Il faut regarder les faits

«Donner la parole aux personnes concernées par ces biais et les écouter démontrerait ouverture et empathie, des attitudes nécessaires à la solidarité sociale qui est au coeur de nos valeurs», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Donner la parole aux personnes concernées par ces biais et les écouter démontrerait ouverture et empathie, des attitudes nécessaires à la solidarité sociale qui est au coeur de nos valeurs», écrit l'auteur.

La mort choquante de George Floyd au sud de la frontière ravive le débat sur l’existence ou non du racisme systémique au Québec. Bien que tous conviennent qu’il peut y avoir ici des actes racistes qu’il faut combattre, reconnaître l’existence d’un racisme systémique semble être de trop pour certains. L’art de la communication les invite à ne pas froisser l’opinion publique avec cette question qui soulève les passions.

Ils ont raison, le racisme systémique est un sujet qui soulève les émotions. D’un côté, c’est le symbole de toutes les petites, et parfois grandes, injustices vécues au quotidien pour une frange de la population québécoise. Pour d’autres, c’est l’importation d’un débat qui n’est pas le nôtre et qui revient à affirmer que le peuple québécois n’est pas si chaleureux et juste, ce qui leur paraît impensable.

Devant les perceptions qui nous polarisent et nous immobilisent, regarder du côté des faits est toujours une bonne idée pour faire avancer le débat. Alors, que savons-nous sur la question au Québec ?

À la suite de la publication d’un rapport d’experts en 2019, le Service de police de la Ville de Montréal a reconnu qu’il y avait des biais systémiques liés à l’appartenance raciale dans ses pratiques, car ces biais menaient à une nette « surinterpellation » de personnes noires et d’origine arabe. La même année, la commission Viens sur les relations avec les Autochtones constatait, elle aussi, de la discrimination dans les services publics envers les populations des Premières Nations et les Inuits. Toujours en 2019, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse soulignait que le taux chômage des personnes issues des minorités visibles était plus du double de celui de la population n’appartenant pas à une minorité visible, malgré un plein-emploi en vigueur à cette époque. Bref, il y a de nombreuses données et des rapports objectifs qui indiquent qu’il y a des biais raciaux systémiques au Québec.

Alors, reconnaître cette situation équivaut-il à un échec du modèle québécois et confirme-t-il que la société québécoise est raciste ? Non, c’est tout le contraire. Donner la parole aux personnes concernées par ces biais et les écouter démontrerait ouverture et empathie, des attitudes nécessaires à la solidarité sociale qui est au cœur de nos valeurs.

Il y a 75 ans, le journaliste Jean-Charles Harvey prononçait un discours précurseur de la Révolution tranquille portant sur la peur. Son but était de dénoncer la mainmise du clergé sur la société québécoise. Il affirmait que la peur est un instinct naturel mais que, lorsqu’elle se transforme en superstition, elle met en danger le progrès et la liberté de l’être humain.

Ne pas vouloir nommer des phénomènes comme le racisme systémique malgré l’existence de données probantes par souci de ménager l’opinion publique, c’est vivre dans une peur qui déforme la réalité. De ce fait, nous érodons la liberté des personnes racisée qui vivent les conséquences des biais systémiques, mais nous brimons aussi nos débats démocratiques. Le résultat net est d’empêcher notre progrès social, ce qui mine la crédibilité du modèle québécois aux yeux d’une part croissante de la population. Une situation perdante pour tous. Surmontons cette peur et soyons à l’écoute des personnes racisées qui œuvrent dans toutes les sphères de la société afin de raffermir notre solidarité.

27 commentaires
  • Yann Leduc - Abonné 6 juin 2020 00 h 50

    Pourquoi ce haut taux de chimâge chez les "minorités visibles " ?

    "La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse soulignait que le taux chômage des personnes issues des minorités visibles était plus du double de celui de la population n’appartenant pas à une minorité visible, malgré un plein-emploi en vigueur à cette époque."

    Mais quel est la cause de ce haut taux de chomâge ? Est-ce que les employeurs refusent d'embaucher des minorités visibles ? À la fonction publique, il y a la discrimination positive. Alors, le problème serait le privé ? Les entreprises privés refuseraient d'embaucher des gens à cause de leur couleur de peau alors que beaucoup de secteurs sont en pénurie de main d'oeuvre ?

