Sortir ensemble de la crise plus forts, plus solidaires et plus verts

La ville de Carleton-sur-mer. «C’est à l’échelle municipale et locale que se déploieront la plupart des mesures de relance», mentionnent les signataires.
Photo: Vincent Boisvert Getty Images La ville de Carleton-sur-mer. «C’est à l’échelle municipale et locale que se déploieront la plupart des mesures de relance», mentionnent les signataires.

Nous vivons une crise sans précédent. La pandémie teste notre résilience tout comme notre capacité d’intervention sur le terrain, là où les besoins sont les plus criants. Elle révèle nos forces — nombreuses, dont l’exceptionnelle solidarité des Québécoises et des Québécois — mais aussi nos faiblesses, comme le montrent tragiquement les répercussions de la crise sanitaire et économique sur nos citoyennes et citoyens et sur nos communautés les plus vulnérables.

Il faut s’occuper de notre monde, de ceux et celles qui ont perdu leur emploi, qui ont mis temporairement la clef sous la porte de leur commerce ou de leur entreprise, de nos aînés, qui n’ont pas mérité de finir leurs jours dans l’angoisse et l’isolement, et de nos jeunes, déjà inquiets pour l’avenir. Nous avons besoin de nous retrouver, de nous aérer, de retisser nos liens entre voisins et avec la nature.

La crise nous déstabilise, nous pousse à reculer nos limites et à entrer en terrain inconnu. Elle nous incite à être créatifs, à nous remettre en question et à nous imaginer nous relevant plus forts, plus solides et mieux armés pour faire face à ce que l’avenir nous réserve encore, alors même que la crise climatique et la croissance des inégalités sociales font toujours partie de notre paysage. Elle nous permet de nous imaginer une nouvelle vie normale plus verte, plus prospère et plus solidaire.

Répondre à la pandémie est la toute première priorité du monde municipal. La crise crée des défis immenses de santé et de sécurité publique, de soutien économique et social aux personnes démunies. Nos services sociaux de première ligne, nos espaces publics, comme les parcs, et les équipements municipaux, nos services de voirie, de police et d’urbanisme sont directement mis à contribution. C’est à l’échelle municipale et locale que se déploieront la plupart des mesures de relance, la réouverture des commerces et des services, les grands parcs, la reprise des transports collectifs et l’application des mesures de distanciation physique. C’est aussi à notre échelle que se vivront de nouvelles habitudes de vie et de consommation, comme la recrudescence de l’agriculture de proximité et un retour vers les activités de voisinage, à l’échelle des collectivités et des quartiers. C’est aussi là que nous devons resserrer le filet social — sur les plans du logement, de l’itinérance et du soutien envers nos enfants et nos aînés, notamment.

Déjà, le monde municipal a mis en avant, à travers ses regroupements, de nombreuses propositions de nature à nous permettre une sortie de crise qui renforce les grands consensus économiques, environnementaux et sociaux auxquels nous sommes parvenus au cours des dernières années.

Ces propositions, ancrées dans la réalité de chacune des régions du Québec, doivent être appuyées par les gouvernements. Nous devons miser sur ceux qui habitent nos milieux et mettre en valeur les spécificités territoriales. La réduction des émissions de gaz à effet de serre tout comme le renforcement de notre tissu social doivent s’inscrire systématiquement dans notre grille d’analyse pour les investissements à venir, notamment pour le soutien à nos artères commerciales et noyaux villageois, le développement des transports collectifs et actifs, la réfection des routes, la promotion de l’achat local, la rénovation des bâtiments, la mise en valeur du patrimoine, l’aménagement d’écoquartiers, l’embellissement d’espaces publics, la construction et la rénovation de logements sociaux et abordables ainsi que l’accès aux infrastructures numériques. Cette crise que nous traversons est aussi une occasion précieuse de miser sur le développement durable de nos milieux.

