La racialisation de la société québécoise

«On passe sous silence une autre question de fond, tout aussi importante, soit la racialisation accélérée des citoyennes et des citoyens», estime l'autrice.
Photo: Getty Images / iStockphoto «On passe sous silence une autre question de fond, tout aussi importante, soit la racialisation accélérée des citoyennes et des citoyens», estime l'autrice.

À l’été 1990, je rédigeais pour Le Devoir un article intitulé « Pour résoudre le conflit amérindien. Ne pas s’enfermer dans une vision raciale ». Je réagissais à la façon dont la crise d’Oka était alors présentée comme un conflit racial opposant des « Blancs » à des Autochtones, une catégorisation à forts relents coloniaux.

Trente ans plus tard, les revendications des Wet’suwet’en au Canada et l’assassinat de George Floyd aux États-Unis ont provoqué un nouveau débat sur le racisme systémique. Cependant, on passe sous silence une autre question de fond, tout aussi importante, soit la racialisation accélérée des citoyennes et des citoyens.

En effet, le renforcement du langage de la « race » dans l’espace public s’effectue, et de façon pire qu’en 1990, avec la complicité de journalistes, d’éditorialistes, de chroniqueurs, de réseaux sociaux, d’intellectuels et de militants eux-mêmes antiracistes. La « blanchité » sert désormais à étayer le débat sur le racisme.

Définition

Qu’y a-t-il derrière cette nouvelle tendance ? Une controverse scientifique et politique en cours. Déjà, on doit rappeler qu’il n’y a pas de définition universelle du racisme, ni chez les scientifiques, ni dans les textes des institutions internationales, ni dans ceux des gouvernements concernés pas l’antiracisme. Il en va de même quant à l’utilisation du présupposé de la « race » pour combattre le racisme.

Depuis les années 1980, des spécialistes de divers pays anglophones (canadien y compris) ont insisté sur la nécessité de changer la terminologie dominante pour analyser le racisme. Le concept de « processus de racialisation/racisation » a représenté pour plusieurs une solution de rechange au mot « race ». Pour quelle raison ? D’abord parce que les races n’existent pas sur le plan biologique. Il y a unité génétique de l’humain. Ensuite, chaque société a une conception différente de ce qui est censé être phénotypiquement évident, comme la couleur de la peau. Alors que le processus de racialisation implique clairement que les groupes cibles du racisme ont été l’objet d’une assignation identitaire relevant de l’idéologie raciste ; et ils ne l’ont pas choisie.

À titre d’exemple, la Loi fédérale sur l’équité en matière d’emploi définit le terme « minorité visible » comme suit : « Il s’agit de personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n’ont pas la peau blanche » (et on énumère quasi le monde entier). À l’opposé, dans son mémoire présenté lors de la consultation québécoise sur le racisme de 2006, le Barreau du Québec prenait position et estimait, à l’instar de la Commission ontarienne des droits de la personne, que « la notion de groupe « racialisé » est plus à même de cerner la réalité vécue par les personnes victimes de racisme ou de préjugés raciaux en ce que la race est un marqueur qui est imposé par le regard de l’autre ».

D’autres voies sont possibles. « To be called by our own names », réclamaient des Autochtones lors d’une des conférences des Nations unies contre le racisme. On le sent clairement au Québec. Des intellectuels et des militants s’identifient comme Afro-Américains ou African Americans plutôt que comme Blacks. Dans le débat récent sur le racisme systémique, on a entendu Will Prosper parler d’Afro-descendants. À quand le terme Afro-Québécois, parmi d’autres ?

Mais un autre courant d’analyse, celui des whiteness studies, d’abord développé aux États-Unis, se diffuse en France et au Québec. Selon ce « paradigme », renforcé par la mouvance décoloniale, la « race » est profondément ancrée dans les modes de pensée et d’action et demeure une composante centrale de l’identité des minorités et de leurs pratiques de résistance. Nommer la « race » serait essentiel à la lutte contre le racisme, même si elle relève du mythe social. On parle ici de « domination blanche », de suprématie et de normes « blanches », de « blanchité ». On appelle à la déconstruction de l’« identité blanche », à la remise en question du « privilège blanc ». Porté à l’extrême, ce courant est devenu accusateur, culpabilisant et relève désormais de la police de la pensée.

