« Une seule santé » pour un avenir durable

Plusieurs activités humaines détruisent à une vitesse inquiétante les habitats naturels de millions d’espèces animales à travers la planète.
Getty Images Plusieurs activités humaines détruisent à une vitesse inquiétante les habitats naturels de millions d’espèces animales à travers la planète.

S’il existe un consensus en lien avec la pandémie de la COVID-19, c’est qu’un retour aux façons de faire d’avant n’est pas envisageable. En matière sanitaire, cette crise nous enseigne, de façon douloureuse, qu’il n’y a pas, d’un côté, la santé de la faune et la santé des animaux domestiques et, de l’autre, la santé humaine. Il n’y a qu’une seule santé, qui est celle des écosystèmes à l’échelle planétaire.

Ce concept d’« Une seule santé » n’est pas nouveau. Il a pris corps au milieu des années 2000 peu après l’apparition en Chine d’un nouveau coronavirus, appelé SRAS-CoV-1, responsable du SRAS, une maladie respiratoire aiguë chez l’humain qui s’est propagée dans 26 pays. Cette épidémie, à l’origine de la mort de 770 personnes, nous semble presque anecdotique par rapport à l’ampleur de la crise mondiale actuelle.

Une pandémie comme celle de la COVID-19, causée par le SRAS-CoV-2, avait été anticipée par un grand nombre de chercheurs. Le SRAS-CoV-2, comme le SRAS-CoV-1, serait d’origine animale. En effet, le génome du virus s’apparente à celui d’autres coronavirus que l’on trouve notamment chez certaines espèces de chauves-souris et chez le pangolin, un mammifère insectivore.

Depuis toujours, animaux et humains partagent des environnements communs et échangent constamment des agents infectieux nombreux et variés, dont des virus, bactéries et parasites. On appelle zoonoses les maladies qui se transmettent ainsi de l’animal à l’humain. On estime aujourd’hui qu’environ les trois quarts des maladies infectieuses émergentes, et plus de 60 % de tous les agents infectieux qui affectent les populations humaines, sont d’origine animale. Et la fréquence d’émergence de nouvelles zoonoses semble augmenter à l’échelle de la planète. Pourquoi ?

Pour répondre à cette question, il faut examiner les facteurs qui facilitent l’adaptation des agents infectieux de l’animal à l’humain. Certains relèvent de la biologie, comme par exemple la capacité des agents infectieux à se transformer pour s’adapter à un nouvel hôte, et d’autres dépendent des changements, largement attribuables à l’activité humaine, qui affectent notre planète et nos sociétés, et qui transforment les interactions entre les humains, les animaux et leur environnement.

De nombreuses activités humaines, dont l’urbanisation, la croissance démographique et l’intensification de l’agriculture, détruisent à une vitesse inquiétante les habitats naturels de millions d’espèces animales à travers la planète. Les changements climatiques dérèglent les écosystèmes et altèrent la qualité des habitats qui deviennent plus ou moins propices à la survie de ces espèces. Conséquemment, ces animaux se déplacent, ce qui augmente les occasions de contact avec l’humain qui s’approprie leurs territoires, favorisant la transmission d’agents infectieux entre animaux et humains.

La pandémie de COVID-19 nous rappelle à nouveau que la santé humaine et la santé animale sont interdépendantes et liées à la santé des écosystèmes dans lesquels humains et animaux coexistent. Pour faire face à plusieurs défis, dont celui de la détection précoce des zoonoses, l’Université de Montréal forme, depuis 10 ans, une nouvelle génération de professionnels et de chercheurs qui seront en mesure d’appliquer l’approche « Une seule santé ».

Appliquer l’approche « Une seule santé » sera essentiel pour comprendre, puis promouvoir un équilibre durable entre la croissance des populations humaines, la santé, l’exploitation du territoire et la sauvegarde de notre planète. Voilà une leçon qui devra être impérativement tirée de la crise de la COVID-19 si nous voulons prévenir de nouvelles catastrophes, qui pourraient être encore pires que celle que nous vivons actuellement.


 
6 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 30 avril 2020 04 h 53

    On ne peut pas saccager la nature sans conséquence.

