Se laver les mains… sans eau?

«La responsabilité de l’approvisionnement en eau revient souvent aux femmes et aux filles, les empêchant de fréquenter l'école ou de s’adonner à des activités productrices pour accroître leurs revenus», souligne l'auteur.
Photo: Yasuyoshi Chiba Agence France-Presse «La responsabilité de l’approvisionnement en eau revient souvent aux femmes et aux filles, les empêchant de fréquenter l'école ou de s’adonner à des activités productrices pour accroître leurs revenus», souligne l'auteur.

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, la principale mesure de protection mise en avant est le lavage des mains avec du savon pendant 20 secondes. Ce qui va de soi dans notre pays ne l’est vraiment pas ailleurs sur la planète, en particulier auprès des populations les plus démunies. À se rappeler lors de notre prochain lavage de mains…

Selon les dernières données disponibles auprès de l’ONU, 2,2 milliards de personnes sur la planète en 2019 n’ont pas accès à une source d’eau potable sécuritaire, dont 785 millions de personnes qui n’ont aucun accès à de l’eau potable. Plus particulièrement en Afrique sub-saharienne, seulement 15 % de la population aurait accès à de l’eau et à du savon pour se laver les mains.

Dans la majorité des pays, la responsabilité de l’approvisionnement en eau revient aux femmes et aux filles, en plus de la préparation des aliments. Ces responsabilités et le temps qu’elles y consacrent peuvent souvent les empêcher de fréquenter l’école ou de s’adonner à des activités productrices pour accroître leurs revenus.

 
2,2
C’est, en milliards, le nombre de personnes n’ayant pas accès à une source d’eau potable sécuritaire

L’accès à une source d’eau potable est rendu encore plus difficile à cause du manque d’accès à des infrastructures d’assainissement sécuritaires, c’est-à-dire des toilettes, des latrines. Selon le même rapport de l’ONU, deux milliards de personnes n’ont pas accès à des installations sanitaires de base, dont 673 millions qui sont obligées de satisfaire leurs besoins à l’air libre. Imaginez les problèmes de santé qui peuvent en résulter : en particulier, la diarrhée cause près de 1,5 million de décès par année chez les enfants, majoritairement ceux de moins de cinq ans. Est-ce vraiment le monde dans lequel nous voulons vivre ?

Le Canada est très bien servi en matière d’accès à des services d’eau et d’assainissement sécuritaires. Nous possédons parmi les plus grandes réserves d’eau potable sur la planète et nos infrastructures d’eau et d’assainissement sont de qualité. Toutefois, la situation chez les Premières Nations reste problématique. En 2018, il y avait encore 174 avis concernant la qualité de l’eau dans plus de 100 communautés des Premières Nations. Le gouvernement du Canada a pris l’engagement de régler cette situation d’ici 2021.

En 2018, le Canada se classe au 9e rang des contributeurs d’aide publique au développement (APD) de l’OCDE, avec un montant de 4,7 milliards $US, ce qui ne représente toutefois que 0,28 % du PIB national (15e rang de l’OCDE). Avec la mise en place en 2016 de la politique féministe d’aide internationale, 95 % de l’aide canadienne doit cibler et intégrer l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes et des filles, et 50 % de l’aide de pays à pays doit être dirigée vers l’Afrique sub-saharienne. La santé est le domaine prioritaire d’action de l’aide canadienne, en particulier la santé des femmes et des filles.

Toutefois, selon les données disponibles, le Canada n’avait consacré en 2018 que 1,316 milliard d’aide dans le secteur des infrastructures et services sociaux, dont seulement 10,7 millions pour des infrastructures d’eau et d’assainissement.

Il serait grand temps que le Canada réinvestisse massivement dans ce domaine d’activité crucial pour la santé des familles les plus démunies de la planète, particulièrement en Afrique. La pandémie n’a pas encore frappé durement l’Afrique, qui compte 73 176 cas et 2496 décès enregistrés (13 mai, Africa Center for Disease Control), une augmentation de 45 % depuis le dernier rapport hebdomadaire, mais il est possible que le nombre de cas et de décès soit bien plus élevé. En regard du manque d’accès aux services d’eau et d’assainissement sécuritaires, on peut imaginer la difficulté à laquelle les Africaines et les Africains feront face pour se protéger de la COVID-19. Est-ce qu’on peut se laver les mains de la crise qui s’annonce en Afrique ?

* Le Groupe de réflexion sur le développement international et la coopération (GREDIC) est formé d’anciens dirigeants d’organismes de coopération internationale : Nicole St-Martin, Nigel Martin, Robert Letendre, Pierre Véronneau, Yves Pétillon et Mario Renaud.