La majorité blanche

Ainsi, au Québec, des intellectuels polarisent le débat en ciblant une « majorité blanche » (sous-entendue francophone) ou encore « la majorité québécoise d’origine canadienne-française », tout en occultant le fait que la majorité francophone est démographiquement plurielle et métissée par des Innus, des Irlandais, des Haïtiens, des Chiliens, des Marocains, et que le racisme existant au sein des minorités et entre minorités doit également faire l’objet d’une large attention. Un problème plus complexe qu’il n’y paraît. Et surtout, ce paradigme de la « blanchité » omet ou subordonne, en dépit de déclarations péremptoires sur l’intersectionnalité, la question des classes sociales qui complexifie hautement l’analyse du racisme.

En conclusion, j’espère que le comité chargé de formuler des mesures antiracistes par le gouvernement Legault pourra s’élever au-dessus de cet essentialisme racialisant qui imprègne de plus en plus la nation québécoise. Il a un choix à faire : analyser les manifestations du racisme, ses niveaux (direct, indirect, systémique), ses cibles, les mots pour le dire, et proposer des mesures de combat soutenues par une volonté politique, qui ne resteront pas sur les tablettes, comme le dernier plan quinquennal des libéraux (2008-2013) dont on n’a plus entendu parler.

80 commentaires
  • Francois Ricard - Abonné 11 juillet 2020 05 h 54

    Le multiculturalisme nous est mortifère.


    Un peu partout dans une bonne partie du monde occidental, on reconnaît l’ampleur de la discrimination raciale. Et de façon unanime, on pose le mauvais diagnostic : c’est la faute au « racisme systémique ».Jamais ne remet-on en question une idéologie aux effets délétères pourtant de plus en plus évidents : le multiculturalisme.
    Le multiculturalisme enferme chacun dans sa culture d’origine. Le multiculturalisme transforme chacun en échantillon représentatif de son groupe d’origine: il communautarise les appartenances en cadenassant symboliquement les communautés.Le multiculturalisme est une doctrine d'État qui repose sur les fondations d'un droit à la différence qui empêche toute forme de cohésion sociale. Chaque minorité tire sur la couverture et fracture toujours un peu plus le tissu social de la nation qui devient une construction artificielle déconnectée de la réalité quotidienne de ses habitants. Ce droit à la différence absolue est le terreau qui permet à des minorités agissantes de se faire passer pour des victimes.Le multiculturalisme nous est mortifère.

    • Renaud Métivier - Abonné 11 juillet 2020 07 h 54

      Je suis d'acord avec vous. C'est la domination coloniale en premier qui a crée le racisme où que ce soit dans le monde ou dans toutes le époques. Le multiculturalisme serait-il le nouveau colonialisme? Alors y adhérer rend tout le monde raciste.

    • Lionel Leblanc - Abonné 11 juillet 2020 08 h 26

      Enfin! Voici une analyse aussi éclairante que pertinente.

      Le «bruit» (au sens de la théorie de l'information de Claude Shannon) médiatique qui nous assaille provient, en bonne partie, de l'ignorance de ceux qui utilisent le mot «race» et de ses dérivés (racisme, raciste, racisation…) en vue de rendre plus objetifs des propos tenant davantage de l'opinion que de faits d'observation.

      Il ne faut surtout pas perdre de vue que l'une des origines de la théorie du racisme, celle qui a été formulée par Arthur de Gobineau vers le milieu du XIXe siècle, a été récupérée par les nazis comme fondement de leur dessein d'éliminer les Juifs.

      Si les nazis ont agi avec beaucoup de mauvaise foi dans le choix de cette assise, on ne peut pas blâmer pour autant Gobineau. En effet, le développement des principaux concepts à l'origine de la théorie statistique (coefficient de corrélation de Pearson, tests de signification statistique, etc.), essentiels à la confirmation des dires de Gobineau, n'ont pris forme qu'au tournant des XIXe et XXe siècles. Avant cela, il devenait à peu près impossible de rejeter les propos de Gobineau comme on peut le faire maintenant.

      Si, aujourd'hui, la majorité des commentateurs avaient une meilleure formation scientifique et historique, la polysémie de l'expression «racisme systémique» cesserait d'ajouter à la confusion qu'on lui connaît.

      La compréhension qu'entretient M. François Ricard, en évoquant le «multiculturalisme», est donc remarquable.

