Faire le choix de la santé pour prévenir une autre pandémie

«Nous avons espoir que les décisions financières et politiques qui seront prises permettront de redessiner des villes à l’échelle humaine (…)», souhaitent les auteurs.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Nous avons espoir que les décisions financières et politiques qui seront prises permettront de redessiner des villes à l’échelle humaine (…)», souhaitent les auteurs.

Dans les dernières semaines, nous avons souligné, célébré et reconnu le travail exceptionnel des travailleurs de la santé de première ligne. D’un océan à l’autre, et à travers le monde, nous avons chanté, allumé nos lumières, frappé sur nos casseroles et dansé de la maison pour souligner les efforts et le courage de nos voisins et amis qui sont partis œuvrer dans nos centres de santé et qui ont maintenu nos services essentiels, jour et nuit.

Ces hommages nous touchent droit au cœur. Comme médecins, nous avons aidé à réorganiser nos milieux de soins, avons fait des plans en vue de scénarios potentiellement catastrophiques, avons soutenu nos collègues alors que la pandémie gagnait du terrain et avons pris le temps d’écouter et de réconforter nos patients et leurs familles, dans des moments souvent déchirants.

Nos années de formation nous ont préparés à offrir des soins de qualité, même face à une menace aussi féroce que la COVID-19 : nous en sommes fiers. Toutefois, nous savons que la bataille n’est pas encore gagnée, bien au contraire.

Nos comportements des dernières décennies ont nourri la crise climatique et la destruction agressive de nos écosystèmes naturels. Ils continuent d’amplifier le risque d’une autre crise sanitaire comme celle de la COVID-19, altérant les habitats et les mouvements migratoires des animaux. Nous n’avons d’autre choix que de changer nos habitudes économiques et politiques.

Aujourd’hui, nous ajoutons notre voix à celles de 40 millions de professionnels de la santé pour demander aux représentants du G20 de choisir une relance économique misant sur la santé durable, afin que plus jamais nous ne devions faire face à une tragédie de l’ampleur de la COVID-19.

La liste de signataires est impressionnante : l’Organisation mondiale de la santé, l’Association médicale mondiale, l’Association médicale canadienne, le Collège québécois et canadien des médecins de famille, l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, et plusieurs autres.

Ces organisations, représentant environ les deux tiers de la main-d’œuvre mondiale en santé, demandent une relance qui laissera de côté les énergies fossiles pour favoriser les énergies renouvelables, réduisant ainsi les multiples risques pour la santé des changements climatiques : feux de forêts, vagues de chaleur, inondations, maladies infectieuses. Elles demandent de prioriser des emplois durables permettant de vivre dignement et contribuant positivement aux communautés, sans exacerber le stress sur la nature et sans augmenter la pollution atmosphérique. Ce faisant, nous espérons sauver les sept millions de personnes qui meurent annuellement de la pollution atmosphérique à travers le monde.

Nous avons espoir que les décisions financières et politiques qui seront prises par les équipes des pays du G20 permettront de redessiner des villes à l’échelle humaine, où l’humain pourra se reconnecter à la nature par des espaces verts urbains et opter pour des modalités de transports actifs, comme la marche et le vélo, et les transports en commun électrifiés. Ceci s’aligne parfaitement avec les principes d’une relance juste, annoncée hier, principes qui ont été approuvés par plus de 150 organisations canadiennes et québécoises.

Nous avons collectivement fait beaucoup de sacrifices dans les derniers mois. Nos failles, nous les avons vues ensemble : la vulnérabilité de plusieurs groupes — les gens sans domicile fixe, les personnes âgées, les gens d’un niveau socio-économique faible — a été révélée de façon tragique. De nombreuses familles vivent des deuils difficiles ; les aidants sont stressés, épuisés, dépassés ; la détresse psychologique de plusieurs soignants a atteint des niveaux préoccupants.

Nous dressons toutefois un constat rassurant : devant l’adversité, nous sommes capables de faire des choix difficiles mais nécessaires afin de prioriser la santé de tous et chacun. Et ensemble, nous pouvons rapidement changer le monde.

Ainsi, alors que nous continuerons d’être au front et d’offrir des soins de qualité, notre plus grand souhait — et celui de 40 millions de professionnels de la santé — est que l’on s’offre, collectivement, une relance économique qui mise sur une transition écologique juste, sur un monde plus résilient. Alors que les gouvernements du monde entier dessinent des plans pour redresser leurs pays, nous espérons qu’ils prescriront, à leur tour, de la santé pour tous.

