Le dangereux arbitraire des dénonciations anonymes

La dénonciation anonyme sur le web, sans être appuyée par aucune forme d’enquête ou de procès, constitue une pratique ouvrant la porte à l’arbitraire le plus total, s'inquiète l'autrice.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne La dénonciation anonyme sur le web, sans être appuyée par aucune forme d’enquête ou de procès, constitue une pratique ouvrant la porte à l’arbitraire le plus total, s'inquiète l'autrice.

Je ressens le besoin d’intervenir face à l’immense malaise que provoque en moi la publication d’une liste visant plus de 800 personnes, la présence des noms découlant de dénonciations anonymes et concernant des allégations dont on ignore la nature.

Voulons-nous retourner en arrière, à l’époque du lynchage sans autre forme de procès que les foules en délire réclamaient à grands cris ?

Je précise que j’ai moi-même œuvré à dénoncer des situations d’inconduite sexuelle ou de harcèlement sexuel au travail à une époque où notre société commençait à peine à nommer et à reconnaître ce phénomène et le sous-estimait. À l’époque où les femmes se retrouvaient trop souvent contraintes de démissionner face à un employeur entreprenant et méprisant à l’égard de leurs droits. À l’époque où néanmoins des leviers apparaissaient dans nos différentes chartes des droits et libertés, il y a de cela plus de 30 ans.

S’il est vrai qu’aujourd’hui ce phénomène existe encore, les nombreuses années de lutte et de dénonciations ont tout de même permis que notre société soit aujourd’hui sensible à ces situations et les considère intolérables. Il n’existait plus, du moins jusqu’à tout récemment, de controverse à cet égard. Or, il m’apparaît que la dérive à laquelle on assiste ces derniers mois et particulièrement à l’occasion de la publication de cette fameuse « Liste », met en péril l’avancée des droits des femmes et m’inquiète quant à la suite des choses.

En effet, jusqu’à tout récemment, ce phénomène faisait l’objet de dénonciations officielles et d’enquêtes sérieuses à l’endroit d’allégations d’inconduite sexuelle, que ce soit dans le cadre d’enquêtes internes au sein d’entreprises ou devant les tribunaux appropriés. Avec le temps, c’est l’adoption de lois avantageuses à cet égard et l’ensemble de ces enquêtes ou procédures qui ont permis de dégager une forme de sensibilisation et de crédibilité à l’égard du processus et de ses conclusions. S’il est vrai que le système juridique actuel n’est pas parfait et pourrait être amélioré, il a tout de même contribué à faire avancer les mentalités puisqu’une enquête concluant à la présence d’inconduite sexuelle s’appuyait sur des motifs extrêmement sérieux, ajoutant à la crédibilité du processus.

Dérive

Or, la dénonciation anonyme de noms sur le Web (on ne sait sur quelle base), que ce soit par le biais de la publication d’une liste ou autrement, sans être appuyée par aucune forme d’enquête ou de procès, constitue selon moi une pratique ouvrant la porte à l’arbitraire le plus total, empreint de préjugés et ne présentant aucune forme d’objectivité.

Tout un chacun peut donc allègrement, voire cruellement, ajouter le nom qui lui convient, anonymement, pour des raisons qui lui appartiennent (vengeance, malentendu, interprétation ?) et sans aucune garantie de légitimité, peut-être même sans fondement. Cette façon de dénoncer de supposés agissements ne peut qu’ouvrir la porte aux abus en faisant fi des droits des personnes dont le nom figure sur ladite liste. On crée ainsi de nouvelles victimes qui n’ont aucun levier pour faire valoir leurs voix et leurs droits.

C’est en ce sens que cette pratique aura comme conséquence terrible, probablement à très court terme, de discréditer les dénonciations (celles qui sont légitimes) et, par le fait même, de faire reculer l’adhésion et la crédibilité que nous avions si chèrement acquises au sein de notre société à l’égard de cette cause et du droit des femmes à l’égalité.

42 commentaires
  • Rachad Antonius - Abonnée 17 juillet 2020 04 h 05

    Merci pour cette réflexion salutaire

    Vous avez tout à fait raison. La surenchère et les dérives reliées à ces dénonciations ne servent pas la cause des véritables victimes.

