Il n’y a plus de démocratie heureuse

L'islamisme et le radicalisme identitaire, deux idéologies qui se nourrissent et se confortent mutuellement, pense l'auteur.
Photo: Janek Skarzynski Agence France-Presse L'islamisme et le radicalisme identitaire, deux idéologies qui se nourrissent et se confortent mutuellement, pense l'auteur.

La dernière décennie du siècle dernier aura été la décennie heureuse de la démocratie. Celle-ci avait, au XXe siècle, vaincu le totalitarisme nazi et le goulag communiste. Elle était si belle, la démocratie, en Russie, dans les pays de l’Europe centrale et orientale, en Amérique latine. L’Afrique y aspirait, l’Asie l’espérait. Bon enfant, la démocratie croyait que son futur avait de l’avenir.

Elle avait toutefois oublié que vaincre un totalitarisme ne signifie pas vaincre tous les totalitarismes, que l’idéologie, la religion, l’ethnoculture sont, quand elles sont exploitées et manipulées par les intérêts et les haines, des hydres à mille têtes. Très vite, on eut une idée en Chine, au moment du massacre de la place Tian’anmen, de la volonté d’un pouvoir totalitaire d’écraser toute velléité de débat ou de liberté d’expression.

Pendant trente ans, l’Occident avait espéré que la Chine se démocratiserait en même temps qu’elle s’ouvrirait à la libre entreprise et au commerce. Idem pour l’Algérie, qui connut dans les années 1990 une terrible guerre civile entre une dictature militaire impitoyable et un islamisme fanatique tout aussi impitoyable ! Le Printemps arabe s’est conclu dans l’étouffement des libertés.

On ne s’était pas rendu compte que la guerre froide avait masqué des problèmes identitaires d’ordre religieux, ethnique et nationaliste, et que ceux-ci réapparaissaient, intacts dans leurs ressentiments et leurs colères, inflexibles dans leurs revendications, insupportables dans leurs violences. Le 11 septembre 2001 en fut la manifestation la plus spectaculaire : Ben Laden s’enorgueillissait de prendre sa revanche de la perte du califat, des Croisades et que sais-je encore ? Le passé nous remontait à la gorge, ses démons et ses fantômes.

L’identité n’est pas meurtrière, ni la nation ni la religion. Mais ces appartenances le deviennent quand, à cause de l’action des hommes, elles se retranchent dans un système qui fait abstraction des réalités et des êtres humains, se nourrissent de dogmes, s’enferment dans un vase clos, s’hypertrophient durant leur essor et se sclérosent dans leur déclin. L’idéologie se dit scientifique alors qu’elle n’est que construction sans fondations ni structures, elle apparaît parfaite dans sa géométrie alors qu’elle ne tient sur aucune réalité physique ni morale.

L’identité, appartenance originelle selon la langue et la naissance, devient idéologie quand elle est exclusive, sectaire, repliée sur soi. La nation, idée que l’on se fait de nous-mêmes en tant que collectivité, devient idéologie quand elle absorbe toutes les énergies et toutes les ambitions de l’identité commune, recourt à l’agressivité à l’égard d’autres nations. La religion, enfin, qui entend établir les liens entre le monde d’ici-bas et le surnaturel, est mise à profit pour exercer sur les esprits la plus contraignante et la plus sournoise dictature morale et intellectuelle.

Dans tous ces cas de figure, il y a une grande imposture, car l’idéologie se sert d’appartenances réelles et légitimes pour en détourner le sens et les incorporer dans des desseins contraires à toute humanité : les antagonismes de races, de classes, de croyances

Radicalisme identitaire et islamisme

Ces deux idéologies se nourrissent et se confortent mutuellement : l’islamisme tend à saper les fondements de la démocratie en y introduisant le poison d’une identité religieuse fanatique et violente, incompatible avec les principes mêmes de nos institutions ; en réaction, le radicalisme identitaire, arguant d’une immigration incontrôlée qui véhiculerait ce fanatisme, s’en sert pour dénigrer la démocratie, régime soi-disant complaisant, dévertébré et velléitaire. Impossible de provoquer un débat : chacun campe sur ses positions, chacun use et abuse des réseaux sociaux pour marteler ses dogmes et aggraver la blessure. Il faut dire que nos classes dirigeantes et nos élites, sans doute désarçonnées par ces mouvements qu’elles n’avaient pas prévus et qu’elles ont en partie provoqués par leur indigence politique et leur dévoiement intellectuel, se délectant de multiculturalisme et d’optimisme béat, cèdent à la tentation du laisser-faire et du laisser-aller.

