Il faut repenser le filet social

«C’est la première fois de notre histoire qu’un gouvernement réagit avec autant de force pour soutenir sa population face à une crise aussi grave, le faisant d’ailleurs avec un programme se voulant simple et rapide d’exécution, fondé sur la bonne foi des gens», affirme l'auteur.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «C’est la première fois de notre histoire qu’un gouvernement réagit avec autant de force pour soutenir sa population face à une crise aussi grave, le faisant d’ailleurs avec un programme se voulant simple et rapide d’exécution, fondé sur la bonne foi des gens», affirme l'auteur.

Au regard de la crise sanitaire des derniers mois et de ses répercussions graves sur l’économie, un constat s’impose : la Prestation canadienne d’urgence (PCU) a sauvé bien du monde ! Depuis la mi-mars, ce sont en effet plus de huit millions de personnes (40 % de la population active) qui ont perdu leur emploi au Canada, la plupart temporairement, et qui ont demandé de recevoir en moyenne quelque deux mois de cette mesure d’urgence. Sans cette injection financière directe, bien des faillites et d’autres difficultés se seraient abattus sur nombre de nos concitoyens. On peut même dire sans se tromper que, si nous ne ressentons pas les effets de cette grave récession, c’est avant tout grâce à la PCU, grâce à cette aide financière accordée à tous ceux et toutes celles qui ont perdu leur emploi ou leurs contrats, sans distinction, travailleurs salariés ou autonomes.

C’est la première fois de notre histoire qu’un gouvernement réagit avec autant de force pour soutenir sa population face à une crise aussi grave, le faisant d’ailleurs avec un programme se voulant simple et rapide d’exécution, fondé sur la bonne foi des gens. Il fallait tout de même une bonne dose de courage pour aller dans cette direction. Et cela a fonctionné, malgré tous les doutes et toutes les réticences exprimés. Les dépenses de la PCU, jusqu’à maintenant, s’apparentent au budget cumulatif de trois années de l’assurance-emploi. C’est énorme. Mais à situation d’urgence, mesure d’urgence. Et nous savons par ailleurs que cette injection retourne directement dans l’économie de proximité. Ce gouvernement a probablement sauvé l’économie.

PCU décriée

Pourtant, dès la fin d’avril, à peine trois semaines après sa mise en place, des voix commençaient à se faire entendre, venant entre autres de milieux politiques plus conservateurs, là où les teintes de bleu se confondent. On assimile cette aide financière à une mesure désincitative à l’emploi, à un frein à la reprise économique, accusant au passage les gens de s’asseoir littéralement sur ce « nouvel Eldorado », l’équivalent du salaire minimum à plein temps, pour ne pas retourner travailler.

Comment peut-on en être arrivé à mettre sur le dos des salariés les difficultés de notre économie, comme s’ils étaient aux commandes de celle-ci ? Comment peut-on soutenir pareille ineptie quand on constate, mois après mois depuis le début de cette crise, que les taux de chômage atteignent des sommets jamais vus depuis la Grande Crise des années 1930 ? Ainsi, les données les plus récentes (juillet) indiquent un taux de chômage officiel au Canada de 12,3 %. Par ailleurs, Statistique Canada prend la peine de nous aviser (Enquête sur la population active, juin 2020) que ce taux officiel doit être ajusté à 16,3 % si on tient compte des personnes voulant travailler mais qui n’ont pas cherché d’emploi, et même d’un taux à 26,9 % si on ajoute « les personnes en emploi qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles ». Montréal possède le taux de chômage le plus élevé au Québec (taux officiel de 15,3 %) après la Gaspésie. La région de Québec, qui nous avait habitués à battre tous les records de plein-emploi, est à 12,3 % (taux officiel). Toutes les grandes villes canadiennes connaissent des taux de chômage qui dépassent 10 %, et même 15 %. C’est la réalité.

Il y aura assurément une fin à la PCU, du moins une phase de transition pour arriver à sa conclusion. Est-ce que le régime d’assurance-emploi sera appelé à jouer un rôle plus actif ? Si c’est le cas, espérons qu’on saura l’adapter au contexte de crise que nous connaissons, étant donné que, de l’avis général, il est trop lourd, toujours suspicieux et largement judiciarisé. C’est pour cela, d’ailleurs, que le gouvernement a dû mettre en place un programme d’urgence, la PCU, pour répondre aux besoins immédiats.

