Inondons les classes de littérature de jeunesse québécoise!

«Profitons de la période actuelle de déconfinement progressif pour aussi déconfiner les œuvres littéraires québécoises spécialement conçues pour la jeunesse», rappelle l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Profitons de la période actuelle de déconfinement progressif pour aussi déconfiner les œuvres littéraires québécoises spécialement conçues pour la jeunesse», rappelle l'auteur.

Dans la seule enquête nationale récente sur l’enseignement de la lecture et l’appréciation des œuvres littéraires, près de 95 % des enseignantes et des enseignants du primaire déclarent que donner le goût de lire aux écoliers est leur principal objectif d’enseignement du français (Lépine, 2017*). Pour ce faire, ces enseignantes et enseignants disent surtout utiliser comme support de lecture le livre papier (97,1 %) et soulignent, par contre, que leur accès aux œuvres littéraires est très limité. C’est près de la moitié des enseignantes et des enseignants interrogés (43,8 %) qui affirment avoir plus ou moins accès, ou ne pas avoir accès du tout, à des œuvres littéraires directement dans leur classe.

Dans le contexte actuel de retour à l’école, et dans le respect des diverses règles sanitaires liées au partage de matériel, il nous apparaît primordial de rappeler toute l’importance du développement de la compétence (capacité à…) et de l’appétence (goût de…) à lire dès les débuts de la scolarité obligatoire.

Profitons ainsi de la période actuelle de déconfinement progressif pour aussi déconfiner les œuvres littéraires québécoises spécialement conçues pour la jeunesse, ces milliers d’œuvres de qualité qui dorment dans les librairies et chez les distributeurs de livres depuis près de deux mois.

Offrons l’opportunité aux enseignantes et aux enseignants qu’on envoie au front sans leur consentement d’atteindre leur principal objectif d’enseignement et de donner le goût de lire à leurs élèves avec de vrais livres, avec du matériel de lecture qui soit le plus authentique possible. Et soyons créatifs pour faire circuler ces livres autant pour les écoliers de retour à l’école que les enfants restés à la maison.

Mettons tout en œuvre pour que la période actuelle de distanciation physique ne fasse pas en sorte qu’on revienne à un enseignement de la lecture avec manuel et fiches photocopiées, une approche traditionnelle qui est décriée par les didacticiens du français depuis plus de 40 ans et qui a dégoûté de la lecture plus de la moitié de la population.

Pour ce faire, inondons chacune des classes des écoles primaires de milliers de livres de littérature de jeunesse québécoise exclusivement, un secteur de l’édition en pleine effervescence depuis le tournant des années 2000, et aidons ainsi avec une mesure bien concrète toute la chaîne du livre, soit les éditeurs, les auteurs, les illustrateurs, les imprimeurs, les libraires, les distributeurs… qui peinent à survivre.

Dans cet exercice d’envergure de déploiement de la littérature québécoise, oui, des livres se perdront, mais OUI des livres voyageront, des livres circuleront, des livres seront bel et bien vivants, comme nous espérons tous l’être encore longtemps !

Je rêve du jour (très) prochain où chaque élève arrivera en classe, après divers arrêts de précaution pour sa santé physique, et retrouvera sur son pupitre, seul îlot de tranquillité pour sa santé mentale en ces temps incertains, une pile de livres et de magazines québécois, les plus variés possible en formes et en genres, comme une bouée d’imaginaire dans cette mer agitée qu’est son école actuelle.

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