    Il faudrait creuser un peu plus ces statistiques pour leur donner un sens. Évidemment, si ou nouvel arrivant n'a pas de diplôme reconnu au Québec, s'il n'a pas de réseau professionel, s'il ne parle pas français et anglais, ce sera plus dificile pour lui de trouver un travail. Immigrer dans un nouveau pays n'est pas nécessairement facile au début.

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juin 2020 08 h 57

      Vous avez raison M. Leduc. Oui, regardons les faits en face.

      Le Service de police de la Ville de Montréal n’est pas représentatif de la société québécoise. C’est un organisme paramilitaire composé de gens sous-éduqués et surpayés qui a le droit légal de porter des armes, d’en faire usage en plus d’exercer un pouvoir de coercition sur les citoyens. Et, il serait curieux de juxtaposés les données sur le profilage avec celles de ceux qui commettent les crimes au Québec. Le problème avec cet organisme, qui est peut-être un mal nécessaire en société, et on dit peut-être, c’est que personne ne police la police.

      Bon, on mélange tout puisque la question autochtone est toute une autre histoire qui a des racines profondes. Mon ancêtre, Louis Riel pourrait vous dire long sur ce sujet. Ah ! C’est vrai, il été pendu par l’État « Canadian ». C’est la couronne britannique et aujourd’hui le Canada, qui a stationné les Autochtones dans des prisons à ciel ouvert puisqu’ils sont encore aujourd’hui, considérés comme des pupilles de l’état et cela est inscrit dans la constitution canadienne.

      Il est normal, et ceci dans tous les pays, que les nouveaux arrivants souffrent d’un chômage exacerbé durant leur première génération au pays. Cela, on l’a vu et on le voit partout sur la planète. La vérification des diplômes est souvent une tâche ardue pour ne pas dire impossible lorsqu’on compare les équivalences au système québécois. Souvent, un BAC dans un pays serait considéré comme des études secondaires chez nous. Ensuite, vu que la grande majorité des emplois sont dans les PME, plusieurs hésitent à embaucher des gens des minorités puisque souvent, leurs bagages culturels sera en conflit avec plusieurs employés, accommodement déraisonnable oblige.

    • Marc Levesque - Abonné 6 juin 2020 11 h 25

      M. Dionne

      "Le Service de police de la Ville de Montréal ... est un organisme paramilitaire composé de gens sous-éduqués et surpayés"

      Non, mais vraiment non. Pourquoi utiliser des arguments clairement faux. Comme tout organisme Ils ont des problèmes mais vous dénigrez tout le monde sans discernement et exagérez hors de toute proportion.

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juin 2020 14 h 13

      Cher M. Lévesque,

      Il faut appeler un chat, un chat et non pas celui de Schrödinger (lol).

      Paramilitaire comme dans le port d'armes légal et toutes sortes de « bébelles pro-militaires ».

      Sous-éducation comme dans une éducation du secondaire parce que partout ailleurs dans le merveilleux monde du ROC, les cégeps ne sont considérés que des écoles secondaires. C'est pour cela que la GRC demande seulement un secondaire hors Québec et pour les résidents québécois, un cégep pour devenir un constable.

      Surpayés comme dans des salaires de 100 000$ par année, des avantages sociaux de rêves, syndiqués dans la fonction publique où la loi de l’omerta règne en maître et une pleine pension à 50 ans. Pour les militaires, ils reçoivent une pleine pension après 20 ans de service seulement. Alors, ce n'est hors du commun d'avoir un militaire à 40 ans travaillant pour avoir une 2e pension comme dans le cas de celui que j’ai connu dans une centrale nucléaire. C'est ce qu'il a fait après avoir été : « Be all that you can be ».

      Et voilà, et j’ai été gentil.

      En passant, aux États-Unis, 10% des Noirs sont tués soit par la police ou des blancs. L’autre 90%, ce sont des Noirs qui tuent des Noirs, mais cela, on l’occulte.

