Des inquiétudes sur le mode de gestion en santé et en éducation

«Les gens vont se rendre compte assez vite de la lourdeur actuelle dans la gestion des écoles primaires et secondaires», écrit l'auteur.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir «Les gens vont se rendre compte assez vite de la lourdeur actuelle dans la gestion des écoles primaires et secondaires», écrit l'auteur.

Depuis la mi-mars, j’observe les impairs de notre système de santé dans le cadre de la pandémie, notamment le désastre des décès dans les résidences de personnes âgées.

Dans chaque région, il y a un ou des CISSS (Centre intégré de santé et services sociaux) ou CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux). Essayez de savoir ce qui se passe en santé dans votre région : impossible, car ce sont des boîtes sclérosées, fermées.

Aucun membre du conseil d’administration n’est élu par la population. On y trouve, en particulier, des représentants du personnel actifs en santé, nommés par leurs pairs. Il ne s’agit pas de remettre en question les compétences des gens, qui y siègent, mais la formule.

J’entendais récemment quelqu’un se questionner : « Comment se fait-il que la situation du manque criant de préposés, dans les CHSLD, n’a pas été soulevée sur la place publique, auparavant ? Administrer, c’est prévoir ? ». Le chroniqueur Michel David écrivait, récemment : « Les CISSS et les CIUSSS, devenus un symbole de lourdeur bureaucratique, ont été désignés comme la principale cause de l’incapacité du réseau à mieux y réagir. »

Or, c’est le même modèle qui gère maintenant le système scolaire, chez les francophones : le Centre de services scolaire (CSS). Je comprends parfaitement les anglophones d’avoir tenu tête pour conserver le contrôle de leurs écoles et maintenir les élections scolaires.

Imaginez que, dans votre municipalité, seul le directeur général, soit un employé, puisse aller sur la place publique et que ce directeur général soit nommé par le ministre. Et que, dans votre conseil municipal, il y ait des représentants des employés nommés par ceux-ci. Et que personne ne soit élu par la population.

Oui, il y avait un déficit démocratique au scolaire. Selon moi, il suffisait de placer les élections scolaires en même temps que les municipales ou les provinciales, pour améliorer la participation, et maintenir le « no taxation without representation ». Je pense, aussi, qu’il était possible de décentraliser davantage la gestion des écoles dans le cadre des commissions scolaires.

Manque de transparence

Actuellement, si je veux savoir ce qui se passe dans les écoles, je dois communiquer avec la directrice générale de mon ex-commission scolaire, nommée par le ministre et seule personne pouvant aller sur la place publique pour l’organisation.

Il n’y a pas de contre-pouvoir en santé, et il n’y en a plus au scolaire chez les francophones. Au moment du projet de loi sur la laïcité, la Commission scolaire de Montréal a clairement manifesté son opposition. Sur le plan démocratique, c’était très sain, même si je ne partageais pas cette opinion. Le ministre Roberge disait que les commissaires faisaient de la politique, mais c’était justement leur rôle de ne pas être des béni-oui-oui.

Déclaration du ministre de l’Éducation, en février 2020, au moment de l’adoption de la loi annonçant, sous bâillon, la fin des commissaires d’école élus : « Les enseignants, les professionnels, les directions d’école vont enfin pouvoir prendre des décisions et orienter mieux les services au bénéfice des élèves, parce que c’est pour eux autres qu’on travaille. » Or, c’est exactement cette philosophie qui a mené à la création des CISSS et des CIUSSS, qui gèrent la santé dans votre région. Comme si les ex-commissaires d’école étaient des personnes désincarnées !

La disparition des commissaires élus se fait déjà sentir. Actuellement, dans le désordre lié à la pandémie, les parents n’ont personne à qui se référer. Le commissaire d’école était, en quelque sorte, l’équivalent du conseiller municipal dans le quartier. Soit la personne de référence pour obtenir de l’information ou transmettre les doléances ou les questions. Ainsi que le président, soit un élu. C’est fini cela, maintenant !

Oui, je suis inquiet et très déçu ! Et pour la santé et pour le scolaire ! Il faudrait que les membres des CISSS et des CIUSSS soient élus et qu’ils aient des comptes à rendre ; et que le président ÉLU démocratiquement de ces organismes soit le seul à intervenir sur la place publique, et non pas un employé nommé par le ministre, soit le directeur général.

