Montréal et Toronto aux prises avec la COVID-19

«Avec 33% plus d’habitants que Montréal, Toronto a enregistré 61% moins de cas et 69% moins de décès», souligne l'auteur.
Photo: Cole Burston Agence France-Presse «Avec 33% plus d’habitants que Montréal, Toronto a enregistré 61% moins de cas et 69% moins de décès», souligne l'auteur.

La ville de Toronto compte 2,75 millions d’habitants, tandis que l’île de Montréal en compte 2,07 millions. Or, cette dernière a enregistré 19 878 cas de contamination et 2003 décès liés à la COVID-19 depuis le début de la crise, alors que Toronto ne compte à ce jour que 7775 cas et 622 décès.

En somme, avec 33 % plus d’habitants que Montréal, Toronto a enregistré 61 % moins de cas et 69 % moins de décès que Montréal. En d’autres mots, par tranche de 100 000 habitants, Montréal a enregistré 3,4 fois plus de cas et 4,3 fois plus de décès que Toronto.

Un contraste aussi criant ne peut s’expliquer par le plus grand nombre d’échanges avec l’étranger (ce qu’invoquent ceux qui tentent d’expliquer la spécificité québéco-montréalaise par le fait que la semaine de relâche du Québec a précédé celle du reste du Canada), car, tant à cause de son caractère plus cosmopolite qu’à cause de l’énorme achalandage de son aéroport, Toronto est considérablement plus exposée aux contacts avec l’étranger que ne peut l’être Montréal.

Cela ne peut s’expliquer non plus par une plus grande distanciation sociale qui prévaudrait à Toronto par rapport à Montréal. En effet, en appliquant la même méthode mathématique pour calculer les frontières des aires métropolitaines des deux villes, on observe que celle de Toronto est 29 % moins étendue que celle de Montréal, alors que sa population métropolitaine est de 37,5 % plus grande.

Cela veut dire que la densité de population du Toronto métropolitain est 1,8 fois plus grande que celle du Montréal métropolitain. Ce n’est donc pas la densité de population qui explique la piètre performance de Montréal vis-à-vis de Toronto.

Ce qui pourrait y avoir grandement contribué me semble être la perte dramatique de contrôle de l’étalement urbain à Montréal et le parfait contrôle de ce dernier à Toronto. Par sa mégafusion réussie, par l’allègement de sa structure politico-administrative et par l’imposition de deux ceintures vertes, Toronto a réussi à stopper son étalement urbain et à réduire significativement les écarts de densité et de richesse entre son centre et sa périphérie.

Au contraire, Montréal a multiplié les structures et les superstructures politico-administratives, complexifié à outrance ses découpages municipaux et régionaux et laissé le laisser-aller dévaster nos campagnes et vider son centre de sa classe moyenne et supérieure. On a multiplié les liens routiers et autoroutiers, développé les réseaux éducatifs et de santé en banlieue, laissé se détériorer les écoles et les hôpitaux du centre et laissé progresser la paupérisation de certains quartiers centraux aujourd’hui particulièrement touchés par la COVID-19.

Le pire dans ce scénario est sans doute que la présente crise ne fera qu’aggraver la tendance à fuir le centre pour des banlieues de plus en plus éloignées et forcer de très nombreux commerces du centre à déclarer faillite, ce qui ne fera qu’aggraver la présente évolution.

Notre inconscience totale face aux avertissements de tant d’intervenants ayant souligné, depuis plus de quarante ans, les dangers de l’étalement urbain nous a conduits à la catastrophe et menace de nous y conduire encore plus vite avec des conséquences toujours plus graves.

11 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 15 mai 2020 08 h 43

    2020 - 80 = 1940 ou la revanche des berceaux

    Vous êtes vous informé sur le pourcentage de gens très âgés à Toronto et Montréal?
    Notre passé québécois pré-révolution tranquille, sous la férule des curés catholiques de paroisse s'enquerrant (inquisition) de la productivité des mères de grosses familles, semblerait avoir enfanté une ribambelle, devenue de p'tits vieux et vieilles dans les CHSLD.

    Dans ces temps immémoriaux, des familles de 8 à 17 enfants n'étaient pas rares et ces enfants ont eu des enfants. Ils ont appelé ça «la revanche des berceaux».

  • Danièle Jeannotte - Abonnée 15 mai 2020 09 h 38

    Enfin l'explication que je cherchais

    Bien d'accord sur les méfaits de l'étalement urbain et cette structure démentielle qui fait de Montréal une ville sans bon sens où il ne fait plus bon vivre depuis longtemps. Le bruit, la saleté, l'incohérence, les travaux incessants, la laideur généralisée, les bouchons de circulation, les inégalités ... On a tout fait pour inciter les citoyens à s'installer ailleurs, le plus loin possible, et on en paie le prix. La voracité des promoteurs immobiliers «lâchés lousses» n'a rien arrangé. Oui, ça fait longtemps qu'on sonne l'alarme mais cette situation faisait l'affaire de trop de monde et on ne peut même pas imaginer dans un avenir prévisible une réforme en profondeur de l'adminitration municipale.