    • Marc Levesque - Abonné 6 juin 2020 16 h 52

      M. Dionne

      "Le Service de police de la Ville de Montréal ... est un organisme paramilitaire composé de gens sous-éduqués et surpayés"

      Vous exagérer quand même, et avec émotivité, pour avancer vers quoi pensez-vous ?

      "En passant, aux États-Unis, 10% des Noirs sont tués soit par la police ou des blancs. L’autre 90%, ce sont des Noirs qui tuent des Noirs, mais cela, on l’occulte"

      Je ne suis pas sûr du rapport, mais 'On occulte' ? Qui On, c'est un peu trop générale, et occulter c'est un peu fort non ?

  • Jean Lacoursière - Abonné 6 juin 2020 09 h 21

    Le chargé de cours à HEC écrit qu'il existe :


    - « une nette ‘surinterpellation’ de personnes noires et d’origine arabe par la police;

    - « de la discrimination [sans en préciser la nature] dans les services publics envers les populations des Premières Nations et les Inuits;

    - « un taux chômage des personnes issues des minorités visibles plus du double de celui de la population n’appartenant pas à une minorité visible ».

    Puis le professeur en conclut :

    « Bref, il y a de nombreuses données et des rapports objectifs qui indiquent qu’il y a des biais raciaux systémiques au Québec. »

    [Note : je remplacerais le mot biais (de l’anglais « bias ») par le mot préjugés.]

    On semble ici être devant une énumération de corrélations plutôt que face à des statistiques pouvant être expliquées (causées) uniquement par des préjugés racistes, comme le dit l'auteur. Pour un auteur qui enseigne à l'université, on peut presque parler d’une erreur de pee-wee.

    J’accorde bien plus de poids aux études qui s’apparentent au genre « double insu » faites en recherche médicale. La journaliste Mylène Moisan en rapportait une cette semaine montrant que le nom apparaissant sur votre CV influençait la probabilité qu’un employeur vous rappelle :

    https://www.lesoleil.com/chroniques/mylene-moisan/le-telephone-de-mamadou-sonne-moins-289a4a18da64764813071d0dc57a0ff4

    Mais même avec ce genre d’étude, on ne peut parler de préjugés ‘systématique’ ou ‘systémique’, car même s’ils sont moins nombreux que ceux ayant rappelé Marc-Olivier, il y a quand même une proportion d’employeurs qui rappelle Mamadou.

  • Marc Therrien - Abonné 6 juin 2020 09 h 48

    Regarder les faits, mais à travers les prismes de ceux qui les interprètent


    Je ne sais pas si les adeptes des études culturelles ou sciences de la culture pensent qu’ils créent du progrès en aidant les minorités visibles à revendiquer leurs différences, les afficher et les valoriser en luttant pour qu’elles soient reconnues. Il me semble qu’avec cette idée on persiste plutôt dans ce très antique paradigme de pensée remontant au temps d’Aristote et de Platon qui consiste à catégoriser et à classer les éléments de la nature qui dans ce cas-ci conduit à segmenter l’être humain en groupes de personnes selon des critères comme le genre, la race, l’ethnie, l’origine nationale, l’orientation sexuelle et la classe sociale. On pourrait alors parler d’essentialisme et se demander s’il constitue un progrès pour l’humanité, car il me semble qu’il divise davantage qu’il ne rassemble. Pour le reste, on peut comprendre que des individus qui valorisent leur autonomie et leur liberté de pensée éprouvent péniblement cette idée qu’ils puissent être parfois conditionnés à leur insu par des éléments du système politique, économique et social qui les ont formés.

    Marc Therrien

    • André Labelle - Abonné 6 juin 2020 15 h 12

      Vous évoquez Aristote et Platon. Ce faisant vous m'avez fait remémorer le mythe de la caverne de Platon. Si mes souvenirs de sa lecture sont exacts, l'auteur a démontré exactement le contraire de ce que vous lui faites dire à savoir que l'être humain est prisonnier de son ignorance ce qui expliquerait en partie son malheur et sa désolation. Nous pouvons bien évoquer Karl Poper, Jean-Paul Sartes, Simone de Beauvoir et combien d'autres, à mon sens le seul progrès de l'humanité à ce niveau, est la capacité pour un individu de reconnaître l'autre comme étant son égal, même s'il est différent. En ce sens je me sens beaucoup plus près de la pensée boudhiste que de tout autre courrant de pensée.