Les gens vont se rendre compte assez vite de la lourdeur actuelle dans la gestion des écoles primaires et secondaires. Essayez de savoir ce qui se passe dans le Centre de services scolaire chez vous.


Note de la rédaction : Le texte mentionne que la directrice générale de l’ex-commission scolaire de l’auteur est nommée par le ministre. Or, il reviendra aux conseils d’administration des centres de service – qui ne sont pas encore mis en place - de nommer les directions générales. Avant la loi 40, cette responsabilité revenait au Conseil des commissaires.

18 commentaires
  • Rose Marquis - Abonnée 7 juillet 2020 06 h 56

    Inquiétude

    Je partage tout à fait le point de vue exprimé dans cet article. J'ai travaillé 26 ans comme professionnelle de commission scolaire et j'ai été représentante syndicale, j'ai entendu parler de certaines commissions scolaires dont la gestion laissaient à désirer selon les représentants syndicaux mais, aussi, d'autres qui faisaient preuve de grandes compétences et où le conseil des commissaires était un espace permettant l'expression des attentes de divers intervenants.

    • Serge Pelletier - Abonné 7 juillet 2020 11 h 25

      À condition que les commissaires ne soient tous des béni-oui-oui. Mais cela est utopique. Le premier qui ose "ne pas tenir la ligne de parti", le résultat est simple: "c'est le dehors toé le pas fin". Alors fini les petits cadeaux en tous genres pour être dans le "parti au pouvoir".
      En fait, généralement les commissaires étaient des potiches... Tout comme la Gouverneur général du Canada et ses lieutenants provinciaux. Mieux encore, comme les députés provinciaux (incluant les ministres) qui sont les transmetteurs des dictats du gouvernement vers la population...
      Quand au monde syndical... c'est une vraie de vraie comédie... Surtout pour ce qui concerne les "élus" des pouvoirs centraux. Généralement, ils sont aussi odieux que les patroneux avec qui ils prennent apéritifs après apératifs...
      Justement, pour ce qui en illustre l'écurie structurale (administration et syndicat), combien avez-vous vu ou entendu de fois les pontes des beaux édifices sur Crémazie, sur De Lorimier, de Sherbrooke Est faire des sorties sur les médias pour défendre leurs petits cotisants(es) qui étaient traités de menteurs(es) dès qu'ils(elles) souvraient "le casseau" dans les médias... Pourtant, plus de quatre mois de palerbes gouvernementales laissaient grandement les occasions de "taper" pour les défendre les petits(es) cotisants.
      En fait, ici au Québec, c'est le royaume des "pas moé, pas moé pantoute" en matière de responsabilité, si minime soit-elle. Quand aux sanctions pour les rares cas où il y a condamnation devant les tribunaux, cela est pratiquement une comodie.
      Non, M. Marquis, ce qu'il nous faut c'est un régime de responsabilité tel celui qui a actuellement court en France. Régime où tous peuvent être accusés aux Assises après de belles discutions fraternelles avec un juge d'instruction. Même le Président de la République peut y passer (et cela est arrivé - l'un est même mort en prison).

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 juillet 2020 13 h 31

      Voici ce que m'écrit un confrère d'études, prof retraité d'université en psychologie:"Parfaitement d’accord avec toi à 100%. J’ai été commissaire d’école, il y a longtemps; et je me rappelle que nous prenions certaines décisions que les autorités n’auraient pas été en mesure de prendre."

      Comment la personne occupant le poste à la direction générale, de votre Centre de services scolaire, nommée par le ministre, peut-elle aller sur la place publique et prendre une position contraire à celle du ministre?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 juillet 2020 14 h 06

      M. Pelletier écrit:"À condition que les commissaires ne soient tous des béni-oui-oui. Mais cela est utopique. Le premier qui ose "ne pas tenir la ligne de parti", le résultat est simple: "c'est le dehors toé le pas fin"

      Je regrette de vous informer que, dans la majorité des commissions scolaires, il n'y avait pas de parti.

  • Gilles Marleau - Abonné 7 juillet 2020 07 h 12

    Absolument d'accord

    Il y a un manque flagrant de bonne gestion des affaires publiques au Québec. Devons accroître exigences et formation de gestionnaires publics au Québec et envoyer des 'ambassadeurs' voir et prendre note de ce qui se fait de mieux ailleurs dans le monde...en Ontario, en Corée du Sud, en l'État de New york et au Vermont, etc.