4 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 20 mai 2020 08 h 13

    Bon, je vais aller chercher mon fouet

    Quand je lis ces articles, je ne sais pas si je devrais avoir une boîte de mouchoirs omniprésente à côté de moi ou bien des baumes pour la peau. On sait que nous entrons dans une séance d’autoflagellation.

    Bon, ceci dit, si la pandémie n’a pas encore frappé l’Afrique, c’est peut-être qu’elle ne la frappera pas, au moins durant cette première vague. Il faudrait savoir que l’espérance de vie en moyenne est de 63 ans en Afrique alors qu’il est de l’ordre de 83 ans au Canada. Or, on a appris avec cette maladie, la COVID-19, qu’elle frappe surtout, et ceci à 85% du temps, les gens de plus de 65 ans. Alors pour l’hécatombe du coronavirus en Afrique, on repassera.

    Pour le lavage de mains, ceci est toujours bon de le faire en tout temps même s’il n’y a pas de pandémie. Vous savez, il n’y a pas que seulement les virus qui tuent, mais aussi les bactéries en Afrique.

    Enfin, on en vient au véritable problème de l’Afrique et de tous les pays en voie de développement : la surpopulation. Tant et aussi longtemps qu’on ne résoudra pas cette énigme par le contrôle des naissances, on viendra toujours nous faire sentir coupable de morts évitables en Afrique. En fait, le 4,7 milliards de la contribution canadienne devrait aller dans ce sens. Les médecins québécois qui œuvrent pour Médecins sans frontières en Afrique sont unanimes en ce sens. Évidemment, nous allons nous heurter aux croyances religieuses archaïques et aux cultures misogynes patriarcales qui sévissent encore dans ce coin de la planète sur le continent noir. C’est pour cela que les femmes africaines doivent encore s’occuper de l’approvisionnement en eau en plus de préparer les repas tandis que la plupart des hommes, foutent rien à part de faire des enfants ou la guerre.

    Il faudra un jour que l’Afrique se prenne en main et décide elle-même de son avenir. Sinon, la nature risque de s’en occuper et ce ne sera pas à son avantage.

    • Marc Levesque - Abonné 20 mai 2020 16 h 48

      "Enfin, on en vient au véritable problème de l’Afrique et de tous les pays en voie de développement : la surpopulation"

      La surpopulation n'est pas une cause en soit, la surpopiulation découle de l'oppression en générale, et des femmes en particulier, je crois qu'il faut en premier réduire les influences néfastes qui proviennent de l'extérieur, étatique et corporatif, et de l'intérieur, et en deuxième favoriser à la fois la prise de controle démocratique interne des enjeux socio-economiques, et l'émancipation des femmes en particulier mais aussi de tous les citoyens.

  • Cyril Dionne - Abonné 20 mai 2020 20 h 57

    « ... la surpopiulation découle de l'oppression en générale, et des femmes en particulier »

    « Ben » oui M. Levesque, d'où les croyances religieuses archaïques et aux cultures misogynes patriarcales qui sévissent encore dans ce coin de la planète sur le continent noir. Vous dites la même chose que moi. Vous savez M. Levesque, les vrais changements durables viennent toujours de l'intérieur parce qu'on opère un changement de mentalité viable et permanent pour une renaissance démocratique qui consacre la liberté et l'égalité de tous.

    • Marc Levesque - Abonné 21 mai 2020 10 h 32

      M Dionne

      "les croyances religieuses archaïques et aux cultures misogynes patriarcales ..."

      Ce ne sont pas les religions en soit qui cause problème. Il y a beaucoup d'exemple au fil du temps. Je ne suis pas sur de ce que vous entendez comme exemple de culture misogynes patriarcales mais je crois être d'accord. Il y a aussi en grande parti les influences néfastes étatique et corporatif qui proviennent de l'extérieur auxquels il faut s'adresser car ils provoquent une radicalisation politique et religieuse intérieur.

      "quand on opère un changement de mentalité viable et permanent pour une renaissance démocratique qui consacre la liberté et l'égalité de tous"

      Je suis d'accord qu'il faut favoriser la reprise intérieur, et je crois qu'une des façons c'est d'aider à réduire puis enlever autant que possible l'oppression politique, économique, et corporatif qui vient de l'extérieur et qui très souvent s'installe à l'intérieur au fil des ans.

      "les vrais changements durables viennent toujours de l'intérieur "

      En gros je suis d'accord avec ce que vous dites, il faut aider directement les gens, médecin sans frontière est un bon exemple, je rajoute aussi qu'il faut absolument reconnaître et s'adresser aux causes derrières la radicalisation des sphères politiques et religieuses pour permettre et pour qu'il soit possible d'avoir des changements durable à l'intérieur.