Racisme et laïcité, le malheureux amalgame

Manifestation contre la loi 21 à Montréal
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Manifestation contre la loi 21 à Montréal

À Minneapolis, la mort de l’Afro-Américain George Floyd aux mains d’un policier le 25 mai dernier, dans les circonstances que l’on connaît, a suscité une immense et compréhensible vague d’indignation à travers le monde entier. S’il est légitime d’appeler à de profonds changements, le débat québécois à cet égard a pris une tournure très particulière. Des voix se sont ainsi élevées pour dénoncer l’existence d’un « racisme systémique » au Québec en se basant notamment sur l’existence de la Loi sur la laïcité de l’État.

Le malheureux amalgame entre racisme et laïcité ne peut être le signe que d’une incroyable méconnaissance de la laïcité ou de la mauvaise foi de certains opposants à la Loi sur la laïcité de l’État. Si nous présumons de la bonne foi des intervenants, nous considérons alors essentiel de revenir aux fondements de la laïcité, manifestement incomprise.

Un peu d’histoire

Les origines du débat québécois portant sur les liens entre l’État et les religions remontent à plusieurs décennies. Alors que des liens étroits et profonds ont toujours existé entre l’État québécois et les religions, notamment celle catholique, dès le XIXe siècle des individus progressistes se sont regroupés afin de s’émanciper du pouvoir clérical. En 1948, la publication du manifeste Refus global avait notamment pour objectif de dénoncer la mainmise de l’Église (catholique) sur la société « canadienne-française ». Ce désir d’émancipation s’est largement concrétisé au cours de la Révolution tranquille, qui a procédé à une sécularisation des institutions de l’État, notamment en matière d’éducation et de santé. Plus récemment, la crise des accommodements raisonnables (2006-2007) a débouché sur la création de la commission Bouchard-Taylor, qui déposa son rapport en 2008, recommandant notamment l’interdiction de porter des signes religieux pour les agents de l’État en position d’autorité, dans l’exercice de leurs fonctions.

L’adoption de la Loi sur la laïcité est donc l’aboutissement d’un long cheminement de la société québécoise vers son émancipation face aux religions, et non le signe d’une quelconque volonté de repli sur soi.

Les principes à la base de la laïcité

Il nous est impossible d’être d’accord avec des propos liant une idéologie aussi sectaire et rétrograde que le « racisme » à la notion de laïcité, alors que cette dernière tire son origine de quatre principes structurants d’une société progressiste.

En effet, le premier principe affirmé dans la Loi sur la laïcité de l’État est celui de la séparation de l’État et des religions, c’est-à-dire la nécessité d’exclure les religions de l’exercice de tout pouvoir politique et administratif, alors qu’on assiste, à de nombreux endroits dans le monde, au retour du religieux dans les institutions publiques.

Le deuxième principe est celui de la neutralité religieuse de l’État, qui doit non seulement s’imposer une neutralité de fait, mais aussi une neutralité d’apparence. C’est dans cet esprit que les fonctionnaires en position d’autorité ne doivent pas afficher de signes religieux. Notons qu’en vertu de la Loi sur la fonction publique, l’exigence de neutralité de fait et d’apparence est déjà imposée à tous les agents de l’État, depuis de très nombreuses années, pour ce qui est de leurs convictions politiques.

Le troisième principe est celui de l’affirmation de l’égalité de tous les citoyens et citoyennes, quels que soient leurs croyances ou leur incroyance, leur religion, leur agnosticisme ou leur athéisme, leur sexe, leur genre, leur orientation sexuelle, etc.

Enfin, le quatrième principe est celui du respect de la liberté de religion et de la liberté de conscience, conformément à l’article 3 de la Charte des droits et libertés de la personne. En créant un « terrain » neutre sur le plan religieux, l’État protège ainsi la liberté de conscience de tous, alors que la neutralité exigée chez les agents de l’État en situation d’autorité ne concerne que les heures où ils exercent leurs fonctions.

La Loi sur la laïcité de l’État gère la séparation de l’État et des religions. Pour en revenir à la question raciale dans laquelle on nous entraîne, nous ne croyons pas à la pertinence, ici au Québec, de la racialisation des rapports sociaux. Notons aussi que le racisme est une idéologie qui, partant du postulat de l’existence de différentes « races » au sein de l’espèce humaine, considère que certaines « races » sont intrinsèquement supérieures à d’autres. De là découlent discrimination, hostilité et violence. Notons enfin que, même dans cette vision, les religions ne sont pas associées à des « races » et qu’une même religion peut être partagée par plusieurs « races ».