    • Jérôme Guenette - Inscrit 7 juillet 2020 09 h 37

      Je suis tout à fait d'accord avec vous, il faut avoir de meilleurs gestionnaires et aller voir ailleurs pour voir mieux gérer ce qui se passe ici. Par contre, je crois qe les énormes structures des ministères de la santé et de l'éducation font que les ministres et leurs équipes ne savent pas ce qui se passe chez eux. En ce sens, il faudrait qu'ils aillent voir ce qui se passe ici aussi.
      La lourdeur administrative des écoles tue la créativité dont elles pourraient faire preuve pour se développer.

  • Cyril Dionne - Abonné 7 juillet 2020 08 h 33

    La lourdeur bureaucratique des anciennes commissions scolaires

    Bon, comme je vous ai répliqué dans des nombreux commentaires auparavant, je vais répondre à votre lettre M. Grandchamp. Votre acharnement pour garder les commissions scolaires en place semblait indiquer que vous aviez un intérêt personnel dans la chose.

    Cela dit, pour les CHSLD, vous ne posez pas la bonne question : Comment se fait-il que les gens ne visitaient jamais leurs proches dans les CHSLD et que cela n’a pas été soulevé sur la place publique auparavant ? Comment se fait-il que les gens se foutaient bien des proches qu’ils avaient « parkés » dans les CHSLD puisque le pourcentage de visite se situait à la hauteur de 10% ?

    Les commissions scolaires étaient l’archétype de la lourdeur bureaucratique. Vous aviez des gens, plus souvent acclamés qu’élus faute d’intérêt de la population qui en menaient large tout en prenant des décisions politiques qui étaient extérieures de la mission de l’école. Voir l’ancienne CSDM et la loi 21. Et les Anglos se sont battus pour garder leurs commissions scolaires en invoquant les lois archaïques de la « Canadian Constitution » rapatriée par PET. En fait, c’était tout simplement une position anti-francophone qu’ils préconisaient comme d’habitude.

    Dire que la présente situation est un « no taxation without representation » est tout simplement risible. Personne ne votait dans ces élections scolaires à part de la parenté de ceux qui se présentaient. Et la plupart étaient acclamés et non pas votés en passant.

    Oui, les vrais pouvoir doivent retourner aux enseignants, aux professionnels et à la direction d’école pour prendre les meilleurs décisions vis-à-vis le bien des enfants. Ce sont les personnes en première ligne qui font la différence, pas les anciens commissaires qui faisaient de la politique provinciale sans être élus.

    Et pas un mot sur les syndicats qui sont devenus les pires récalcitrants en ce qui concerne la réforme scolaire au Québec. Eux aussi font de la politique hors de leur champ de compétence.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 juillet 2020 09 h 30

      M. Dionne, vous parlez manifestement de ce que vous ne connaissez pas et exprimez plusieurs sophismes. Je n'ai AUCUN intérêt personnel là-dedans.Mon seul intérêt: LA DÉMOCRATiE! J'.ai, aussi, une expérience de la gestion publique municipale.

      La technocratie, vous la vivez chaque jour, de ce temps-ci en santé...C'est votre droit de choisir ce système où personne n'est élu démocratiquement et où personne n'a de compte à rendre sur la place publique.

      Le New Brunswick a fait disparaitre ses conseils scolaires et à dû y revenir.

      Au municipal, il est fréquent que des gens soient élus par acclamation. La Commissionm Charbonneau a révélé de nombreux scandales au municipal. On n'a pas fait disparaitre les municipalités.

      Il était facile d'améliorer la participation aux élections scolaires en les cédulant en même temps que les municipales ou les provinciales.

      C'est mon dernier échange avec vous sur ce sujet.En tout respect!

    • Cyril Dionne - Abonné 7 juillet 2020 14 h 25

      M. Grandchamp, SVP, ne pas sombrez dans la « vous ne savez pas » et « moi je sais ». On laisse cela aux extrémistes de tous acabits.

      Ils ont fait cela en Ontario, céduler les élections scolaires en même temps que les municipales ou les provinciales. Et cela a été un échec complet. Même résultat.

      Personne n’élit personne dans les systèmes de santé, et cela, partout au Canada. Personne. La plupart des hauts dirigeants en santé sont nommés par les instances politiques au pouvoir.

      L’élection par acclamation démontre justement la hauteur des institutions archaïques qui sont dépassées. Lorsque ceci est le cas, c’est qu’on n’a plus besoin de cela. Pardieu, les commissions scolaires ont été établies par la Couronne britannique en 1842. Oui, par les Anglos. Nous sommes bien en 2020.