De tout temps, une crise peut devenir un révélateur et nous amener à tirer des enseignements. Il est indéniable que le filet social doit être repensé : modernisation de l’assurance-emploi ou revenu minimum garanti, les deux pouvant se compléter ? Il faut voir plus loin que la seule urgence et bâtir un futur protecteur au service des citoyens.

13 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 16 juillet 2020 03 h 31

    Le gouvernement doit soutenir ses citoyens tout le temps.

    Pour les dernières décennies, les néolibéraux n'ont jamais cessé de peindre le gouvernement comme le problème, pas la solution. Ils ont tout fait pour diminuer et resserrer les dépenses publiques, mais ils ne s'offusquent jamais auprès des subventions généreuses, du BS pour les entreprises et les multinationales avec l'argent des contribuables. Trouver l'erreur!
    Par contre, la pandémie nous a démontré qu'en période de difficultés, les citoyens n'ont pas eu recours aux banques, aux multinationales ou aux entreprises privées, c'est vers leur gouvernement «méchant» que les citoyens se sont tournés! Heureusement, ce gouvernement ne les a pas laissés tomber.
    Maintenant, il faudrait que notre gouvernement soutienne les gens avec des salaires vivables et un revenu minimum garanti. Il faut renforcer le filet social.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 juillet 2020 09 h 37

      Mme Alexan, le gouvernement c'est nous les contribuables.

      Ceci dit, oui, il va falloir repenser le filet social parce qu’il n’existera plus bientôt. Nous en sommes présentement à notre limite et en faisant un petit clin d’œil à la Grèce.

      Les libéraux sont en train d’endetter les générations qui ne sont pas encore nées, de dettes faramineuses. Pour une famille de cinq individus, cela représente une dette pour seulement le gouvernement fédéral, de plus de 130 000$. Amortis sur une période de 100 ans à un taux d’intérêt de 5%, cette dette n’est jamais repayée. Nous en sommes à plus de 110% du montant de la dette par rapport à notre PIB. En plus, présentement, 40% de cette dette appartient à des intérêts étrangers. Il va en falloir des pipelines et vendre du pétrole sale pour nous sortir de ce marasme économique.

      La PCU est comme une dose de morphine pour masquer les effets réels économiques. Et si on arrête les doses, le malade tombe en crise bien plus grave qu’il ne l’était auparavant. Et dans tout cela, le coronavirus lui n’arrêtera pas dans un monde sans vaccin efficace. Nous sommes dans la même position que nous étions au mois d’avril en ce qui le concerne.

      De quel courage parle-t-on? Ce n’est pas leur argent qu’ils ont pris, mais bien de ceux qui vont venir après nous. Pardieu qu’ils vont nous haïr. En plus, Trudeau en a profité pour graisser la patte de tous ces petits amis, WE Charity oblige. Même sa famille y goûtait durant le cinq dernières années.

      Si Montréal possède un taux de chômage aussi élevé, eh bien, c’est que le taux d’immigration n’est pas ajusté. Accueillir plus de 50 000 immigrants en plus de tous les illégaux n’est pas la recette parfaite pour garder notre filet social vous savez. Non, le régime d’assurance-chômage n’est pas appelé à jouer un premier rôle dans notre économie, mais il risque plutôt de disparaître. Tout à coup, la vision des longues lignes des années trente pour la soupe populaire nous reviennent à l’esprit.

    • Nadia Alexan - Abonnée 16 juillet 2020 13 h 24

      Vous avez tort, monsieur Dionne. Renseignez-vous. Je viens d'entendre Joseph Stiglitz, récipiendaire du Prix Nobel de l'économie qui dit que l'endettement de nos gouvernements en temps de l'épidémie est nécessaire. Il reprend l'exemple de nos gouvernements pendant la Deuxième Guerre mondiale qui ne se demandaient jamais s'ils avaient les moyens de dépenses énormes que la guerre nécessitait. Nous sommes maintenant en guerre contre un virus plus malin encore, parce qu'il est invisible.
      Lisez ce que les grands économistes de notre époque ont à dire sur cette question, comme Thomas Piketty, par exemple. Les inégalités sont plus néfastes que l'endettement. Laisser les gens croupir de faim est pire encore que l'endettement.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 juillet 2020 16 h 20