    • Cyril Dionne - Abonné 17 juillet 2020 11 h 08

      M. Antonius, ces dérives démocratiques ne sont pas pour améliorer le sort des femmes et des hommes qui ont été abusés, mais occulte un agenda politique. Détruire la vie des gens sans preuve est inimaginable dans une société comme la nôtre.

  • Serge Lamarche - Inscrit 17 juillet 2020 05 h 00

    D'accord

    Mais qui croit une liste qui ne dit rien des événements? C'est la mafia qui fonctionne comme ça.

    • Cyril Dionne - Abonné 17 juillet 2020 15 h 26

      Si votre nom apparaît sur les nombreuses listes maintenant, vous avez trois choix. Le premier est de faire des excuses qui n'équivaut pas à un verdict de culpabilité selon le code civil. Le 2e est de nier en bloc. Le 3e est de rester silencieux jusqu'à la tempête passe. Se pourrait-il qu’il y en aura un 4e qui sera sous la forme de poursuite pour diffamation? Ceux ou celles qui ont publié ces listes peuvent s'attendre à des poursuites en bonne et due forme tout comme pour Facebook dans un futur pas si lointain.

      Dan Bigras a nié en bloc. Idem pour François Blanchet. Que dire des autres noms de gens très connus du public et moins connus qui apparaissent sur de nombreuses listes suite à des accusations qui apparaissent de plus en plus comme de la vengeance, des malentendus ou des interprétations de situation? La démocratie vole bas en ce moment de purges et de crucifixions de cette culture du bannissement qui nous vient d’ailleurs et qui carbure à une gauche dépassée et qui n’est pas au diapason avec la société. On apprenait aujourd’hui qu’Ellen DeGeneres est accusée de racisme. Ellen DeGeneres, parce qu'elle et sa conjointe se sont assises avec l'ex président Georges W. Bush durant une partie de base-ball? Ah ! La culture victimaire.

      Mais quelle excellente lettre de Mme Longpré. Elle a parfaitement raison d’affirmer « que cette pratique aura comme conséquence terrible, probablement à très court terme, de discréditer les dénonciations (celles qui sont légitimes) et, par le fait même, de faire reculer l’adhésion et la crédibilité que nous avions si chèrement acquises au sein de notre société à l’égard de cette cause et du droit des femmes à l’égalité ».

    • Serge Lamarche - Inscrit 17 juillet 2020 19 h 25

      Je crois que ça va discréditer les listes en question d'abord. Il faut étayer ses accusations pour avoir un gain de cause. Quoique si un véritable abus est regretté par l'abuseur, ce pourrait être l'occasion de s'excuser, effectivement.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 juillet 2020 06 h 38

    Intolérable

    « que notre société soit aujourd’hui sensible à ces situations et les considère intolérables. Il n’existait plus, du moins jusqu’à tout récemment, de controverse à cet égard. »

    Il n'en existe toujours pas. C'est seulement que les balises dont « notre société » s'est dotée délimite seulement, de l'extérieur, les limites dont le franchissement peut être considéré comme un abus, comme un mauvais usage du corps de l'autre. Cela tient au fait que les corps sont le lieu où les rapports interpersonnels encore dans le registre de la propriété (et de l'appropriation), bien que le contrat matrimonial qui l'attestait naguère expressément ait évolué. En fait, ce n'est que le curseur du « tolérable », qui s'est déplacé. L'avocate déplore qu'il y ait controverse à cet égard. Il faudrait plutôt s'en réjouir. Que des hommes et des femmes osent prendre parole non seulement pour dénoncer les abus mais les termes mêmes du rapport contractuel sous-jacent qui détermine d'avance ce qui en est ou pas et les manières d'en décider (avec le secours (!) des avocats), voilà qui pourrait marquer le début d'un vrai changement.

