Au-delà du projet de loi 61, comment relancer le Québec

«Alors qu’une sévère récession engendrée par la crise sanitaire plombe l’économie québécoise, le gouvernement doit cesser de mettre en œuvre cette politique d’austérité qu’est le remboursement de la dette», estiment les signataires.
Photo: Getty Images «Alors qu’une sévère récession engendrée par la crise sanitaire plombe l’économie québécoise, le gouvernement doit cesser de mettre en œuvre cette politique d’austérité qu’est le remboursement de la dette», estiment les signataires.

Ce texte termine la réflexion amorcée dans un premier texte publié le 18 juin.

 

L’ampleur des moyens à mettre en œuvre pour garantir le succès de la reprise économique post-COVID démontre à elle seule que la relance ne peut se faire sur le pilote automatique. En ce sens, il serait plus que malhabile de restreindre cette relance à la seule accélération de projets d’infrastructure existants sans une nécessaire réflexion quant aux choix de société à privilégier.
 

Le Québec doit également s’assurer de pouvoir mobiliser les ressources financières nécessaires au redémarrage de l’économie et au soutien à des créneaux d’innovation riches en valeur ajoutée et en création d’emplois. En ce sens, bien que difficile, la situation nous apparaît moins dramatique qu’il n’y paraît.
 

Le ministre des Finances, Éric Girard, devrait confirmer aujourd’hui, lors de sa mise à jour économique, que le déficit anticipé du Québec s’élèvera à 15 milliards de dollars.
 

Nous saluons son intention, déjà exprimée, d’utiliser la réserve de stabilisation dont bénéficie actuellement le gouvernement. Héritée des larges surplus budgétaires successifs engendrés par l’État québécois, celle-ci s’élève à 13,9 milliards de dollars. Le recours à la réserve de stabilisation permettra de financer sinon la totalité, du moins une bonne partie du déficit attendu pour l’année en cours.
 

Mais le ministre des Finances peut aller plus loin : il doit suspendre le versement prévu des 2,7 milliards de dollars au Fonds des générations. Ces sommes doivent être réorientées vers les besoins immédiats.
 

Consacrer près de trois milliards de dollars au Fonds des générations n’a aucune utilité à court terme, à moins que la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui gère ce fonds, ne s’en serve pour investir dans des entreprises québécoises afin de soutenir la relance économique. Malheureusement, nous n’avons aucune indication en ce sens.
 

Alors qu’une sévère récession engendrée par la crise sanitaire plombe l’économie québécoise, le gouvernement doit cesser de mettre en œuvre cette politique d’austérité qu’est le remboursement de la dette. La politique monétaire étant inopérante en raison de la faiblesse des taux directeurs, la politique budgétaire et fiscale du gouvernement doit faire le maximum pour soutenir et relancer l’économie. 
 

Il faut noter ici que l’obsession du remboursement de la dette publique, partagée par de nombreux gouvernements successifs, n’est pas étrangère au fait que le Québec se classe au dernier rang des provinces en matière de dépenses en santé par habitant et en queue de peloton pour ce qui est de l’éducation et de l’enseignement supérieur. À la lumière de l’hécatombe constatée dans nos CHSLD, il serait pour le moins approprié de se garder une petite gêne lorsque vient le temps de célébrer notre capacité à atteindre l’équilibre budgétaire année après année.
 

En raison de la réduction significative de son taux d’endettement au cours des dernières années, le Québec dispose sans contredit de la marge de manœuvre nécessaire pour traverser la crise et financer la relance économique. Il serait irresponsable, collectivement, d’agir autrement, d’autant plus que la crise aura révélé les graves lacunes de nos services publics et de notre filet de sécurité sociale, particulièrement au sein du réseau de la santé et des services sociaux.
 

De manière générale, il faudra investir davantage dans les services publics, notamment en santé, en augmentant les effectifs dans les résidences pour aîné-es, en améliorant la rémunération des personnes qui y travaillent et en développant au maximum les services de soins à domicile pour les gens en perte d’autonomie. Les réseaux de l’éducation et de l’enseignement supérieur devront également être mis à contribution afin de soutenir les efforts de requalification de la main-d’œuvre de certains secteurs plus sévèrement affectés par la pandémie.
 

Pour un véritable dialogue social

La lutte sanitaire démontre, jour après jour depuis le début de la crise, que les Québécoises et les Québécois ont une formidable aptitude à travailler ensemble. Il faut s’en inspirer, car un immense effort de mobilisation sera nécessaire pour redonner à l’économie du Québec tout l’élan dont elle a besoin.
 

Les réflexions qui concernent l’avenir du Québec ne peuvent se faire en vase clos sans entraîner un important déficit démocratique. Espérons que le gouvernement saura tirer les leçons qui s’imposent de la courte vie du projet de loi 61 et qu’il mettra en branle une table nationale de concertation ainsi que des structures régionales et locales, comme le revendiquent les organisations de la société civile.
 

Nous avons aujourd’hui l’occasion d’effectuer un virage en matière de stratégie développement économique : celle-ci doit être réfléchie, planifiée et gérée de manière socialement responsable dès maintenant, et ce, avec tous les partenaires de la société québécoise, dans le cadre d’un dialogue ouvert et constructif. Les acteurs socioéconomiques sont des alliés qui permettront de mieux concilier des objectifs de soutien à la vitalité économique des entreprises avec ceux de justice sociale pour les citoyennes et les citoyens. Ce n’est qu’en procédant ainsi que nous pourrons bâtir une économie résiliente et durable. 
 



Ce texte diffère légèrement de la version publiée dans le journal, version qui était préliminaire.

1 commentaire
  • Germain Dallaire - Abonné 19 juin 2020 07 h 25

    De l'argent, il y en a!

    Que dire des milliards perdus en impôts par les gouvernements parce que des corporations et des hyper-riches cachent leur magot dans des paradis fiscaux? Que dire des milliards perdus en taxes parce que les gouvernements n'ont pas le courage de mettre leurs culottes et de traiter les GAFA et NATU comme tout le monde? Que dire des milliards aussi perdus en impôts parce que les gouvernements des 40 dernières années n'ont eu de cesse d'éroder la progressivité de nos systèmes d'impôt et de taxes? Qu'il suffise de rappeler que les inégalités ont atteint un niveau sans précédent.
    Et finalement, que dire des centaines de milliards distribués par les banques centrales pour soutenir les banques et le système financier au cours de la dernière décennie? Dans le cadre de la crise sanitaire, la BCE en est rendue à 1350 milliards d'euro et ce n'est pas terminé. Le 9 avril, la banque d'Angleterre annonçait qu'elle allait financer directement le gouvernement britanique. Un oeuil au beurre noir pour les dogmes du neo-liberalisme. Trois jours avant cette annonce, le gouverneur de cette banque dans une lettre ouverte, jurait par tous les dieux qu'il ne le ferait pas. Comme quoi les dogmes...
    Cette idée de faire tourner la planche à billets pour financer l'Etat fait l'objet de beaucoup de discussions aux USA mais aussi en Europe. C'est même une théorie: la Modern Monetary Policy. En fait, il n'y a rien de nouveau sous le soleil: la réserve fédérale américaine l'a fait en 1941 pour financer l'effort de guerre. Certainement, l'ampleur de la crise actuelle jumelée à celle de l'environnement le justifie amplement. Mais encore faut-il avoir une banque centrale pour le faire. Ce qui pour le Québec implique l'indépendance!