L’impopulaire John A. Macdonald

La statue controversée de sir John A. Macdonald de la place du Canada
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La statue controversée de sir John A. Macdonald de la place du Canada

Le déboulonnage est à la mode et bien sûr la statue controversée de sir John A. Macdonald de la place du Canada est revenue au cœur de l’actualité. L’Histoire nous apprend cependant que le monument a toujours été dénoncé et que les critiques à l’égard du personnage n’ont rien de nouveau.

Dans l’édition du journal LÉlecteur du 7 juin 1895, un journaliste racontait en ces mots le dévoilement du monument au square Dominion : « Au milieu des applaudissements de la foule. De partout s’élevèrent les acclamations : Ah ! c’est ça. Mais, ce n’est pas la statue de sir John. Cela ne lui ressemble pas du tout. L’honorable M. Royal, étant assis près de votre correspondant, s’est écrié : il a l’air d’un Indien. »

La suite de l’article fait penser à un roman de Jacques Ferron. Les notables qui se succèdent à la tribune sous la chaleur accablante ne s’embarrassent pas trop de discours, tant personne ne songeait véritablement à prendre la défense du père détesté de la Confédération. Comme l’explique le correspondant de L’Électeur : « M. Foster a fait le discours de circonstance. Je suis heureux, dit-il, de voir l’enthousiasme des Montréalais célébrer la mémoire de sir John, estimé et aimé de tout le monde. Le regretté chef était l’ami des Canadiens français. Pas des Métis, dit une voix dans la foule. »

La cérémonie tournera court, des jeunes perchés dans les arbres chahuteront les orateurs. On enverra les soldats s’en occuper et la fanfare finira le travail. Ainsi s’érigea le monument à la gloire de sir John A. Macdonald et de la Confédération, qui fait encore couler de temps à autre la peinture rouge.

Charge symbolique

Le square Dominion, aujourd’hui rebaptisé plus poliment « place du Canada » a été construit sur l’ancien cimetière catholique Saint-Antoine. À l’époque, on ne s’était pas donné la peine de déplacer les morts par peur de répandre le choléra (nombre des victimes de la pandémie avaient été enterrées là sans trop de procédures). C’est également dans la fosse commune de cet ancien cimetière qu’avaient abouti les restes des patriotes pendus à la prison du Pied-du-Courant.

Tout ça, bien sûr, on le savait, et le choix de l’emplacement n’avait pas été laissé au hasard. D’y ajouter la figure de Macdonald, fraudeur notoire, ennemi du Canada français, des Chinois, de la démocratie, soûlon légendaire, assassin de Louis Riel et des Autochtones des plaines de l’Ouest, venait ajouter une couche d’injures à la charge symbolique de cette place publique, d’autant plus qu’on l’avait habillé en costume du conseil impérial comme pour souligner le geste.

À peu près tous les chroniqueurs de l’époque s’en sont pris à la statue. Dans le Réveil du 8 juin 1895, l’éditorialiste Paul-Marc Sauvalle écrivait d’ailleurs : « Nous n’hésitons pas à dire ici, avec la franchise qui nous caractérise, dans ce journal où l’on a le droit de tout dire, que nous ne pensons pas qu’il soit sain et utile de choisir pour les générations qui viennent sir John Macdonald comme prototype du citoyen et de l’homme d’État. »

Ces récriminations se poursuivront au fil du temps. En 1968, les felquistes — vagues ancêtres de nos militants antiracistes actuels — essaieront de faire sauter la statue avec des bâtons de dynamite, alors que des nostalgiques du FLQ parviendront à scier sa tête en 1992.

Aujourd’hui, sécurité oblige, la dynamite a laissé sa place à la peinture, mais les enjeux sont toujours et encore les mêmes. Un peu bizarrement, certains voudraient garder cette statue en place au nom de l’Histoire alors même que l’Histoire tout entière appelle à déboulonner sir John depuis 1895.


 
11 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 26 juin 2020 08 h 55

    Texte très instructif

    Quand on y pense, il est malheureux que les felquistes aient raté leur coup.

    • Hélène Paulette - Abonnée 26 juin 2020 11 h 43

      En 1968, les felquistes — vagues ancêtres de nos militants antiracistes actuels (sic) !!!
      Jusqu'où allons-nous nous laisser envahir par cette propagande aussi mal intentionnée que mal renseignée? LeDevoir est littéralement en train de nous laver le cerveau? Et vous, monsieur LeBlanc qui acquiescez sans sourciller? On aura tout vu...

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 26 juin 2020 09 h 00

    Déclaration de la ministre Joly à l'occasion de la Journée sir John A. Macdonald

    Déclaration, OTTAWA, le 11 janvier 2016

    Chaque année, le 11 janvier, l’anniversaire de naissance de sir John A. Macdonald, les Canadiens sont invités à réfléchir à la contribution de leur premier premier ministre à la création et à l’orientation de leur pays.

    Né à Glasgow, en Écosse, mais élevé à Kingston, en Ontario, sir John A. Macdonald a pratiqué le droit avant de se faire élire à l’Assemblée législative de la Province du Canada en 1844, à l’âge de 29 ans, devenant copremier ministre de la Province du Canada, d’abord avec Étienne-Paschal Taché, puis avec George-Étienne Cartier.