Qu’on ne s’étonne pas dès lors que l’extrême droite française, qui n’avait obtenu que 5 % des voix aux élections présidentielles de 1965, en ait obtenu 34 % en 2017 (les sondages lui créditent 45 % en 2022), que les partis appelés populistes gagnent du terrain en Europe et en Amérique, qu’il soit possible que Donald Trump soit réélu en 2020 tant les clivages sont bien marqués et tant l’irrationalité a envahi le champ politique. Quand les élites négligent d’entendre les voix des gens, les échos de celles-ci leur parviennent à travers les urnes.

Dans nos démocraties, il n’y a plus ni débat ni consensus, il n’y a que des guerres inciviles faites d’anathèmes et d’excommunications. La victoire sur les totalitarismes du XXe siècle n’aura-t-elle ainsi servi qu’à transformer la démocratie libérale en un simulacre d’institutions fonctionnant par la force de l’habitude avec une apparence de libertés ? Il y a des jours comme ça où l’on a envie de succomber à la tentation de l’indifférence et de se résoudre à « cultiver son jardin » selon le mot du cynique Voltaire. Mais est-ce cela, la démocratie ?


 
47 commentaires
  • Kristoff Talin - Abonné 9 juillet 2020 05 h 38

    De l'usage de chiffres erronés

    Sans discuter le fond de votre article, il n'en reste pas moins qu'il souffre d'affirmations erronées, voire fausses.
    Les 5,20% obtenu en 1965 par le candidat de l'extrême droite - alors que le Front national n'existait pas encore - l'ont été au premier tour de scrutin alors que les 33,90% que vous citez pour 2017 l'ont été au second tour de scrutin alors qu'il ne reste plus que les deux candidats arrivés premiers au premier tour de l'élection présidentielle. Pour être exact, il faut donc comparer ce pourcentage de 5,20% de 1965 à celui du premier tour des élections de 2017. Marine Le Pen candidate du Front national a obtenu 21,30% des voix soit 12,60% de moins que le pourcentage que vous indiquez. Quant aux sondages qui lui prédisent 45% au second tour de 2022, il n'ont aucune fiabilité à deux ans d'un scrutin dont on ne connait pas même la liste des candidates et candidats.

    Kristoff Talin
    Politicologue, Cnrs, France

    • Sam Haroun - Abonné 9 juillet 2020 08 h 41

      Mes chiffres ne sont pas erronés. Comparons alors le deuxième tour de l'élection de 2002 (20% J.-M. Le Pen) à celui de 2017 (34% M. Le Pen) : cela fait tout de même presque une fois et demi en 15 ans. La progression. de l'extrême-droite en France est impressionnante. Quant aux sondages, vous n'en savez pa plus que moi, ils ne sont qu'indicatifs de l'état de l'électorat à un moment donné, et je trouve cela inquitétant. C'est tout.

    • Nadia Alexan - Abonnée 9 juillet 2020 08 h 53

      L'Islamisme est aussi identitaire et nationaliste et provoque le repli sur soi décrié par l'auteur. Il ne faut pas minimiser l'effet pervers et toxique de ce mouvement totalitaire et théocratique qui a engendré des guerres partout dans le monde, au nom de la primauté de la religion.
      Les islamistes refusent de s'intégrer aux sociétés où ils ont immigré et au contraire, ils veulent imposer les valeurs de pays qu'ils ont quitté à celui qui les a accueillis. Le refus de délaisser les signes religieux dans l'espace public est un exemple de cette intransigeance intégriste.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 juillet 2020 10 h 44

      Au-delà des chiffres cités, il n’y a jamais eu de décennie heureuse de la démocratie. Jamais. Peut-être moins triste, mais heureuse, on verse dans l’idéalisme et l’utopisme.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 juillet 2020 16 h 11

      Il est exact que le FN et son successeur progressent de façon continue et importante depuis la naissance du FN. Même si l'avenir ne peut être prévu avec certitude, les intentions de vote pour 2022 témoignent minimalement de l'état d'esprit pendant la période où le sondage a été administré. Pas besoin de s'enfarger dans les virgules.