    L'auteure craint que ce soit au détriment des avancées antérieures, qui sont réelles et qui doivent être protégées. Mais elles ne seraient menacées que si la DPCP inclinait à privilégier les dénonciations au point d'en faire le passage obligé des revendications. Cela n'arrivera pas. Tout au contraire, ce sont ceux et celles qui choisiront d'aller à la marge qui se mettront constamment à risque de discréditer leur manière de faire par l'effet des dénonciations futiles ou injustes. Ce régime parallèle trouvera sans doute les ressorts de son auto-régulation, aussi imparfaite que la manière elle-même. Quand des premiers dénonciateurs seront démasqués, il s'en trouvera beaucoup pour s'en réjouir au nom de la moralité publique. Qui est bien confortable...

    • Jean-François Trottier - Abonné 17 juillet 2020 07 h 47

      "Ce régime parallèle trouvera sans doute les ressorts de son auto-régulation"?

      M. Maltais Desjardins,

      Vous en mettez épais, très épais!

      Voyons donc, depuis quand un truc qui marche arrêterait de fonctionner tout seul, ou se régularise?
      Souhairtez-vous vraiment que la dénonciation anonyme se régularise? Pourquoi pas se séculaise? S'officialise?

      Internet n'a pas réussi à "réguler" les trolls qui sont de plus en plus nombreux, les USA n'ont réussi qu'à encourager le très dangereux Trump dans ses méthodes.
      La montée des extrèmismes est continue depuis plusieus années. Est-ce qu'elle sera "auto-régulée" vous pensez?
      Si cette vague se réduit, ce ne sera pas par auto-régulation mais parce que, comme les autres modes, elle passeraquelques temps. Ce qui ne garantit en rien que la prochaine vague ne sera pas pire, au contraire!

      Dans la réalité, vous allez très loin, bien qu'en termes mesurés, pour justifier le moralisme, i.e. la volonté d'imposer une morale personnelle à tout le monde et les jugements qui s'ensuivent sur des normes tout aussi personnelles. Vieux truc de tous les extrémismes. dont toutes les religions.

      Vous utilisez le même concept que les chantres du néolibéralisme, l'auto-régulation. Au mieux des mieux, pour un épiphénomème comme le marché pour les néolibéraux, ou le domaine des on-dit pour vous, l'auto-régulation n'apporte que des catastrophes. L'auto-régulation du marché crée des crises financières. Votre auto-régulation créera probablement des milices, soit pour, soit contre, mais des milices.

      Vous faites dans l'attendrissement ému là où un minimum de sens crtitique est nécessaire. Les dénonciations publiques et anonymes sont inacceptables, un point cest tout.

      Ce phénomène est l'un des échelons qui mènent à un climat de dénonciateurs, de meneurs à la "poigne forte" qui "sauront parler aux foules". À base de rumeurs et de "belle morale".

      Bienvenu en 1984.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 juillet 2020 09 h 13

      Bonjour monsieur Trottier,

      j'ai parlé d'auto-régulation. Pas de laisser-faire. Que vous trouviez que les dénonciations sont inacceptables, c'est une chose, qu'elles le soient en soi, en vertu d'une instance morale supérieure, que celle vous soit personnelle ou à moi où qu'elle flotte dans le ciel des idées justes, ce n'est pas cela qui changera les choses. Pas plus d'ailleurs que les « survivant.e.s » auraient quelque titre à s'en réclamer. Ce qui se passe est plus de l'ordre de l'empowerment. Je partage votre inquiétude à l'égard des légitimations pseudo-morales dont le totalitarisme pourrait se servir à des fins d'endocrinement. Bien avant de cosigner la lettre dénonçant la cancel culture, madame Atwood nous avait fait un portrait saisissant des formes délirantes de cette récupération, dans la Servante Écarlate.

      Elle ne sera pas taxée par vous de le faire au nom d'une « volonté d'imposer une morale personnelle à tout le monde et les jugements qui s'ensuivent sur des normes tout aussi personnelles. » Tant mieux pour elle. Tant pis pour moi. Mais ça, c'est entre nous...

    • Jean-François Trottier - Abonné 17 juillet 2020 10 h 18

      Je regrette, M. Maltais Desjardins, mais c'est exactement ce que veux dire auto-régulation : un phénomène (ici il est épi-...) qui répond à ses propres lois et besoins. Une entité externe n'y peut rien. Ce n'est pas "laisser-faire", c'est "on y peut rien".... donc tout ira bien!

