Un autre point de vue sur René Lévesque

«Pour les élus de 1976, l’idée d’indépendance était le combat de leur vie. Il est donc pour le moins hasardeux de donner l’impression que M. Lévesque (photo) et son gouvernement se sont lancés dans une campagne d’une telle importance un peu à la va comme je te pousse», affirme l'auteur.
Photo: La Presse canadienne «Pour les élus de 1976, l’idée d’indépendance était le combat de leur vie. Il est donc pour le moins hasardeux de donner l’impression que M. Lévesque (photo) et son gouvernement se sont lancés dans une campagne d’une telle importance un peu à la va comme je te pousse», affirme l'auteur.

Dans Le Devoir du 20 mai, dans une entrevue avec Jean-François Nadeau, l’historien Jean-Charles Panneton revient sur la période référendaire de 1980. On y lit un certain nombre d’affirmations qui ne peuvent qu’étonner celles et ceux qui l’ont vécue de l’intérieur.

Par exemple lorsqu’il prétend que René Lévesque « était presque soulagé après coup », qu’il avait refusé de faire un bilan au Conseil des ministres et d’analyser la campagne et qu’il aurait organisé le référendum pour s’en débarrasser.

Dernière affirmation surprenante, contredite par les faits, l’historien s’étonne du « manque de préparation pour gagner ce référendum. […] On n’a pas fait grand-chose pour gagner en matière d’énergie, de discours. […] On va commencer à en parler seulement en 1979 ».

Il est bien connu que les défaites laissent beaucoup de responsables dans leur sillage. Mais pour avoir vécu quotidiennement l’action gouvernementale à partir de décembre 1976, je peux dire que je ne reconnais pas dans la description qui précède le René Lévesque que je voyais plusieurs fois par semaine au caucus ou à l’Assemblée nationale.

S’il est vrai que l’année 1977 a été consacrée à mettre en place certaines des politiques qui allaient durablement changer la face du Québec (la loi 101, la Loi sur le financement des partis politiques, la préparation des lois à venir sur le zonage agricole ou sur l’assurance-automobile, par exemple), dès 1978, sous l’impulsion de M. Lévesque, le Conseil des ministres, l’aile parlementaire et le Parti québécois passent à la deuxième vitesse pour réaliser le plan d’action devant conduire à la campagne référendaire.

J’ai conservé tous les procès-verbaux des caucus tenus au cours du premier mandat du gouvernement Lévesque et il serait trop long et fastidieux de rappeler le nombre de fois où le sujet a été abordé.

J’en donnerai deux exemples. Les 9 et 10 février 1978, un caucus spécial est tenu à Trois-Rivières. L’avis de convocation est clair : les débats doivent avoir pour « objectif le référendum. Toutes les discussions seront donc axées vers un seul thème : LA MARCHE VERS L’INDÉPENDANCE » (en majuscules dans le texte).

Quelques mois plus tard, les 14 et 15 septembre de la même année, un autre caucus spécial est tenu à Thetford Mines. Une grande partie des travaux est consacrée à la préparation de la campagne à venir. M. Lévesque y développe l’argumentaire qu’il proposera à la population en lien avec le contenu de la souveraineté-association.

Le résultat n’a certes pas été à la hauteur des attentes, mais il est erroné de parler d’un manque de préparation.

Pour les élus de 1976, l’idée d’indépendance était le combat de leur vie. Il est donc pour le moins hasardeux de donner l’impression que M. Lévesque et son gouvernement se sont lancés dans une campagne d’une telle importance un peu à la va comme je te pousse.

Louise Beaudoin rappelait l’autre jour, en présence de M. Panneton, à l’émission 19 / 60, la forte impression laissée par la performance des députés ministériels lors du débat sur la question à l’Assemblée nationale. Cet épisode n’était pas le fruit du hasard. Il avait été longuement planifié lorsque les membres de l’aile parlementaire avaient été invités à aborder sous tous les angles l’objectif poursuivi par le gouvernement.

Dernière remarque concernant le soi-disant refus de M. Lévesque de faire le bilan de l’échec devant le Conseil des ministres. Cela se comprend facilement, étant donné que le 23 mai, trois jours après le référendum, nous avons tenu un caucus spécial, en début d’après-midi, à l’Auberge des Gouverneurs, au centre-ville de Québec. Ce caucus, convoqué par le premier ministre, visait justement à faire un bilan de la campagne. Tous les participants, y compris quelques représentants du comité exécutif du parti, avaient été invités à livrer leur analyse personnelle. Personne ne s’en est privé au cours d’une séance qui s’est poursuivie jusqu’en début de soirée.

Je conserve de cette journée chargée d’émotion le souvenir d’un premier ministre profondément affecté par le résultat et pas du tout soulagé de pouvoir enfin passer à autre chose.

1 commentaire
  • Léonce Naud - Abonné 23 mai 2020 09 h 59

    L'émotion à Québec, la force à Ottawa

    Vue d’Ottawa, l’Assemblée nationale n’est qu’un gros Conseil de bande perdu dans la nature où gesticulent de braves mais naïfs autochtones dans une langue bizzarre de lointaine origine française. Y cantonner nos caucus même ministériels et nos imprécations ne nous mènera jamais nulle part dans l’Est de l'Amérique.