      La démocratie est une façon de civiliser les divergences - celles-ci peuvent demeurer profondes. Elles l'ont souvent été dans différentes périodes historiques à différents endroits. Il s'agit de s'entendre sur certaines règles, laisser l'autre s'exprimer, ne pas avoir recours à la force, accepter le résultat électoral. Mais ce n'est pas toujours un jardin de roses. Par exemple, dans les années '70 et '80 au Québec, il y avait des groupes staliniens et maoïstes qui avaient un certain succès dans les syndicats et les associations étudiantes, dont certains appuyaient Pol Pot pendant que les Khmers rouges sévissaient.

      Ceci dit, il est vrai que plus récemment en Occident, disons depuis dix ou vingt ans, il y a des polarisations qui peuvent légitimement inquiéter.

  • Yvon Montoya - Inscrit 9 juillet 2020 06 h 14

    Amin Maalouf nous a offert une excellente réflexion a méditer sur les identités qu’il considère comme meurtrières. Vous mélangez beaucoup pour nous parler de démocratie sans vraiment la definir ni montrer son environnement ancré dans l’histoire occidentale. Vous nous dites 45% pour l’Extreme-Droite en France alors que les dernières municipales nous montrent un tableau très différent du votre???? Même Le Pen est a la ramasse ainsi que son clone inverse Les Insoumis de Melenchon. Que la démocratie aille mal, on le sait fort bien mais quel rapport avec les sovietiques, la Chine voire les Amériques latines?

    • Cyril Dionne - Abonné 9 juillet 2020 08 h 27

      « Ben », la Russie, la Chine et la plupart des pays de l'Amérique latine sont des dictatures.

  • Francois Ricard - Abonné 9 juillet 2020 06 h 22

    Le multiculturalisme favorise l’endogamie et le repli communautaire.

    L’idéologie multiculturalistes a fait son apparition dans les années 1960.La démocratie, pour le multiculturalisme, consiste en la reconnaissance de la différence . Cette recherche de la différence mène à l’épuisement de la société , épuisement causé par une trop grande fragmentation sociétale qui conduit à une impuissance politique.Le multiculturalisme est une forme de marxisme intellectuel qui divise la population en groupes raciaux, ethniques et en genres, hiérarchisés selon une prétendue oppression..Il devient alors un incubateur de sexisme et de racisme. Sa « politique des identités » a comme arme principale la culpabilisation : ceux qui tentent de les contrer sont racistes, sexistes, parce que, paradoxalement, ils refusent de se définir eux-mêmes à partir d’une grille d’analyse ethno-raciale ou sexuelle.LLe multiculturalisme se sert de la démocratie pour la juguler.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 juillet 2020 09 h 04

      Corrigé. @ Francois Ricard

      "Le multiculturalisme favorise l’endogamie et le repli communautaire"-Francois Ricard,

      Si on cessait de démoniser le multiculturalisme dans une société par définition plurielle en valorisant au contraire l'apport des différentes cultures à la construction même de la culture et de l'identité québécoise, nous assisterions sans doute à moins de replis identitaires, et ce, autant de la part des Québécois de souche que des diverses communautés ethniques et culturelles.

      La solution à ce clivage social est l'interculturalisme, proposé par la Commission Bouchard-Taylor et endossé par Québec solidaire.

      Mais ici encore, le radicalisme des nationalistes identitaires dépourvu de toute nuance, bloque toute possibilité d'entente, en foutant sans cesse dans dans le même sac "multiculturalisme' et "interculturalisme" pour maintenir la division et la polarisation du débat dans des camps opposés.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 9 juillet 2020 11 h 06

      À C.Montmarquette,
      Le seul exemple d'un pays entièrement multiculturaliste présentement, c'est les USA.
      Alors scientifiquement, dure de dire que le multiculturaliste est une réussite sociale.
      Parcontre les exemples contraires abondent, la Suède, l'Australie, le Japon, l'Allemagne ect..des pays qui ne visent pas le multiculturalisme et qui s'en sortent très bien autant au niveau social, qu'économique .

      Bon le Japon doit choisir entre ouvrir l'immigration ou disparaître éventuellement, mais ce n'est pas le cas du Canada.

      Alors pourquoi foncer tout droit les yeux fermés dans une idéologie qui n'a pas fait ses preuves et surtout qui est, irréversible?