      Voudriez-vous nous lâcher votre Joseph Stiglitz de temps en temps puisqu'il ne représente qu'une autre opinion dans le firmament des économistes. Ce ne sont pas les inégalités qui ont causé l'effondrement de la bourse en 1929. Et la reprise économique s’est faite parce qu’il manquait de main d’œuvre à la fin de la 2e guerre mondiale avec tellement de victimes, un élément qui ne colle pas avec nous aujourd’hui. Avec l’immigration de masse et les illégaux, c’est la recette pour la tempête parfaite économiquement parlant, pour un taux de chômage élevé pendant des années et une reprise économique timide. Les gouvernements occidentaux ne peuvent pas soutenir un filet social aussi généreux pendant des années, c'est impossible. Et nous en avons pour des années avant que ce virus soit sous contrôle.

      Tout cela pour dire que la gauche et l’économie n’ont jamais fait bon ménage. Tous les pays de gauche sont en faillite.

    • Christian Montmarquette - Abonné 17 juillet 2020 13 h 15

      @Cyril Dionne,

      "Ceci dit, oui, il va falloir repenser le filet social parce qu’il n’existera plus bientôt." - Cyril Dionne

      On croirait entendre Philippe Couillard qui nous imposait l'austérité soi-disant pour protéger le système social.

      - Mais quand faut-il donc activer le système social si ce n'est en période de crise?

      - Quand tout va bien ?? ..lol!"..

      PQ / Libéral.. Même combat !

      La «rigueur budgétaire» a «protégé» le réseau de l’éducation, plaide Couillard - Journal de Québec, 10 mai 2018

      "La meilleure façon de se soucier de l’éducation est d’éviter d’accumuler des déficits, croit Philippe Couillard, qui assure que «la rigueur budgétaire» a su «protéger» les services publics." - JDQ

      https://www.journaldequebec.com/2018/05/10/la-rigueur-budgetaire-a-protege-le-reseau-de-leducation-plaide-couillard

      .

  • Jean-François Trottier - Abonné 16 juillet 2020 07 h 55

    Ce PCU que vous vantez tant...

    Va finir abruptement le jour où Trudeau sera réélu majoritairement.

    Sinon avant, si les sondages le permettent. Trudeau utilise la pandémie pour s'acheter une élection sur fond de compassion. Ce faisant, il fait en sorte que le Canada se retrouvera pieds et poings liés devant les banques et autres institutions de soutien financier, qui monnayent très cher leurs services et demandent des garanties très peu solubles dans l'eau : pétrole, mines qui roulent sans tenir compte de l'environnement...
    Canada is back!

    Trudeau est d'accord, ou bien il s'en fout. Il continue à pousser l'industrie des sables bitumineux, ce truc qui grève l'économie québécoise depuis une quarantaine d'années.

    Je veux vous faire remarquer que personne ne met quoi que ce soit sur le dos des salariés. Certains en mettent beaucoup sur le dos du PCU par contre, et pas sans raison. Il a été distribué sans le moindre discernement, avec le résultat que les fraudeurs y ont vu une occasion en or.
    C'est le manque de connaissance de chaque région et des besoins réels sur le plancher d'Ottawa qui est en cause. À force de vouloir des "politiques nationales", Ottawa fait n'importe quoi, comme toujours.
    Distribuer l'argent à tort et à travers tout en exigeant que le rouge soit bien en évidence, et que les provincs plient à tout, c'est le seule moto d'Ottawa, le seuil moto de Trudeau.
    Ce qui explique pourquoi, lors des dernieres négociations sur la santé, Ottawa n'a jamais accepté que Québec mettte plus d'argent dans les soins aux aînés pour compenser un peu la gabegie déjà existante. Barrette coupait partout, "grâce" à Ottawa c'est devenu pire que tout. Y a des 2 watt dans les partis Libéraux, je vous jure!

    Trudeau, son "si généreux" mais complètement pété PCU, bof... Une cloche qui sonne au gré des "beaux sujets de compassion". Me rappelle les curés d'autrefois. Mais il a une si belle gueule!

