Justin Trudeau doit assumer l’échec du Canada à l’ONU

Justin Trudeau n’a jamais démontré de véritable sensibilité pour les questions internationales. Nimbé d’une aura de jeune premier, lancé dans une «tournée rock» de sommets dès le lendemain de sa première élection, il n’aura pas su aller au-delà de l’image.
Photo: Timothy A. Clary Agence France-Presse Justin Trudeau n’a jamais démontré de véritable sensibilité pour les questions internationales. Nimbé d’une aura de jeune premier, lancé dans une «tournée rock» de sommets dès le lendemain de sa première élection, il n’aura pas su aller au-delà de l’image.

Le Canada a essuyé un camouflet d’importance mercredi dernier lorsque les nations du monde lui ont fermé au nez la porte du Conseil de sécurité, pour la deuxième fois en dix ans. Outre cette expression de non-confiance réitérée, le fait que le Canada ait été éliminé dès le premier tour par deux pays qui, objectivement, sont des contributeurs de moindre envergure aux institutions multilatérales, est inquiétant. Ainsi, on ne peut plus invoquer la simple conjecture pour expliquer ce résultat.

L’importance de l’engagement personnel du chef d’État ou de gouvernement envers la candidature de son pays est une loi d’airain du milieu. Force est de constater que le premier ministre doit porter personnellement la responsabilité de cet échec. Au moins trois manquements d’importance le démontrent.

Insensibilité internationale

 

Justin Trudeau n’a jamais démontré de véritable sensibilité pour les questions internationales. Nimbé d’une aura de jeune premier, lancé dans une « tournée rock » de sommets dès le lendemain de sa première élection, il n’aura pas su aller au-delà de l’image. Et même à cela, de ses costumes dont on a trop parlé jusqu’à son attitude désinvolte lors du sommet de l’OTAN à Londres, cette image s’est craquelée au point de ne plus être la référence qu’elle fut peut-être un jour.

Sa négligence du continent africain (28 % des votes) jusqu’en février 2020 est une erreur grave. Son inefficacité face à la Chine, dont l’influence risque d’amener une redéfinition de l’ordre mondial et qui a assurément coûté quelques votes au Canada, est navrante. Et généralement, le fait d’avoir laissé sa ministre Freeland mettre pratiquement tous ses œufs dans le panier américain (où ils se trouvent toujours) et de n’avoir consacré de véritable énergie à la candidature canadienne que dans les derniers mois peut être interprété, par les autres gouvernements, au mieux comme de la négligence et, plus probablement, comme de l’arrogance ou pis, de l’asservissement à notre voisin.

Sans compter que l’échec du sommet du G7 à Charlevoix, où le Canada était maître de l’ordre du jour, a démontré l’incapacité de Justin Trudeau à créer ces consensus qui ont été la marque distinctive de « courtier désintéressé » qui a longtemps fait la réputation du pays.

Politique anémique

 

Qu’a répondu Justin Trudeau à la question : qu’est-ce que le Canada a à offrir et sur quoi se base la position canadienne ? Son manque d’intérêt pour les questions internationales se traduit par un défaut de susciter une réflexion digne de ce nom, sur la politique étrangère du Canada. Le monde change à grande vitesse, et le Canada dispose d’une cohorte de fonctionnaires expérimentés. Pourtant, notre premier ministre n’a pas daigné proposer un énoncé formel de politique étrangère.

Il a certes émaillé ses politiques de mots accrocheurs en espérant faire oublier le manque de profondeur et d’assises de ses positions. Mais personne n’est dupe. La politique étrangère canadienne est une étroite rivière qui se traverse à gué. On ne peut certes pas y trouver les fondements d’un apport canadien aux institutions internationales. Cette lacune constitue une erreur létale quand vient le temps de convaincre un chef de gouvernement, fût-il ami, que le Canada peut contribuer à des solutions multilatérales de façon distinctive.

Rendez-vous manqués

 

S’il était un endroit où Justin Trudeau devait faire sa marque, où il avait non seulement la possibilité, mais le devoir de ramener le Canada dans le champ de vision des autres nations, c’était devant l’Assemblée générale de l’ONU. Lors de ses deux premiers passages, Justin Trudeau rate le coche. En 2016, il parle de sa campagne électorale et de ce qu’il veut faire pour la classe moyenne canadienne — un discours résolument destiné à un auditoire canadien et non à un auditoire international.

En 2017, il aborde la question des Premières Nations ; alors qu’il aurait pu en faire le moteur d’une action internationale menée par le Canada tant il s’agit d’un dossier d’importance pour lequel plusieurs États sont aux prises avec un véritable défi, il se retourne une fois de plus vers l’intérieur et adresse des excuses larmoyantes à un groupe de Canadiens.

En 2018, il laisse la ministre Freeland s’adresser à l’Assemblée générale ; lui, il préfère prononcer, cinq jours plus tôt, trois phrases génériques sur les droits de la personne en s’opposant au « traitement injuste des minorités raciales et ethniques, des femmes et des filles, des peuples autochtones » dans un discours hommage à Nelson Mandela.

Le signal lancé n’a pas d’équivoque : Justin Trudeau n’a d’intérêt que pour ses clientèles politiques nationales, et non pour un engagement canadien international. L’expression voulant que personne n’ait deux occasions de faire une première bonne impression s’applique ici avec une douloureuse acuité : après trois rendez-vous ratés, qui était intéressé par ses propos ?

Comportement imprévisible

 

Le résultat est certes décevant. On aura beau attirer l’attention sur un vote « serré », sur les amitiés diplomatiques renouvelées, il reste qu’une élimination dès le premier tour, avec moins de votes que ceux obtenus en 2010, est assez humiliante pour Justin Trudeau.

Son comportement erratique, son manque de suivi et son incapacité de générer des idées neuves pour un Canada engagé dans un monde redéfini plombent tous les efforts que le pays pourrait faire pour retrouver l’influence qui l’a jadis très bien servi.

Il est rare, dans ce genre de dossier, de pouvoir trouver un responsable en particulier, mais dans ce cas-ci, l’homme qui est assis dans le fauteuil du premier ministre doit porter le chapeau.

À la lumière de ces éléments, l’affront subi est peut-être moins surprenant.

À voir en vidéo