Le Québec de l’après-crise

«Plus que jamais, la cohésion économique, sociale et politique de toutes les régions du Québec devra faire partie de l’équation», écrivent les auteurs.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Plus que jamais, la cohésion économique, sociale et politique de toutes les régions du Québec devra faire partie de l’équation», écrivent les auteurs.

Le Québec se prépare à sortir de sa « pause » alors que débute le déconfinement. Si la pandémie n’est pas derrière nous, on doit déjà penser à l’après-COVID-19. L’après-crise ne pourra être qu’un simple retour à la normale. Il faudra revoir bien des choses que nous tenions pour évidentes. Durement ébranlée, toute notre vie collective devra faire l’objet d’une révision en profondeur.

Après des décennies à tenter de placer sur l’horizon mondial l’avenir de l’humanité, voici que cette crise nous fait redécouvrir les ressorts puissants de la nation comme cadre de la vie collective. C’est dans ce cadre, pour d’aucuns redécouvert, que nous devrions réfléchir notre sortie de crise.

À l’heure où nous amorçons cette réflexion, pourquoi ne pas saisir l’occasion de construire à partir d’une vision mieux intégrée de nos besoins collectifs ? Plutôt que de concevoir notre vie collective comme un ensemble morcelé (économie, environnement, santé, éducation, culture, etc.), pourquoi ne pas repenser l’avenir en le prenant comme un tout dont chacun des secteurs s’imbrique dans un ensemble plus fort que chacune de ses parties ? Cet ensemble globalement défini doit désormais être repensé en fonction de l’intérêt national, c’est-à-dire à partir de ce qui transcende les intérêts particuliers pour servir l’intérêt général de la nation. L’État, dont le rôle central est ressorti grandi de la crise, doit servir cet intérêt national en s’assurant que nos institutions collectives s’en fassent les promoteurs et les garants. Car c’est en elles que se projettent nos ambitions comme société.

Au Québec, cependant, ce bel élan créatif devra composer avec le fait que nous sommes de plus en plus minoritaires au sein du Canada et que nous évoluons dans un contexte de relations Québec-Canada toujours non résolues. Nous avons besoin d’un lieu de réflexion qui nous soit propre. Le moment venu, nous devrons nous souvenir que nous payons des impôts à Ottawa et qu’il est normal que ces sommes servent à construire ce que nous jugeons utile pour notre peuple.

C’est en considérant notre intérêt national que nous aurons à repenser notre économie pour reprendre une certaine normalité et un plus grand contrôle de notre destinée. Cette relance devra consolider les structures de l’économie réelle, celles de nos quartiers, de nos villes et villages, de nos régions, celles qui peuvent répondre à nos besoins réels. La crise a d’ailleurs démontré notre extrême dépendance à des fournisseurs étrangers pour des produits d’importance stratégique.

Nous aurons à repenser notre production et nos achats pour que l’activité économique nous apporte prospérité, autonomie et sécurité. Plus que jamais, la cohésion économique, sociale et politique de toutes les régions du Québec devra faire partie de l’équation. Enfin, il faudra s’assurer que les politiques monétaires, budgétaires et fiscales de l’État canadien tiennent compte de notre intérêt collectif.

Pour une sortie de crise durable

La pandémie actuelle ne doit pas nous faire oublier la crise plus grave encore qui nous guette tous. Si l’urgence climatique n’a que faire des frontières, il n’en demeure pas moins que c’est par l’action des États, défenseurs de l’intérêt des nations, que les solutions pourront être élaborées et mises en œuvre localement. Dans le cas du Québec, la transition énergétique se fera d’abord en misant sur nos ressources renouvelables, sur la volonté de les transformer localement et de les utiliser en faveur de toutes les régions par des investissements dans l’électrification de nos transports, certes, mais encore et surtout dans des systèmes intégrés qui devront desservir les populations de tout le territoire.

De même, il faudra localement des mesures de réduction de la circulation automobile dans certains centres urbains, par des programmes d’efficacité énergétique et une mise aux normes environnementales du parc de logements. Voilà qui illustre à quel point la perspective peut changer si on l’examine à partir du Québec plutôt que d’investir dans les énergies fossiles, comme le fait le Canada. Il y a des limites à vouloir ménager la chèvre et le chou quand sonne l’heure de la reconversion économique !

