Pour le bien-être des enfants

La distanciation physique entre enfants est impossible à faire respecter, considère l'autrice.
Photo: Pixabay La distanciation physique entre enfants est impossible à faire respecter, considère l'autrice.

Lettre au premier ministre du Québec

Je suis une éducatrice qui œuvre auprès de la petite enfance depuis plus de trente ans. Je suis formée pour prendre soin des enfants, favoriser leur développement, collaborer avec les parents et faire en sorte que les enfants s’épanouissent dans le milieu de vie éducatif qu’est un centre de la petite enfance (CPE).

Avec l’ouverture progressive des CPE, la communauté du CPE Villeneuve est d’avis que deux exigences du ministère de la Famille, la distanciation physique pour les enfants et le port du masque par les éducatrices, vont à l’encontre du bien-être des enfants.

En ce qui concerne la distanciation physique entre enfants, nous considérons qu’elle est impossible à faire respecter par les enfants puisque leur spontanéité et leur impulsivité les portent naturellement à s’approcher des autres enfants, à jouer avec eux.

Et même si nous essayions de faire respecter la distanciation physique dans « la mesure du possible », ce ne serait qu’au prix d’interventions répétées des éducatrices auprès des enfants, créant ainsi un stress pour les enfants, allant donc à l’encontre de leur bien-être et les empêchant de développer, entre autres, leurs habiletés de partage et de négociation, bref en les empêchant de « vivre pleinement leur vie d’enfant ».

D’ailleurs, dans l’article du Devoir signé par Lisa-Marie Gervais le 21 mai dernier, MarieClaude Roy, pédiatre au Centre hospitalier universitaire Fleurimont, dit : « Le deux mètres, ça doit être exclu pour les enfants. Non seulement ce n’est pas applicable, mais c’est dommageable. » Dans le même article, le pédiatre Jean-François Chicoine abonde dans ce sens, ainsi que la Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue, dans une entrevue accordée au Téléjournal Midi de Radio-Canada le 28 mai dernier.

En ce qui concerne le port du masque chez les poupons (de 0 à 18 mois), il nous apparaît pratiquement comme un non-sens puisque spontanément les bébés vont toucher le visage des adultes et arracher ce qui est à leur portée. Les éducatrices devraient donc continuellement changer leur masque puisqu’il pourrait être contaminé.

De plus, autant pour les bébés que pour les enfants plus vieux, il est évident que le port du masque est une réelle barrière à leur développement du langage puisque le masque cache le mouvement des lèvres. Ça l’est aussi pour la compréhension des expressions non verbales qui sont essentielles dans la communication entre les enfants et les adultes qui en prennent soin. Pour toutes ces raisons, nous vous demandons de laisser les enfants d’un même groupe jouer normalement entre eux, sans distanciation physique. Quant au port du masque, nous pensons qu’il faut laisser le choix aux éducatrices de le porter ou non selon les circonstances et selon la protection dont elles considèrent qu’elles ont besoin.

Certes, la situation sanitaire actuelle nécessite de renforcer sérieusement les mesures d’hygiène dans les CPE, mais si l’exigence du nettoyage plusieurs fois par jour demeure, le gouvernement devra prévoir l’ajout de personnel d’entretien pour faire cela, de façon à ce que les éducatrices puissent se consacrer pleinement aux enfants. Nous avons constaté en services d’urgence que, même avec un groupe réduit d’enfants, l’application de ces mesures alourdissait de beaucoup la tâche des éducatrices.

Ce sera à la Santé publique d’évaluer si une éclosion dans un groupe de 8 à 10 enfants est gérable pour en faire le suivi ou si l’augmentation des ratios éducatrice/enfants doit progresser plus lentement.

Tout compte fait, nous désirons redevenir le plus rapidement possible des milieux de vie éducatifs, après cet épisode forcé de service de garde sanitaire. C’est essentiel au bien-être des enfants !