Se battre toutes et tous ensemble contre les inégalités

«Les femmes trans défendent les droits des femmes, qu’elles aient eu recours aux opérations (...) ou non», affirme l’auteur.
Photo: Martine Doucet iStock «Les femmes trans défendent les droits des femmes, qu’elles aient eu recours aux opérations (...) ou non», affirme l’auteur.

Lettre à Nassira Belloula, autrice du Libre opinion du 23 juin 2020.

Se battre pour l’égalité, c’est ce que nous aussi, la communauté trans, devons faire chaque jour. Pour votre information — puisque votre article nous montre clairement que vous ne connaissez pas les termes —, les hommes trans sont des hommes nés biologiquement « femmes ». Ils défendent également vos droits. Ils ont déjà vécu vos difficultés, à vous, les femmes cisgenres. Certains hommes trans gardent leur vagin, effectivement, car deux ou trois opérations sont nécessaires (et les risques liés à la cicatrisation pourraient compromettre leur mieux-être). À ce chapitre, ce que j’ai dans mes sous-vêtements ne regarde personne d’autre que ma copine et moi.

Vous parlez probablement de femmes trans lorsque vous mentionnez que certaines femmes, qui n’ont pas eu recours à l’opération génitale, participent aux compétitions de sports. Toujours pour votre information, les femmes trans sont nées biologiquement « hommes » à leur naissance. Elles prennent des bloqueurs de testostérone, ce qui diminue leur masse musculaire et leur force physique. À l’inverse, un homme trans prendra possiblement (ou non, puisqu’il n’est jamais impératif d’avoir une prise d’hormones pour transitionner) de la testostérone qui changera son apparence physique et renforcera sa forme musculaire. Au moment de la prise d’hormones, une personne trans devra automatiquement changer d’équipe de sport, puisque celle-ci ne correspondra plus aux normes.

Or, revenons à votre point de défense : les femmes trans défendent les droits des femmes, qu’elles aient eu recours aux opérations nommées ci-dessus ou non. J.K. Rowling est complètement hors du sujet. Malheureusement, je crois que l’éducation à la réalité LGBTQ+ actuelle vous échappe. Peut-être est-ce de la provocation ? De l’ignorance ? Il est encore plus malheureux qu’un journal tel que Le Devoir décide de publier un tel article en ce Mois de la fierté LGBTQ+. Quant à l’autrice Rowling, je comprends qu’elle puisse avoir subi du dénigrement, mais une opinion aussi fermée n’est pas positive pour la société d’aujourd’hui.

Si J.K. Rowling déclare que les femmes sont celles qui ont des « menstrues », j’ai le plaisir de vous apprendre que certains hommes trans ont encore un cycle menstruel et qu’à l’inverse, certaines femmes cisgenres (femme née biologiquement femme en accord avec son genre) n’en ont plus puisqu’elles ont été opérées en raison de maladies ; même, l’une de mes ancêtres n’a jamais eu de menstruations, ce qui ne l’a pas empêchée d’enfanter.

Selon l’éducation populaire, les menstruations incarnent la « biologie féminine », mais les choses changent ; c’est là toute la beauté de la diversité sexuelle et de genre.

Je vous assure que parler de mon utérus — que j’ai encore — ne me dérange pas et n’affecte en aucun cas ma masculinité. Plusieurs femmes trans ne sont pas offensées, mais elles seront certainement choquées d’être mises à l’écart, alors qu’elles défendent vos droits en même temps que les leurs.

Nous ne vous diluons pas dans les théories de l’identité du genre, puisque ce ne sont pas que des théories. Notre réalité est simplement différente de la vôtre. Nous voudrions, nous aussi, que des écrivains, journalistes, journaux, arrêtent de diluer — comme vous le dites si bien — notre existence propre. Il existera toujours une minorité outragée dans la communauté trans, autant que dans la communauté féminine, malheureusement. Il demeure que vous généralisez sans même connaître le sujet.

En ce qui a trait au symbole « Vénus » et des serviettes hygiéniques, celui-ci n’a pas été retiré pour ne pas froisser ses clients transgenres. Car, à votre question : « Qui, mis à part les femmes, utilise leurs serviettes ? » Je peux vous confirmer que certains hommes trans en utilisent. « Always » a simplement ouvert ses horizons à la diversité sexuelle et de genre, comme vous devriez le faire.

