Rouvrir les écoles pour le bien-être des enfants

«La fermeture des écoles sur une trop longue période aurait pu engendrer un déficit d’apprentissage, et surtout un déficit de persévérance à l’école», soulignent les autrices.
Photo: iStock «La fermeture des écoles sur une trop longue période aurait pu engendrer un déficit d’apprentissage, et surtout un déficit de persévérance à l’école», soulignent les autrices.

Nous sommes économistes et notre recherche porte sur les inégalités sociales et le développement des enfants et des jeunes. Nous observons la crise sanitaire se dérouler et tentons d’y voir clair en considérant les risques sanitaires (connus et inconnus), mais aussi les risques sociaux et économiques.

Nos travaux de recherche passés nous permettent d’affirmer avec assurance que les inégalités de développement chez les enfants apparaissent tôt, ont tendance à perdurer dans le temps, et se transmettent d’une génération à l’autre. Ces constats se répercutent sur les revenus d’emploi et sur la santé. De plus, la pauvreté dans le monde tue chaque année des millions de personnes, dont trois millions d’enfants. L’éducation des enfants est un puissant moteur d’égalisation des chances et de croissance que nous avons mis à l’arrêt à cause d’un virus qui nous était inconnu. Nous n’avions pas le choix.

Par contre, les connaissances scientifiques sur le virus s’accumulent depuis le début de la crise. La recension des écrits épidémiologiques de nos collègues nous permet en effet de comprendre que le risque direct de la COVID-19 pour les enfants est faible, mais aussi que le risque d’abord inconnu qu’ils transmettent la maladie semble vouloir se préciser. Certaines études suggèrent que les enfants ne seraient pas des vecteurs de transmission importants du virus. Dans les régions où la présence du virus est maîtrisée, il devenait de moins en moins justifiable de retarder le retour à l’école, sachant les répercussions des interruptions scolaires sur le développement des enfants et les effets de long terme. Ainsi, nous appuyons fortement le plan de retour progressif à l’école du gouvernement.

Avant la crise, nous étions collectivement inquiets de notre legs environnemental aux enfants. Maintenant, nous leur laissons non seulement une dette environnementale énorme, mais aussi une dette financière importante. La fermeture des écoles sur une trop longue période aurait pu engendrer un déficit d’apprentissage, et surtout un déficit de persévérance à l’école.

Les parents avaient certainement pris le relais, mais les parents ne sont pas des pédagogues. Plusieurs travaillent encore à temps plein en situation de stress important, d’autres sont sous-scolarisés et certains ne maîtrisent pas toujours bien la langue d’enseignement. Cette situation ne pouvait pas durer très longtemps sans engendrer des dommages collatéraux chez les enfants, particulièrement les enfants dans des familles où la violence et la négligence chroniques sont présentes. Ces dommages prennent du temps à s’effacer.

Plusieurs initiatives remarquables d’enseignement en ligne ont été mises en avant par les enseignants ; certaines sont très connues, d’autres moins, mais tout aussi importantes. Par contre, nous constatons autour de nous que la majorité des enfants ne recevait plus d’enseignement. Les ressources déployées sont certes intéressantes, mais elles ne remplacent pas l’enseignant. Et bien que la majorité des enfants ait accès à l’Internet à la maison, un nombre trop important d’enfants n’y ont pas accès. L’éducation est avant tout un lien entre l’enfant et l’enseignant qui sert à développer la curiosité et la soif de connaissances. La valorisation de l’éducation passe entre autres par ce lien entre l’enfant et son enseignant. Ce lien a été brisé abruptement, il se devait d’être restauré le plus rapidement et, certes, le plus prudemment possible. Pour certains, le retour se fera en personne, pour d’autres en visioconférence. Le déploiement d’ordinateurs va permettre une égalisation des chances pour ceux qui devront demeurer à la maison ; nous saluons cette initiative. Mais cette dernière solution ne peut pas durer à long terme, ce n’est qu’une solution temporaire. Les enfants ont besoin du contact avec des enfants de leur âge pour se développer.

Le choix de rouvrir les écoles revient à la santé publique ; nous lui faisons confiance. Mais cette décision doit aussi prendre en considération les impacts socio-économiques sur les enfants, particulièrement les enfants vulnérables, et notre legs intergénérationnel envers eux.

Pour que le retour à l’école soit un succès, il doit recevoir l’appui des parents et des enseignants. L’éducation est un effort collectif dont le bénéfice va au-delà du bénéfice individuel. L’éducation est un droit des enfants. L’école est aussi le principal milieu de vie des enfants et de leurs amis : notre droit de les en priver doit être justifié, et il l’était de moins en moins.

Groupe de recherche sur le capital humain de l'ESG UQAM

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