Peut-on vraiment fermer les frontières au coronavirus?

«Tant et aussi longtemps qu’un pays sera affecté par le virus, que ce soit les États-Unis, dont on pouvait prévoir il y a quelques semaines déjà qu’ils deviendraient l’épicentre de la pandémie, ou que ce soit un pays africain, la capacité d’un pays à fonctionner normalement de nouveau dans un monde mondialisé et interconnecté est extrêmement réduite», mentionne l'auteur.
Photo: John Wessels Agence France-Presse «Tant et aussi longtemps qu’un pays sera affecté par le virus, que ce soit les États-Unis, dont on pouvait prévoir il y a quelques semaines déjà qu’ils deviendraient l’épicentre de la pandémie, ou que ce soit un pays africain, la capacité d’un pays à fonctionner normalement de nouveau dans un monde mondialisé et interconnecté est extrêmement réduite», mentionne l'auteur.

« Si le virus n’est pas vaincu en Afrique, il ne fera que rebondir vers le reste du monde. »

Malgré la force et la véracité de cette phrase écrite dans une lettre d’opinion publiée le 25 mars dernier dans le Financial Times et écrite par Ahmed Abiy, le premier ministre éthiopien et lauréat du prix Nobel de la paix 2019, la faible diffusion de cette lettre dans les grands médias occidentaux ainsi que la couverture générale de la crise démontre que nous avons du mal à regarder la réalité telle qu’elle est.

Il n’est pas difficile de comprendre qu’un virus ne s’arrête pas à la frontière d’un pays. Si nous prenons un pas de recul, et sur un ton plutôt cynique, nous suivons actuellement dans les médias la progression du coronavirus dans le monde plus ou moins à la manière dont nous suivons le nombre de médailles d’or aux Jeux olympiques. « Tel pays est en avance », « tel pays prend du retard », « ce dernier réagit de telle manière », « les États-Unis sont en premier », etc. Attention, faire une analyse scientifique et quantitative de la propagation du virus par pays et des scénarios afin de voir si les stratégies de confinement employées permettent d’aplanir la fameuse courbe est indéniablement nécessaire. Et cela nous permet également d’évaluer l’ampleur de la crise mondiale et historique que nous traversons actuellement. Nous suivons d’ailleurs cela dans l’espoir de retrouver tôt ou tard une vie normale et regardons la manière dont les autres pays gèrent cela. Le problème est que cela renforce la perception que nous n’avons pas affaire à une crise transfrontalière.

Pour une solidarité transfrontalière

Tant et aussi longtemps qu’un pays sera affecté par le virus, que ce soit les États-Unis, dont on pouvait prévoir il y a quelques semaines déjà qu’ils deviendraient l’épicentre de la pandémie, ou que ce soit un pays africain, la capacité d’un pays à fonctionner normalement de nouveau dans un monde mondialisé et interconnecté est extrêmement réduite. Si les dirigeants de trois importantes organisations multilatérales — l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation mondiale du commerce — ont évoqué le risque d’une éventuelle crise alimentaire mondiale, c’est bien parce que la plupart des pays, notamment africains, occupent une place importante dans notre chaîne alimentaire mondiale. Il est donc extrêmement dommageable de continuer la gestion de la crise pays par pays, en premier lieu pour les pays moins équipés pour vivre cette crise sanitaire, mais aussi pour le monde entier. Comme l’écrit Ahmed Abiy, « la victoire momentanée d’un pays riche dans la lutte contre le virus au niveau national […] peut donner un semblant d’accomplissement. Mais nous savons tous que c’est un colmatage. Seule la victoire mondiale peut mettre un terme à cette pandémie ».

Étant donné que nous sommes loin à l’heure actuelle de penser mondialement la crise actuelle, la moindre des choses qui pourrait être faites serait de répondre à l’appel de Dakar, lancé récemment par Macky Sall, président du Sénégal, et qui demande une stratégie d’annulation de la dette de l’Afrique. Considérant que le service de la dette dépasse souvent le budget alloué à la Santé, le minimum que les dirigeants occidentaux pourraient faire, si ce n’est d’aider réellement ces pays, serait au moins de ne pas participer une fois de plus à les détruire.