Ce malheureux amalgame nous convainc que l’État québécois doit bien sûr se doter des moyens nécessaires pour défendre vigoureusement la Loi sur la laïcité de l’État devant les tribunaux. Mais, surtout, il doit mettre sur pied une vaste campagne visant à mieux expliquer ce qu’est la laïcité et comment elle va se vivre au quotidien. Il devrait aussi inclure cette question cruciale dans la refonte du cours Éthique et culture religieuse qui est en cours. Il pourrait enfin mettre sur pied un office gouvernemental pour observer les impacts de la laïcité sur la société québécoise et proposer des améliorations à cette politique fondamentale pour l’avenir du Québec et son vivre ensemble.

Parce que la laïcité de l’État est un des socles de la démocratie et une condition essentielle de l’harmonie et du mieux vivre ensemble dans une société de plus en plus diversifiée, multiethnique et multiconfessionnelle.

 
 
58 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 4 juillet 2020 00 h 32

    Précision

    «l’interdiction de porter des signes religieux pour les agents de l’État en position d’autorité»

    En fait, le rapport Bouchard-Taylor ne recommandait pas de les interdire aux agents de l’État en position d’autorité, mais aux employés de l'État «détenant un pouvoir de coercition» soit les policiers, les juges, les procureurs de la Couronne et les gardiens de prison.

    • François Séguin - Abonné 4 juillet 2020 08 h 35

      Vous avez raison. Ne faisons pas dire au rapport Bouchard-Taylor ce qu'il ne dit pas. Quelles que soient nos positions sur le port de signes religieux par les employés de l'État, évitons les subtils glissements sémantiques qui tendent à conforter nos opinions.

      François Séguin
      Knowlton

    • Cyril Dionne - Abonné 4 juillet 2020 08 h 53

      M. Jodoin, est-ce que quelqu’un pourrait nous donner un exemple typique du racisme systémique au Québec avec des noms et des lieux qui sont vérifiables? Bien sûr que non. Évidemment, avant que la grande Inquisition se mettre en branle, il faudrait donner une définition à ce « racisme systémique » qui semble être à géométrie variable selon celui qui le véhicule et l’endroit dont il est issu.

      Primo, on ne peut pas parler de racisme, qui est la promotion de races supérieures lorsqu’on parle de religion qui ne sont que des idées et non pas des personnes. Et en démocratie, nous débattons les idées que sont les idéologies politico-religieuses. Pour le mot systémique, qui vient de système, si on parle de l’État de droit, on est bien foutu de parler de racisme.

      Secundo, nous nous sommes mis d’accord avec le mur jeffersonien de la séparation de l’État et des religions, de la neutralité religieuse de celui-ci, de l’égalité pour tous et de la liberté de conscience qui inclut les religions. Notons ici que cette séparation des religions de l’État n’en empêche aucune de se valoriser au sein de la démocratie mais elle ne doit pas envahir la sphère publique étatique afin de la dominer. Nous ne voulons pas de théocratie dans un état qui favoriserait une croyance plus qu’une autre.

      Tertio, les attaques personnelles lorsqu’on s’objecte à l’envahissement d’une croyance dans la sphère publique, ne sont pas les bienvenues. Idem pour les amalgames douteux qui comparent les masques sanitaires en temps de pandémie au voile intégriste.

      Quarto, est-ce que quelqu’un pourrait nous expliquer l’engouement des associations LGBT+ avec les religions monothéistes qui défendent des pratiques sexistes et homophobes?

      Enfin, si nous voulons vivre ensemble dans une communion sociétale, les croyances qui en appellent à des privilèges basés sur des amis imaginaires devraient être mises de côté tout simplement. Ce n’est pas ce que l’État de droit peut faire pour vous, mais bien le contraire.

    • Gilles Théberge - Abonné 4 juillet 2020 15 h 18

      Voilà ce qui manque l'éducation. Aussi la suggestion de l'auteur m'apparaît des plus pertienne, pour ne pas dire urgente à savoir «...il doit mettre sur pied une vaste campagne visant à mieux expliquer ce qu’est la laïcité et comment elle va se vivre au quotidien». Qui ça, le gouvernement Legault bien sûr.

      Ça nous éviterait de dévier du sujet. Comme l'opinion de monsieur Jodoin ci-haut s'emploie à le faire en nouis ramenant au rapport Bouchard Taylor... Ouf !.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 4 juillet 2020 18 h 58

      Merci MM Codsi et Boucher pour votre texte pédagogique sur la pertience de la laïcité, plus particulièrement en terre québécoise, jadis patrie d'une dictature ubiquitaire catholico-politique.