      Qui au juste agit "pour rien"? Le profit immédiat n'empêche pas le profit.

      Les techniques de rumeur ont été très utilisées par la Russie dans les années qui ont précédé l'élection de Trump pour que les gens ne croient plus en la politique. Pas de profit?
      Certain parti qui prétend "faire autrement" reprend inlassablement ces vieux trucs sales. Pas de profits? Oh la la...
      Dénonciations anonymes.

      Les miliciens et les lapideurs n'ont pas de "profit immédiat". Votre notion de "profit" est vide, au mépris de l'économie du geste.

      "Que vous trouviez que les dénonciations sont inacceptables, c'est une chose, qu'elles le soient en soi, en vertu d'une instance morale supérieure, que celle vous soit personnelle ou à moi où qu'elle flotte dans le ciel des idées justes, ce n'est pas cela qui changera les choses"

      Ceci est tellement faux que je ne sais pas quel bout le prendre.

      Ça change absolument tout. Vous prenez pour acquis que la dénonciation porte forcément sur des faits avérés. La vérité vient du plus épais brouillard maintenant?
      La justice n'est immanente que si elle relève du divin.
      Il n'existe d'instance morale supérieure que chez les extrémistes. Voilà encore ce moralisme qui mène aux pires abus, et même pas dans le futur : hic et nunc.
      Ce que vous écrivez est profondément anti-humaniste, comme j'ai rarement lu depuis des décennies.
      Le "ciel des idées justes" est un absolutisme tant utopique que vil, auquel je refuse de donner le moindre petit crédit, ne serait-ce que parce que je suis démocrate. C'est l'une des notions les plus abusives et destructrices imaginables.

      Tant qu'à faire, ben.... toutte est dans toutte! Non mais!

    • Sylvain Lévesque - Abonné 17 juillet 2020 13 h 36

      Juste faire remarquer à M.Trottier que les commentaires de M.Desjardins sont souvent sibyllins dans leur formulation, c'est certainement le cas dans cet échange-ci ; ça prête flanc à des erreurs d'interprétation. Pour ma part, je n'ai pas cru lire dans son commentaire qu'il était un partisan du "ciel des idées justes". Je me demande si votre foudre est tombé sur le bon...
      Ceci dit, merci pour la portée de vos réflexions.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 juillet 2020 13 h 52

      Je vois que mes propos vous inspirent une telle aversion qu'elle vous confine à nouveau au délire. Désolé.

    • Jean-François Trottier - Abonné 17 juillet 2020 16 h 41

      M. Lévesque, en effet, aussi n'est-ce pas ce que je dis.

      La simple évocation d'un "ciel des idées justes" justifie amplement mes paroles. En soi c'est faire appel à une idée supérieure à l'humain, ce qui, puisque comme vous dites nous en sommes réduits à suivre des indices avec M. Maltais Desjardins, transparait tout au long de ses textes ici. On parle bien d'anti-humanisme, c'est clair.

      M. Maltais Desjardins, et ici je fais référence aux longs échanges que nous avons déjà eus, prend compte de l'intention derrière le geste.
      On patauge dès lors en pleine morale comme une valeur en soi, à l'inverse directement de l'État de droit qui n'accepte que les faits patents et, s'il doit juger des intentions au besoin, le fait encore depuis de faits patents, dans le cas de préméditation d'un crime.

      Il parle bien de morale et lui accorde uve valeur réelle intrinsèque, ce que je nierai toujours, idées justes ou pas, ciel ou pas.

    • Jean-François Trottier - Abonné 17 juillet 2020 16 h 43

      Je sais que vous détestez la précision dans le termes, Mé. Maltais Desjardins.

      Flottez dans votre nuage flou et croyez au délire des autre si ça peut vous rassurer.

    • Marc Therrien - Abonné 17 juillet 2020 17 h 54

      Un des mécanismes d’autorégulation de ce système de justice immédiate et directe pourrait se retrouver dans ce phénomène mis en lumière par Guillaume Erner dans « La Société des victimes » qui consiste en ce que la complainte victimaire au contraire de susciter la compassion recherchée chez l’auditoire, entraîne plutôt le rejet par les spectateurs de la souffrance des victimes qu’ils rendront alors responsables de leur malheur afin mieux pouvoir supporter la surexposition de leurs doléances.

