Pourquoi faire disparaître l’église Saint-Louis-de-France de Québec?

L’église Saint-Louis-de-France représente une époque où le Québec se développait à grands pas et se modernisait, rappelle l'autrice.
Photo: Wikimedia Commons CC L’église Saint-Louis-de-France représente une époque où le Québec se développait à grands pas et se modernisait, rappelle l'autrice.

Vivant à Montréal depuis plus de 20 ans, j’ai appris par l’intermédiaire de ma famille et des médias la démolition prévue de l’église Saint-Louis-de-France, à Québec, à la suite de son achat par le gouvernement du Québec, afin de construire une Maison des aînés.

Je suis architecte et, par le fait même, je suis très préoccupée par cette vague de démolition du patrimoine bâti qui se passe actuellement au Québec. Comme à la belle époque de la construction de l’édifice Jean-Talon (Complexe H), communément appelé le « Bunker », nous démolissons, supposément pour moderniser. Malgré ses 50 années de présence sur la colline Parlementaire, cet édifice n’a jamais été accepté de la population et demeure une cicatrice dans le paysage urbain et dans l’histoire de la ville de Québec.

Pour ce qui est de l’église Saint-Louis-de-France, il est facile de voir, même pour les non-architectes, la qualité de son architecture moderniste, datant de 1960. Plusieurs documents le certifient et soulignent son unicité. Il n’y en a pas d’autres pareilles au Québec. Elle fait partie de l’histoire de l’ancienne ville de Sainte-Foy, et de celle de la ville de Québec. Elle représente une époque où le Québec se développait à grands pas et se modernisait. La paroisse de Saint-Louis-de-France devenait alors le lieu d’appartenance de plusieurs jeunes familles qui sont venues s’y établir.

La plupart des jeunes parents de cette époque ont depuis vendu leur maison ou sont décédés, il va sans dire. Et c’est peut-être pour ces raisons que le quartier et ses bungalows typiques de cette ère de développement économique et social du Québec disparaissent lentement mais sûrement sous la pelle de promoteurs, qui n’ont que faire de la pérennité du bâti, de l’histoire, de l’architecture de qualité et du tissu urbain. L’église Saint-Louis-de-France est un exemple d’intégration parfaite et harmonieuse. Elle fait partie d’un ensemble de bâtiments consacrés à la vie communautaire, toujours et encore très animée. Elle permet de bien comprendre l’identité de ce quartier et forme, avec ses écoles, maisons et parcs adjacents, un tissu tissé serré. La démolir sera un geste d’amputation, un trou béant laissé par une explosion, peu importe ce qui la remplacera.

Nous vivons une ère de changement, de remise en question et d’évolution axée sur le développement durable, la sauvegarde de l’environnement, ce qui signifie entre autres de réutiliser ce que nous possédons déjà. Nous avons des richesses sous la main, à nous de les utiliser. C’est dans l’air du temps !

Transformer plutôt que démolir

Pourtant, le gouvernement a pris la décision de jeter aux oubliettes cette église, symbole de l’histoire moderne de Québec et du Québec, comme l’on jette un vieux divan, sans trop se poser de question sur ce geste facile. Malgré ce qui est véhiculé, ce bâtiment a un grand potentiel de transformation en Maison des aînés. Je connais bien ce bâtiment, puisque j’y ai été tous les dimanches de ma jeunesse, ainsi qu’aux communions, aux mariages et encore dernièrement pour des funérailles. Bien sûr, en tant que professionnelle de la construction, je n’ai pas eu l’occasion de l’examiner sous toutes ses coutures. Il y a sûrement de la consolidation à faire au niveau de l’enveloppe, mais je crois fermement que le potentiel est là et que l’investissement en vaut le coût afin de créer un bel exemple de recyclage. Nos aînés pourront alors profiter d’un bâtiment et d’un merveilleux quartier qu’ils comprennent et qui leur ressemble, ce qui peut sûrement aider, à mon avis, à leur santé cognitive.

Sa démolition serait un geste fort regrettable, qui risque, comme ça arrive si souvent, de faire place à un bâtiment qui n’aura pas su, dans 50 ans d’ici, se faire aimer et laissera à nouveau une cicatrice dans cette belle ville, dont je n’arrive pas à me séparer, malgré la distance.

Bien d’autres défis sociaux peuvent sembler plus importants et le sont sûrement à l’heure actuelle, mais dans 2, 5 ou 30 ans d’ici, nous aurons compris que le patrimoine est aussi un « vieux » que nous avons laissé mourir et qui sera irremplaçable. Comme citoyenne, je me sens souvent sans aucun réel pouvoir sur les décisions que nos élus prennent durant leurs 4 ou 8 ans de règne et qui marquent pourtant de façon indélébile notre vie et notre milieu de vie. Y aura-t-il un jour des gens qui prendront des décisions éclairées avec une vision pour la durée et le bien-être des citoyens actuels et futurs ? La richesse et la consolidation de l’économie ne viennent pas seulement par la production et la consommation excessives et perpétuelles, mais par la valorisation de ce que nous possédons déjà.

10 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 30 juin 2020 06 h 20

    Un patrimoine à chérir

    Belle lettre qui devrait en faire réfléchir certains. Non à la démolition tous azimuts de notre patrimoine! Que cette église soit conservée, quitte à devenir une Maison des aînés. Non à une ''walmartisation'' du Québec! La devise du Québec ne doit pas devenir: ''Je ne me souviens pas''!

    M.L.

  • Lyne Godmaire - Abonnée 30 juin 2020 08 h 59

    La main droite ne sait pas ce que fait la main gauche

    Est-ce que le ministère de la culture en charge du patrimoine a été impliqué dans cette décision ? Poser la question serait y répondre... Une fois de plus notre histoire est souvent considérée comme "encombrante" bloquant le développement. Le devoir de mémoire est essentiel à notre quotidien et pour les générations à venir.

  • Paul Gagnon - Inscrit 30 juin 2020 09 h 30

    Parce qu'elle est laide?

    Celle de ma paroisse d'origine qui date de la même époque est aussi laide - moins à l'intérieur qu'à l'extérieur, cependant.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 30 juin 2020 11 h 26

    Une attitude aussi navrante qu'infiniment regrettable.

    L'actuel maire de Québec, avec la complicité des mandarins d'un gouvernement plus provincial que jamais, est en train de nous laisser un bien sombre héritage. Confiée aux mains d'individus indifférents ou ignares, la volonté de préserver le bien collectif et artistique pour les générations futures s'est tout simplement volatilisée.

    Au rythme où le saccage continue, il n'y aura bientôt plus grand-chose à voir et admirer dans la Vieille Capitale.

    Quand les acteurs publics, dont le mandat est de veiller sur le patrimoine culturel, se retournent plutôt contre lui, il y a tout lieu de grandement s'inquiéter pour la suite des choses et la survie de la présence française en terre d'Amérique.

  • Gilles Théberge - Abonné 30 juin 2020 17 h 10

    Parce que ce gouvernement de «mononcle Legault» ne s'intéresse ces questions qu'à la marge. Quand suffisamment de gens crient il fait mine d'agir. Quand ça paut passer en dessous de la table on bouge pas et c'est tant mieux.

    Et autrement, le belle excuse, la maison des Aînés chose... Au lieu de réfléchir à la façon d'offrir les meilleurs services à la population, on se lance dans le béton... Faut dire que le premiae ministre est d'abord un homme «d'affaire». Le béton, la belle «affaire».

    Et au lieu de congédier Marguerite, c'est tout ce qu'elle mérite d'ailleurs, il va entreprendre de constuire des maison des aînés...

    Ta...!