      Et il y a beaucoup trop d’emphase mis sur les gouvernements municipaux et ils semblent être souvent, un gouvernement de trop.

  • Yvon Robert - Abonné 7 juillet 2020 08 h 43

    ON doit décentraliser

    Avec plus de 30 en gestion de l'éducation, je partage entièrement le point de vue exprimer dans cet article. La disparition des commissions scolaires est un geste qui va complètement à l'encontre du bon sens et de la volonté de donner plus de pouvoir aux écoles. Au contraire on crée le même système bureaucratique qui paralyse actuellement notre système de santé.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 juillet 2020 10 h 13

      M. Robert,

      La priorité au scolaire, ce n'était pas de jouer dans les structures. Le Conseil supérieur de l'Éducation l'a dit publiquement, en 2016.c'est d'avoir un système scolaire à 3 voies.

      Oui, il est possible de décentraliser davantage; mais jusqu'à un certain point.C'est comme au municipal, on ne peut pas avoir un service de police séparé dans chaque quartier, une gestion des resssources humaines dans chaque quartier, un service de pompiers géré différemment dans chaque quartier....etc.

      Je pense que le gouvernement a créé une illusion: à savoir que chaque école peut tout gérer.

      Si on veut comprendre c'est quoi une décentralisation tro grande au public, il suffit de regarder la VIlle de Montréal avec ses 18 petits maires pis un gros maire, où tout le monde se pille sur les pieds.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 juillet 2020 14 h 31

      Le système privé d'écoles primaires et secondaires est géré comment lui...? Et les CEGEP...?

      Vous êtes certain que les commissions scolaires étaient le meilleure solution pour le 21e siècle ?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 juillet 2020 17 h 01

      @ M. Théberge

      On n'administre pas un système public comme une entreprise privée. Faudrait-il congédier tous les élus de Ville de Montréal et les remplacer par un organisme comprenant, notamment, des représentants des cols blancs, des cols bleus, des policiers, des pompiers??? Soit des gens qui "connaissant le tabac"?

      "No taxation without representation"!!! Au niveau collégial, il n'y pas de taxes scolaires.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 juillet 2020 06 h 52

      En complément à M. Théberge

      D'abord , l'expression "Commission scolaire" a été remplacée par "Centre de services scolaire". Comme si la comission scolaire n'était pas, déjà, un centre de services scolaire.

      Dans le CSS de mon coin, il y a 73 écoles primaires, 12 écoles secondaires, 12 centres de formation générale et professionnelle pour adultes. Avec un budget de quelque 340 millions$.

      Administrer cette organisation, ce n'est pas comme administrer UNE école privée.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 juillet 2020 09 h 55

      @M. Théberge

      Et la clientèle d'un Centre de services scolaire va de la pré-maternelle au secondaire 5; plus l’enseignement professionnel et la formation générale pour adultes. En y ajoutant les classes/écoles pour déficients intellectuels. Classez pour autre sproblèmes spéfifiques. Sans oublier les écoles à vocation particulière au secondaire.

      Ici plus de quelque 22 000 élèves. Alors que l’école privée a une clientèle homogène avewc un nombre d’élèves de beaucoup très limité.
      Or, beaucoup de facteurs sont interreliés entrte les 96ou 97 établissements.Mentionnons notament : la gestion des ressources humaines, le transport scolaire, les services spécialisés(psychologue,orthopédagogue,orthophoniste, éducation spécialisé), les services pédaggogiques.

      Ce que je reproche SUROUT au système de gestion en santé et maintenant en éducation: le manque de transparence. Alors que, dans un système démocratique, il y a des élus pour représenter le système sur la place publique. Essayez de savoir ce qui se passe dans le CSS et le CISSS, en ce moment, de votre région.

  • Hélène Paulette - Abonnée 7 juillet 2020 10 h 54

    Un geste purement électoraliste de la CAQ

    Les Commissions Scolaires ont été victimes de l'aversion des québécois pour les élections et de leur allergie aux taxes. Pourtant, c'était une institution démocratique, ouverte aux citoyens et qui leur était redevable. La décentralisation des pouvoirs municipaux initiées par le PQ a été favorable au développement communautaire mais cette tendance centralisatrice de la CAQ n'augure rien de bon, surtout que la plupart de ses ministres sont sans expérience du pouvoir.