6 commentaires
  • André Leclerc - Abonné 27 mai 2020 07 h 14

    Choisir de respirer par le nez

    Le gouvernement québécois aura dans les prochaines semaines, « l’occasion » d’investir pour relancer l’économie après les mauvaises nouvelles qui se sont succédé depuis la fin février. Tous tirent un peu plus fort sur leur coin de couverture. La couette risque de se déchirer à plusieurs endroits. Donc, pour éviter les découverts, faut-il que les stratégies portent sur les bonnes priorités avec une vision à long terme, c’est-à-dire au-delà d’un ou deux mandats. C’est donc tentant de placer les fonds publics là où on crée facilement des emplois à court terme, ce qui rapportent gros aux urnes mais sans bénéfice économique. Investir dans des projets qui n’ont pas de rentabilité, c’est « garocher l’argent par les fenêtres ». Lorsqu’en plus lesdits projets n’ont pas de justification sociale ni écologique, la question ne devrait même pas se poser dans les ministères. La vision doit porter plus loin. Puisque l’argent ne poussent pas dans les arbres, investir dans des projets porteurs d’avenir est plus que jamais nécessaire. La sanction des électeurs devra considérer cet enjeu lors des prochains scrutins. C’est sans doute la COVID qui nous le fait réaliser davantage.
    Donc oui à un investissement en santé mais au sens large. Intégrer dans cette notion d’abord l’éducation qui la première peut garantir la santé des nouvelles générations. Plus que par la COVID, elle est menacée par la désinformation présente sur les réseaux « asociaux » menaçant leur équilibre, leur capacité d’analyse et d’action. Ainsi faire mieux que les générations passées (dont je suis). Donc, choisir l’éducation en priorité : plus que le béton de nouvelles écoles. Mais puisqu’il faut aussi des locaux, prioriser la rénovation. Choisir aussi la prévention et prolonger l’autonomie des gens pour soulager les systèmes de santé et de soins de longue durée. On aura ainsi besoin de moins de lits dans nos hôpitaux et CHSLD et serons mieux préparé pour la prochaine fois. Puis choisir de respirer par le nez…

  • Robert Taillon - Abonné 27 mai 2020 08 h 03

    Les responsables le seront ils ?

    Les responsables de tous ces dérèglement dont souffrent nos sociétés:la très grande majorité des industries polluantes deviendront-ils responsables en revisant leurs industries ou en les fermant ? Et lers gouvernements qui depuis tant de décennies camouflent les problèmes inhérents à ces industriels en viendront-ils aussi à faire ce pourquoi ils sont élus; protéger les populations ? Il est démontré qu'une économie basée sur des industries ``Vertes`` serait plus rentable que ce qui est actuellement. Il est plus que temps de mettre fin au controles par des malfaiteurs de nos sociétés et de voir au mieux être de toutes les populations.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 27 mai 2020 08 h 05

    Merci

    Merci et bravo pour ce texte, bravo pour la coopération internationale qu'il a fallu opérer pour ramasser 40 millions de personnes en faveur d'une relance verte, exprimée. Je me souviens en 2012 que les Libéraux disaient que 500,000 personnes dans la rue c'était trop peu pour être représentatif de la majorité silencieuse...

    J'avais transmis à Julian Cribb, un scientifique c0-auteur de ce document et co-fondateur de la Commission for a human future, et sa réponse a été de dire que c'est une crise systémique. Alors la coopération doit s,étendre encore plus pour régler ces quelque dix crises en même temps, car ellesl sont interconnectées et en réglelr une ne doit pas en empirer une autre. https://humansforsurvival.org/sites/default/files/CHF_Roundtable_Report_March_2020.pdf

  • Cyril Dionne - Abonné 27 mai 2020 08 h 55

    Les riches ont besoin de lunettes

    Est-ce que les gens ont besoin de lunettes? Maintenant, nos joyeux lurons des médecins verdis essaient de nous faire croire que ce sont les changements climatiques qui sont responsable de cette pandémie. Allumez SVP. C’est la surpopulation qui créée la crise climatique et qui est responsable de la destruction de nos écosystèmes marins et terrestres. Et pour le coronavirus, c’est une dictature surpeuplée qui est à l’origine de ce fléau.

    Oui, nous avons la récupération politique des illégaux œuvrant dans les CHLSD pour occulter une gestion de crise épouvantable et maintenant, des puristes privilégiés qui utilisent une crise à leur fin. Oui, l’effet irréel d’une relance économique en misant sur la santé durable alors que la densité de population a atteint son zénith. Comment allez-vous faire cela? Demander qu’on mettre les énergies fossiles de côté pour favoriser les énergies durables, coûteuses et intermittentes dans les pays du tiers monde? Bravo. Comment allez-vous y prendre alors que l’Allemagne a dépensé plus de 725 milliards sur les énergies vertes pour réduire ses émissions de GES et elle n’a pas réussie. Maintenant, l’electricité est produite à partir du charbon à la hauteur de 40%.

    Petite question, c’est quoi les emplois durables dans les pays où l’eau portable n’est pas disponible et qui sont ravagés par des maladies évitables, par les famines et par les guerres civiles? Lorsque vous êtes en mode survie, vous n’avez que faire du vélo et des transports en commun électrifiés qui sont les endroits privilégiés de la transmission de maladies contagieuses.

    Enfin, curieusement, dans la supposée liste impressionnante de privilégiés socioéconomiques et éducationnels, l’organisation de Médecins sans frontière n’apparaît pas dans le lot. Et la simplicité volontaire comme mode de vie? Revenez-nous lorsque vous aurez fait de la simplicité volontaire, un choix volontaire, un choix qui est involontaire pour les deux tiers de la population mondiale.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 28 mai 2020 15 h 34

      À lire revue Lancet.

  • Jean Langevin - Abonné 27 mai 2020 18 h 57

    "Elles demandent de prioriser des emplois durables permettant de vivre dignement et contribuant positivement aux communautés, sans exacerber le stress sur la nature et sans augmenter la pollution atmosphérique."

    "Il est démontré qu'une économie basée sur des industries ``Vertes`` serait plus rentable que ce qui est actuellement."

    Deux extraits de textes ci-haut. Maintenant si quelqu'un peut éclairer ma lanterne et me nommer de façon concrète dans quels domaines (avec des noms d'entreprises svp?) retrouve-t-on les fameuses "emplois durables permettant de vivre dignement...sans augmenter la pollution atmosphérique. De plus est-ce que quelqu'un peut me nommer des compagnies issuent des industries vertes. Merci à l'avance!