      «L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit.»
      [Gandhi]

    • Marc Therrien - Abonné 6 juin 2020 18 h 01

      Grand bien vous fasse, M. Labelle, que vous chérissiez la pensée bouddhiste. Aussi, Platon, c’est bien davantage que le Mythe de la Caverne. C’est aussi la Théorie des Formes selon laquelle il existe des entités intelligibles en soi telles les idées, les concepts, les nombres dont le contenu existe préalablement à l’expérience sensible et qui ne dépendent pas d’elle pour advenir. Pensez au Beau, au Bien, au Juste, etc. Mais comme on vit en Occident et qu’on en critique l’héritage de sa pensée qui nous a formés, je pense, entre autres, que la dialectique hégélienne du sujet et de l’objet dans sa manifestation de celle plus concrète du maître et de l’esclave me semble un immuable indépassable. Enfin, pour ce qui est de la vérité qui cherche à s’exprimer dans l’aphorisme, je suis plutôt avec Karl Kraus qui pense que celui-ci « ne coïncide jamais avec la vérité : il est soit une demi-vérité, soit une vérité et demie. »

      Marc Therrien

    • André Labelle - Abonné 7 juin 2020 22 h 32

      Évidemment que Platon ne se résume pas à son mythe de la caverne.
      Je me souviens d'avoir pris connaissance, il y a déja longtemps, de l'hypothèse suivante. Imaginons une planète où aucun être vivant autre que végétal n'existe, aucun animal de quelque nature, ni homme, ni bête, ni insecte, que de la végétation. Dans ce contexte très hypothétique, si un arbre venait qu'à tomber, ferait-il du bruit ? La réponse est NON. Cette chute ne provoquerait qu'un déplacement d'air se propoageant en forme d'onde à la surface de la planète imaginaire jusqu'à son énergie se dissippe complètement. Il n'y aurait aucun bruit puisque le bruit est le résultat du déplacement d'ondes qui percutent les organes d'un être vivant, ce dernier le décodant grâce généralement à un cerveau et l'identifiant comme "bruit".
      Avez-vous été éduqué au Poudlar de Harry Potter pour croire à l'existence de ces entités intelligibles, les idées, les nombres ou les concepts qui n'existent que par l'action d'une intelligence qui leur donne une "certaine réalité" ? Votre loghorrée indique peut-être une certaine érudition. Mais elle reste une loghorrée.

      «Lorsque l'on se cogne la tête contre un pot et que cela sonne creux, ça n'est pas forcément le pot qui est vide.»
      [Confucius]

  • Raynald Rouette - Abonné 6 juin 2020 11 h 28

    Il faut cesser de jouer avec et sur les mots


    Ce n'est pas en martelant ou en écrivant sans arrêt une accusation infondée, que la majorité de la population du Québec pliera l'échine ou plaidera coupable. Ce qui est réalité aux USA, ne l'est pas nécessairement au Québec, son histoire le démontre clairement.

    Les activistes et les agitateurs professionnels de cette cause et leurs sympathisants comme Le Devoir ou RDI et autres organismes devraient en tenir compte. Cela devient carrément contre-productif et provoque plus de distanciation sociale que la covid-19, ce virus malicieux. Cette distanciation sociale risque de se cristalliser en permanence avec toutes les conséquences visibles et invisibles que cela ne manqueront pas d'occasionner. Est-ce que réussir à faire annuler les spectacle SLAV et Kanata en 2018 a été productif et bénéfique à la cause des contestataires deux années plus tard, ou plutôt le contraire...?

    • André Labelle - Abonné 6 juin 2020 14 h 27

      Votre commentaire est clairement orienté et indique chez-vous des a priori, des préjugés qui lui enlèvent toute crédibilité. Admettre qu'il y a un racisme systémique dans notre société c'est pour vous plier l'échine. Ici vous n'êtes pas loin d'être un suprémacisme qui voit des complots, comme Trump, d'abord dans les médias ( Le Devoir. RDI ). Votre idéologie nous saute aux yeux.
      Vous alimentez le racisme systémique que vous niez. Vous êtes en réalité l'exemple et l'explication du racisme systémique qui est un cancer de nos sociétés.
      «La pensée idéologique est toujours contre quelqu'un. Elle est toujours un instrument de violence. Elle en est imprégnée, empoisonnée.»
      [Francesco Alberoni]

    • Raynald Rouette - Abonné 6 juin 2020 14 h 54


      M. le médiateur, il semble bien vous occultez un grand pan de l'histoire du Québec. Pourquoi tenez-vous à reproduire et exacerber ici au Québec le dysfonctionnement social qui a cours aux USA...? Rien ne le justifie!