C’est encore à partir de l’intérêt du Québec que nous devrons repenser notre système social, que la crise est venue fortement ébranler. Elle a révélé combien notre système de santé était aussi solide que le plus fragile de ses éléments. Il faudra réaliser que le partage des compétences et la répartition des ressources financières ne sont plus adéquats. Dans ce contexte, le Québec n’a plus les moyens de ses responsabilités, et Ottawa n’a pas les compétences pour disposer des moyens. Il faut que cessent les distorsions induites par les tensions d’un régime qui ne sert plus le bien commun.

C’est en pensant la sortie de crise dans une perspective nationale que nous pourrons le mieux nous prémunir contre les crises à venir, tout en nous garantissant un avenir. Cela n’a rien à voir avec l’égoïsme ou le repli sur soi, mais bien plutôt avec la reconnaissance du Québec réel. Il faut savoir tirer les leçons de la crise et de ce que signifie « vivre ensemble » : la vie des gens, dans l’immense majorité du temps, se déroule d’abord et avant tout dans l’espace national, c’est-à-dire l’espace où s’exerce la solidarité et où se relèvent les défis. C’est en s’y ancrant solidement que peuvent se dresser les ponts entre les peuples.

11 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 19 mai 2020 01 h 19

    Arrêtons de dorloter les entreprises et les multinationales avec l'argent des contribuables.

    Pour sortir de la crise, il faudrait d'abord sortir du capitalisme sauvage qui met les intérêts financiers avant le bien commun. Il faut que nos gouvernements arrêtent d'entendre les lobbyistes des multinationales pour leur faire plaisir avec des cadeaux interminables en subventions et en réductions fiscales sur le dos des citoyens. Comment expliquer l'éscroquerie de l'ex-patron de Bombardier, Alain Bellemare, qui toucherait jusqu'à 17.4,5 millions de dollars américain en prime de départ, pendant qu'il a détruit cette entreprise, malgré les milliards de dollars de sauvetage accordée en subvention par l'État. N’oublions pas, non plus, les milliers de travailleurs qui sont obligés de perdre leurs pensions parce que les entreprises ferment leurs portes. C'est scandaleux.
    Le principe du «ruissellement économique» n'a jamais marché et ne va jamais marcher non plus. Il faut arrêter de permettre l'évasion fiscale avec les paradis fiscaux, si l'on veut remplir les coffres vides de l'État pour subvenir aux besoins criants dans les services publics.

  • Cyril Dionne - Abonné 19 mai 2020 07 h 34

    Il ne faut pas gaspiller une crise

    Le monde et le Québec ont changé de façon permanente en 2020. Cela, tout le monde sensé le sait.

    Ceci dit, j’espère que les auteurs de cette lettre n’ont pas en tête d’agrandir le monstre qu’est devenue la bureaucratie au Québec avec tous ses syndicats à n’en plus finir. Ce que l’ont entrevoit présentement, c’est cette lourdeur bureaucratique qui écrase tout sur son passage et rien n’est fait.

    Oui, nous devenons de plus minoritaires dans un pays que nos ancêtres ont cofondé avec nos frères et sœurs Autochtones. Si le Québec était un pays indépendant, nous serions en bien meilleure position aujourd’hui. Nous pourrions contrôler les leviers de notre économie comme pour nos frontières. Ceci dit, nous nous devons d’acheter local et de commencer à fabriquer nos propres produits essentiels que nous prenons pour acquis. Cette concertation doit se faire à tous les niveaux.

    Enfin, SVP, ne pas comparer la crise épidémiologique à celle des changements climatiques. La première est celle qui nous affecte le plus et continuera de faire des ravages chez nous. La dernière, eh bien, le Québec est un exemple à suivre en ce qui concerne les nations développées et la production des GES. Nous ne sommes responsables que de 0,17% de la production mondiale du C02. La transition énergétique, si elle ne s’opère pas à partir de hydroélectricité, est tout simplement un leurre. Dois-je rappeler à nos auteurs que les énergies éolienne, de biomasse et solaire utilisent toutes du charbon et du pétrole dans leur fabrication et comme produit de base en plus d’être intermittentes et très dispendieuses. Le mirage éolien et solaire s’est opéré en Allemagne et après plus de 725 milliards de dépenses publiques, elle n’a pas pu rencontrer ses cibles qu’elle s’était fixée. Aujourd’hui, le charbon génère 40% de l’électricité dans ce pays.

