Comment relancer l’économie autrement

«La décroissance, ce n’est pas quelque chose que l’on subit, c’est un projet commun que l’on planifie ensemble de manière conviviale», explique l’auteur.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir «La décroissance, ce n’est pas quelque chose que l’on subit, c’est un projet commun que l’on planifie ensemble de manière conviviale», explique l’auteur.

Alors que plusieurs pays entament leur déconfinement et que l’incertitude quant au futur s’installe, nombreux sont les scientifiques, les citoyens et les acteurs de la société civile à travers le monde à se faire entendre et à en appeler au déploiement de nouvelles idéologies politiques.

Depuis les années 1970, de multiples études démontrent que nos modes de vie occidentaux constituent le fond du problème. Qu’il s’agisse de l’origine de l’épidémie (en partie imputable à l’industrialisation massive qui s’accompagne d’une destruction des habitats naturels), de son caractère pandémique (mondialisation des échanges, tourisme de masse), de sa létalité (elle tue surtout les personnes les plus fragiles) et du désastre qu’elle occasionne dans nos « mouroirs industriels » (CHSLD), la crise que nous vivons trouve son origine dans la recherche effrénée d’une croissance illimitée dans un monde aux ressources pourtant limitées.

Cette crise révèle les nuisances engendrées par notre système économique globalisé actuel. Au Québec, le virus dévoile en particulier l’absence de solidarité envers les aînés. À ce titre, la crise que nous vivons et celles que nous serons amenés à subir à nouveau nécessitent de repenser de fond en comble l’organisation de notre société.

Choisir la décroissance

Dès mars, beaucoup ont été forcés de ralentir. Le moment est approprié pour réévaluer nos échelles, abroger cette « quête » sociale pour la croissance et repartir sur des bases plus saines, plus justes et plus solidaires.

Pour éviter toute confusion, rappelons que la récession qui nous attend n’est en rien de la décroissance. Une société post-croissance implique que l’on prenne collectivement un engagement en faveur de la réduction de la production et donc de la consommation marchande et que l’on réorganise la société de manière différente.

La décroissance, ce n’est pas quelque chose que l’on subit, c’est un projet commun que l’on planifie ensemble de manière conviviale.

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La crise aura permis de recréer des liens de solidarité au sein de nos communautés tout en mettant en évidence l’isolement et la précarité de plusieurs (aînés, immigrants, femmes, enfants, etc.). La redistribution et la justice sont au cœur d’un projet de société post-croissance. Il s’avère essentiel de repositionner la communauté au centre de nos priorités plutôt que de tout miser sur la responsabilité de l’individu. Nous devons nous réapproprier les biens communs anciens — pensons aux coopératives (Coop Couturières Pop, Alte Coop, Coopérative Novaide) — tout en en créant de nouveaux communs (Celsius (Solon), Cohabitat Québec). La crise nous a prouvé que nous avons les capacités d’effectuer ce repositionnement et celui-ci doit s’effectuer hors des formes politiques et économiques dominantes.

Produire moins et mieux

La crise climatique, l’augmentation des inégalités et la pandémie actuelle exacerbent les limites sociales et écologiques de la croissance illimitée. Vouloir toujours plus n’est plus une option, il faut tendre vers la suffisance et se concentrer sur des besoins essentiels mieux redistribués. La croissance ne produira jamais « assez » pour tout le monde, car le mode de vie des nantis n’est pas « universalisable ».

Le lien entre la croissance du PIB et les émissions de carbone qui dérèglent gravement notre climat n’est plus à faire et la solution ne proviendra pas de la technologie. Si l’on souhaite l’autonomie alimentaire, pourquoi ne pas miser sur la permaculture au lieu de se lancer dans des projets de serres hypertechnologiques en monoculture ?

L’innovation technologique est insuffisante et comporte son lot de problèmes (exploitation des ressources rares et des individus plus précaires).

Démocratiser la société

Nous proposons d’élaborer ensemble un projet politique de société ou ce qui est produit et consommé est décidé collectivement en fonction du bien commun. Il est nécessaire de déployer notre capacité collective de décider ensemble de notre avenir, libérés des grandes infrastructures techniques et institutionnelles centralisées. Les décisions communes peuvent se prendre dans le voisinage, comme chez Solon avec le projet Locomotion, au sein d’un quartier, comme le Collectif C’est à nous (Bâtiment 7), une OBNL autogérée de Pointe-Saint-Charles, ou d’un village (La Cité écologique).

En somme, la crise nous dévoile ce qui mérite ou non d’être sauvegardé de la modernité occidentale. L’illusion que « tout va bien » entretenue par l’abondance de marchandises superflues ne peut désormais plus racheter l’acceptation des injustices sociales et de la détérioration de notre environnement causées par le système économique. Le moment que nous vivons est tout indiqué pour « décoloniser notre imaginaire » et renouveler notre société. Une société post-croissance n’est en rien utopique ; il existe déjà un grand nombre d’initiatives au Québec à prendre pour exemples.

Le changement de paradigme est possible.

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