      D'autant plus que ça devient fatigant de le répéter ad nauseam. M. Guy Rocher vous a sans doute lu avec un sourire aux lèvres.

      Encore merci.

  • Nadia Alexan - Abonnée 4 juillet 2020 02 h 56

    Les intégristes ne se contentent pas de pratiquer leurs religions, ils ou elles veulent un droit supplémentaire, le droit de l'affichage.

    Je suis tout à fait d'accord avec les auteurs de cet article. Effectivement. «Parce que la laïcité de l’État est un des socles de la démocratie et une condition essentielle de l’harmonie et du mieux vivre ensemble dans une société de plus en plus diversifiée, multiethnique et multiconfessionnelle.»
    Par contre, les intégristes ne se contentent pas de pratiquer simplement leur religion, ils veulent aussi avoir le droit de l'étaler sur la place publique et pendant leurs heures de travail dans la fonction publique censée être neutre.
    Les intégristes religieux réclament des droits supplémentaires, le droit de l'affichage mobile avec leurs signes religieux, une manière sournoise de faire du prosélytisme silencieux. Ils ne veulent pas comprendre que l'on n’a pas le droit d'afficher nos affiliations politiques ou religieuses comme fonctionnaire dans un service public. Pourtant ce n'est pas difficile à comprendre.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 4 juillet 2020 08 h 15

      "Pourtant ce n'est pas difficile à comprendre." En effet, mais souvenez-vous Mme Alexan qu'il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre...

    • Jean Jacques Roy - Abonné 4 juillet 2020 12 h 42

      Madame Alexan,
      Sans doutes la leçon que vous faites pour dénoncer « l’intégrisme religieux » est-elle acceptable.
      Mais d’où sortez-vous l’idée que l’État canadien et/ou les administrations étatiques auraient fait inscrire « l’intégrisme » comme un droit! Au contraire les institutions ayant à jouer une fonction publique au Canad et au Québec se sont SÉCULARISÉES des religions chrétiennes au cours des années 60 et 70. L’histoire s’est déroulé à l’inverse de vos appréhensions. Héritage du colonialisme occidental, le Québec a bel et bien connu une forme « d’intégrisme » religieux qui a marqué sa culture.

      Est-ce dire que la sécularisation de l’État et de ses institutions ont « enrayés » les églises et les sectes? Non, c’est une évidence. Non plus, moins encore, elle aurait fait taire les « illuminés », dogmatiques et fanatiques voulant prêcher leurs croyances respectives comme étant la « voie » et le « salut ». Heureusement que l’État, en sécularisant ses institutions, a évité de créer une POLICE IDÉOLOGIQUE qui exclurait de la société les citoyens et les citoyennes selon un critère aussi arbitraire qu’une croyance ou ses symboles ne sont pas socialement acceptables.

      Par contre, la police a théoriquement comme tâche d’intervenir si des crimes et de la diffamation sont commises à l’encontre de groupes ou de personnes en raison de leurs cultures, croyances et religions. Or, dans le débat actuel il ressort clairement que les institutions policières (GRC, SQ et des municipalités) sont encore marqué par le néocolialisme, quant la police protégait le commercant, le patron, le bon chrétieb et lorsque le voyou c’est « l’indien », le noir, le chinois, le latino en plus du sans le sous!

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 juillet 2020 20 h 07

      À monsieur Jean Jacques Roy: Vous dites: «Mais d’où sortez-vous l’idée que l’État canadien et/ou les administrations étatiques auraient fait inscrire « l’intégrisme » comme un droit!»
      Je n'ai jamais dit que l'intégrisme est un droit fédéral ou provincial. J'ai dit que les intégristes «revendiquent» un droit supplémentaire qui exige l'affichage de signes religieux.
      Monsieur Trudeau a consenti le port du «voile intégral», un symbole de l'infériorité de la femme, pendant l'attribution de la citoyenneté canadienne, en flagrant délit à l'égalité homme/femme inscrite dans nos Chartes de droits canadiens et québécois.
      L'inclusion de la diversité ne veut pas dire la soumission à l'obscurantisme et à la misogynie.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 5 juillet 2020 14 h 26

      @ NA Combien cet adage est d'actualité... "il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre...et surtout, pas comprendre. "
      Oui, Merci à MM. Boucher et Codsi...et, à vous Mme Alexan (4 juillet 02:56 )pour votre persévérance à toujours expliquer .et expliquer.et...!