      Aussi réalisez-vous que vous cautionnez un mouvement qui pratique de plus en plus le harcèlement et l'intimidation envers ceux et celles de la communauté noire qui expriment des réserves ou qui ne partagent pas sa vision...?

    • Marc Therrien - Abonné 6 juin 2020 18 h 07

      Reste à savoir, M. Labelle, si le racisme systémique est une pensée idéologique et à déterminer qui pourrait bien nous le dire.

      Marc Therrien

    • Raynald Rouette - Abonné 6 juin 2020 20 h 00


      Relier ou faire le lien entre ce qui se passe aux USA depuis toujours et le Québec relève de l'odieux! De la malhonnêteté intellectuelle poussée à l'extrême. Le racisme systémique est un concept raciste en lui-même divisif et anti-humaniste par surcroît. Si certains ont besoin de rédemptions grand bien leurs fassent, mais tous les blancs n'ont pas à se sentir responsables ou coupables. De l'enfumage et rien d'autre...

    • André Labelle - Abonné 7 juin 2020 13 h 49

      M. Raynald Rouette, reconnaître qu'il y a au Québec et au Canada du racisme systémique c'est loin, très loin même d'affirmer que la société québécoise, voire canadienne, est la même que la société américaine. Je n'ai jamais affirmé comme vous le prétendez que je tente de reproduire le dysfonctionnement social américain. Vous faites des amalgames qui sans doute vous confortent dans votre théorie, mais ces amalagames sont vicieux et même malhonnêtes. Ce qui est odieux c'est que vous m'attribuez une pensée qui vous est propre mais qui n'est certainement pas la mienne. Évidemment comme suprémaciste blanc vous avancez des arguments propres à alimenter votre idéologie. Mais les faits ont la vie dure. Vous affirmez que « Le racisme systémique est un concept raciste en lui-même divisif et anti-humaniste [...]. » Est-ce là le seul argument que vous avez trouvé pour nier cette réalité, par exemple, qu'une personne portant un nom particulier et qui fait une demande d'emploi du seul fait de son nom son c.v. sera à priori écarté ? Votre déni vous aveugle complètement.

      «[...] Une conviction bien assurée détruit l'information qui la dément.»
      [Edgar Morin in "Pour sortir du XXè siècle"]

      Marc Therrien, je ne crois pas que le racisme systémique soit une idéologie. Mais puisque vous vous le demandez, je dirais plutôt qu'il est le résultat ou même un outil pour soutenir une idéologie comme le suprémacisme. Quant à savoir qui pourrait bien nous le dire, je dirais que personnellement je n'ai pas besoin, comme d'autres, d'un guide ni d'un gourou pour me mettre des idées en têtes.

      «Internet est le rendez-vous des chercheurs, mais aussi celui de tous les cinglés, de tous les voyeurs et de tous les ragots de la terre.»
      [Alain Finkielkraut]

  • François Beaulne - Abonné 6 juin 2020 13 h 49

    <Bref, il y a de nombreuses données et des rapports objectifs qui indiquent qu’il y a des biais raciaux systémiques au Québec>, écrivez vous. Les rapports et chiffres que vous citez sont exacts. L'interprétation que vous en faites l'est moins.Ces données ne concluent pas à l'existence d'une discrimination <systémique>, c'est à dire à l'existence au Québec d'un dispositif législatif et réglementaire conçu à cet effet.
    Bien au contraire. Si 80% des entrées irrégulières au Canada se sont faites au Québec, par le chemin Roxham, c'est que des réseaux organisés de passeurs ont fait valoir à leurs clients l'environnement hospitalier et financièrement accueillant qui leur serait réservé chez nous.

