Comment le Canada peut aider Hong Kong

Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées ces derniers jours à Hong Kong.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées ces derniers jours à Hong Kong.

Si vous ne le saviez pas déjà, Hong Kong n’est plus. Bien sûr, la plus grande et plus populeuse région administrative spéciale de Chine existe toujours, mais elle est moins « spéciale » qu’elle ne l’était il y a quelques jours à peine. Effectivement, ce phare de liberté dans un océan de totalitarisme s’est un peu éteint mardi dernier avec la promulgation par Pékin de la très controversée Loi sur la sécurité nationale. Ces effets ont été ressentis dès mercredi avec l’arrestation de plusieurs centaines de personnes lors du 23e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Les médias rapportent que des milliers de Hongkongais s’affairent frénétiquement à purger leurs médias sociaux de tout message critique à l’égard des autorités chinoises et un grand nombre d’entre eux envisage d’immigrer vers Taiwan ou le Royaume-Uni.

Devant une atteinte aux droits fondamentaux aussi frontale et incontestable, il aurait pu paraître évident que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies prendrait position en faveur de Hong Kong. Or, la situation est tout autre. Effectivement, deux déclarations distinctes ont été diffusées.

La première, signée par l’ambassadeur du Royaume-Uni à l’ONU, basé à Genève, est appuyée par 27 États, dont le Canada. Elle condamne sévèrement la promulgation de la Loi sur la sécurité nationale, notant au passage qu’elle viole le droit international, la Déclaration commune sino-britannique sur la Question de Hong Kong et le principe « d’un pays, deux systèmes ». On y mentionne aussi que cette déclaration s’inscrit dans le cadre de préoccupations plus larges quant aux agissements de la Chine, notamment l’emprisonnement arbitraire de millions d’Ouïghours et d’autres minorités dans la région de Xinjiang.

La deuxième, préparée par Cuba et signée par 52 États, défend le droit de la Chine d’adopter ses propres règles et stipule que, tant que celles-ci s’inscrivent dans une perspective de sécurité nationale, il ne s’agit pas d’une question de droits de la personne. Enfin, pour couronner le tout, la déclaration conclut que les 53 signataires sont convaincus que l’adoption de cette nouvelle loi assurera la prospérité et la stabilité de Hong Kong. Le ministère des Affaires étrangères de la Chine a publié sur son site Web un résumé de la déclaration coiffée du titre « 52 pays saluent l’adoption par la Chine d’une loi sur la sauvegarde de la sécurité nationale à Hong Kong ».

Il ressort clairement de ces deux déclarations que les démocraties libérales ne gouvernent pas à l’ONU. Au contraire, le Canada et les autres États libres y sont l’opposition officielle. Cela choque encore plus lorsque des pays illibéraux et autoritaires, comme Cuba, l’Arabie saoudite et la Turquie, dictent la position majoritaire du, répétons-le, Conseil des droits de l’homme.

Pistes de solutions

Maintenant que nous savons que la Chine ne reculera pas et que l’ONU ne sera probablement d’aucun secours, le Canada devrait envisager certaines pistes de solution qui sont à sa portée.

En premier lieu, comme Taiwan, le Royaume-Uni et l’Australie, le Canada doit faire plus pour accueillir les milliers de réfugiés hongkongais qui frapperont bientôt à sa porte. Comme nous avons accueilli plus de 25 000 Syriens pour des raisons humanitaires, il me semble que nous devrions accepter au moins autant de citoyens de Hong Kong.

Deuxièmement, nous devrions utiliser nos multiples zones d’influence pour dénoncer les agissements du gouvernement chinois, dont le G7, le G20, le Commonwealth et, plus important encore, l’OTAN. À cet égard, le Canada devrait instituer une réflexion sérieuse quant à la place de la Chine parmi les États du G20, comme nous l’avons fait avec le G8 et la Russie lorsque cette dernière a envahi et annexé la Crimée.

Enfin, le Canada devrait ressusciter le concept de Ligue des démocraties au sein de l’ONU. Effectivement, plus de 60 États dans le monde se qualifient facilement de pays démocratiques. Il ne s’agit pas de quitter l’ONU et de fonder une organisation parallèle ou concurrente, mais bien un regroupement avec un programme commun qui déploierait des efforts concertés au sein des différentes instances de l’ONU et servirait de contrepoids aux pays non démocratiques. L’existence d’un tel groupe pourrait aussi enfin régler de nombreuses crises humanitaires victimes de la paralysie au Conseil de sécurité causée par l’existence de droits de veto en faveur, justement, de la Chine et de la Russie.