  • Francois Ricard - Abonné 4 juillet 2020 06 h 35

    Une laicité pleine et entière

    Les religions sont des entreprises (comprenant une idéologie, des activistes et des lieux de réunion) qui existent pour apporter un réconfort existentiel aux gens qui en sentent le besoin.
    En ce sens, elles ont une utilité sociale semblable aux entreprises où on pratique la psychologie, la psychanalyse, la psychiatrie, la confiance en soi, le développement de soi, la croissance personnelle, etc.
    Comme ces entreprises, les revenus et profits des religions, de leurs activistes et les lieux de culte devraient être assujettis à une fiscalité et une imposition analogues, par égalité et équité.Les revenus provenant de dons issus des pays étrangers devraient aussi être taxés.
    Et surtout, l'État doit cesser de leur accorder privilèges (exemptions de taxes) et subventions.

  • Réal Boivin - Abonné 4 juillet 2020 06 h 54

    Laïcité: le combat de la nation québécoise.

    Merci pour ce texte qui répond aux racistes qui pullulent dans les médias canadiens. Le Québec a choisi depuis longtemps d'intégrer les nouveaux arrivants en les inserrant dans la nation. Cette nation s'est formée de multiples cultures qui nourrissent la culture d'origine et l'amène plus loin. L'intégration et la laïcité sont devenus un rempart contre le racisme des multiculturalistes.

    Les anglais proposent (exigent) le contraire. Ils ont inventé le terme multicuturalisme qui est un racisme qui ne dit pas son nom. Et ils ont érigé ce racisme en dogme pour être certain que les différentes cultures ne se mélangent jamais, ne se parlent jamais. Les médias subventionnés sont devenus des instruments de propagande racialiste. Tous les journaux ont leurs chroniqueurs et surtout chroniqueuses racialistes. Ainsi les pouvoirs ont le champs libre pour qu'une minorité d'oligarques s'enrichissent au dépent de la population qui n'est plus une nation mais des consommateurs et des travailleurs à bas salaire. Diviser pour mieux régner. Les anglais utilisent cette forme de gouvernance depuis leur empire des indes. Et ils n'ont aucun scrupule. Ils ont été jusqu'à introduire un cour (ECR) pour endoctriner les enfants et les obliger à accepter toutes les religions sans jamais remettre en questions des dogmes qui sont souvent néfastes à l'épanouissement humain.

    Mais on voit bien que ce système d'apartheid ne fonctionne nulle part sur la planète. C'est normal car les humains aiment vivre ensemble pas côte-à-côte et surtout pas face-à-face.

    • Marc Therrien - Abonné 4 juillet 2020 16 h 08

      Doit-on comprendre que les multiculturalistes canadiens seraient racistes envers les Québécois francophones descendants des colons d’origine française? Si oui, mais de quelles races différentes, supérieure ou inférieure, parle-t-on alors?

      Marc Therrien

  • Michel Lebel - Abonné 4 juillet 2020 07 h 05

    Deux remarques

    Deux brèves remarques: primo, la laïcité de l'État québécois existait bel et bien en pratique avant l'adoption de la Loi 21. Secundo, faire un lien entre le principe d'égalité et la laïcité ne relève pas de l 'évidence; ce sont deux notions différentes. J'estime que cette Loi 21 n'était pas vraiment nécessaire pour assurer l'harmonie sociale. Ce sont des considérations électoralistes de la CAQ qui sont principalement à son origine.

    M.L.

    • François Beaulne - Abonné 4 juillet 2020 08 h 55

      <J'estime que cette Loi 21 n'était pas vraiment nécessaire pour assurer l'harmonie sociale. Ce sont des considérations électoralistes de la CAQ qui sont principalement à son origine>, affirmez vous. C'est peut-être votre opinion personnelle mais elle ne reflète pas la réalité.
      Tous les partis qui ont gouverné le Québec depuis la Révolution tranquille se sont penchés sur la question, avec plus ou moins de succès. Le PLQ de Couillard a préféré s'aligner sur le multiculturalisme fédéral et faire du sur-place; le PQ y est allé de sa version à laquelle la CAQ elle-même s'est opposée avant de proposer une loi minimaliste adoptée avec l'appui du PQ.
      C'est donc dire qu'une loi était nécessaire et, aussi minimaliste soit' elle, il s'en trouve encore pour la contester devant les tribunaux. Reste à voir si la CAQ saura résister à ces divers assauts.

