L’après-COVID-19 au chemin Roxham

«Le 18 mars 2020, Justin Trudeau annonçait la fermeture «temporaire» de la frontière canado-américaine, idem pour le passage irrégulier au chemin Roxham», rappelle l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Le 18 mars 2020, Justin Trudeau annonçait la fermeture «temporaire» de la frontière canado-américaine, idem pour le passage irrégulier au chemin Roxham», rappelle l'auteur.

Un jour, la crise du coronavirus sera derrière nous. Avec la fin de la COVID-19 viendra l’ouverture des frontières. Et au Québec, lorsqu’il est question de frontière, on pense inévitablement au « célèbre » chemin Roxham.

Le 18 mars 2020, Justin Trudeau annonçait la fermeture « temporaire » de la frontière canado-américaine, idem pour le passage irrégulier au chemin Roxham : « Les gens qui arrivent à la frontière de façon irrégulière vont être remis entre les mains des autorités américaines pour être retournés aux États-Unis, a affirmé le premier ministre Trudeau. » Mais cette situation n’est que temporaire…

Qu’arrivera-t-il le jour de la réouverture de la frontière sur le chemin Roxham ? Sera-t-il lui aussi rouvert aux passages irréguliers de demandeurs d’asile ? Sera-t-il justifié pour le gouvernement « d’ouvrir » un passage non officiel de sa frontière ? Poser la question, c’est y répondre…

Lorsque la vie reprendra son cours normal, le gouvernement fédéral n’aura d’autre choix que de régler, une fois pour toutes, la situation au chemin Roxham. Nous l’avons déjà dit, mais le message ne semble pas avoir été entendu. La seule façon de le faire sera par l’abolition ou la suspension de l’Entente sur les tiers pays sûrs.

Retour sur cette entente : elle fut signée entre les États-Unis et le Canada le 5 décembre 2002. Elle est entrée en vigueur le 29 décembre de la même année.

En vertu de cette entente, une personne qui se présente à un poste de contrôle terrestre canado-américain verra sa demande d’asile jugée irrecevable et sera refoulée en territoire américain à moins qu’elle ne soit visée par une exception prévue par l’entente. Ces cas concernent les mineurs non accompagnés, ceux où il y a présence de membres de la famille au Canada et les demandes d’asile rejetées aux États-Unis. Cependant, si cette même personne franchit la frontière de façon irrégulière, comme par le chemin Roxham, elle ne sera pas visée par l’Entente sur les tiers pays sûrs et sa demande d’asile sera jugée recevable.

C’est la raison principale qui a incité des milliers d’individus à franchir de façon irrégulière la frontière au cours des dernières années afin de solliciter la protection du Canada.

De plus, en vertu de l’Entente sur les tiers pays sûrs, une personne n’aura pas de droit d’appel devant la Section d’appel de l’Immigration en cas de rejet de sa demande d’asile, si cette demande de refuge a été faite à un poste frontalier terrestre lors d’un passage régulier. Toutefois, si cette même personne décide de franchir la frontière de façon irrégulière, elle aura un droit d’appel devant la Section d’appel de l’Immigration en cas de décision négative sur sa demande d’asile par le tribunal.

En somme, tous les éléments sont réunis afin d’encourager les demandeurs d’asile à franchir de façon irrégulière la frontière. La demande d’asile est jugée recevable, il n’y a pas de refoulement aux États-Unis et il y a un droit d’appel en cas de rejet de la demande !

Initialement, cette entente était justifiée. Aujourd’hui, force est d’admettre qu’elle est nuisible au Québec ! Car, oui, le passage irrégulier de demandeurs d’asile est une situation purement québécoise. Les chiffres ne mentent pas. De janvier à avril 2018, il y a eu 7037 passages irréguliers au Québec comparativement à 153 en Colombie-Britannique et 152 au Manitoba… Avec la suspension ou l’abolition de l’entente, les demandeurs d’asile n’auront plus aucune raison de franchir la frontière de façon irrégulière et se présenteront à un poste frontalier officiel, et ce, sur l’ensemble de la frontière et non principalement au Québec, comme cela était le cas avant la signature de l’entente en 2002.

L’abolition ou la suspension de l’Entente sur les tiers pays sûrs devra être un enjeu électoral lors des prochaines élections fédérales.

Un minimum de volonté politique s’impose !

15 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 18 avril 2020 01 h 04

    Hier Roxham, demain Niagara Falls

    Le sentier Roxham n'a rien à voir avec une certaine mansuétude du Canada envers des malheureux mais bien plutôt avec une politique de noyade démographique analogue à celle qui a permis au Dominion of Canada d'en finir avec le projet des Canadiens-français de naguère de créer un deuxième pôle francophone dams l'Ouest du pays par une reconquête pacifique de ce qui fut autrefois le domaine de la Nouvelle-France.

    Si le Canada désire un jour réouvrir une brèche analogue en quelque point de sa frontière avec les États-Unis, il doit oublier le Québec. L'endroit le plus approprié pour l'accueil de migrants illégaux est en effet la péninsule du Niagara, soit la ville de Niagara Falls, bien plus facile d'accès à partir de l'État de New-York qu'un honteux et invraisemblable sentier boueux dissimulé au fond d'un bois, exemple incontestable de l'insidieuse politique d'Ottawa en matière d'immigration.