    • Jacques Bordeleau - Abonné 11 juillet 2020 08 h 49

      Merci, c'est sûrement une description parmi les plus concises mais les plus justes de cette calamité sociale qu'est le multiculturalisme de plus en plus dénoncé et rejeté un peu partout dans le monde. La désunion institutionnalisée, la ghettoïsation assurée, la paix sociale impossible.

      Jacques Bordeleau

    • Gylles Sauriol - Abonné 11 juillet 2020 08 h 56

      Bien dit ....
      ......ce qui a pour effet de fractionner la société en sous-groupes pour ne pas dire “ghettos culturels” qui s’ils ne s’opposent pas les uns aux autres, restent néanmoins souvent isolés les uns par rapport aux autres.
      Tout ceci bien sûr au grand plaisir de politiciens qui s’accommodent tres bien d’une maxime vieille comme le monde : “Divisez pour mieux régner”

    • Françoise Labelle - Abonnée 11 juillet 2020 09 h 14

      Votre «culture», c'est Elvis ou Falardeau?
      L'uniculturel a prouvé historiquement sa létalité. Vous semblez craindre viscéralement la diversité, qui n'a rien à voir avec la promotion du multiculturalisme anglo-saxon, indifférent tant qu'il assure sa domination. Entre le noir et le blanc, il y a les infinies nuances de gris, voilà le sujet de l'article dont vous vous éloignez. Je suis optimiste en pensant que vous aurez moins de succès auprès des jeunes qui célèbrent la diversité.

      Vous parlez de cohésion sociale? Comme celle assurée par la dictature stalinienne d'un prolétariat imaginaire? Vous partagez avec d'autres les séquelles des très nombreuses années de soumission au colonialisme canadien, sur un territoire appelé le Québec, peu importe l'origine ethnique et la volonté individuelle de participer à votre cohésion sociale indéfinissable et forcée.

    • François Côté - Abonné 11 juillet 2020 09 h 29

      A mon avis, le multiculturalisme, une politique et non un droit, a très peu à voir avec le "chacun dans son coin" que nous déplorons tous. Avec les Chartes des droits et des libertés (Québec 1976 d'abord puis Canada 1982), l'individu et ses droits fondamentaux se trouvent juridiquement au coeur de la vie de la société canadienne, y compris le Québec, laissant au second plan les intérêts et le bien collectif. Nous avons en effet américanisé notre système juridique qui favorise maintenant l'individu et non le bien collectif. Certains osent même parler d'une dictature de l'individu!

    • Pierre Desautels - Abonné 11 juillet 2020 11 h 27


      Comme l'écrit Madame Labelle, c'est plutôt la diverisité qui tient lieu de lien au Québec, Gérald Godin en parlait souvent. Quant au multiculturalisme, il s'agit plutôt un débat d'intellectuels et il y aurait sûrement 57 variétés de sa définition si Guy Nantel produisait un "vox pop" dans un centre commercial sur le sujet.

      Et non, il n'y a pas de bureaux du fédéral qui administrent le multiculturalisme dans chaque quartier de Montréal. Il y a des femmes, des hommes, des enfants qui se côtoient, qui se voisinent, qui échangent, dans leurs quartiers et à l'école. Quant à la "racialisation" dans cette chronique, ce sont les évènements et l'actualité, qu'on le veuille on non, qui la propage.

      Des témoignages documentés d'actes de racisme envers des minorités sont implacables. Il est normal alors que les médias parlent de race quand c'est le premier facteur de discrimination. Ce concept est même utilisé par certains hommes blancs d'ici ou des USA qui se disent victimes et que la race blanche est en danger. C'est selon.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juillet 2020 12 h 31

      Mme Françoise Labelle a raison. M. Rcard a profité de l'article de Mme Micheline Labelle pour introduire des précisions dans sa lecture du multiculturalisme.

      Il n'en demeure pas moins que le texte de Mme Micheline Labelle clarifie le sens du racisme et le concept de « racisme systémique » en indiquant que tout ramener aux races a l'immense défaut de créer des cloisons sans fondement et d'aborder erronnément des pratiques sociétales qui discriminent sur des bases qui renvoient à d'autres carégories sociales et culturelles, dont les classes sociales, et assurent le maintien d'un ordre politico-économique au sein d'un État indépendant qu'ils minimisent la valorisation d'une égalité entre les citoyens et les citoyennes.

