 2020 06 h 58

      Et que dire M. Dionne du retard technologique crasse de nos services de polices. Aors que des hackers sont capables de pénétrer des institutiosn stratégiques, nos policiers ne sont pas capables de savoir qui se cachent derrière une simple page Facebook des hyènes en jupon. Incroyable mais vrai.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 juillet 2020 07 h 25

    En effet

    Ce serait en effet une bonne chose d'enseigner l'histoire du peuple canayen aussi.

  • Nadia Alexan - Abonnée 23 juillet 2020 07 h 29

    C'est contre-productif de cracher sur la société d'accueille et puis s'attendre a être aimé.

    Il faudrait aussi que les immigrants fassent leur part d'intégration à la société d'accueil. L'on ne peut pas cracher sur les valeurs et la langue de la société hôte et ensuite s'attendre à être aimé.

    • Pierre Desautels - Abonné 23 juillet 2020 09 h 21


      Bon. Vous croyez que la majorité des immigrants d'ici crachent sur leur société d'acceuil?

    • Nadia Alexan - Abonnée 23 juillet 2020 09 h 47

      À monsieur Desautels: C'est sûr que ce n'est pas la majorité, mais il y'en a quelques communautés intégristes qui veulent vivre en manière tribale, en se repliant sur eux-mêmes, sans vouloir s'ouvrir à la majorité. Il y' a des valeurs universelles, incluant la laïcité de l'État et l'égalité homme/femme dont on ne peut pas se départir. L'ouverture à la diversité doit se pratiquer des deux côtés.

    • Pierre Desautels - Abonné 23 juillet 2020 11 h 02


      Vous êtes hors sujet de toute façon. L'auteur du texte parle du Groupe d'action contre le racisme (GACR) du Gouvernement de la CAQ. Vous n'avez pas d'opinion sur ce dossier?

    • Nadia Alexan - Abonnée 23 juillet 2020 13 h 43

      À monsieur Desautels: Au contraire, je ne suis pas hors du sujet du tout. L'auteur se demande comment peut-on lutter contre les causes du racisme. Je dis qu'une des causes du racisme pourrait être le refus de quelques communautés de s'intégrer et de respecter les valeurs de la société d'accueil. L'on ne peut pas vivre dans ses ghettos, avec ses propres traditions, sans vouloir s'ouvrir à toutes les autres cultures, puis ensuite crier comme victime de racisme.

    • Marc Therrien - Abonné 23 juillet 2020 17 h 45

      Madame Alexan,

      C'est comme si vous disiez que les personnes bienveillantes de la société d'accueil pouvaient devenir racistes contre leur gré ou à leur insu parce qu'elles ne tolèrent pas le rejet de ces étrangers venus d'ailleurs qui leur refusent leur amour. Me semble que c’est une réaction immature témoignant d’une fragilité identitaire.

      Marc Therrien

    • Pierre Desautels - Abonné 23 juillet 2020 22 h 10


      Pardon? Les racistes au Québec n'ont pas besoin de vos excuses trop faciles pour exister. Ils étaient là bien avant vous et ils seront encore là, grâce à vous. Mais oui, Ils se servent de vos textes sur les réseaux sociaux.Vous ne le saviez pas? Par votre idéologie simpliste, vous jetez de l'huile sur le feu.

  • Micheline Beaudry - Abonnée 23 juillet 2020 09 h 00

    À considérer sérieusement par le GACR

    Excellente analyse succincte - merci monsieur Assogba. Comment nous assurer que le GACR en tienne compte, L'ignorance que vous évoquez est malheureusement - et bien 'inconsciemment' - beaucoup trop répandue. Pour des résultats qui perdureront, il nous faut entamer des mesures pour la contrer, y compris comme vous le suggérez 'l'enseignement de l'histoire des peuples racisés qui montre leurs apports respectifs à la civilisation universelle, et en inculquant les valeurs du vivre ensemble'. À titre d'exemple, au cours des dernières années j'ai eu l'occasion de voir des textes au sujet des autochtones utilisés dans nos écoles secondaires et j'en ai été scandalisée. Je vois mal comment les jeunes qui y sont exposés pourraient véhiculer autre chose que des préjugés 'racistes' à leur endroit.... Le GACR aurait sans doute intérêt à travailler dès le départ avec les acteurs du système d'éducation...