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 juillet 2020 08 h 56

      M.Lebel,
      pour ce qui est de primo, c'est le respect de la laïcité qui existait avant la loi 21. Les religieux, au sens large, avaient compris que la foi s'exerce par les actes plutôt que dans l'affichage publicitaire, jugé alors incongru. Avec la montée des fondamentalismes, le respect s'est érodé.
      Pour ce qui est de l'égalité, suggérez-vous que les athées et les gais adoptent un symbole pour en profiter et diffuser leur message?
      Il est prévisible qu'un parti politique entretienne des considérations électoralistes. Est-ce que ça ne reflète pas un certain consensus?

    • Cyril Dionne - Abonné 4 juillet 2020 09 h 00

      Cher M. Lebel, comment réconcilier le principe d’égalité avec des croyances monothéistes basées sur des amis imaginaires qui sont sexistes et homophobes dans la sphère publique? Oui, c’est bien la quadrature du cercle qu’on parle ici.

      Oui, la laïcité existait bel et bien avant l’avènement de loi 21 mais elle n’était pas encadrée et on pouvait l’interpréter selon nos diverses croyances. En plus, on pouvait demander à l’État des privilèges sous la forme d’accommodement déraisonnables en invoquant la liberté de culte et au diable le reste. Lâchez-nous la CAQ, c’est le 80% et plus des Québécois qui sont d’accord avec cette loi indépendamment des formations politiques.

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 juillet 2020 09 h 47

      À monsieur Lebel: Pourriez-vous nous expliquer comment «la laïcité de l'État québécois existait déjà bel et bien en pratique avant l'adoption de la loi 21»? Pourriez-vous citer les lois ou les règles qui imposaient la laïcité au Québec?
      Deuxièmement, le principe de l'égalité qui assure l'harmonie sociale et la liberté de conscience n'a rien à faire avec la CAQ. Ce sont les Pères de la Révolution tranquille qui ont apporté cette idée de la division entre l'État et l'Église basée sur la publication du manifeste artistique «le Refus Global» publié secrètement le 9 août 1948. Monsieur Guy Rocher de la Commission Parent est encore vivant pour en témoigner. Comme historien vous devriez le savoir.
      Arrêter de faire de l'aveuglement volontaire.

    • Michel Lebel - Abonné 4 juillet 2020 14 h 52

      @ Mme Alexan,

      La laïcité est une notion qui a un contenu variable, selon les pays et les époques. Pour moi, l'essentiel de la laïcité est la séparation de l'Église et de l'État. Cette séparation existait au Québec avant la Révolution tranquille. Le Québec n'a jamais été une théocratie. Le Québec est devenu une société fortement sécularisée où la référence à Dieu ou la transcendance est généralement absente du discours public. Un trait sociétal rare en Occident. En passant, je ne suis pas un historien, mais un ancien professeur de droit constitutionnel et international.

      M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 juillet 2020 16 h 40

      Encore une fois M. Lebel, vous ne connaissez pas votre Canada. Comment voulez-vous avoir une séparation formelle entre les religions et l’État lorsque le préambule de la « Canadian Constitution », le texte de la plus haute instance du pays, commence comme suit : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». La suprématie de Dieu ???

      Curieux tout de même que ces mots n’apparaissent pas dans aucun préambule d’aucune constitution des autres pays démocratiques qui se respectent ailleurs qu’au Canada.

      Aux États-Unis par exemple, c’est : « Nous, le Peuple des États-Unis, en vue de former une Union plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous décrétons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d'Amérique ».

      En France, c’est : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le Peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion, ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l'homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ».

      Voilà. Pas beaucoup de bons dieux là-dedans et beaucoup de mots qui se réfèrent au « Peuple ». En passant, au Royaume-Uni, ils n’ont pas constitution écrite.

      Plus rien à ajouter.

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 juillet 2020 19 h 45

      Monsieur Lebel: Vous savez très bien que le premier ministre Duplessis ne faisait rien sans l'approbation et la bénédiction des Évêques catholiques. Non, le Québec n'était pas une théocratie sur papier, mais en effet, c'était l'Église Catholique qui dictait la politique de l'époque.
      La Révolution tranquille a changé cette emprise délétère de la religion sur la politique.
      S'il vous plait, arrêter de dire que c'est la CAQ qui a entrepris de légiférer la laïcité de l'État pour des raisons électorales, quand vous savez très bien que c'était le travail des Pères de la Révolution tranquille qui ont arraché la mainmise des prêtres sur nos institutions publiques.