    Vous avez raison, mesdames, on ne peut pas continuer de saccager l'écosystème et l'habitat des animaux au nom du profit, sans que la nature prenne sa revanche. «La pandémie de COVID-19 nous rappelle à nouveau que la santé humaine et la santé animale sont interdépendantes et liées à la santé des écosystèmes dans lesquels humains et animaux coexistent».
    On déplore les marchés ouverts de la Chine où les animaux exotiques se vendent vivants et dont le virus d’origine animale aurait pu y muter en se transmettant à l’homme.
    Par contre, on passe sous silence notre élevage industriel et les atrocités faites aux animaux destinés à l’alimentation qui vivent dans des conditions épouvantables.

  • Gilles Théberge - Abonné 30 avril 2020 09 h 38

    Que peut-on faire contre les habitudes des Chinois ?

    Je me rappelle la guide,Yé, disait, « tout ce qui a quatre pattes se mange »...!

    Et la destruction des habitats qu'est-ce qu'on en fait... ?

    On regarde bovidement le train passer. Bientôt la train va nous rentrer dedans. Mesdames Aenishaenslin et Carabin, vous avez entièrement raison. Mais ne fait pas encore assez mal pour que les gens de pouvoir réagissent.

    Parce qu'ils ont des ornières, ils imaginent toujours de fausses solution, à court terme, pour de faux problèmes.

  • Cyril Dionne - Abonné 30 avril 2020 09 h 49

    La seule porte de sortie est la simplicité volontaire et moins d’humains

    L’apparition du coronavirus est due tout simplement au phénomène de la surpopulation. C’est tout. La surpopulation n’est pas l’éléphant dans la pièce climatique, mais le troupeau d’éléphants dans la pièce. Les phénomènes comme l’urbanisation et l’intensification de l’agriculture sont des causes directes de la surpopulation. Oui, les changements climatiques dérèglent les écosystèmes, mais c’est à cause de la surpopulation et des activités humaines qui en découlent. Les zoonoses apparaissent de plus en plus encore une fois, à cause de la densité de population.

    Bon, ceci dit, le mouvement vert ne réglera absolument rien. Les gens qui militent pour ce mouvement voudraient garder les mêmes conditions et privilèges qui nous ont conduits vers ce précipice. Ce sont les multimilliardaires qui subventionnent des gens comme Greta Thunberg pour répandre la bonne nouvelle.

    Prenons les deux symboles d’énergie verte au Québec à part de l’hydroélectricité évidemment, les éoliennes et les panneaux solaires, des énergies intermittentes et très coûteuses. Bon, les éoliennes qui sont en fibre de verre ou du plastique, sont fabriquées à partir du pétrole. Leur durée de vie n’est qu’au maximum 20 ans et elles sont néfastes à la faune et la flore. Mais la cerise sur le sundae, ce sont les panneaux solaires. Avec une durée de vie très limitée, ceux-ci sont fabriqué à partir du quartz qui est miné et du charbon. En plus, on utilise le charbon pour chauffer cette substance qui sera utilisée dans la fabrication de panneaux solaires. On devrait aussi inclure la biomasse, ou l’utilisation des copeaux de bois pour produire de l’énergie. Mais personne ne mentionne qu’ils utilisent du charbon mélangé à ces copaux pour avoir une meilleure combustion. Et il n’est pas rare aussi de voir de vieux pneus déchiquetés envoyés dans ces fourneaux pour avoir une meilleure combustion ou température.

    • Jean-Pierre Doyon - Abonné 30 avril 2020 15 h 35

      Greta Thunberg ??? rapport???

    • Marc Levesque - Abonné 30 avril 2020 16 h 20

      M. Dionne

      "Les phénomènes comme l’urbanisation et l’intensification de l’agriculture sont des causes directes de la surpopulation"

      Je crois plutôt que l'oppression, des femmes en particulier, est une cause de la natalité grandissant de plusieurs pays.

      Pour l'urbanisation et l'agriculture industriel (si c'est ce que vous voulez dire), je crois qu'ils sont probablement plus près d'être autant un produit qu'une cause de la surpopulation, mais je crois que cela doit varier beaucoup selon la région du globe dont il est question.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 30 avril 2020 20 h 21

    Excellent texte

    Bravo !