Un mandat à préciser pour le Musée des beaux-arts

«Au cours des dernières années, les principales expositions du MBAM (celles pour lesquelles on a mis de gros budgets et auxquelles on a alloué les meilleures salles) ont mis en avant des artistes et des mouvements artistiques de la scène internationale», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Au cours des dernières années, les principales expositions du MBAM (celles pour lesquelles on a mis de gros budgets et auxquelles on a alloué les meilleures salles) ont mis en avant des artistes et des mouvements artistiques de la scène internationale», écrit l'auteur.

C’est une bien triste histoire qui frappe le Musée des beaux-arts de Montréal.

De l’extérieur, le musée reçoit des éloges pour la vision et la programmation mise en avant par la directrice Nathalie Bondil ; de l’intérieur, le musée reçoit des plaintes du personnel professionnel pour la mise en place d’un climat de travail malsain. Les deux camps reçoivent des appuis importants d’individus et de groupes privés et publics.

Nous sommes le premier à reconnaître l’immense travail d’ouverture et de repositionnement de la notion de musée que Nathalie Bondil a mis en place et nous lui en sommes très reconnaissant.

Un comité externe doit enquêter et remettre un rapport au gouvernement québécois, principal bailleur de fonds. S’il est nécessaire de se pencher sur la gouvernance de l’institution et de clarifier les devoirs de chacun, ne pourrait-on pas profiter de cette occasion pour préciser le mandat du musée ?

S’il est vrai que nous avons besoin du MBAM pour nous faire connaître les meilleurs artistes et les meilleures productions artistiques de la scène internationale, ne serait-il pas tout autant une priorité du musée de nous faire connaître l’art et les artistes du Québec et du Canada ?

Artistes de chez nous

Au cours des dernières années, les principales expositions du MBAM (celles pour lesquelles on a mis de gros budgets et auxquelles on a alloué les meilleures salles) ont mis en avant des artistes et des mouvements artistiques de la scène internationale. À l’occasion, on aura présenté des artistes d’ici en accompagnement dans des salles adjacentes ou dans le sous-sol. Quel retour sur les investissements majeurs des gouvernements du Québec et du Canada et ceux des mécènes privés et des membres du musée avons-nous reçu pour le développement des artistes et des mouvements artistiques de chez nous ? Très peu sur un budget annuel très important.

On peut comprendre l’insatisfaction des conservateurs du musée, qui voient leur rôle réduit à celui d’adjoint de commissaires étrangers ou invités, à la production des expositions de peu d’envergure et à la rédaction des notes sur des œuvres pour leur acquisition ou pour le magazine du musée. Combien d’expositions majeures leur a-t-on permis de développer ? Ce n’est pourtant pas à cause de leur manque de connaissances ou de professionnalisme. Ce n’est pourtant pas à cause d’un manque de sujets à développer sur l’art au Québec et au Canada et les liens avec les Amériques ? On se souviendra avec plaisir de l’exposition Une modernité des années 1920 à Montréal-Le Groupe de Beaver Hall en 2015, de Jacques Des Rochers, ou Grandeur nature : peinture et photographie des paysages canadiens et américains de 1860 à 1918 en 2009, de Hilliard T. Goldfarb. Comment se fait-il que nous n’ayons pas encore au MBAM des salles permanentes consacrées à l’ensemble des artistes du groupe des Automatistes, qui a été si important au Québec et au Canada ?

Nous ne serions pas surpris d’apprendre que ces conditions de travail sont aussi liées au développement d’un climat de travail « nocif » depuis plusieurs mois, voire quelques années. Or nous avons besoin de ces professionnels et professionnelles pour assurer le mandat du musée. Espérons que le comité d’enquête sur la gouvernance du musée saura nous donner les balises nécessaires au Musée des beaux-arts de Montréal pour réaliser un mandat clair sur ses obligations de développer une muséologie ouverte à l’international, mais aussi au développement, à la connaissance et à la promotion des artistes et des mouvements artistiques au Québec et au Canada.


 
2 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 21 juillet 2020 05 h 56

    Votre texte laisse entendre que Mme Bondil a transformé le MBAM en plateforme pour les grands créateurs de ce monde, placé ceux du Québec et du Canada en appendice et banalisé le travail des conservateurs. C’est une analyse intéressante, mais je décode l’inverse.

    Mme Bondil aurait branché le MBAM sur le monde en montrant les conséquences du refus du peuple québécois d’en être un joueur. Un refus, ne l’oublions pas, nourri par les grands donateurs et les acteurs au sein du CA actifs à rendre ce musée leur fenêtre pour assurer leur prestige et éduquer les jeunes à leurs valeurs.

    Dans votre texte, vous concluez en espérant « que le comité d’enquête sur la gouvernance du musée saura nous donner les balises nécessaires au Musée des beaux-arts de Montréal pour réaliser un mandat clair sur ses obligations de développer une muséologie ouverte à l’international » et à la promotion des artistes du Québec et du Canada. Canada.

    Or, ce comité a plutôt le mandat de faire l’examen de l’affaire en question, qui concerne les insatisfactions, la nomination d’une associée à Mme Bondil et le renvoi de cette dernière sur la base d’une enquête devenue un dossier secret.

    Hier, dans Le Devoir, M. Papineau a noté que les conseillers du MBMA –je présume qu’ils sont les membres du CA ou ceux de l’entourage du président– ont salué « la décision de Québec ». Par contre, le CA du MBAM a rappelé que le processus pour l’embauche d’une nouvelle personne à la direction est enclenché et qu’il faille « maintenant tourner la page et regarder l’avenir ».

    Dit autrement, l’enquête du Québec ne saurait changer le cours de l’histoire encore moins la décision du CA d’élaguer Mme Bondil de la direction. Il me semble qu’il faille chercher ce qui a conduit le CA et son président à procéder de la sorte, mais surtout à défier le gouvernement du Québec en lui disant que son intervention ne changera rien à sa décision. Pour moi, ça révèle les enjeux en cours.

  • Gaétan Dostie - Abonné 21 juillet 2020 17 h 30

    Monsieur Bariteau, merci. Vous m'éclairez. C'est en effet de la défiance et de l'arrogance de cette clique qui donne la nausée! Bref, l'ère Desmarais est un fait accompli. Rampons...