      S'il est un élément important à prendre en compte au Québec en ciblant les médias et les fabriquants d'opinion, c'est qu'un tel discours est aussi une carte canadienne majeure pour contrer un rapprochement entre les habitants du Québec pour créer un État indépendant promu par les futurs citoyens et les futures citoyennes.

      Le gouvernement Legault ne peut pas le dire, car il n'a pas une conception de la citoyenneté du Québec dans un État indépendant.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juillet 2020 14 h 23

      @ Mme Françoise Labelle et MM. Bariteau et Desautels,

      M. Ricard a parfaitement raison dans sa définition du multiculturalisme qui a échoué lamentablement partout sur la planète. Le multiculturalisme a avorté en Allemagne, au Royaume-Uni, en Belgique, en Hollande et je pourrais continuer ainsi de nommer tous les pays où cette idéologie politique s’est implantée.

      Si vous voulez voir un exemple vivant du multiculturalisme qui enferme chacun dans sa culture d’origine, eh bien, visitez Mississauga en Ontario. C’est une ville de presque d’un million d’habitants. Et là, on y retrouve à peu près toutes les ethnies du monde renfermées sur elles-mêmes dans des petits quartiers, rues, croissants ou tous ceux de la même race s’agglutinent ensembles. Ils vivent, on pourrait dire, cloîtrés, à part des autres sans aucune interaction avec les autres communautés en occultant tout ce qui passe autour d’eux. Mon frère, qui est parfaitement bilingue et qui a vécu dans un de ces quartiers pendant plus de 20 ans, eh bien, ne connaissait aucun de ses voisins à part de quelques-uns d’origine européenne. La plupart se cachaient littéralement des autres et c’était le chacun pour soi. En fait, c’était le communautarisme à la puissance de 1 000.

      Cet exemple frappant pour celui qui vient de l’extérieur est commun partout dans grands centres urbains en Ontario. Le multiculturalisme fait la promotion de petits pays dans un pays. Il cultive rien d’une communion sociétale et comme le disait une anglophone d’origine anglo-saxonne qui avait quitté Toronto pour ces mêmes raisons, pourquoi est-ce que les gens s’intégraient dans la culture du pays lorsque le multiculturalisme fait la promotion que toutes les cultures sont sur le même pied d’égalité? Et est-ce que quelqu’un pourrait nous donner une définition de la culture canadienne en occultant tout ce qui est américain ou de nous réciter les vœux pieux des Nations unies? Bonne chance.

    • Claude Bernard - Abonné 11 juillet 2020 14 h 56

      M Ricard
      Vous ramenez la cause au multiculturalisme qui créerait le communautarisme et favoriserait le racisme systémique ou non.
      On doit, tout de même noter que ce racisme sous toutes ses formes existe depuis bien avant l'invention du multiculturalisme que d'aucuns associent à un comnlot contre le Québec.
      À l'origine, cette notion était destinée à lutter contre la hiérachisation des «races» et la discrimination.
      Ce ne fut pas un succès, le rascisme perdura et perdure partout ici comme ailleurs.
      Metrre fin au multiculturalisme ne mettrait pas fin au racisme, je ne pense pas que vous souteniez cela,
      La cause profonde vient plutôt de l'histoire et de la coutume qui, comme chacun sait, est une autre nature.
      Reconnaitre l'existence des injustices qui en résultent me parait le début de la solution.

    • Hermel Cyr - Abonné 11 juillet 2020 15 h 55

      M. Bariteau,
      Vous qui êtes bon lecteur habituellement, vous voyez vraiment que ce texte « clarifie le sens du racisme et le concept de « racisme systémique » »?
      L’auteure commence par dire que le racisme n’a pas d’acception universelle, que les races n’existent pas (ce qui est vrai), puis aussitôt, elle emploie sans les définir les mêmes notions pour terminer en disant qu’ « Il a un choix à faire : analyser les manifestations du racisme, ses niveaux (direct, indirect, systémique), ses cibles, les mots pour le dire, et proposer des mesures de combat soutenues par une volonté politique… »
      Comment analyser et proposer des mesures sur la base d’un concept non défini et proposer des mesures pour en combattre les manifestations ?