Le Québec tente actuellement des premières mesures de déconfinement. Nous travaillons tous et toutes à stabiliser nos vies et celles de nos collectivités. Bientôt, nous devrons aussi faire des choix sur les suites que nous voulons nous donner, et créer ensemble une nouvelle normalité. La culture du dialogue social est une force et une source de fierté au Québec. Nous, maires et mairesses de plusieurs régions, ajoutons nos voix aux 15 leaders économiques, sociaux, syndicaux et environnementaux qui ont écrit récemment au premier ministre François Legault afin de proposer une relance solidaire, prospère et verte.

Cette vision, partagée par la grande majorité des Québécois et des Québécoises partout au Québec, est aussi la nôtre.

Travaillons ensemble à la réaliser.

* Signataires : Valérie Plante, mairesse de Montréal ; Régis Labeaume, maire de Québec ; Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau ; André Bellavance, maire de Victoriaville ; Vicki-May Hamm, mairesse de Magog ; Marc-André Plante, maire de Terrebonne ; Caryl Green, mairesse de Chelsea ; Charles Breton, maire de Tadoussac ; Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet ; Jérôme Landry, maire de Matane ; Kathy Poulin, mairesse de Val-David ; Mathieu Lapointe, maire de Carleton-sur-Mer ; Maude Laberge, mairesse de Sainte-Martine ; Normand Dyotte, maire de Candiac ; Philippe Pagé, maire de Saint-Camille


 
5 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 4 juin 2020 06 h 41

    Texte très important.

    Il fait appel à une démarche québécoise collective, laquelle nécessite des actions dans les municipalités, mais surtout une coordination visant l'affirmation et un agir pour renforcer les tissus sociaux que seule une accentuation des liens sociaux peut assurer. C'est la base.

    Elle implique une coordination de programmes en conséquence. Il s'agit plus que de relancer l'économie. Il s'agit de développer des liens nouveau genre dans une perspective de pérennité.

    Lors du karsh de 1929, plusieurs habitants des villes, surtout à Montréal, sont retournés vers leur milieu d'origine et des services d'urgence furent mis sur pied pour les gens qui y sont demeurés. Le Canada a alors créé une commission pour renforcer ses pouvors constitutionnels pour aider socialement les provinces les plus touchées.

    La situation actuelle diffère. Ce texte le révèle. Le Québec est interpellé pour développer une approche constructive. Il revient au parlement du Québec de la déployer rapidement en remettant à niveau ce qui s'est déconstruit et en innovant là où des liens sociaux entre les Québécois et les Québécoises se consolideront.

  • Cyril Dionne - Abonné 4 juin 2020 10 h 10

    Le gouvernement de trop

    Bon, les signataires de cette missive veulent obtenir de l’argent pour éponger leurs déficits municipaux. Quand on voit le nom de Valérie Plante, mairesse de la ville dysfonctionnelle qu’est Montréal, on décroche tout simplement. Bien oui, le gouvernement Legault, utilisant la stratégie qui date du temps de Franklin Roosevelt, pensant que si l’État se met en mode dépensier, nous sortira des marasmes économiques à venir. Eh bien, il fait tout simplement fausse route et gaspillera des milliards pour essayer de se faire réélire. C’est pour cela que les municipalités moribondes comme celle de Montréal se retrouvent à faire des beaux yeux au gouvernement provincial. En passant M. Legault, durant la 2e guerre mondiale, Winston Churchill était vu comme un dieu par ces concitoyens et son parti aurait raflé tous les sièges si une élection avait eu lieu au temps du blitz allemand. Mais à l’élection suivante, à la fin de la guerre, il fut reconduit nulle part et son parti a essuyé une défaite cuisante.

    Dire que c’est au niveau municipal que se déploieront la plupart des mesures de relance comme dans l’application des mesures de distanciation physique et qu’on permettre une manifestation américaine à Montréal en pleine pandémie, il faut avoir du culot. On imagine aussi que 1 675 décès par million à l’heure des données d’hier ne sont pas suffisants pour ébranler personne au sein de cette ville qui aspire au premier rang mondial détenu par la ville de New York et ses 2 600 morts par million.