    Le fait qu'en matière d'emploi, d'intégration, de représentation dans la Fonction publique, de décrochage scolaire, de criminalité, les populations non blanches de souche soient plus fortement représentées devraient nous inciter à pousser plus loin les recherches sociologiques et autres qui nous permettent d'identifier avec précision la cause de ce phénomène pour que nos gouvernements puissent prendre les mesures appropriées, plutôt que de l’attribuer de manière un peu brouillon et raccourcie à du <racisme systémique> dont la définition même incite à la polémique et s'avère peu porteuse de solutions.
    En bout de piste ce sont les populations <racisées> elles mêmes qui souffriront de cette déviation de débat. Est-ce véritablement ce que vous souhaitez? Je ne le pense pas. Ni une majorité de Québécois de bonne foi d'ailleurs.

    • Claude Bernard - Abonné 7 juin 2020 09 h 29

      M Baulne
      Avec respect, systémique ne veut pas dire institutionnel, réglementaire ou légal.
      Le SPVM et la SQ ont admis la présence de racisme systémique dans la culture de ces corps policiers; c'est-à-dire: profilage, harcèlement, mépris etc... envers les autochtones, noirs, pauvres, sans abris.
      Aucun réglement ou loi l'autorise; au contraire ces gestes sont expressément interdits par la loi.
      Accepter cela, ce n'est pas affirmer que les Québécois sont racistes.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 7 juin 2020 11 h 10

      Je ne sais pas, monsieur Bernard. Il me semble que pour que pour que des biais raciaux aient une portée systémique, il faut qu'ils informent les cadres institutionnels eux-mêmes et non seulement la culture des membres des corps policiers. Que des comportements soient formellement interdits n'implique pas forcément que cette interdiction soit plus que formelle seulement. Ce qui est déterminant, il me semble, c'est la mesure dans laquelle les privilèges peuvent être renforcés activement dans le fonctionnement des institutions. Ce n'est pas une question de loi ou de règlements, mais, dans la police comme ailleurs, d'un enjeu politique qui s'y actualise relativement indépendamment de ces lois, de ces règles et d'ailleurs de la formation des policiers, qui a donné à monsieur Dionne une nouvelle occasion de manifester le peu d'estime qu'il a pour notre réseau scolaire...

    • Claude Bernard - Abonné 7 juin 2020 20 h 33

      M Maltais Desjardins
      Sans vouloir vous contredire, définir c'est finir de se comprendre si cela mène à abandonner le principal et s'occuper du secondaire, autrement dit ne pas débattre du problème mais du sens des mots.
      Non pas que vous erriez dans votre commentaire mais que vous me paraissez ne pas être dans le mode solution.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 7 juin 2020 20 h 57

      Monsieur Bernard, merci de me faire part de ce qui vous paraît. Je ne suis pas en mesure de vous rassurer, mais cela fait aussi partie, peut-être, du secondaire. Je me permettrai d'ajouter qu'on peut aussi bien escamoter les enjeux réels en pensant que le mode solution est une question de moralité publique comme si des engagements vertueux, si honnêtes soient-ils, avaient la vertu de les dépolitiser. On peut différer à ce sujet, mais je ne pense pas que les engagements la main sur le coeur aient jamais changé les choses durablement.

    • Claude Bernard - Abonné 7 juin 2020 21 h 48

      M Maltais desjardins
      Les cadres supérieurs sont certes partie prenante de la culture d'entreprise qui tolère la discrimination.
      Les engagements non tenus et les promesses sans suite sont bien au cœur de la durabilité de la question du racisme, entretenue (la durabilité) par la politique pour des raisons de laisser faire et de ça va bien aller!
      Quand la société tourne en rond dans un cercle vicieux: pauvreté-discrimination-criminalité-profilage-décrochage-pauvreté; on dirait que toutes les excuses sont bonnes pour abandonner la lutte.
      Je ne dis pas que c'est votre cas.
      Renverser ce cercle en un cercle vertueux, cela requiert de déplacer dans l'esprit du public l'image du racisme systémique vers la fenêtre d'Overton avant toute chose, à mon avis.
      Autrement dit, commencer par faire admettre son existence et, ça, c'est le rôle des médias en démocratie.