    • Francois Ricard - Abonné 9 juillet 2020 11 h 17

      @ Christian Montmarquette

      C'est Charles Taylor, l'un de vos chantres adulés, qui a le mieux décrit l'interculturalisme. "L'interculturalisme, c'est le multiculturalisme sous un autre nom".La voix de quelqu'un qui s'y connaît.Prêtons-y attention.

    • Jacques Bordeleau - Abonné 9 juillet 2020 12 h 13

      Tout à fait vrai. Le multiculturalisme dans lequel se drapent des sociétés, dont la canadienne, comme dans un étendard de vertu et de supériorité morale est le résultat dune lâcheté sociale et d'un opportunisme politique qui se justifient du relativisme moral pour autoriser aux dépens de la démocratie et de l'intégration la superposition de ghettos, un communautarisme diviseur et un clientélisme électoral malsain.

      Jacques Bordeleau

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juillet 2020 12 h 27

      Le multiculturalisme, comme l'interculturalisme, sans une citoyenneté ancrée politiquement, dérive vers l'individualisme et une valorisation des différences de toute sorte.

      Au Canada, l'ancrage du multiculturalisme est politique et découle de la constitution de 1982 qui valorise les droits individuels. Au Québec, l'interculturalisme, proposé par Gérard Bouchard, s'est voulu une réplique québécoise au multiculturalisme canadien. Le PQ comme QS s'y sont ouverts tout en ne mettant pas de l'avant un projet d'État indépendant dont seraient les promoteurs les futurs citoyens et les futures citoyennes du Québec.

      Il en découle des projets politiques devenus l'affaire des partis plutôt que des futurs citoyens et des futures citoyennes. Sans un tel réalignement, l'interculturslisme demeurera un vœux pieux sans incidence réelle.

      Le Québec est une province, pas un État indépendant. Seuls les États indépendants ont une citoyenneté définie juridiquement et politiquement et seuls les États indépendants ont un statut de nation reconnu par les autres États indépendants et les Nations Unies.

      Au Québec, le concept de « nations » a tout d'un mythe avec ses variations selon les partis politiques, les analysters et les idéologues parce qu'ils font abstraction de l'essentiel des éléments constitutifs d'une nation moderne précisés par Marcel Mauss après la Première Guerre mondiale dont le texte fut publié seulement après la Deuxième Guerre mondiale.

      Or, il s'avère qu'au Québec un grand nombre de sociologues ne recourent pas aux distinctions faites entre les « nations » ethno-culturelles et les « nations » modernes. Gérard Bouchard fut l'un d'eux tout comme Fernand Dumont.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 juillet 2020 14 h 52

      De manière très prévisible, je constate que les nationalistes identitaires recherchent encore ce divise plutôt que ce qui uni le Québec.

      L'interculturalisme est une philosophie d'échange entre les groupes culturels d'une société.

      La notion d'interculturalisme intervient comme moyen privilégié de sensibilisation à la diversité culturelle. Elle suppose une participation active de la société d'accueil à l'intégration des nouveaux arrivants en même temps qu'une connaissance et une compréhension mutuelles des différences culturelles. Plus précisément, l'interculturalisme suggère l'adoption de la culture dominante du pays ou de la région d'adoption associée à la recherche de points communs tout en préservant les différences individuelles.

      La société d’aujourd’hui se définit par la pluralité des aspects de la socialisation (...) le terme de interculturalisme, qui peut se définir comme une construction, un ensemble de relations entre les diverses cultures. Ce phénomène découle des échanges entre les civilisations tout en préservant un respect mutuel afin de protéger l’identité culturelle de chacun.

      Une distinction peut être établie entre l'interculturalisme et le multiculturalisme, mais il convient surtout de ne pas confondre ceux-ci avec le communautarisme.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Interculturalisme#:~:text=L'interculturalisme%20est%20une%20philosophie,sensibilisation%20%C3%A0%20la%20diversit%C3%A9%20culturelle.

      "L'interculturalisme suggère l'adoption de la culture dominante du pays ou de la région d'adoption.."

      Il me semble que c'est clair comme de l'eau.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juillet 2020 14 h 56

      Mme Geoffrion, les Étas-Unis ne sont pas le berceau du multiculturalisme. Ils ne naissent pas de communautés culturelles, mais d'États reconnus indépendants en 1783 et qui s'associwent dans une république qui les regroupe et crée un pouvoir au-dessus des États pour des fins externes et internes en autant, dans ce dernier cas, qu'il y a avalt des États membres.

