Une stratégie de tests aléatoires est essentielle

«Tester 100 personnes sélectionnées aléatoirement chaque jour permettrait, en cumulant les résultats, d’obtenir, tous les trois jours, une estimation fiable de la propagation du virus, avec une marge d’erreur maximale de 5 %», écrivent les auteurs.
Photo: John Moore Getty Images Agence France-Presse «Tester 100 personnes sélectionnées aléatoirement chaque jour permettrait, en cumulant les résultats, d’obtenir, tous les trois jours, une estimation fiable de la propagation du virus, avec une marge d’erreur maximale de 5 %», écrivent les auteurs.

Alors que Québec annonce la réouverture graduelle des entreprises et des écoles primaires, comment s’assurer que les décisions de santé publique, qui ont des répercussions sur notre santé, notre vie et notre système de santé, sont prises avec les données épidémiologiques les plus pertinentes ? La stratégie de déconfinement actuelle repose principalement sur la surveillance du nombre de nouvelles admissions à l’hôpital chaque jour. Notamment, parce que nous ne savons toujours pas combien de personnes sont infectées dans la population générale, et ont développé des anticorps contre le virus. Ce défi ne concerne pas uniquement le Québec ou le Canada, et un déconfinement sans ces données pourrait créer une deuxième vague plus importante que la première.

La solution n’est pas nécessairement de faire plus de tests, mais plutôt de tester plus judicieusement. Tester des échantillons représentatifs de la population de manière répétée fournirait les données épidémiologiques dont nous avons besoin. Le Dr Arruda, directeur de la santé publique au Québec, a fait allusion à la possibilité que des tests aléatoires soient effectués dans l’avenir. Commencer maintenant, avant le début du déconfinement, nous permettrait d’établir un portrait initial de la situation ; pour ensuite suivre l’effet des stratégies de déconfinement graduel sur la propagation du virus.

Pour obtenir des résultats fiables, une faible proportion des 15 000 tests prévus quotidiennement serait suffisante. Tester 100 personnes sélectionnées aléatoirement chaque jour permettrait, en cumulant les résultats, d’obtenir, tous les trois jours, une estimation fiable de la propagation du virus, avec une marge d’erreur maximale de 5 %. Cette stratégie permettrait une comparaison avec d’autres villes, régions et provinces. L’échantillonnage aléatoire est déjà couramment utilisé dans le cadre de sondages ou d’enquêtes démographiques ; il nous est difficile de comprendre pourquoi cette solution éprouvée n’a pas été mise en œuvre plus tôt.

Le 23 avril, le gouvernement canadien a annoncé son premier plan de dépistage d’un échantillon représentatif de la population, permettant d’estimer le nombre de personnes ayant développé des anticorps contre le virus. Il s’agit là d’une première étape importante qui fournira des données sur le nombre de personnes ayant contracté la maladie, et sur l’immunité potentielle au sein de la population. Les provinces, qui ont compétence sur l’administration de leur système de santé, sont les mieux placées pour mettre rapidement en place, par l’entremise de leurs services de santé publique, des stratégies de dépistage aléatoire. Elles peuvent aider les villes et les régions à adapter leurs stratégies d’échantillonnage à leurs contraintes et à leurs besoins particuliers. Par exemple, pour atteindre les personnes dans les zones rurales ou éloignées, il faudra peut-être adopter une approche différente de celle des grandes villes. Des solutions innovantes, telles que l’envoi de trousses de tests à domicile, sont actuellement essayées dans d’autres pays, et pourraient être envisageables dans certaines régions.

Il ne fait aucun doute que le dépistage des personnes à risque, comme les résidents des CHSLD, les personnes hospitalisées et les travailleurs de la santé, doit rester une priorité. Mais il est risqué de se fier uniquement à ces données, et aux taux d’hospitalisation, pour la prise de décision. Cette approche pourrait mener à des mesures inutiles ou — à l’opposé — insuffisantes pour gérer la pandémie, potentiellement délétères sur le plan physique, mental, social et économique pour la population.

Réaliser des tests aléatoires et répétés permettrait d’obtenir rapidement la meilleure information possible, à partir de laquelle des décisions de santé publique éclairées pourraient être prises. Un accès à des données fiables n’a jamais été aussi important. Sans quoi, il ne nous reste qu’à croiser les doigts et à retenir notre souffle jusqu’à ce que tout soit terminé.

*Ce texte est cosigné par Claire Godard-Sebillotte, gériatre et chercheuse en soins primaires à l’Université McGill, et Jack Siemiatycki, professeur d’épidémiologie à l’Université de Montréal.

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