      Marc Therrien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 juillet 2020 21 h 20

      Juste pour ceux qui passeraient par ici : monsieur Trottier me comprend tout de travers. Par ma faute ou la sienne ? Tout de travers. Cherchez pas plus loin.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 juillet 2020 21 h 30

      Monsieur Therrien, je ne me permettrai pas de qualifier l'une ou l'autre de ces dénonciations comme relevant de la complainte victimaire et je nous mettrais plutôt en garde contre le genre d'interprétation qui sous couvert d'analyse servirait plutôt à justifier que les privant d'une « compassion » que ces personnes ne sollicitent pas, celles-ci subissent un « rejet » dont elles seraient responsables. En fait, elles n'en ont rien à cirer, vous savez, de notre mansuétude de philosophes dilettantes.

    • Marc Therrien - Abonné 17 juillet 2020 22 h 37

      M. Maltais-Desjardins,

      À partir de cette définition de l’intention qui établit qu’elle consiste en l’effet qu’on cherche à obtenir par une action, c’est-à-dire ce que l’on veut qu’autrui dise ou fasse en réaction à son action, il serait intéressant que vous proposiez une autre possibilité d’intention de l’action d’exprimer sa souffrance résultant d’une agression que celle d’obtenir de la sympathie ou de la compassion de la part du tribunal populaire; une autre possibilité d’intention qui éviterait la dérive que craint l’auteure à l’effet « que cette pratique aura comme conséquence terrible, probablement à très court terme, de discréditer les dénonciations (celles qui sont légitimes) et, par le fait même, de faire reculer l’adhésion et la crédibilité que nous avions si chèrement acquises au sein de notre société à l’égard de cette cause et du droit des femmes à l’égalité. »

      Marc Therrien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2020 07 h 08

      Monsieur Therrien, votre question porte sur la valeur des motifs (intentions et buts) des dénonciateurs. Elle appelle un jugement moral. Il est fort probable que considérant l'une ou l'autre ou même plusieurs de ces dénonciations, nous nous mettrions d'accord pour les trouver objectivement mal à tous autres égards qu'à celui de l'authencité de la souffrance qui a conduit ces personnes à parler, sur laquelle nous devrions suspendre notre jugement, à moins que le plaisir de deviser nous fasse oublier que ce sont, justement, des personnes et non des « cas ». Cependant, et c'est le seul point que je voulais relever, c'est que quand il s'agit d'affaires sexuelles, les termes dans lesquelles nous les instruisons relèvent plus des rapports de propriété et que nous sommes portés, comme vous le faites vous-même ici, à mettre en balance le « profit » (je n'aurais pas employé ce mot moi-même) que les uns tirent de leur prise de parole en regard des « préjudices » qui en découlent pour les autres. Je ne sais rien des intentions de S. Nolin. Ce que je sais, c'est que la plonge que mpm prend n'en résulte pas seule, mais de l'état actuel de sa santé mentale (à ce qu'elle en dit elle-même) et du jugement que le public porte sur ses actions. Parmi les mécaniques d'auto-régulation dont je parlais, il se peut fort bien que les gens avec qui elle fait affaires soient réprouvés par l'opinion au point de devoir bien vite la réhabiliter, au moins partiellement, comme il se peut aussi que S. Nolin perde en cours de route le capital (le mot n'est pas innocent) de sympathie qu'elle a gagné.

      C'est juste une analyse, messieurs. Pour le verdict et la sanction, c'est le privilège de chacun.

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 juillet 2020 08 h 40

      M.Maltais Desjardins, je ne crois pas comprendre tout de travers quand je dis que vous déplacez la question.

      "[...] avancées antérieures, [...] réelles et qui doivent être protégées. Mais elles ne seraient menacées que si la DPCP inclinait à privilégier les dénonciations au point d'en faire le passage obligé des revendications. Cela n'arrivera pas. Tout au contraire, ce sont ceux et celles qui choisiront d'aller à la marge qui se mettront constamment à risque de discréditer leur manière de faire par l'effet des dénonciations futiles ou injustes. Ce régime parallèle trouvera sans doute les ressorts de son auto-régulation, aussi imparfaite que la manière elle-même."