Pour faire suite à ce que vous avez écrit au sujet des lois, on parle de droits et de libertés… et ces lois sont exactement les mêmes en ce qui a trait au sexe. Depuis 2016, les droits et libertés sont plus inclusifs, mais on peut le voir différemment de la manière que vous le présentez. Pourquoi, en Angleterre, on ne permet pas aux femmes trans (étant le vrai terme à votre description « des garçons qui se sentent filles ») de porter des jupes au lieu d’interdire la pratique pour tous ?

Vous stigmatisez les femmes trans en disant que des viols sont commis. Vous oubliez qu’il peut aussi avoir des viols et des violences entre femmes. Vous prenez en exemple l’histoire de Karen White, en englobant une communauté complète, pour les actes d’une seule personne. Pourquoi ne mentionnez-vous pas les risques d’un homme trans de subir des viols, car une fois les changements légaux faits, il sera transféré dans la prison des « hommes » avant d’avoir eu une opération ? Cela le rend susceptible d’être violé aussi… Vous ne regardez pas les deux côtés de la médaille.

Les mesures ont changé au Canada et effectivement, l’obligation de l’opération n’est plus nécessaire et c’est une chance, car c’est un droit, un choix. Et certains ne ressentent pas le besoin de se rendre jusqu’aux opérations pour se sentir bien. Si on peut s’éviter des souffrances, puisqu’on se sent bien quand même sans, et s’éviter des risques, par choix, ou de prendre le temps d’attendre pour des raisons personnelles, pourquoi ce serait mal ?

On ne bafoue aucun droit, car pour faire une transition, qu’importe le résultat, la personne passe par un processus long et pénible, je vous l’assure, et si on pouvait être qui nous sommes sans passer par tout ce qu’une transition comporte […]

Parlant du droit d’être séparé des hommes en tant que femmes, parlons des toilettes… le droit le plus humain sur Terre, c’est celui de faire ses besoins… En tant qu’homme trans, en début de transition avec de la barbe, je devais aller dans la toilette des femmes, car celle des hommes n’avait pas de poubelle lors de mes menstruations, et dans celle des hommes les autres moments, car mon apparence était masculine. Durant toute ma session de cégep, je devais prévoir mes besoins en conséquence de mes pauses, car les seules toilettes individuelles étaient à l’autre bout du bâtiment. J’aurais aimé avoir la possibilité de ne pas me sentir en danger d’être « découvert ». J’aurais aimé être moi sans devoir gérer la société. J’aurais aimé avoir mes droits et ma liberté aux mêmes niveaux que tous.

Vous parlez aussi de luttes contre l’homophobie… Pour votre compréhension, le sujet de votre article parle davantage de la lutte contre la transphobie, car ici, on parle d’identité de genre et non de diversité sexuelle.

Pour le vocabulaire mentionné dans votre article, la majorité des termes sont erronés… et lorsque vous dîtes « les femmes transformées en hommes tombées enceintes », on parle d’hommes trans enceints. On ne se transforme pas, tel un Pokémon, on transitionne.

Qu’est-ce qu’une vraie femme ou un vrai homme ? Pensez à toutes les possibilités de ce qui vous vient en tête. Toute la grandeur de la diversité humaine existe.

J.K. Rowling a tenu des propos transphobes et le démentir, c’est chercher à se fermer les yeux. A-t-elle besoin de subir tout ça ? Peut-être pas. En revanche, actuellement, toutes les personnes seront dans leurs droits de continuer à lire ses œuvres selon leur choix et leurs valeurs, comme ce sera mon droit de choisir de ne jamais vous lire.

Une dernière chose que vous devez savoir : le terme « transgenre » est utilisé comme adjectif. On dit les personnes transgenres. Nos droits ne doivent pas être clarifiés. Ils doivent simplement être respectés, comme les droits des femmes, des hommes, des personnes non binaires, des humains. Au lieu de penser qu’ils piétinent ceux des femmes, il faut comprendre que nous sommes des alliés et nous sommes tout autant confrontés que les autres à bien des difficultés.

Essayez simplement de vous mettre dans nos bobettes un instant, et sachez que personne ne vous demande ce que vous avez dans les vôtres, car cela ne regarde personne sauf nous.

Je vous suggère aussi une belle lecture de chevet pour terminer : la Charte des droits et libertés. Il s’agit d’une des lectures les plus inclusives qui pourrait vous aider à comprendre que nous devons toutes et tous nous battre ensemble contre les inégalités.