    On pourrait se poser la question suivante : est-ce que les instances municipales sont un gouvernement de trop? Les émissions de GES découlent surtout de Montréal au Québec. Idem pour la pollution atmosphérique, l’étalement urbain, la densité de population pour ne pas dire surpopulation, les transports collectifs qui sont des grandes sources de contamination durant une pandémie, tout ceci ne riment pas avec le développement durable aléatoire et fictif qu'on nous propose.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 juin 2020 12 h 22

      M. Dionne, Montréal est une ville du Québec et le Grand Montréal regroupe la moitié de la population du Québec.

      Que vous ayez une dent contre la mairesse Plante, ça ne change rien à la situation. Qu'il y ait un taux élevé de pollution et un nombre élevé de décès avec la COVID-19, ce sont des indicateurs importants, en plus de la population importante et diversifiée, pour porter une attention aux signataires de ce texte auxquels s'est jointe Mme Plante.

      L'avenir du Québec se définira par les Québécoises et les Québécois indépendamment de leurs caractéristiques et de leur localisation. C'est dans cette perspective quù,il faut penser le « revivre ensemble » dans les prochaines années. C'est fondamental en démocratie.

      La CAQ n'a eu d'appui que de 37,4 % des personnes qui ont exercé leur droit de vote. Faites le décompte, il y a 62,6 % des personnes qui ont voté pour d'autres partis, y compris le Parti Vert. En démocratie représentative, pour assurer une cohésion, il importe qu'un système électoral assure un appui majoritaire, non par une majorité d'élus qui n'ont pas un appui majoritaire, mais par un gouvernement qui l'obtient soit à l'election, soit par alliance, ce qui requière un système électoral qui assure une proportionnelle proche du modèle général.

      Faire la lutte à la pandémie devient alors une affaire collective, qui n'exclut pas ni des villes, ni des régions, ni des personnes qui habitent au Québec.

      C'est élémentaire.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 5 juin 2020 09 h 38

      M.Bariteau écrit:"Faire la lutte à la pandémie devient alors une affaire collective, qui n'exclut pas ni des villes, ni des régions, ni des personnes qui habitent au Québec.C'est élémentaire.".

      C'est TRÈS élémentaire, en effet! Quoi ajouter de plus! Surtout en temps de crise! La municipalité, c'est l'organisation démocratique la plus près de notre quotidien.

      Si la gestion de la santé(CISSS ou CIUSSS) avait eu une structure démocratique, comme la municipalité, ça ferait longtemps que le problème du manque de préposés aurait été rendu public et réglé. Plusieurs facteurs expliquent notre haut taux de décés. Le plus important: justement le manque de personnel. Après la semaine de relâche, le virus s'est répandu dans la population et dans les établissements; plusieurs arrivant de l'étranger. En plus, on a vidé le personnel des hôpitaux pour le garrocher dans les CHSLD et les résidences privées mises en tutelle: du personnel infecté se promenait d'une institution à l'autre et infectait les résidents

  • Lionel Leblanc - Abonné 5 juin 2020 12 h 34

    Duel Bariteau-Dionne

    Le fait que M. Dionne aurait «une dent contre la mairesse Plante» ne change peut-être rien à la situation (cf.: Claude Bariteau, 4 juin 2020) et il est à se demander si cette «dent» relève d’une mesquinerie comme le suggère M. Bariteau ou bien simplement du fait que M. Dionne aurait déjà compris la possible incompétence de l’élue.

    Mesurer la représentativité d’un parti politique au moyen de chiffres à l’allure de bilan comptable ne revêt aucune signification.

    En effet, le choix exprimé par une partie de la population, lors d’un vote nominal à un seul tour tandis que les enjeux ou les promesses sont multiples et souvent mal défini(e)s, est bien loin d’être univoque.

    Est-ce l’insatisfaction à l’endroit du gouvernement chassé du pouvoir ou bien la compétence apparente du gagnant qui explique le revirement? À défaut d’un scrutin plus élaboré —et forcément plus dispendieux—, il est impossible de le dire avec certitude.

    Le vote, tel qu’on le pratique ici, n’a qu’un seul mérite : empêcher, à tort ou à raison, qu’un parti ne s’incruste au pouvoir. En ce sens, un tirage au hasard ferait aussi bien l’affaire même si les démocrates convaincus en seraient heurtés profondément.