Derrière les opinions, des enfants qui écopent

«83% des jeunes trans ont été victimes d’exclusion, alors que 37% ont été victimes de harcèlement, d’intimidation et de rumeurs ou de menaces», mentionne l’auteur.
Photo: Eric Gay Associated Press «83% des jeunes trans ont été victimes d’exclusion, alors que 37% ont été victimes de harcèlement, d’intimidation et de rumeurs ou de menaces», mentionne l’auteur.

Le mois de juin est le Mois de la fierté. Il s’agit d’un moment charnière pour célébrer notre diversité, pour constater les avancées en matière d’inclusion, mais également pour prendre conscience de l’ampleur du travail qui reste à faire. Après la parution du billet d’opinion de Nassira Belloula, le 23 juin dernier dans Le Devoir, force est de constater qu’il reste encore beaucoup à faire pour célébrer notre fierté en toute sécurité. Enfants transgenres Canada est un organisme de charité basé à Montréal qui soutient les enfants trans, non binaires et créatifs sur le plan du genre, leurs parents et leur famille. Nous sommes impliqués dans divers milieux afin d’éduquer les communautés sur les réalités trans et non binaires chez les enfants et nous sommes aussi une référence pancanadienne en la matière.

Notre organisme ne fait pas la promotion d’un courant de pensée ou d’une idéologie de gauche universitaire. Nous soutenons des centaines d’enfants, de jeunes et de familles qui tentent de naviguer dans un système complexe pour obtenir l’aide adéquate. Dans les faits, les jeunes trans sont statistiquement parmi les populations les plus vulnérables, étant exposés à la violence de façon complètement disproportionnée. Une étude récente s’est penchée sur l’exposition des jeunes trans québécois à la violence à l’école ou dans d’autres sphères de leur vie. 83 % des jeunes trans ont été victimes d’exclusion, alors que 37 % ont été victimes de harcèlement, d’intimidation et de rumeurs ou de menaces. Comparativement à leurs pairs cisgenres (non trans), ces jeunes couraient de 5 à 7,5 fois plus de risques de vivre un traitement injuste à cause de leur expression de genre ou de leur orientation sexuelle présumée.

Il importe de mentionner les impacts ravageurs de la lettre d’opinion relayée par Le Devoir sur notre travail de sensibilisation et d’éducation populaire. Les articles mal informés et mensongers pullulent actuellement dans l’espace public, et cela contribue à détériorer la santé mentale des jeunes trans et non binaires. Ce type de discours violent légitime malheureusement les actes transphobes que les jeunes de notre organisme connaissent trop bien.

Droits des femmes

Sous le couvert d’une soi-disant analyse biologique biaisée proposant une vision eugénique du corps féminin, il est primordial de se questionner sur les fondements idéologiques de cette pensée féministe radicale qui cherche à invalider les progrès légaux et l’avancée des droits de la personne au Québec et au Canada. Selon Nassira Belloula et d’autres groupes féministes, comme PDF Québec, il semblerait que les modifications aux chartes des droits et libertés et aux lois auraient des impacts néfastes sur les droits des femmes (des femmes cisgenres, faudrait-il préciser). Cette modernisation nécessaire vise à faire stopper les discriminations incessantes que vivent les personnes trans et il est dommage que certains y voient là la perte des droits chèrement acquis par les femmes au Québec. À titre d’exemple, PDF Québec titrait le 4 juin dernier dans La Presse « Les femmes ne sont pas solubles dans la diversité ». Précisons au passage que PDF Québec est un organisme provincial tout récemment financé par le ministère de la Justice et que leurs propos répétés sur plusieurs tribunes publiques sont en contradiction fondamentale avec ce même ministère, qui héberge depuis plusieurs années le Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie.

Notre travail est inclusif et intersectionnel ; il prend en considération la pluralité des parcours et des expériences de toutes les filles et de toutes les femmes. Le féminisme est au cœur de nos valeurs et nous luttons activement pour la sécurité de toutes les filles et de toutes les femmes, indépendamment de leurs organes génitaux internes ou externes (puisqu’il semble malheureusement utile de le préciser…). Sachant que les filles et les femmes trans sont parmi les personnes les plus marginalisées, pourquoi s’acharner sur toutes les tribunes à les invalider ? Le féminisme contemporain est en pleine transformation, comme plusieurs mouvements sociaux d’ailleurs. Certains s’inquiètent grandement de ces nouvelles conceptions intersectionnelles, prétextant que cela nuira à la cause des femmes dites biologiques. Chez Enfants transgenres Canada, nous croyons à l’importance d’un discours inclusif qui prend en considération la diversité des parcours et des corps. Nos luttes sociales sont collectives et c’est ensemble que nous arriverons à l’émancipation de toutes les femmes, qu’elles soient trans ou cisgenres, avec ou sans utérus. Il nous fera plaisir de discuter avec Nassira Belloula et PDF Québec pour les sensibiliser aux réalités des enfants trans et non binaires, et ainsi chercher à comprendre les motivations qui sous-tendent ces attaques médiatiques coordonnées qui nuisent grandement à l’épanouissement de l’ensemble des enfants.

