Les victimes oubliées de la COVID-19

«À quand la tenue d’une vigie virtuelle pour le millier de Québécois décédés à la suite d’une infection par le coronavirus et pour tous ceux dont les derniers jours se sont déroulés dans la solitude et le silence?», demande l'autrice.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «À quand la tenue d’une vigie virtuelle pour le millier de Québécois décédés à la suite d’une infection par le coronavirus et pour tous ceux dont les derniers jours se sont déroulés dans la solitude et le silence?», demande l'autrice.

La crise sanitaire entourant la COVID-19 met au premier plan une réalité trop souvent remisée dans l’ombre, la mort.

Chaque jour, les citoyens sont exposés à des statistiques documentant le nombre de victimes de la COVID-19 au Québec. Bien que ces chiffres représentent le nombre de décès liés au virus, ils omettent cependant bien d’autres décès qui continuent de se produire jour après jour. Ainsi, même si le Québec a pu être « mis sur pause », certains maux ne peuvent pas être suspendus. Les cancers, les maladies chroniques et cardiovasculaires, les accidents et plusieurs autres réalités continuent de menacer la vie de milliers d’individus.

Les mesures de distanciation sociale transforment significativement l’expérience de deuil pour ces victimes oubliées de la COVID-19. Au cours des dernières semaines, les témoignages rapportant le décès d’un proche se multiplient sur les médias sociaux dénonçant l’ajout d’un double fardeau imposé par les mesures de distanciation sociale sur les endeuillés : l’impossibilité d’être présent aux derniers instants de la vie d’un proche et le report, voire l’annulation, des rituels funéraires.

Les technologies numériques peuvent en partie répondre à ce besoin de présence. Des solutions virtuelles de rituels funéraires existent déjà pour offrir du soutien aux personnes endeuillées sous la forme de « cimetières virtuels » et de funérailles en ligne. Toutefois, les possibilités d’accès à ces solutions reflètent les inégalités existantes au sein la population. Il est donc important de considérer d’autres moyens d’honorer la mémoire des disparus.

La fin de vie de ces victimes, directes et indirectes, de la COVID-19 ne devrait pas uniquement se résumer à des nombres présentés dans les médias. En effet, derrière les statistiques se cachent des récits et des voix dignes d’être entendues. Mettre en avant la réalité derrière ces chiffres permettra de faire sortir de l’ombre ces figures oubliées. Des initiatives de commémoration collectives pourraient permettre d’amorcer un processus de deuil communautaire, tant pour les victimes directes que pour collatérales du virus, et ainsi de rapprocher tous ceux touchés par cette dure réalité. Dans plusieurs cas de tragédies communautaires, les réseaux sociaux, les médias de masse ou les rassemblements ont pu servir de lieux de commémoration et de soutien.

Ce type d’initiative est toujours possible malgré les mesures de distanciation sociale, comme le montre la tenue d’une vigie virtuelle pour honorer la mémoire des disparus à la suite de la fusillade tragique survenue en Nouvelle-Écosse. À quand la tenue d’une vigie virtuelle pour le millier de Québécois décédés à la suite d’une infection par le coronavirus et pour tous ceux dont les derniers jours se sont déroulés dans la solitude et le silence ? Étant donné l’ampleur de la crise et de ses impacts immédiats, il n’est pas nécessairement aisé de percevoir l’aspect prioritaire de cette question. Cependant, si d’aucuns peuvent soutenir qu’il y aura du temps pour le deuil « après la crise », le deuil, lui, n’attendra pas.


 
2 commentaires
  • Yann Leduc - Abonné 25 avril 2020 22 h 03

    Rendons hommage à nos aînés

    En effet, on oublie ceux qui meurent dans la solitude et, dans les points de presse du gouvernement, les victimes de la Covid-19 sont réduits à des statistiques. À quand des minutes de silence, des témoignagnes publics, des autels pour rendre hommage à nos aînés en période de pandémie ?

  • Gilles Théberge - Abonné 26 avril 2020 08 h 57

    Cette idée d'une vigile pour nos disparus, que l'on a pas pu voir disparaître justement en raison de la covid19, semble une idée à exploiter.

    Il serait intéressant que le gouvernement, après, quand tout cela sera derrière nous si jamais ça arrive, publie par exemple sur internet un diaporama,

    Ce diaporama comprendrait la photo de chaque décédé, par date de décès, et par ordre alphabétique de son nom, un résumé de son histoire. Ainsi qu'un enregistrement vidéo d'un message du premier ministre.

    Cela m'apparaît être la solution idoine à cet événament.

    Parce que un millier et plus de morts.c'est une atteinte importante à notre nation...

    Vous avez raisone madame Beaunoyer, nous devons collectivement faire quelque chose de marquant.

    Pourquoi ne prenez-vous pas la tête de cette initiative collective...?





    ça