    Personne n’est contre la vertu et la solidarité, mais c’est un « New Deal » que nous avons besoin économiquement. Et vive le Québec libre.

    • Claude Bariteau - Abonné 19 mai 2020 09 h 27

      Ce texte n'est pas très inspirant. S'il n'aborde pas les abris fiscaux et a comme visées la COVID-19 et un changement axé sur l’environnement, il utilise les concepts « nation » et de « peuple » de façon ambiguë.

      Le concept de « nation » a deux sens. Le premier renvoie aux personnes partageant des traits et des ancêtres communs auxquels s’identifient d’autres personnes. Le second fait écho aux citoyens et citoyennes des États indépendants, la plupart membres des Nations-Unies, mais aussi au peuple de ces États comme le peuple français, allemand ou américain.

      Au Québec, l’appellation « nation » mêle ces usages parce que le Québec n’est pas un État indépendant détenant les pouvoirs régaliens de tels États, ce qui le prive du statut reconnu de nation au sens moderne. Quant à la notion de « peuple », elle inclut l’ensemble des personnes vivant au Québec et détenant un droit de vote. L’utiliser en référence à un groupe ethnoculturel est un biais démocratique.

      Au début de la crise de la pandémie, le PM Legault a référé au peuple de 8,5 millions en guerre contre la COVID-19. Ce fut une approche politique. Hier, il a associé les Patriotes à une composante de la nation ethnoculturelle des Québécois en ex-Canadiens français.

      Les Patriotes furent des acteurs mobilisés pour changer l’ordre politique du Bas-Canada décrété par le Royaume-Uni. Ils entendaient être des citoyens et des citoyennes responsables, ce qui explique que Londres fit tout pour les ramener à l’ordre et créa le Canada-Uni.

      Penser l’après COVID-19 implique de penser en termes politiques avec en tête de se doter collectivement des pouvoirs régaliens pour développer le Québec selon les alignements promus par les futurs citoyens et les futures citoyennes du Québec.

      C’est ainsi que naissent des États indépendants et que se créent entre les citoyens et les citoyennes des liens qui caractérisent les nations des États indépendants et promeuvent leurs intérêts.

    • Jacques Patenaude - Abonné 19 mai 2020 10 h 06

      @Dionne
      J'apprécie l'argumentaire de votre texte même si je ne partage pas. Sur la question de la bureaucratie, je dirais que le problème pour moi doit être vu à l'inverse. Les diverses tentatives de réforme des gouvernement libéraux visaient à réduire ce qu'on appelle la bureaucratie gouvernementale en éliminant les niveaux intermédiaires supposément pour réduire cette bureaucratie et ainsi faire de économies. Résultats: il n'y a plus de cadres apte à prendre des décisions sur le terrain. Ces décisions sont prises à un niveau où le réel est asbent. Legeault a d'ailleurs reconnu que ça fait partie du problème. Il n'y a pas de patron dans beaucoup de CHSLD. Réduire la suposée bureaucratie est un thème qui a rarement produit des résultats car en faisant cela on centralise les décisions et on les ramènent au sommet loin de la réalité.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 mai 2020 13 h 35

      Merci pour la justesse de votre commentaire M. Bariteau.

      @Patenaude

      Le Québec est la province la plus bureaucratisée du Canada et pourtant, elle est aussi une des plus pauvres arrivant au 8e rang en ce qui concerne le revenu net par habitant. Ce passage « qu'il n'y a plus de cadres apte à prendre des décisions sur le terrain » m'a frappé parce que c'est justement le contraire. C'est la lourdeur de la bureaucratie qui rend inapte toute responsabilité de ceux qui dirigent comme pour ceux qui y travaillent et qui sont syndiqués. Pardieu, vous n'avez qu'à regarder l'organigramme dans les hôpitaux pour comprendre. Ma conjointe qui est médecin, m'a montré un de ceux où elle a travaillé. C’est à n’y rien comprendre.