    • Christian Montmarquette - Abonné 17 juillet 2020 13 h 19

      "Ce PCU que vous vantez tant...

      Va finir abruptement le jour où Trudeau sera réélu majoritairement." - Jean-François Trottier

      Je suis toujours aussi impressionné par vos capacités paranormales et votre science divinatoire.

  • Réal Gingras - Inscrit 16 juillet 2020 08 h 28

    Un peu d'histoire

    Le filet social dont on parle ici est issu des nombreuses réformes et évolutions qui se sont ajoutées depuis l’avènement de la mise en place du ”contrat social” développé par Jean-Jacques Rousseau au XVIIIe siècle.

    Plusieurs pays occidentaux, par différents programmes, protègent leur citoyens contre les aléas de la vie;
    Assurance chômage, assurance vie, assurance santé, aide sociale, bourse d’étude et maintenant une nouveauté; la PCU.

    Or , ce que nous dit Bernard-Henri Lévy dans une dernière entrevue, c’est qu’avec cette crise du coronavirus,
    nous venons de franchir une nouvelle étape. Ce greffe ou s’ajoute maintenant au "contrat social", le "contrat vital".

    Est-ce que les libertés civiles sont diminuées suite à la mise en place du ”contrat vital”?

    Autrement dit, toutes ces consignes élaborées par les directions de la Santé publique favorise-t-elle
    la diminution de nos libertés acquises depuis 250 ans et ce ”contrat vital” remplacera-t-il dorénavant ce droit naturel à la vie? Doit-on transformer aveuglément l’obéissance aux consignes sanitaires en devoir?

    Pour Rousseau : ” renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme », et ôter sa liberté à un homme est un acte immoral et contre nature. ”

    BHL ajoute: ”Une humanité masquée, je suis désolé, mais, d’abord c’est un oxymore, et ensuite c’est une humanité de la défiance, du soupçon et, un jour, de la haine”.

    ”Ce qui m’a frappé, moi, hélas, c’est notre incroyable docilité. Y compris chez les plus démunis et les plus exposés. Allez voir place de la République les queues, un peu plus longues chaque samedi, de gens tombés dans la précarité qui viennent aux distributions des Restos du cœur : pas de masques, pas de gel et une résignation à fendre l’âme.”… et ici pour ne pas que le peuple s’énerve trop, on a inventé la PCU.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 16 juillet 2020 09 h 31

    Revenu de base

    Je pense qu'il est temps que nous ayions un " revenu de base". Si nous avions en démocratie, l''initiative populaire" ( un pourcentage de la population qui veut une loi ou en abroger une), nous aurions déjà ce revenu de base, car une pétition immense l'avait revendiqué, selon le livre d'André Larocque: Au pouvoir citoyens! Metre fin à l'usurpation des partis politiques.

    De plus, dans ce moment où tout le monde revendique une relance verte, en me référant au livre " Shinrin Yoku, l'art et la science des bains de forêt", j'y lis qu'en Corée du Sud, il y a un centre national de sylvothérapie dont le Programme forestier national est " destiné à créer un État rovidence écologique,dans le cader duquel les forêts donnent du bonheur à tout le monde",
    N'est-ce pas aussi une excellente idée? :)

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 juillet 2020 12 h 00

    Pierre Céré, un ancien candidat à la chefferie du PQ

    Le voici devenu propagandiste pour le gouvernement libéral de Justin Trudeau.

    «... là où les teintes de bleu se confondent... » Un commentaire anti-Bloc québécois. Tout un nationaliste ! Bravo M. Céré !

    Je ne serais pas surpris qu'il se présente aux prochaines élections pour le PLC. Steven Guilbeault a voulu réformer l'environnement ; Céré voudra réformer l'assurance-chômage.

    • Christian Montmarquette - Abonné 17 juillet 2020 14 h 05

      @ Sylvio Le Blanc,

      "Le voici (Pierre Céré) devenu propagandiste pour le gouvernement libéral de Justin Trudeau." - Sylvio Le Blanc

      La petitesse de votre partisannerie ne vous honore pas.

      Le grand nationaliste que vous êtes aurait-il préféré voir la moitié de la nation québécoise être mise à la rue?