12 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 20 avril 2020 06 h 09

    Excellente et si lucide réflexion. En effet cette lutte est planétaire non nationale. La solidarité est de mise non les enfermements impossibles nationaux afin d’éradiquer ce mal venu de Chine. Courage car cette lutte sera difficile en effet pour les pays africains. Merci.

    • Hélène Routhier - Inscrit 20 avril 2020 09 h 06

      Qui connait la situation des pays africains et la porosité des frontières, surtout avec les flux migratoires de réfugiés et l'extême faiblesse des infrastructures saitiares ne peut qu'être d'accord avec l'auteur.

  • Cyril Dionne - Abonné 20 avril 2020 07 h 29

    La réponse est oui à la question posée

    « Si le virus n’est pas vaincu en Afrique, il ne fera que rebondir vers le reste du monde. »

    Premièrement, on ne peut pas vaincre un virus sans un vaccin. Impossible.

    « Il n’est pas difficile de comprendre qu’un virus ne s’arrête pas à la frontière d’un pays. »

    Oui un virus s’arrête à la frontière d’un pays si celles-ci sont fermées et que tous les visiteurs essentiels sont mis dans une quarantaine de 14 jours ou plus.

    « Le problème est que cela renforce la perception que nous n’avons pas affaire à une crise transfrontalière. »

    Bien, c’est justement cela, une crise transfrontalière qui se règle en fermant les frontières aux visiteurs.

    « ... ce soit les États-Unis, dont on pouvait prévoir il y a quelques semaines déjà qu’ils deviendraient l’épicentre de la pandémie... »

    Faux, c’est l’Europe, et de loin, qui est l’épicentre de la pandémie, sans oublier la Chine.

    « ...c’est bien parce que la plupart des pays, notamment africains, occupent une place importante dans notre chaîne alimentaire mondiale. »

    Encore faux. Au Québec, ce sont surtout les États-Unis qui occupent cette place. Pour la chaîne alimentaire mondiale, eh bien nous sommes au Québec. Ce n’est pas notre problème.

    Pour la victoire mondiale, on passera. On s’occupe de nous avant de s’occuper des autres. Et pour les chantres de la mondialisation, votre journée est passée date. Nous sommes en pleine démondialisation. Nous allons produire les besoins de base chez nous.

    « Peut-on vraiment fermer les frontières au coronavirus? »

    La réponse est oui. Si nous l’avions fait, fermer nos frontières, nous ne serions pas dans ce pétrin de *@#%&# présentement comme tous les autres pays du monde. C’était un virus des Chinois, par les Chinois et donc, le leur.

    • Anne Arseneau - Abonné 20 avril 2020 09 h 16

      Bien d'accord avec vous, M. Dionne. Toutefois, je crois également, comme l'auteur de ce texte, qu'il serait tout-à-fait logique et humain d'annuler la dette de l'Afrique. Rien ne nous empêche d'agir aux niveaux national ET international. Et y'a quand même des limites à tirer profit des plus démunis..

    • Simon Grenier - Abonné 20 avril 2020 09 h 44

      Se contenter de trouver un faux coupable à l'autre bout du monde et considérer que la cinquantaine de gens qui meurent dans les CHSLD chaque jour "n'est pas notre problème" ne fera que nuire à la situation, fermeture des frontières ou pas. Les virus - et la vie, la faune, les oiseaux migrateurs, les gens désobéissants, en général - ne suivent pas de logique rigide et cassante mais s'infiltrent plutôt absolument partout. Se fermer les yeux, ressasser des idées sans fondement argumentatif et se concentrer sur 0,2% du problème ne fera absolument rien, sinon gagner du temps avant d'en perdre beaucoup plus.

      Et beaucoup plus de vies. Détail pas si anodin.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 avril 2020 13 h 14

      Bien d'accord avec vous Mme Arseneau d’annuler la dette de l’Afrique.

      Ceci dit, nous avons fait de même il y a une décade lorsque nous avons annulé une dette de 100 milliards des pays africains. Coudonc, ils vont venir nous voir encore une fois pour nous emprunter un autre 100 milliards et plus pour une 3e fois?