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juillet 2020 17 h 32

      À M. Dionne. Je ne pense pas que Mme F. Labelle et M. Ricard aient une opinion favorable pour le multiculturalisme. Quant à moi, j'estime, comme je l'ai souvent écrit, que l'approche canadienne de reconnaissance des droits individuels associée à une lecture communautariste comme ancrage a transformé le Canada en un empire que le gouvernement central est mandaté de gérer sur cette base, ce qui fait de la citoyenneté canadienne une affaire d'ayants droits plutôt que celle des citoyens et des citoyennes.

      À M. Cyr. Il y a effectivement une distinction à faire.

      Mme M. Labelle a distingué les assises erronées du racisme sur base biologie du sens actuel des pratiques de discriminations de toutes sortes. Il eut été opportun, je pense, de recourir au concept de discrimination qui est plus générique.

      Le problème est le Larousse incite à faire valoir ces deux distinctions, la première qu'il s'agit d'une «Idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie », la seconde qu'il renvoie à une « attitude d'hostilité systématique à l'égard d'une catégorie déterminée de personnes ».

      L'usage des deux notions, même en les opposant, crée de la confusion.

    • Jacques Patenaude - Abonné 12 juillet 2020 13 h 01

      @ François Côté

      Vous nommez les deux chartes des droits: celle du Québec et celle du Canada sans en souligner la différence de fond. Je veux souligner qu'il existe une différence fondamentale entre les deux. La québécoise s'inspire surtout de la vision des droits humains des lumières adoptée par l'ONU alors que celle du Canada s'inspire de l'anglo-libéralisme.

      Je cite les deux articles équivalent:

      La loi québécoise
      " 9.1 Les libertés et droits fondamentaux s’exercent dans le respect des valeurs démocratiques, de la laïcité de l’État, de l’ordre public et du bien-être général des citoyens du Québec. »"

      La loi canadienne
      "1. La Charte canadienne des droits et libertés garantit les droits et libertés qui y sont énoncés. Ils ne peuvent être restreints que par une règle de droit, dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d’une société libre et démocratique" 

      Comme on peut le constater la charte québécoise tiens clairement compte de la collectivité plus que celle du Canada où les droits individuels sont priorisés sauf si on fait une démonstration dans un cadre très flou. Il n'y a aucune mention de notions relevant du bien commun comme dans celle du Québec.

      Il ne faut pas mettre les deux chartes dans le même panier. Il serait bon de mettre davantage de l'avant la charte québécoise. On occulte trop facilement celle-ci au profit de la charte canadienne. Personnellement celle du Québec me rejoins, celle du Canada : Pas vraiment .

    • Christian Roy - Abonné 12 juillet 2020 13 h 42

      Race = Culture ?

      Éclairez-moi, M. Ricard

  • Hermel Cyr - Abonné 11 juillet 2020 07 h 26

    Une notion difficile à éradiquer

    La notion de race pour désigner les divers groupes ethniques a mis du temps avant d’être contestée. Entre le milieu du 19e et le milieu du 20e siècle, sous l’influence néfaste que ce qu’on appelle le « racisme scientifique », les scientifiques comme les penseurs sociaux ne doutent pas en l’existence des races humaines. Seuls quelques intellectuels humanistes s’y opposent, comme John Stuart Mill qui sont de notables exceptions.

    La lutte pour évacuer la notion de race pour désigner les groupes humains doit attendre la fin de la Deuxième Guerre. Un précurseur notoire fut le zoologue Julian Huxley, qui dès les années 1920-30 avait relégué le terme au domaine de la zoologie.

    Mais ce sont surtout les biologistes qui, fondés sur des preuves scientifiques, ont milité pour le bannissement du mot race dans le genre humain. Quand l’UNESCO entreprit de lutter contre le racisme, il publia en 1950 un rapport dans lequel les préventions des biologiques furent tenues en compte et le mot race ne fut utilisé que pour en réfuter l’usage. Mais ce sont des anthropologues qui résistèrent le plus et dès 1951, sous leur pression, une nouvelle mouture du texte utilise le mot à 32 reprises pour le réhabiliter. Il faut attendre les années 1960 pour que les anthropologues se rangent derrière les biologistes.

    Malheureusement, aujourd’hui, le mot renait de ses cendres. Et alors que dans les années d’avant-guerre il était surtout affectionné par les tendances droitières, il l’est aujourd’hui par le discours militant gauchisant.