      Le DPCP n'est pas la seule instance de poursuite dans une société. Vous mettez en balance une institution, disant que ceci suffit pour ne pas privilégier la dénonciation.
      Plusieurs artistes se sont vus condamnés à se justifier sans cesse depuis quelques temps. Pourquoi? Pas le DPCP en tout cas.
      Mélanie Joly, représentante du gouvernement d'Ottawa, élue et personnalité connue, exige des explications de Yves-François Blanchet depuis des dénonciations anonymes.
      Le DPCP n'a rien à voir dans une dénonciation anonyme, il en est même nié.

      Vous fixez une limite stricte ("ne seraient menacées que...." ) dans le vide absolu.
      Votre discours est si brumeux et fuyant qu'il vous permet à la première critique de prétendren'avoir rien dit.

      "Tout au contraire", est du même registre :
      "ceux qui décident d'aller à la marge" mettraient à risque leur manière de faire? Les anonymes trolls tremblent dans leur culotte! Ce "contraire" devrait être suivi d'un argument, non? Ben... non. Aucun risque.

      Énoncer dans le flou, puis vous retirer, et enfin finir avec un "C'est juste une analyse" comme une façon de vous dégager de vos paroles, euh...

      Il y a délire en effet. Et déécrire. Et désavancer, déreculer, désanalyser... Miais bon, ça va s'auto-réguler, ioupi.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2020 09 h 46

      Il faudrait pour vous répondre commencer par essuyer l'écume dans laquelle baigne vos propos. Je vous en laisse le soin. Bien qu'il ne soit sans doute pas nécessaire de lever le discrédit que vous tentez une nouvelle fois de jeter sur mes propos, je réitère : vous me comprenez de travers. On reformule, sans se faire d'illusion, mais par courtoisie peut-être pour ceux qui voudraient démêler l'écheveau.

      La DPCP dissuadera ceux et celles qui penseraient obtenir la sanction d'infraction pénales en passant par la dénonciation, précisément parce que cela compromet l'élaboration d'une preuve recevable au tribunal. Elle doit protéger les acquis et le fera. Par ailleurs, les tribunaux civils auront très vite l'occasion de mettre en garde les dénonciateurs contre les poursuites en diffammation qu'ils pourraient encourir. Les dénonciateurs le comprendront, ou pas. Avec effet sur ceux qui seront tentés de les imiter. Auto-régulation, déjà. Un autre volet à cette dialectique, les remarques que je faisais à monsieur Therrien tout à l'heure.

      Mais bon, finissons en vous donnant raison : vous êtes un humaniste, un démocrate, un véridique. Désolé que le spectacle de mes turpitudes soiet une source de scandale pour des âmes aussi généreuses que la vôtre.

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 juillet 2020 10 h 37

      C'est justement parce qu'elle ne concerne pas le DPCP que l'intervention anonyme est répréhensible et qu'elle ne s'auto-régularisera jamais.
      Et c'est comme par hasard le sujet ici : l'anonymat qui perturbe le droit, ce à quoi j'ajoute que la perturbation du droit peut mener, je dis "peut", aux pires abus puisque c'en est un au départ.
      Votre complaisance n'est pas une réponse, ni envers tel geste, ni envers vous-même.

      Vous niez malgré vous le rôle du DPCP en prétendant entre autres que les dénonciateurs anonymes courent un "risque" : "au contraire...".
      S'il n'y a pas cause, il n' uy a pas risque. S'il y a risque il y a cause. Le reconnaissace sociale existe et ne passe pas par le DPCP, sinon on n'aurait pas d'élections, mais des procès.
      Du coup vous prêtez aux dénonciateurs anonymes un courage qu'ils n'ont pas, pour des raisons qui ne me concernent pas.

      Votre ironie ne me touche pas. Je retiens cette la lâcheté des avancées qui sont suivies inévitablement de reculs. Je reconnais comment le besoin d'être reconnu comme "supérieur" peut, lorsqu'il est remis en question, se dégonfler comme une baudruche. D'où cette ironie justement.

