Un «ticket» d’union nationale pour la présidentielle américaine

«La vocation que Mitt Romney et Bernie Sanders ont ressentie pour briguer la présidence par deux fois doit être encore plus pressante aujourd’hui», écrit l'autrice.
Photo: Drew Angerer et Mandel Ngan / Getty Images / AFP «La vocation que Mitt Romney et Bernie Sanders ont ressentie pour briguer la présidence par deux fois doit être encore plus pressante aujourd’hui», écrit l'autrice.

Beaucoup envisagent un monde de l’après-COVID qui devrait réinventer la façon dont nous investissons, produisons, consommons, apprenons, travaillons, voyageons ou interagissons. Mais la politique ne saurait être immunisée contre la réinvention.

Les États-Unis souffrent d’une aggravation de la polarisation partisane, qui n’a fait qu’empirer depuis Donald Trump.

Ce démocrate devenu républicain, qui a surfé sur une vague de colère envers la classe politique, a emprunté le pire aux politiciens de carrière et porté la polarisation à son paroxysme.

Face à une crise sanitaire historique flanquée d’une crise économique, sociale et raciale, les Américains se rendent compte qu’un rôle crucial du gouvernement est de les protéger de la maladie, du chômage, de la pauvreté et de la violence, y compris celle de leurs propres policiers.

Le 3 novembre, ils ne devraient pas en être réduits à choisir entre deux rivaux discutables pour résoudre une crise nationale et lutter contre la Chine pour l’hégémonie mondiale.

Trump a affronté la Chine et prétend placer l’« America first », mais il n’a montré aucune compassion envers les morts, les malades et les victimes économiques du « virus chinois ». Accusé de racisme, le président a violé la Constitution le 1er juin en ordonnant l’usage de la force pour disperser une manifestation pacifique.

Joe Biden, en trois campagnes présidentielles, n’avait pas gagné de primaire avant février. Il n’est le seul démocrate encore en lice que grâce aux pressions du parti sur les autres prétendants. Lui aussi accusé de racisme, il fut le vice-président de Barack Obama qui, malgré huit ans au pouvoir, rata l’occasion de transformer le système de santé et l’administration de la police.

Rupture

Ayant créé ou négligé les maux mis à nu par la crise, aucun des deux « grands » partis n’est du reste crédible pour y remédier. L’heure exige donc une rupture pour sortir de l’impasse actuelle. Elle exige un « ticket » d’unité nationale.

Bernie Sanders et Mitt Romney devraient se présenter en tandem. Ces sénateurs sont essentiellement des indépendants. Or, les Américains qui ne se reconnaissent dans aucun des deux partis forment la catégorie dominante et la seule part croissante de l’électorat.

Sanders est, de loin, le politicien le plus en phase avec les dossiers préoccupant depuis longtemps les Américains et soulignés par la crise : création d’un système universel et public de santé, réduction des inégalités et des discriminations, amélioration des emplois et des salaires, soutien à une agriculture durable et aux circuits courts de consommation, protection de l’environnement, démondialisation.

Romney est, pour sa part, le premier membre de l’establishment républicain à avoir dénoncé les failles de Trump. Il est le seul sénateur de l’histoire du pays à avoir accusé d’abus de pouvoir un président issu de son propre parti. Face à la mort atroce de George Floyd, il est le seul républicain du Congrès à s’être joint aux manifestants pour affirmer que « les vies noires comptent ».

Un gouvernement Sanders-Romney devrait placer « all Americans first », mais ne pas laisser l’« America » isolée. Romney, comme Sanders, a raison sur l’injustice raciale et sexuelle. Sanders a eu raison sur l’Irak, Romney sur la Russie. Tous deux ont raison sur la Chine.

Les États-Unis ont déjà connu un ticket et un gouvernement d’union nationale. Pendant la guerre de Sécession, la nécessité d’une réconciliation amena le président républicain Abraham Lincoln à briguer un second mandat avec le démocrate Andrew Johnson.

« La convention [du Parti de l’Union nationale] et la nation sont animées par une conception plus élevée des intérêts du pays », expliqua Lincoln en 1864. Le tandem Lincoln-Johnson fut élu par un raz-de-marée.