      Ceci dit, le Québec compte plus 430 décès par million à l’heure de ce commentaire et qui fait de lui, le 8e plus pire pays touché par la COVID-19 après la France. Si on met cela en perspective, les États-Unis comptent seulement 280 morts par million. Sa métropole, Montréal, c’est 1 305 morts par million et qui fait de cette ville, un des pires endroits sur la planète et devient une émule de la ville de New York, qui est à l’origine de presque tous les illégaux qui sont venus par le chemin de Roxham. Enfin, il ne restera presque plus personne dans les CHSLD et donc, ce sera plus facile à administrer lorsqu’ils seront vides.

    • Jacques Patenaude - Abonné 19 mai 2020 16 h 48

      @Dionne
      Je ne doute pas que les organigrammes sont à n'y rein comprendre comme vous dites. Quand un cadre doit partager son temps entre plusieurs établissement, qu'il doit se rapporter à plusieurs cadre supérieurs selon les responsabilités de chacun de ceux-ci pour régler une question ça doit gonfler l'organigramme. À ma connaissance c'est pour cela que Legeault a parlé de l'absence d'un patron apte à prendre des décisions selon la réalité de l'établissement. C'est ce qu'on appelle la gestion matricielle dont le but était de réduire la bureaucratie. On pourra peut-être s'entendre sur le fait que ça n'a pas simplifié l'organigramme ni peut-être permis au gouvernement de réaliser les économies promises par ce mode de gestion..

  • Michel Blondin - Abonné 19 mai 2020 08 h 34

    Des mots feutrés

    Il faut arrêter d’écrire pour les anges et clairement exprimer que le Québec a le devoir, devenu plus que jamais nécessaire, de devenir indépendant, une fois pour toutes.
    À force de prendre des pas feutrés pour exprimer qu’il faut que le Québec devienne un pays, les organismes indépendantistes montrent leur peur plutôt que leur fierté et notre dignité.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 19 mai 2020 13 h 04

    "Charité bien ordonnée commence par soi-même "

    Autrement dit, avant de penser aux autres, il faut penser à soi. Sincèrement, comment peut-on penser à soi si on nous empêche d'être et d'exister. Nous sommes d'une naïveté absolue...Justin Trudeau et son équipe l'ont bien compris. Nous investissons des milliards de dollars dans les sables bitumineux albertains et bientôt d'autres milliards dans le Gaz Naturel Liquéfié albertain. C'est-y pas de la belle charité çà?? Alors qu'on nous dit qu'il faut diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, nous, on va les augmenter!! Pendant ce temps, tout le monde est content et Justin Trudeau dilapide des centaines de milliards $$, de notre argent, en cadeau. Ainsi, pour le remercier de sa grande générosité, les citoyens vont voter pour lui et le faire grand gagnant d'un gouvernement majoritaire aux prochaines élections!! Pincez-moi quelqu'un et dites-moi que je fais un mauvais rêve. Je considère et respecte énormément les auteurs de ce texte et j'aimerais beaucoup être aussi optimiste, mais force est de constater que les prédateurs sont tellement plus forts que les prêcheurs.

    • Claude Bariteau - Abonné 19 mai 2020 16 h 03

      Je respecte aussi les auteurs de ce texte. Je pense qu'ils auraient pu écrire dans la perspective d'un État indépendant plutôt que dans une perspective nationale, une expression qui demeure ambiguë.

      Par contre, je demeure optimiste si, vraiment si, on pense la création de l'État indépendant du Québec par ses futures citoyens et ses futures citoyennes en mettant de côté les catégorisations ethno-culturelles ou autres sont secondaires par rapport à celle des futures citoyennes et des futures citoyens.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 19 mai 2020 13 h 29

    Citation de Aldous Huxley " Retour au meilleur des mondes "

    Voici ce qu'il disait par rapport à l'éducation sous l'autorité d'un dictateur scientifique ( informatique, numérique, digital): "l'éducation produira vraiment les effets voulus et il en résultera que la plupart des hommes et des femmes en arriveront à aimer leur servitude sans jamais songer à la révolution."

    "Le meilleur des mondes " a été écrit en 1931. "Le retour au meilleur des mondes " en 1958 et voici quelques titres de chapitre: Surpopulation, Le lavage de cerveau, Être instruit pour être libre , Que faire?. Aldous Huxley est décédé en 1963. Il y a 57 ans déjà...