    • Marc Therrien - Abonné 11 juillet 2020 10 h 01

      Et cette notion sera d’autant plus difficile à éradiquer que l’organisation de la pensée verticale occidentale qui l’a engendrée. On doit beaucoup à Aristote la pensée essentialiste et sa manie du classement à vouloir tout compartimenter, segmenter et catégoriser les éléments de la Nature dont est issu l’Homme. Ce n'est pas demain que nous allons changer du tout au tout cette tendance de la pensée occidentale verticale à hiérarchiser du haut vers le bas et du bas vers le haut tous les éléments de la vie sociale permettant d’établir des distinctions dans le classement par rangs, comme par exemple les valeurs, entre le supérieur et l’inférieur, le moderne et le primitif, l’évolué et l’arriéré, etc.

      Marc Therrien

    • Christian Roy - Abonné 12 juillet 2020 13 h 49

      Ajout fort pertinent, M. Therrien.

  • François Poitras - Abonné 11 juillet 2020 07 h 42

    Merci !

    "Le renforcement du langage de la « race » dans l’espace public s’effectue, et de façon pire qu’en 1990, avec la complicité de journalistes, d’éditorialistes, de chroniqueurs, de réseaux sociaux, d’intellectuels et de militants eux-mêmes antiracistes. La « blanchité » sert désormais à étayer le débat sur le racisme."

    Par son refus des diktats multiculturalistes et de l'autoflagelltion "systémique", le gouvernement Legault a su " s’élever au-dessus de cet essentialisme racialisant qui imprègne de plus en plus la nation québécoise"

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juillet 2020 10 h 35

      Oui, je suis d’accord avec vous M. Poitras, et merci pour ce billet de Mme Labelle qui remet les points sur les « i » au sujet du supposé racisme systémique. Ce mouvement qui nous a été importé d’ailleurs, à récemment été dénoncé par les grandes lumières de la gauche dans le Harper’s Magazine où on y lisait les noms de Noam Chomsky, Margaret Atwood, Salman Rushdie et plusieurs centaines d’autres qui dénoncent cette nouvelle gauche, née des mouvements #metoo et Black Lives Matter.

      Bien oui, maintenant le monde est divisé entre les « blancs » et les personnes de couleur. N’est-ce pas le meilleur moyen pour amplifier le phénomène de la race et du racisme, des concepts qui n’existent pas en science? C’est seulement la couleur de l’épiderme qui existe due à des facteurs biologiques et héréditaires régit par les mélanocytes, les cellules de la peau. Ici au Québec, on retrouve le racisme seulement chez les forces policières qui font preuve aussi, de corruption systémique.

      On n’est même pas capable de s’entendre pour définir ce qu’est le racisme alors que lui ajoute un autre mot « systémique ». Nos antiracistes fascistes, ceux qui cultivent la culture du bannissement, s’en donne maintenant à cœur joie pour définir les gens leurs dogmes et doctrines bien personnelles. En fait, ils pratiquent une censure digne de l’époque de Joseph McCarthy. Bien oui, selon leurs délires, les Québécois sont des racistes, nous qui avons la cible des gouvernements anglo-saxons successifs qui ont tout fait pour nous rabaisser.

      En plus, ils s’en donnent à cœur joie encore une fois pour dénoncer des gens sur les médias sociaux, souvent de façon anonyme, sans preuves quelconques à part de leur version. Les victimes de ce chantage diffamatoire ne peuvent même pas se défendre puisque dans 95% des cas, ceux-ci ne logeront aucune plainte formelle. Et oui, Maripier Morin devrait poursuivre Sofia Nolin pour diffamation, elle qui a lancé ses attaques sans prendre la peine de porter plainte.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 juillet 2020 13 h 23

      @C. Dionne Franchement! ... Vous vous arrêtez à ces grossières et sordides stupidités ?! ( dans votre dernier paragraphe). Qu'est-ce que ça apporte au débat du jour ? Pourtant, le début ...de votre commentaire... tenait bien le sujet.

      @ F. Ricard... Félicitations...Votre commentaire,tellement pertinent, devrait faire la "UNE" de tous les journaux...