      L'immigration venue d'Europe et d'ailleurs a engendré une diversité de citoyens avec comme valeurs un individualisme volontariste banalisant l'ethnicité qui était accolée aux immigrants venus d'États-nations au X1Xe siècle et au début du XXe siècle. Avec cette approche, la diversité ethnique fut privée d'influence sur le polique. Si elle demeure, son influence culturelle est très limitée, ce qui n'est pas le cas dans le Canada de 1982.

      Dit autrement, les communautés au Canada sont culturellement définies alors qu'aux États-Unis cen'est pas le cas puisque seuls ressortent des éléments biologiques ascriptifs qui ne peuvent pas faire l'objet de jugements. ce qui n'est pas le cas au Canada avec la Charte des droits et libertés

      Dans ce pays, un individu devient américain en acceptant les idéaux abstraits de la liberté, de l'égalité et du républicanisme, ce qui mine du coup le «multiculturalisme».

    • Francois Ricard - Abonné 9 juillet 2020 15 h 58

      @ M. Bariteau
      L'idéologie multicuturaliste nous vient des socialistes de la Grande-Btretagne. Cette idéologie est venue en Amérique vers la fin des années
      1960. P.E. Trudeau en fut dès lors le propagandiste le plus acharné ici au Canada.
      Jusqu'à ce que cette idéologie exerce son influence, les USA étaient un "melting pot" où tous, nouveaux et anciens, étaient d'abord et avant tout "américains".Même le mouvement pour l'émanticipation des Noirs, jusqu'à l'assassimat de Martin Luther King, voulait devenir des citoyens américains à part entière.
      Le multiculturalisme a changé la donne.L'homogénéité citoyenne américaine a éclaté. Nous y trouvons maintenant des Afro-Américains, des Hispano-Américains, des Sino-Américains, etc...Les USAe sont plus un "melting pot" mais un tiroir à bric-à-brac.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 juillet 2020 16 h 18

      Il est incontestable que le sentiment d'identité ou d'appartenance à un groupe est une construction sociale émanant d'un contexte historique donné et que le fait d'être né dans celui-ci ou celui-là est le résultat du hasard. Celui-ci est peut-être nécessaire en partie pour des raisons d'équilibre psychique, l'être humain étant un être social, mais ne perdons pas de vue sa relativité.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juillet 2020 17 h 14

      M. Ricard, le Royaume-Uni est une association politique entre quatre « nations » reconnues indépendantes sur des bases royales : l'Angleterre, l'Écosse, le pays de Galles et l'Irlande. Par définition, le Royaume-Uni est multinational avec des assises ethno-culturelles. Depuis l'indépendance de l'Irlande, il n'y a que trois « nations » formant le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord.

      Avec l'immigration, la diversité de la population, surtout en Angleterre et en Écosse, s'est accentuée, ce qui contribua à hausser les distinctions ethno-culturelles. Vous dites que les socialistes ont développé l'idéologie multiculturelle. Ce n'est pas faux parce qu'ils ont valorisé l'égalité de droit des citoyens et des citoyennes à l'encontre des idéologies plus à droite.

      P-E Trudeau, ajoutez-vous, a intégré leurs vues. Il l'a fait en banalisant les références aux deux « nations » mythiquement présumées fondatrices du Dominion of Canada et en ne reconnaissant comme « nations » que celles des peuples autochtones. Pour les autres habitants de ce pays, il a promu le multiculturalisme dès 1971 et en fit un principe structurant de la charte canadienne en l'accolant aux droits individuels des citoyens et des citoyennes canadiennes.

      Une des conséquences fut toutefois le recours au concept de communautés regroupant des individus diversifiés localisés dans les provinces du Canada à coté des « nations » autochtones, les provinces n'étant que des gestionnaires des politiques du Canada.

      Le multiculturalisme du PM-Trudeqau-père a changé le Canada parce qu'il est constitutif du Canada de 1982 et accolé à une citoyenneté d'ayants droits rendant les provinces assujetties à la Charte canadienne, qui laisse toutefois une porte entrouverte un certain temps, permettant aux provinces de s'éloigner de cette vision partagée majoritairement hors Québec. Seule la province de Québec a modifié cette approche sous le gouvernement de la CAQ.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 juillet 2020 18 h 37

      Bon. Est-ce que tout le monde est surpris que nos antiracistes de l’extrême gauche accusent les autres des pires calomnies lorsqu’on n’est pas d’accord avec leur discours? Si on les désapprouve dans leur idéologie, nous devenons des nationalistes identitaires, une phrase qui est un code pour raciste. Adil Charkaoui est passé maître dans cet art. Ce bullying nous rappelle le maccarthisme d’antan et la chasse aux sorcières qui s’ensuivie durant une certaine époque.