      Cher M. Grenier, l'Île-du-Prince-Édouard est sans infection aucune au coronavirus. C'est ce qui arrive lorsqu'on ferme nos frontières. Et pour nos gens qui meurent dans les CHLDS, c'est justement à cause qu'on n’a pas fermé nos frontières à temps. Bon dieu que c’est simple. Et le confinement et la distanciation sociale ne sont pas une perte de temps, mais des pratiques qui sauvent des vies et qui nous aide à gagner du temps. Le coronavirus ne s’est pas infiltrer à Montréal à l’aide d’oiseaux migrateurs, mais bien des gens revenant par l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau sur des oiseaux d'acier voyageant presqu'à la vitesse du son ou par le chemin Roxham (voir New York).

      Enfin, les écoanxieux de ce monde et les adeptes islamo-gauchistes de Québec solidaire vont être contents. Le prix du pétrole Western Canadian Select (pétrole sale des sables bitumineux de l'Alberta) est tombé sous la barre des 0$ le baril. Ce qui veut dire essentiellement qu’ils vous paient pour que vous preniez leur pétrole.

  • Jean-François Trottier - Abonné 20 avril 2020 09 h 25

    L'air de prendre des airs

    Au sujet des dettes nationales des pays en mauvaise posture, parfaitement d'accord.

    Mais dans les faits, les interventions des pays riches ont surtout servi à appauvrir encore plus les pays pauvres. La charité n'existe pas en matière de politique internationale. Elle s'arrête, et on doit en tenir compte, aux initiatives personnelles.
    Je dirais même, ne pas en tenir compte est criminel ou profondément stupide.

    Alors cette "solidarité" du pot de fer pour le pot de terre, c'est du gros moralisme et de l'élitisme de pacotille.

    Le tout sur un ton qui insuffle que le nationalisme est désuet sinon ringard. Pourtant il est simple de constater que ce n'est pas le cas : les Afro-américains ou les Zoulous d'Afrique du Sud peuvent vous en passer un papier!

    La prise en charge de soi, avec l'aide des autres quand c'est possible, c'est essentiel. Et ça n'a jamais existé "au nom de l'humanité", sauf, je le répète, d'un point de vue personnel.
    Normalement c'est village par village que ça fonctionne, et la fort jolie image du village global de McLuhan reste... une image pour les riches et les curés.

    Je soupçonne l'auteur de penser en terme d'Internationale selon son ton moraliste qui rappelle les slogans Staliniens d'autrefois. Il est assez fréquent qu'on taxe de ringardise les nationalismes depuis Saint-Karl, étant incapables d'inclure la moindre notion de culture à l'intérieur des restrictions mentales du Maître.
    Si ça cadre pas, ça existe pas. Air connu.

    Les pénuries actuelles un peu partout dans le monde disent bien ce qui en est : l'autosuffisance ne supporte ni la mondialisation, ni l'Internationale.

    Les exemples pleuvent. Les plus évidents : les systèmes de santé sont nationaux et la fermeture des frontières contre la propagation.
    Faut allumer un jour!

    M. Torres, vous faites penser aux missionaires de mon enfance venus me vendre de "p'tits Chnois".
    Coeur sur la main compris.

  • Simon Grenier - Abonné 20 avril 2020 09 h 37

    N'est-ce pas exactement ce vers quoi les gouvernements du monde tentent de tendre? Confinement prolongé et fermeture des frontières d'abord pour étaler les victimes dans le temps, établissement d'une immunité communautaire parallèlement à la confection d'un éventuel vaccin, puis lorsque l'immunité "mondiale" atteint un seuil minimalement sécuritaire, ré-ouverture des frontières.

    Pour tout le reste, BEN OUI. Il est clair que ce qui est bon pour le citoyen canadien vulnérable lambda (une prestation d'urgence), c'est encore plus approprié pour une nation entière qu'on a sciemment et "collusionnément" gardée en situation de vulnérabilité pendant des décennies.

    À moins qu'on souhaite renverser les 30 dernières années de mondialisation de tous les systèmes/chaînes/réseaux civilisationnels mais ça ne sera pas instantané, ça là.

  • François Beaulé - Inscrit 20 avril 2020 09 h 59

    Les criquets sont une plus grande menace pour les Africains

    L'actuelle invasion de l'Afrique par ces insectes est une menace beaucoup plus grande pour ses habitants que le coronavirus. La dévastation des cultures pourrait causer une famine qui tuerait des gens de tous âges.

    L'Afrique ne peut pas et ne doit pas réagir au coronavirus de la même façon que l'Occident ni que l'Asie. L'idéologie mondialiste de l'auteur est à proscrire.