    • Jacques Patenaude - Abonné 18 avril 2020 10 h 00

      Quand je lis un tel commentaire je comprend mieux pourquoi je ne suis pas du camp des nationalistes conservateurs. Je ne vois pas comment on peut relier le chemin Roxham à une tentative de noyade démographique des Candiens français. Ça ressemble à de la paranoia. Ce sont de tels commentaires qui font décrocher bien des citoyens de ce type de nationalisme acrimonieux.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 18 avril 2020 16 h 34

      À M.Patenaude.
      Je ne suis pas adepte de la théorie du complot mais je ne vois pas d'autre expliquation que la noyade.
      Vous savez malgré que les pays se disent alliés, il n'y a pas de fraternité sur cette terre, comme aux olympiques, les pays en 2020 sont en grande compétition pour une raison ou une autre, sur un dossier ou un autre. Et où il y a compétition, il y a de la triche.
      Il est responsable de ne pas prendre pour du cash ce que le politique nous donne comme explication, il est bien de douter sans être paranoïaque.
      Ici au Canada, les francophones et les autochtones sont les empêcheurs d'être uni dans la langue et la culture et je pense que comme lors du dernier référendum, le fédéral joue sale malgré les apparences et qu'il est prêt à tout pour garder le contrôle.
      La gestion de l'immigration, les accusations d'intolérence et de racisme dès qu'on questionne l'immigration, est pas mal leur derniere façon de contrôler la démographie québécoise francophone alors je ne serais absolument pas surprise que roxham soit un oublie volontaire très utile.

    • Jacques Patenaude - Abonné 18 avril 2020 19 h 13

      Mme Geoffrion, en général les amateurs de théorie du complot commence leur interventions par "Je ne suis pas adepte de la théorie du complot mais...".
      Il c'est avéré exact que lors du référendum de '95 le fédéral a manipulé le dossier de l'immgration et que compte tenu des résultats extrêmement serré ça eu un impact. Mais dire que les entrées de réfugiés via le chemin roxham pourrait faire basculer le poids de la démographie en faveur d'un Canada unilingue anglophone me parait légèrement excessif. Il me semble plus vraisemblable que l'explication d'un manque de courage politique du gouvernement Trudeau face à l'empire américain en est la principale raison. L'auteur de l'article sans le nommer explicitement le sous-tend qu'en à moi. Et on ne peut l'accuser d'être anti-nationaliste car il a songé à briguer la chefferie du PQ.

    • Léonce Naud - Abonné 19 avril 2020 13 h 26

      Cher M. Patenaude,
      Les migrants illégaux contribuent à modifier la démographie de la grande région de Montréal dans un sens que vous ne pouvez ignorer. Dans le cas où un troisième référendum s'annoncerait à l'horizon, les milieux issus de l'immigration choisiront en bloc de rester dans le Canada. Le Gouvernement fédéral se devra alors de respecter la volonté de ces braves gens. Or, c'est Ottawa qui commande aux forces militaires et une nouvelle frontière est vite tracée. D’ailleurs, peut-être l’est-elle déjà quelque part.
      « Élémentaire, mon cher Watson ! »

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 19 avril 2020 16 h 19

      M.Patenaude,
      Moi aussi j'aime bien l'idée que ce n'est qu'un manque de courage, c'est un manque de courage encouragé par les bénéfices.
      Il ne faut pas oublier que le fédéral malgré ses magouilles à gagné le dernier référendum que de 1%.

  • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2020 09 h 32

    Une chance que le ridicule ne tue pas en ces temps de la COVID-19

    Combien de personnes infectées venant de New York ont traversé la frontière illégalement par le chemin de Roxham? Dire que la fermeture du chemin Roxham est temporaire est une insulte aux familles qui ont perdu un être cher dans cette pandémie et pour tous ceux qui ont perdu leur travail et doivent se confiner avec leur famille de peur de risquer la contagion. Si on dit maintenant que les gens qui arrivent à la frontière de façon irrégulière sont remis entre les mains des autorités américaines pour être retournés aux États-Unis, alors, pourquoi ne l’a-t-on pas fait avant? Ceci n’avait rien à voir avec l'entente des tiers pays sûrs.

    N’est-il pas ridicule qu’on discrimine contre ceux qui font leur demande en bonne et due forme aux postes frontaliers alors que les illégaux, en passant par le chemin de Roxham, eh bien, on doit recevoir leur demande d’asile en plus de leur donner un droit d’appel devant la Section d’appel de l’Immigration si négatif tout en les faisant vivre. Misère.

    La situation post-COVID-19, qui risque de prendre des années, eh bien, avec l’état des dépenses publiques, nous n’aurons plus cette largesse d’esprit avec des gens dont le premier acte qu’ils font en venant ici, c’est d’enfreindre les lois du pays. Nous n’étions pas la conscience du monde hier et ne nous le serons certainement pas plus d’ici deux ans. Comme un certain premier ministre a dit dans une certaine situation : « Enwoye à ta maison ».

  • Yves Corbeil - Inscrit 18 avril 2020 10 h 02

    Léonce Naud - Abonné 18 avril 2020 01 h 04
    Hier Roxham, demain Niagara Falls

    Bien d'accord avec vous, surtout que du côté canadien en traversant, il y a un beau village des valeurs canadiennes avec manèges et kiosques en tous genres pour accueuillir la visite. St-Bernard de Lacolle, y a-t-il quelque chose de plus plate quand arrive dans un pays post-national colonial.

  • Yves Corbeil - Inscrit 18 avril 2020 10 h 10

    J'ai oublié d'ajouter

    For the Urgent Prestation its 1 800 *covid et pour les plaintes vous faite le 1 800 *justin

  • Gilles Théberge - Abonné 18 avril 2020 10 h 51

    Monsieur Handfield, le chemin Roxham, cette passoire, devrait être fermée défénitivement !