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juillet 2020 17 h 48

      Désolé Mme Sévigny, je persiste et signe mon dernier paragraphe. Cela fait partie de la « culture du bannissement » qui nous a été importée d'ailleurs. Tout le monde s'excuse pour je ne sais quoi. Les p'tites vedettes qui ont peur de disparaître du radar public en temps de pandémie parce qu’ils ne travaillent plus lancent toutes sortes de choses et d’accusations sur les médias publics. Qui de ce monde, peut affirmer sans rire ou pleurer, qu’il n’a jamais fait quelque chose de reprochable dans sa vie? Ici, on ne parle pas d’affaire criminelle, mais de niaiseries que tous sont certainement coupables, surtout lorsque l’alcool coulait à flot. Ceux qui se croit pure et sans péché, lance la première pierre. Et on leur souhaite bonne chance.

      Je sais bien que personne ne fait confiance à la police et pour de bonnes raisons, mais de là à assassiner les gens de façon hypocrite sur les médias sociaux, je n'en peux plus. Et ceci reviendra les hanter un jour, Sonia Nolin oblige. Elle n’a même pas le courage de faire suivre ses accusations en faisant une plainte formelle même si cela ne l’a conduira nulle part. La lâcheté n’a jamais de limite.

      En passant, voici ce qui dit le Code criminel à propos de la diffamation: « la diffamation, qui constitue une limite au droit à la liberté d’expression est une atteinte, par des propos verbaux ou écrits, au droit à l’honneur et à la réputation que possède toute personne. »

      Et pendant ce temps, plus de 29 000 enfants, en bas de l’âge de cinq ans meurent par jour dans le monde de causes évitables. Tout est toujours une question de perspective.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juillet 2020 21 h 39

      Erratum

      C'est bien Safia Nolin. Mes excuses pour ceux qui se sentent offensés. Amen.

  • Alain Roy - Abonné 11 juillet 2020 07 h 47

    Enfin

    "En effet, le renforcement du langage de la « race » dans l’espace public s’effectue, et de façon pire qu’en 1990, avec la complicité de journalistes, d’éditorialistes, de chroniqueurs, de réseaux sociaux, d’intellectuels et de militants eux-mêmes antiracistes. La « blanchité » sert désormais à étayer le débat sur le racisme."
    "Ainsi, au Québec, des intellectuels polarisent le débat en ciblant une « majorité blanche » (sous-entendue francophone) ou encore « la majorité québécoise d’origine canadienne-française », tout en occultant le fait que la majorité francophone est démographiquement plurielle et métissée par des Innus, des Irlandais, des Haïtiens, des Chiliens, des Marocains, et que le racisme existant au sein des minorités et entre minorités doit également faire l’objet d’une large attention."
    Un courageux plongeon dans la réalité, que vous soyez entendue Mme Labelle.

  • Nadia Alexan - Abonnée 11 juillet 2020 08 h 35

    Sans cohésion sociale la justice devient impossible.

    Merci, madame Micheline Labelle, pour votre explication lucide de la racialisation de la société. Les Anglais ont créé le racisme avec leur slogan machiavélique: «divide and conquer» diviser pour régner. Tant que la société est divisée avec des revendications sectaires et religieuses, les maitres capitalistes de ce monde seront capables de gouverner à leur guise. Et comme vous le dites bien, la question de la classe et de ses inégalités sociales demeure une injustice difficile a réglé sans la cohésion sociale.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 11 juillet 2020 10 h 07

      Je partage en tout point votre commentaire Mme Alexan.

    • Pierre Desautels - Abonné 11 juillet 2020 13 h 36


      Désolé, mais nous n'avons pas eu besoin des Anglais pour que le racisme existe ici. Ce serait trop facile comme excuse. Et le pouvoir colonial n'était pas seulement britannique.

    • Marc Therrien - Abonné 12 juillet 2020 10 h 26

      Je ne saurais affirmer comme vous qui a créé le racisme. Cependant, bien avant les Anglais, il y a eu Aristote qui a fondé le socle de notre culture occidentale en établissant les critères permettant de distinguer le supérieur de l’inférieur, l’élite de la populace, comme par exemple : «La Nature tend assurément aussi à faire les corps d’esclaves différents de ceux des hommes libres, accordant aux uns la vigueur requise pour les gros travaux, et donnant aux autres la station droite et les rendant impropres aux besognes de ce genre, mais ultimement adaptés à la vie de citoyen (qui se partage elle-même entre les occupations de la guerre et celle de la paix.»

      Marc Therrien