 
18 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 7 juillet 2020 04 h 45

    La Chine est chinoise

    Le problème avec des articles de ce genre est que la Chine est bien chinoise. On difficilement faire la leçon à ce pays à partir d'un pays plein d'anglais et de peu d'autochtones.
    De plus, les réfugiés pourraient bien contenir une bonne part d'espions chinois.

  • Hélène Gervais - Abonnée 7 juillet 2020 06 h 47

    L'ONU est un organisme vide de sens ...

    Une coquille vide qui n'a aucun pouvoir sur les pays totalitaires et qui de plus est en font partie. Bientôt cet organisme sera sous l'influence de ces pays où la liberté n'a aucun droit si ce n'est déjà fait

    • Claude Gélinas - Abonné 7 juillet 2020 09 h 24

      De plus en plus d'organismes de l'ONU sont dirigés par des représentants provenant de la Chine et de l'Arabie saoudite. Delà, la mollesse de l'ONU a dénoncé les décisions arbiraires issus de ces deux pays.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 7 juillet 2020 07 h 36

    Réfugiés

    Si on en accepte au Québec, ils devraient parler français, pour contribuer à nous sauver plutôt qu' à nous assimiler davantage au monde anglophone.S'il-vous-plaît! Nous avons le droit de concourir à notre survie collective sur le plan de la langue, n'est-ce pas?

    Quant à la ligue des démocraties... : 1) nous avons une démocratie vraiment minimale à mes yeux ouverts au processus constituant, dont je ne suis pas fier..2) la démocratie canadienne inclusive a tout le monde sauf à la minorité francophone ne peut pavoiser sur sa qualité, d'autant plus qu'elle traite mal ses Premières Nations.
    ps ( au sujet de la démocratie, voir le livre neuf: René Lévesque, un héritage démocratique toujours d'actualité)

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 7 juillet 2020 07 h 44

      une précision: à la relecture,il y a peut-être un flou: ce n'est pas du processus constutant ( inexistant par aileurs), dont je en suis pas fier mais de notre démocratie minimale.)

  • Sylvain Rivest - Inscrit 7 juillet 2020 09 h 07

    Plus simple encore

    Boycotter la Chine
    Boycotter toute compagnie, banque qui font affaire avec la Chine.

    Car aujourd'hui c'est Hong Kong et demain ce sera?

    Rappelles vous comment Hitler a commencé?
    Il est entré en Pologne et personne n'a bougé....

    Xi Jinping c'est le nouveau Hitler, y a donc pas une seconde à perdre pour arrêter ce fou.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 7 juillet 2020 11 h 51

      Une petite minute...

      Comment donc l'empire britannique a « acquis » Hong Kong? Ça demeure différent de la Deuxième Guerre mondiale et de la montée en puissance du 3e Reich. Au contraire des États-Unis, la Chine se contente de sa propre zone alors que depuis la doctrine de Monroe, les États-Unis interviennent partout.

      Notre propre YouTube, Facebook, Google censurent. Bien sûr il faut être solidaire, mais le Devoir vient de signer une entente avec Apple, à mon avis ça augure mal pour la liberté dans les commentaires...

      J'aurais tendance à dire que si et seulement si la parole était libre ici, nous pourrions aider l'extérieur.

      Hong Kong, c'est pour la Chine ce qu'était l'Alsace pour la France... On doit faire attention aux comparaison.

      Je dis juste qu'avec la récente collaboration du Devoir, le boycott part mal...

    • Serge Lamarche - Abonné 7 juillet 2020 20 h 08

      D'accord avec m. Gill. Et les commentaires ici se font refuser pas mal trop souvent.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 7 juillet 2020 09 h 25

    Fuir n'est pas une solution.

    Le combat pour la démocratie à Hong Kong doit avant tout se faire à Hong Kong mëme.

    Une fois partis, les réfugiés ne seront plus en mesure d'aider efficacement leurs compatriotes restés sur place. En facilitant le départ des opposants au régime en place, le gouvernement canadien sert d'exutoire à la dissidence et se trouve en fait à être le complice de ce dernier dans la répression et la mise au pas définitive de cet ancien territoire britannique.

    • Serge Lamarche - Abonné 7 juillet 2020 20 h 08

      Bons points!

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 7 juillet 2020 20 h 34

      En prison non plus ils ne seront pas en mesure d'aider leur pays....
      Pour certain pays votre raisonnement est bon mais en Chine La répression est trop forte et organisée.
      Nous accueillons tellement d'immigrant, les chinois ont leur place ici..d'ailleur je ne crains pas l'envahissement chinois..car le peuple chinois n'est pas comme leur gouvernement.
      L'erreur de la Chine c'est d'être laïque,il manque l'aspect brainwash de la religion qui rend haineux.
      Ils ne font que retenir leur souffle conscient que leur pays est une prison..
      Ce sont d'excellents comédiens...comme les pauvres coréens du nord.