13 commentaires
  • Pierre Langlois - Inscrit 25 juin 2020 11 h 55

    Merci !

    Simplement merci pour ces éclaircissements.

  • Muriel-Anne Gousmi - Inscrit 25 juin 2020 12 h 13

    Il n'ya aucune relation entre ce qu'a écrit Mme Belloula et votre article.

    Bonjour

    J'ai lu et relu l'article de Mme Belloula qui est très clair, très pertinent qui pose le problème des femmes trans et des changements des lois qui ne tiennent pas compte des droits des femmes bioloigiquement parlant. On ne combat pas la discrimination par une autre. Mme Belloula ne conteste pas l'existence ni les droits de quiconque, elle pose le problème de la violence faite aux femmes qui ne se reconnaissent pas dans les théories du genre et a posé le problème de l'égalité des droits. Vous êtes sur un autre sujet et vous noyez le poisson en l'implicant sur ce qu'elle n'a pas dit et vous faites un procès juste ça. Laissez les gens s'exprimer librement si on commence par la.

  • Roxanne Deslongchamps - Abonnée 25 juin 2020 13 h 41

    Mois de la fierté

    Monsieur.
    Nous n'avons pas lu le même article, il me semble. En ce moment, l'activisme trans (h-f surtout) se fait aux des femmes biologiques et non "cis". Il est quand même incroyable d:être obligée de le préciser. Les filles et les femmes trans sont, jusqu'à preuve du contraire, des garçons et des hommes. Nous n'avons pas à porter leurs problèmes sur nos épaules. En l'absence de données scientifiques vérifiables et concluantes, je considère la prise de bloqueurs d'hormones et la mutilation des mineurs trans criminelles. Quant aux adultes, je le déplore, car leurs conséquences sont définitives.

    • Nadia Alexan - Abonnée 25 juin 2020 14 h 52

      Effectivement. Je suis d'accord avec madame Roxane Deslongchamps que dans l'absence de données scientifiques vérifiables et concluantes, les changements chirurgicaux sont criminels. Si les enfants souffrent, c'est à cause de la prise de bloqueurs d'hormones et de la mutilation des mineurs trans qui rend leurs vies insupportables. Arrêtons de jouer avec les faits biologiques.

    • Teresa Manzano - Abonnée 25 juin 2020 15 h 28

      "En l'absence de données vérifiables et concluantes"

      Les études ont été faites et il y a actuellement un consensus scientifique qui dit le genre n'a rien à voir avec les organes génitaux. Et pour preuve cet article publié dans la prestigieuse revue scientifique Nature. https://www.nature.com/articles/d41586-018-07238-8

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 25 juin 2020 20 h 54

      Bon ben si le sexe et le genre (ou le genre et les organses génitaux), c'est deux choses complètement différentes, alors pourquoi diantre médicaliser la chose et demander la prise d'hormone ou des opérations?

      Si le genre est socialement construit, ben on a alors aucune raison de de faires des interventions sur des gens qui ne sont pas malades, des mineures de surcroit.

      Qu'est-ce que je ne comprends pas?

      La question ne se pose pas si on arrive, «médicalement» à montrer une pathologie particulière, comme l'hermaphrodisme ou ce genre de chose.

      La chose se règle facilement il me semble : la personne sera-t-elle enceinte ou au contraire susceptible de d'imprégner? On agit médicalement pour «corriger» ou «favoriser» ce qu'elle serait le plus susceptible de faire naturellement. Le débat devrait s'arrêter là, libre ensuite pour un «homme transgenre» d'être «enceint». Si comme vous dite, être «homme» n'a rien à voir avec les organes génitaux.

      Les parents des enfants trans peuvent leur apprendre à s'abiller, se maquiller, exagérer, puisque le propre du «trans», comme concept, c'est précisément de renforcer les stéréotype et pas de dire qu'il n'y a pas de genre.

      Qu'on m'explique si je comprends rien, mais l'article de Nature me semble plus éditorial qu'autre chose.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 25 juin 2020 14 h 58

    L'auteur écrit :

    « Selon Nassira Belloula et d’autres groupes féministes, comme PDF Québec, il semblerait que les modifications aux chartes des droits et libertés et aux lois auraient des impacts néfastes sur les droits des femmes (des femmes cisgenres, faudrait-il préciser). »

    Bientôt, nous ne pourrons plus écrire le mot « femmes » seul. Quelle maison de fous que la nôtre !

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 25 juin 2020 19 h 18

    La non-femme a un pénis

    On n'en peut plus de ces insignifiances qui occupent quasiment tout le débat public.

    Ce qui importe, c'est que les minorités sexuelles sont protégées par la loi.

    Que Roger souhaite s'appeler Berthe, c'est son affaire et non pas la mienne; faudrait cesser de tenter de nous faire brailler sur son sort. Moi, je ne fais pas tout un plat de n'avoir pu épouser la fille d'un riche industriel, ce qui pourtant m'aurait socialement transfiguré!