  • Robert Bernier - Abonné 15 mai 2020 09 h 41

    Mégafusion réussie

    L'auteur écrit: "Par sa mégafusion réussie, par l’allègement de sa structure politico-administrative et par l’imposition de deux ceintures vertes, Toronto a réussi à stopper son étalement urbain et à réduire significativement les écarts de densité et de richesse entre son centre et sa périphérie."

    Je ne suis pas en mesure d'analyser la pertinence du lien de cause à effet que veut établir l'auteur mais je suis en mesure de rappeler qu'une mégafusion des royaumes de l'Ile de Montréal a bel et bien été tentée à peu près en même temps que celle de Toronto. Et on se souviendra pourquoi ça a échoué. C'était principalement parce que certains illuminés surtout anglophones mais définitivement fédéralistes ont voulu y voir une "arnaque" de séparatisses contre laquelle il fallait sonner le rappel des troupes sécessionnistes, celles qui sont toujours prêtes à appeler les tanks d'Ottawa.

  • Cyril Dionne - Abonné 15 mai 2020 09 h 52

    Non, ce n'est pas l’étalement urbain

    Ceci dit, réduire l’équation de la crise pandémique avec son nombre de décès efférent à l’étalement urbain à Montréal est une solution facile et un raccourcit intellectuel digne de personne. Évidemment, pour ceux qui n’ont pas vécu à Toronto, ne peuvent pas comprendre qu’il n’y a presque pas de petites rues étroites achalandés dans le centre-ville de la ville reine si on la compare à Montréal, ce que l’auteur nous dit bien. On parle de la densité de population, mais Montréal à certains endroits, est trop densément peuplée, situation qu’on ne rencontre pas à Toronto. Donc, c’est la densité spécifique à certains endroits, comme le centre-ville, qui semble encourager la contagion communautaire.

    Mais cela aussi est un autre raccourcit cérébral puisqu’il ne rend pas compte de la personnalité des gens des deux villes. Le caractère latin avec ses embrassades à ne plus finir chez les francophones est certainement un facteur. Toronto, eh bien, ils sont comment dire, réservés et en plus, les différentes communautés ne se voisinent pas et vivent tous dans des enclos ethniques pour ne pas dire ghettos. Enfin, c’est plus que cela. La langue de communication officielle à Montréal est le français que plusieurs de ses citadins ne comprennent pas ou comprennent mal. Pour Toronto, l’anglais est universellement compris par toutes les différentes ethnies et donc les directives de la ville de Toronto sont mieux assimilées par ses citoyens. C’est là où le bât blesse; la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a mal communiqué et communique encore très mal ses directives aux Montréalais. Le message ne se rend pas. L’autre non-dit, c’est le nombre évident de personnes à risque dans les deux villes qui est presque le double à Montréal.

    C’est pour cela que nous retrouvons seulement 213 décès par million à Toronto alors qu’à Montréal, c’est 1 210, ou presque six fois plus.

    • Marc Levesque - Abonné 15 mai 2020 16 h 40

      "On parle de la densité de population, mais Montréal à certains endroits, est trop densément peuplée, situation qu’on ne rencontre pas à Toronto. Donc, c’est la densité spécifique à certains endroits, comme le centre-ville, qui semble encourager la contagion communautaire."

      Le centre-ville est loin d'être une zone chaude à Montréal. Et comme le texte le rapporte la densité de Toronto est 1,8 fois plus grande que celle du Montréal, presque deux fois plus, et donc elle ne semble pas être un des facteurs principales qui expliquent la piètre performance de Montréal vis-à-vis de Toronto et de plusieurs autres villes densément peuple dans le monde.

      Peut-être qu'a Montréal en particulier, les liens étroits entre la précarité économique, les emploies dans les CHSLD et le système de santé, les chances d'être exposé au covid-19 et de le transmettre dans la communauté, sont plus grand, et donc peut-être aussi ces liens sont un des facteurs principales derrière le nombre élevé de décès à Montréal.

  • Jana Havrankova - Abonnée 15 mai 2020 10 h 27

    Lien douteux entre la COVID-19 et l’étalement urbain

    Il est vrai qu’il y a plus de cas et de décès à Montréal qu’à Toronto. Je suis prête à croire que le Grand Montréal est plus étalé que le Grand Toronto ; l’auteur du billet connait ce sujet.

    Toutefois, faire le lien causal entre ces deux constats me semble hasardeux. D’autres facteurs pouvant être plus étroitement associés avec la disparité entre Montréal et Toronto doivent être considérés avant d’en arriver à cette conclusion. Le nombre de cas dépistés dépend du nombre de tests pratiqués. Y a-t-il plus de tests effectués à Montréal qu’à Toronto ? Les personnes âgées, surtout celles en résidences diverses (CHSLD, RPA, RI), sont les plus touchées ; c’est vrai partout dans l’Occident. Y a-t-il plus de foyers pour personnes âgées à Montréal qu’à Toronto ? La proportion des personnes âgées est-elle similaire dans les deux villes ?

    On peut être contre l’étalement urbain pour toutes sortes de raisons, mais en faire la cause de la disparité de l’évolution de la COVID-19 entre Montréal et Toronto nécessite une analyse plus poussée.