      Lire cette lettre publiée sur le site d’Harper’s Magazine. Noam Chomsky, Margaret Atwood, Salman Rushdie, Gloria Steinem et des centaines d’autres de la gauche ont cosigné une lettre visant à dénoncer cette gauche plurielle tonitruante qui se dit inclusive, mais qui exclut et censure tous les discours qu’elle n’aime pas dans nos sociétés. C’est très rafraîchissant. Pardieu, les plus grands intellectuels de la gauche ne se reconnaissent plus dans ces mouvements antiracistes fascistes. Et c’est toujours le problème des extrémistes de gauche; ils deviennent tellement à gauche qu’ils se retrouvent toujours à droite très rapidement.

      Et pourtant, la droite, malgré tous leurs défauts, ne censure pas la libre expression.

      https://harpers.org/a-letter-on-justice-and-open-debate/

  • Claude Bariteau - Abonné 9 juillet 2020 06 h 39

    Texte qui éveille par une lecture fine et alerte des effets d'une mondialisation sous l'égide des grandes entreprises multinationales de connivence avec des États dont les dirigeants battent la mesure pour en tirer des avantages prétendument collectifs.

    L'auteur trace à forts traits le effets de cet ordre nouveau de l'économie-monde issu des « libertés » générées par la chute du mur de Berlin et de la réapparition de dérives nourries par l'affaiblissement des assises de la démocratie dans ce nouvel ordre qui, mondialisé, a produit plutôt l’indifférence à l’encontre d’un sursaut de conscience.

    J’airais aimé qu’il soit plus critique des façons dont les dirigeants des États ont failli à leurs responsabilités et plus volubile sur les efforts déployés par les propriétaires des réseaux multiples de communications pour revitaliser les débats et les valeurs de la démocratie plutôt de celles d’un individualisme toxique qu'il a bien révélé.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 juillet 2020 08 h 33

      Oui, c'est une excellent texte. Mais dire qu'en 2020, la religion entend établir des liens entre le monde naturel et celui surnaturel dépasse l’entendement. Cette notion faussée dès le départ ne fait qu’accentuer les différences entre les gens comme s’ils en avaient besoin d’autres qui ne sont pas héréditaires. Les religions organisées divisent tout simplement et n’ont rien à voir avec la spiritualité.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 juillet 2020 19 h 19

      "Les religions organisées divisent tout simplement et n’ont rien à voir avec la spiritualité." - Cyril Dionne

      "Tu aimeras ton prochain comme toi-même." ..dit le Christ et la religion catholique.

      À vous entendre mépriser et rabaisser sans cesse ceux qui ne pensent pas comme vous..

      Vous ne devez pas vous aimer beaucoup.

  • Françoise Labelle - Abonnée 9 juillet 2020 06 h 54

    Questions afférentes

    Est-ce que l'islamisme n'est pas un phénomène identitaire? Quelle est la part de la théologie chez les jeunes islamistes? On occulte le fait qu'il s'agit de jeunes hommes en mal d'affrontements, comme un reportage de Mediapart sur Jeunesse Identitaire le montre clairement. À Québec, la sortie des bars pour jeunes est aussi très claire. La peur de ne pas faire sa place.
    Les incivilités grouillent sur Twitter et les autres médias dits sociaux qui privilégient l'invective, la plus courte possible. Le médium est le message.
    Trump a pris le pouvoir parce que les «élites» n'écoutent pas la population? Ou parce qu'il ment cyniquement à son troupeau. Les deux pieds dans la mondialisation, il promet de ramener les emplois des années 50-60 en favorisant sa classe sociale qui payait alors des impôts conséquents. MAGA est faux; les USA sont la principale puissance financière du monde et il achètera les votes avec les dollars US sans craindre d'appliquer des mesures pourtant bien socialistes, comme le revenu minimum garanti (temporaire). La redistribution des richesses et des mesures sociales depuis les années 80 auraient évité cette catastrophe.
    Ici, certains défendent les idéologies identitaires, confondant le nationalisme de pays souverains avec la situation du Québec colonisé.