      Je ne suis surtout pas "véridique". Je me contente de la réalité et de la logique, en tout cas quand j'écris.

      Vous croyez pourvoir dire de l'autre qu'il délire quand ils clarifie un peu trop vos tournures de style toutes faites pour embrouiller. Puis soudain l'autre devient un saint! Typique. C'est la milllième fois que vous me donnez raison sur ce ton ironique parce que vous réalisez soudain comment vous trébuchez dans votre raisonnement. Cessez ce jeu idiot et ayez le courage de ce qu vous pensez.

      Votre baisse dans mon estime n'est pas du tout accompagnée d'une hausse de mon côté. Ne me prêtez pas ce "profit", il ne serait pas mérité. Mon unique mérite est de me restreindre au pensum de comprendre vos fausses finesses.

      Retournez au Cegep. Vous avez loupé votre philo.

    • Marc Therrien - Abonné 18 juillet 2020 11 h 57

      En tout cas, plus les langues se délient sur « l’affaire Maripier Morin » et en attendant le verdict du procès d’Éric Salvail, il semble que ce qui est en voie de s’auto-réguler à travers cette justice immanente parallèle soit l’inconduite sexuelle résultant d’une manifestation ostentatoire de sa pulsion sexuelle dans la sphère publique qui n’est pas facilement « criminalisable ». En attendant que ce système trouve son point d’équilibre pour mieux s’autoréguler, il semble que des importuns paieront un prix pour leur excès d’arrogance narcissique dont on ne saurait dire de façon arrêtée si la punition exercée pour leur comportement déviant est à sa mesure.

      Marc Therrien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2020 16 h 49

      Je vois, monsieur Therrien, que mes propos n'étaient pas trop obscurs ni peut-être si bêtes. Au plaisir

  • Bernard LEIFFET - Abonné 17 juillet 2020 08 h 06

    La médisance « au top » des médias!

    Madame Longpré, comme beaucoup, nous sommes de votre avis. À moins de rester au fond des bois, loin de notre société avancée, comme le font probablement encore des groupes ou des sectes qui vivent en vase clos, le Québec, comme ailleurs, est sorti depuis belle lurette de certaines attitudes réprimées par la justice. Mais voilà, il y en a qui trouve probablement qu'il faut aller plus loin, quitte à semer le chaos! L'anarchie et l'anonymat vont de paire et ne devraient pas être des éléments particulièrement prisés par les médias à la recherche de grandes côtes d'écoute! Il est inconcevable qu'aucune vérification d'un texte, peu importe la forme, ne soit faite avant une diffusion en ligne, à la radio et à la TV. Parfois même les coïncidences sont frappantes : Pendant qu'on accuse Monsieur Boisclair du PQ, on a rajoute maintenant sur le chef du Bloc Québécois!
    Dans le doute on s'abstient, mais voilà il faut nuire à ceux et celles que les médias actuels, dont bien sûr Radio-Canada , voient d'un mauvais oeil les critiques contre on dira les affaires Trudeau! Bref, il faut tuer dans l'oeuf cet appétit de vouloir prendre toute la place médiatique au détriment d'un contenu passablement vide de sens, démontrant ainsi leur faiblesse quant à leur raison d'être : de simples porteurs de ragots.

  • François Beaulne - Abonné 17 juillet 2020 08 h 53

    Les dénonciations publiques anonymes inacceptables

    Sans être juriste, il m'apparaît d'une éthique douteuse que les médias (sociaux ou autres) puissent publier à tout vent sur la place publique des dénonciations anonymes, non vérifiées, qui peuvent détruire des vies avant même que les accusés aient pu dire un seul mot.
    Le Devoir, ou tout autre quotidien qui se respecte accepterait' il de publier dans ses pages un texte anonyme, non traçable, qui s'en prend publiquement à la réputation de quelqu'un?
    Toute dénonciation de nature sexuelle ou autre devrait être d'abord portée à l'attention de la police qui, elle, pour des raisons de protection de la victime et des témoins, peut taire au public l'identité des plaignants.
    Les dénonciations anonymes du Tribunal du Peuple de la Révolution française ont ouvert la porte à toutes sortes d'excès même si la cause qui les sous-tendaient était hautement respectable.