    Sous la gouverne de Cartier, la Province – née de la fusion du Haut-Canada (l’Ontario) et du Bas-Canada (le Québec) – était confrontée à de nombreuses questions et menaçait de se dissoudre. Sir John A. Macdonald a travaillé avec acharnement à trouver des similitudes et des points d’entente. De concert avec Cartier, son leadership a contribué à forger le nouveau concept d’un pays et d’une nation qui sont nés le 1er juillet 1867.

    Alors que nous nous apprêtons à souligner le 150e anniversaire de la Confédération, en 2017, penchons-nous sur l’immense influence qu’a exercée sir John A. Macdonald sur la fondation de notre pays. Je vous invite à en apprendre davantage sur sa vie et sa vision d’un pays qui valorisait la diversité, la démocratie et la liberté.

    https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/nouvelles/2016/01/declaration-de-la-ministre-joly-a-l-occasion-de-la-journee-sir-john-a-macdonald.html

    • Jacques Maurais - Abonné 26 juin 2020 13 h 15

      @M. Leblanc
      Merci pour ce texte digne d'Orwell. Je vais faire la charité à la ministre de croire qu'elle est une pince-sans-rire.

  • François Leduc - Abonné 26 juin 2020 09 h 04

    Démanteler les symboles de domination ou d'oppression

    Bien d'accord avec M. Samuel Mercier.

    Un peuple doit s’affranchir des symboles de domination, d'oppression ou d'infériorisation.

    Pour nous descendants des canadien-français, le monument de John A. Macdonald représente un tel symbole. Son parcours et ses réalisations ont été motivées par des convictions ou des idéologies inadmissibles, voire abjectes, même pour l'époque.

    Monarchiste, il s'opposait à accorder un véritable pouvoir au peuple, une conviction antidémocratique qui s'est matérialisée dans la constitution de 1867.

    Anti-francophone, il ne prit aucune mesure pour éviter l'abolition et le saccage des écoles françaises au Canada. Et, il ne fit rien pour empêcher l'exode important des Canadiens français vers la Nouvelle-Angleterre alors qu'il favorisait la colonisation de l'Ouest canadien par le biais de l'immigration européenne.

    Raciste, outre sa volonté d'assimiler les Canadiens français, il a cherché à exterminer les autochtones et les métis en les dépouillant de leurs terres et en les affamant. Au sujet de Louis Riel, injustement accusé de haute trahison par Macdonald, il dira: "Il sera pendu même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur".

    Corrompu, il participa au plus grand scandale politique de l'histoire canadienne en acceptant pour lui-même des pots-de-vin du Canadien Pacifique (dont le montant s'élèverait aujourd'hui à un million de dollars) de même qu'à son parti (plus de 6 millions de dollars).

    Suprémaciste blanc, sa certitude de faire partie d'une race supérieure se traduisit par son opposition à l'abolition de l'esclavage des noirs et la venue de ceux-ci au Canada et par le traitement réservé aux immigrants chinois, venus travailler sur les chemins de fer, notamment en retirant leur droit de vote.

    • Gilles Théberge - Abonné 26 juin 2020 14 h 18

      C'était un raciste véritable.

      Ce n'est pas pour rien que je cite la lettre, « le choix de l’emplacement n’avait pas été laissé au hasard. D’y ajouter la figure de Macdonald, fraudeur notoire, ennemi du Canada français, des Chinois, de la démocratie, soûlon légendaire, assassin de Louis Riel et des Autochtones des plaines de l’Ouest, venait ajouter une couche d’injures à la charge symbolique de cette place publique, d’autant plus qu’on l’avait habillé en costume du conseil impérial comme pour souligner le geste.». La liste de ses turpitudes est longue.

      C'est justement ce qu'on aimerait que la ministre insignifiante nous rappelle au lieu de tenter de nous faire croire le contraire avec ses propos lénifiants...!

  • Christian Beaudet - Abonné 26 juin 2020 09 h 24

    Pourquoi pas un autre monument aux patriotes dans le square Dominion?

    J'ai une petite gêne à déboulonner des statues mais rien n'empêche d'en ajouter. À tout le moins une plaque commémorative relatant ce que nous explique M. Mercier.

  • Hélène Paulette - Abonnée 26 juin 2020 12 h 02

    Mais qui donc a intérêt à effacer l'histoire si ce n'est pour nous en imposer une autre...

    En ces jours où l'histoire est à peu près pas ou très partielement enseignée, il est important d'en conserver les effigies. Les montréalais n'ont pas attendu Concordia pour détester cordialement ce monsieur. On devrait y ajouter un monument à Louis Riel, qui est malheureusement tombé dans l'oubli, de peur de réveiller certains instints d'indépendance. Monsieur Mercier, en qualifiant les felquistes de "vagues ancêtres de nos militants antiracistes actuels", fait exactement le même travail de sape. J'en suis décontenancée!

    • Marc Therrien - Abonné 26 juin 2020 15 h 12

      Que comprenez-vous de ce bout de phrase qui conclut le texte de M. Mercier: « (...) alors même que l’Histoire tout entière appelle à déboulonner sir John depuis 1895. » Les felquistes du temps ne se proclamaient-ils pas « nègres blancs d'Amérique »?

      Marc Therrien

    • Hélène Paulette - Abonnée 27 juin 2020 00 h 08

      Ça n'était pas une question de racisme, monsieur Therrien, mais d'oppression, tout comme pour les noirs des USA. Toute cette histoire de racisme sème la confusion.