Aujourd’hui, un gouvernement d’union nationale ne devrait pas réunir que des démocrates et des républicains. Il devrait aussi inclure des verts et des libertariens, des entrepreneurs socialement responsables, des militants économiquement responsables, des gens de toutes couleurs, beaucoup de jeunes et de femmes.

Ce gouvernement devrait tendre la main aux électeurs de Trump, qu’ils soient des républicains, d’anciens démocrates ou des citoyens détachés du processus politique avant 2016.

La vocation que Romney et Sanders ont ressentie pour briguer la présidence par deux fois doit être encore plus pressante aujourd’hui. Ils devraient convoquer leur esprit indépendant et les valeurs profondément américaines d’audace et d’espoir pour œuvrer à ce que la politique et le gouvernement réconcilient et servent l’Union.


 
10 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 11 juillet 2020 08 h 42

    Quelle prétention !

    Penser dire aux Américais quoi faire !

    • Cyril Dionne - Abonné 12 juillet 2020 15 h 59

      Vous avez bien raison M. Terreault.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 juillet 2020 09 h 13

    J'aime bien Mme Bonzom, mais là elle dérape

    D'abord, les deux politiciens, l'un qui se dit socialiste et l'autre qui est de droite, ne s'entendront jamais. On est loin du tandem Lincoln-Johnson, deux politiciens qui s'entendaient sur à peu près tout.

    Ensuite, ceux qui voteront pour Trump en novembre ne prendront jamais la chance de voter pour un ticket qui comprend le "rouge" Sanders.

    En fait, si ce ticket prenait miraculeusement forme, ce qui est impossible, ce serait le plus sûr moyen de faire triompher Trump, divisant les électeurs au centre droit, au centre et à gauche.

    Et quand Mme Bonzom soutient qu'Obama n'a rien fait en Santé, elle se trompe. Trente millions d'États-Uniens ont bénéficié de l'Obamacare, que Trump est en train de défaire.

    N'empêche, j'aimais bien les chroniques de Mme Bonzom dans 'Le Devoir'.

  • Yvon Montoya - Inscrit 11 juillet 2020 09 h 17

    Très intéressante perspective ouverte pour ce chaos américain. Merci.

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 11 juillet 2020 10 h 00

    Intéressant!

    Je ne savais qu'un tel ticket avait existé et qu'il avait été composé de LINCOLN lui-même.

    Si l'idée d'inclure SANDERS dans un tel ticket semble excellente, celle d'inclure ROMNEY est peut-être plus douteuse. N'est-il pas aussi très prosélyte mormon, un belliciste qui aurait dit de la France qu'elle était « une ancienne grande puissance devenue un second couteau » (cf. Le Figaro)? Que ferait ROMNEY d'un couteau? Nous entraîner dans une guerre au nom de dieu comme les BUSH? Que pourrait-il bien penser de la laïcité, fondement de la République française, et d'une diplomatie politique?

    Aussi peut-être faut-il reconnaître un certain mérite à TRUMP d'avoir mis un faucon comme BOLTON à la porte...

    Et en ce sens, peut-être le ticket SANDERS - TRUMP serait-il fabuleux? Certains déboires de TRUMP pourraient être neutralisés par la vision sociale de SANDERS, et les authentiques colères de TRUMP pourraient être canalisées à l'intérieur sur les véritables problèmes de sa nation? Mais nous serions au pays des merveilles plutôt qu'aux États-Unis, la base radicale de TRUMP ne comprendrait pas et le fuirait. À moins bien sûr que ce soit le seul instrument possible à cette base pour garder le pouvoir... De l'autre côté, les enragés puristes de l'extrême gauche qui carburent aussi à l'agressivité relationnelle ne comprendraient pas que SANDERS puisse être en interrelation avec TRUMP qu'ils perçoivent comme un démon à frapper de l'exclusion sociale (hors du mur paradisiaque des puristes d'extrême-gauche)... Trop puristes, ils préfèreraient perdre le vote plutôt que de faire alliance avec TRUMP.

    Qui sait quelle surprise nous réservent les prochaines élections états-uniennes?

    Merci pour ce texte!

  • Pierre Desautels - Abonné 11 juillet 2020 10 h 48

    Pas sûr.


    Intéressant, mais diviser le vote ne ferait qu'aider la réélection de Trump.