Pandémie et diplomatie

«La fin de la pandémie devra permettre à la diplomatie de terrain de reprendre tous ses droits, sans mettre totalement de côté les acquis technologiques», écrit l'auteur.
Photo: Georges Gobet Agence France-Presse «La fin de la pandémie devra permettre à la diplomatie de terrain de reprendre tous ses droits, sans mettre totalement de côté les acquis technologiques», écrit l'auteur.

On s’interroge déjà sur ce que seront les relations internationales post-COVID-19. Des analystes prédisent une intensification de la compétition entre les États-Unis et la Chine, d’autres s’inquiètent de l’avenir de l’Union européenne ou plus généralement du multilatéralisme. La crise économique et la récession auront sûrement un impact sur les pays émergents. Mais comme le virus n’a pas encore terminé sa course, il reste encore bien des inconnues.

En ce qui concerne l’effet sur la diplomatie, il se fait déjà sentir. Ainsi, de très nombreux pays ont dû se servir de tous leurs outils consulaires pour rapatrier des milliers de ressortissants coincés à l’étranger ainsi que leurs diplomates. Ce n’est pas la première fois que cela se fait, bien sûr. Pour le Canada, on peut se rappeler l’évacuation du Liban en 2006, de certaines capitales lors du Printemps arabe ou encore après des catastrophes naturelles. Mais jamais à cette échelle ni dans des conditions aussi complexes.

La crise actuelle a aussi eu comme conséquence de généraliser le télétravail dans de nombreux secteurs d’activité, y compris la politique internationale. Nos dirigeants et fonctionnaires doivent se tourner vers les visioconférences. Il était assez remarquable de voir divers dirigeants mondiaux, d’Angela Merkel à Justin Trudeau en passant par Emmanuel Macron, faire récemment des interventions à l’aide de ce type de technologie dans le cadre d’une collecte de fonds organisée par l’UE pour trouver un vaccin et le rendre accessible à tous. Assistons-nous à une tendance lourde ?

On peut se demander ce qu’il adviendra des grands sommets internationaux ou des conférences dans un contexte de liens aériens réduits et de risque sanitaire. Les communiqués peuvent très bien se négocier à distance, mais qu’en sera-t-il des réunions elles-mêmes. Devant des écrans ?

Dans la crise actuelle, le G7 et le G20 n’ont pas joué le rôle de leaders dont on se serait attendu d’eux. Outre l’absence totale d’intérêt de l’administration Trump pour ces forums, on peut se demander si le manque de contacts personnels entre ministres ou chefs de gouvernement n’aurait pas aussi nui à leur efficacité.

Peut-on négocier un traité international sur Zoom ? Promouvoir une candidature au Conseil de sécurité sur Skype ? Cela reste à voir. L’aspect de la confidentialité des discussions est aussi un facteur à considérer. Et que penser de la traduction. La cacophonie d’une récente session du Parlement canadien en a été un exemple. Et il n’y avait que deux langues. Imaginez à l’ONU ou à l’UE !

Plus important sans doute est le risque d’aggraver le fossé entre pays riches, bien dotés en technologie et réseau Internet, et les nations plus pauvres, qui n’ont pas les mêmes facilités. Une diplomatie à deux vitesses ?

La pratique diplomatique a énormément évolué. Elle est entrée dans l’ère technologique depuis un bon bout de temps. Par exemple, elle est passée des télégrammes « encodés » entre ambassades et nos capitales aux ordinateurs sécurisés et Internet. Le travail des diplomates s’en est trouvé complètement transformé.

Les discussions directes entre dirigeants mondiaux ont aussi changé la donne et réduit au strict minimum les échanges épistolaires entre eux. Maintenant, quand on a un message à passer, on prend le téléphone.

Mais la diplomatie, c’est beaucoup les contacts personnels, les rencontres avec les interlocuteurs étrangers, les tractations de corridors et la connaissance pointue du pays ou de l’organisation où on se retrouve en affectation. Difficile de visiter un camp de réfugiés, de faire de la promotion commerciale soutenue ou de préparer une analyse sur les droits de la personne avec FaceTime.

Les diplomates et dirigeants mondiaux ont dû s’adapter pour continuer leurs contacts, faute d’autres options dans le contexte actuel. Il ne faudrait pas cependant que la gestion de la communauté internationale soit basée seulement sur le virtuel. Les conséquences pourraient être catastrophiques pour l’humanité et nos démocraties. L’utilisation des réseaux sociaux pour déformer la réalité et désinformer les populations est déjà assez probante à cet égard.

La fin de la pandémie devra permettre à la diplomatie de terrain de reprendre tous ses droits, sans mettre totalement de côté les acquis technologiques.

Sa contribution est plus que jamais nécessaire dans cette ère chaotique et incertaine.

1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 14 mai 2020 09 h 26

    Il n'y a pas de diplomatie en temps de pandémie

    Pour faire court, l’Union européenne est morte. Les concepts de la mondialisation, du multiculturalisme, des états postnationaux et des frontières ouvertes aussi. Chassez le naturel, il revient au galop lorsque les gens sont pris dans une crise. Alors, il ne faut pas être surpris si le G7 et le G20 n’ont pas joué le rôle de leaders dont on se serait attendu d’eux puisque les nations n’ont pas d’amis, seulement des intérêts.

    Enfin, les gens ordinaires redeviennent maîtres de leur destiné. « Priceless. »