    • Michel Lebel - Abonné 5 juillet 2020 07 h 04

      @ Cyril Dionne,

      Vous me faites vraiment rigoler! J'ai enseigné le droit constitutonnel canadien depuis près de 30 ans, donc je peux dire que je ne le connais un peu! Observez ces deux pays, la France et les États-Unis, et vous constaterez souvent un référence religieuse au plan insitutionnel et social. ''In God we trust'' inscrit sur des pièces de monnaie américaines; un ''God bless America'' conclut les grands discours des présidents américains. En France, des liens juridiques particuliers lient les grandes religions monothéistes, notamment dans le domaine scolaire et pour les lieux de culte; les grandes fêtes religieuses catholiques sont soulignées dans la société civile: Noêl, Pâqes, Toussaint, Ascension, etc. C'est aussi un temps de vacances!!
      Le Canada, du moins le Québec, me semble beaucoup plus laïcisé que ces deux pays. Enfin pour votre culture juridique, je vous informe que la ''suprématie de Dieu'' inscrite dans la Constitution canadienne fait partie du préambule de la loi et un préambule ne constitue pas une régle juridique liante; il n'a qu'un rôle interprétatif. Bref, en matière de séparation de l'Église et de l'État, les choses sont rarement simples et nettes. Ainsi va généralement l'histoire des pays.

      M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2020 11 h 01

      Vous avez fait vos études dans les universités françaises n’est-ce pas M. Lebel?

      Vous pouvez affirmer ce que vous voulez, mais il n'en demeure pas moins que si le préambule : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit, n'est pas une règle juridique liante, eh bien, il n'y a aucune autre loi qui l'est. Cette affirmation met les paramètres en place pour toutes les autres lois puisqu'elles doivent obligatoirement être passées sous l'oeil attentif de la suprématie de Dieu. Cette affirmation présuppose que toutes les autres lois sont subjuguées sur ce principe et que toutes les lois sont non-réalisables au moment où on s'exprime à moins d'avis contraire. La notion de préambule constitutionnel se définit généralement par son positionnement absolu. Elle vise en effet toute déclaration qui suit le titre d’une Constitution et qui en précède les articles numérotés. Il est certain qu’un des principes les plus fondamentaux des démocraties pluralistes contemporaines, dont on pourrait penser qu’il trouve presque naturellement sa place dans un préambule constitutionnel, est celui de la neutralité de l’État dans le domaine des convictions religieuses et, plus largement des convictions suprêmes. Le préambule, dans des marges assez proches, peut autoriser les juges à y puiser des arguments : soit des arguments propres à en renforcer d’autres à l’appui de l’interprétation d’une règle jugée ébauchée ou obscure ; soit des arguments qui donnent plus de poids à une valeur ou un intérêt en conflit avec une autre valeur ou un autre intérêt lors de l’appréciation de la proportionnalité d’une mesure qui restreint la portée d’un droit ou d’un principe.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2020 11 h 36

      Pour vos allusions au « In God We Trust » M. Lebel, inscrit sur des pièces de monnaie américaines, qu’on retrouve sur le mur derrière où le Congrès siège et sur les murs des cours de justice américaines et qui a été adopté en 1956, eh bien, celui-ci est apparu suite à une bataille idéologique que les États-Unis livraient au communisme de l’Union soviétique du temps.

      Aujourd’hui, les tribunaux fédéraux américains ignorent cette réalité religieuse, choisissant plutôt de se concentrer sur une fiction juridique. Les tribunaux ont statué que l'expression « In God We Trust », qui exprime un sentiment religieux, n'a plus « d'impact théologique ou rituel ». Les tribunaux ont maintenu d'autres rituels et phrases religieuses en utilisant cette même logique; « In God We Trust » comme devise, et les prières du gouvernement, « God bless America », « So help me God » et « One Nation Under God » dont la portée ne sont plus religieuses parce que tout poids religieux que les mots auraient pu porter à l'origine a depuis longtemps été perdu. Autrement dit, ils ont perdu, par répétition exhaustive, tout contenu religieux important. Pour le « In God We Trust », la confiance ne peut être imposée par la devise; elle requiert plutôt un acte individuel de volonté, un choix conscient et volontaire sur l'endroit où placer sa confiance selon les tribunaux. La Cour suprême américaine utilise une stratégie similaire et donc les « In God We Trust » et autres, n’ont aucune force ou préséance de loi contrairement au préambule inscrit dans la constitution canadienne.