Faire tomber les barrières en soins de santé

«Au milieu de cette pandémie, de nombreux organismes gouvernementaux et professionnels dans des endroits ravagés par le coronavirus réévaluent la contribution des immigrants et des réfugiés qui possèdent une formation en soins de santé», disent les auteurs.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne «Au milieu de cette pandémie, de nombreux organismes gouvernementaux et professionnels dans des endroits ravagés par le coronavirus réévaluent la contribution des immigrants et des réfugiés qui possèdent une formation en soins de santé», disent les auteurs.

Alors que les nations d’Europe continuent de lutter contre la COVID-19 et que la courbe en Italie semble enfin s’infléchir, de nouveaux cas continuent de grimper aux États-Unis, au Québec et dans plusieurs autres provinces canadiennes. Au milieu de cette pandémie, de nombreux organismes gouvernementaux et professionnels dans des endroits ravagés par le coronavirus réévaluent la contribution des immigrants et des réfugiés qui possèdent une formation en soins de santé.

Le Conseil médical irlandais recrute activement des médecins réfugiés et demandeurs d’asile et les affecte à des rôles d’assistants médicaux, les assurant en contrepartie d’accélérer leur accès à l’exercice de la médecine. Le secrétaire d’État britannique à la santé a accepté d’examiner les moyens d’accélérer la certification des réfugiés qualifiés.

Plus récemment, le gouvernement français, citant une disposition de son Code de santé publique, a autorisé les réfugiés ayant une formation en médecine, en médecine dentaire ou en pharmacie à se joindre au service de santé publique en tant que « praticien attaché associé ». Travaillant sous la supervision d’un professionnel de la santé français, ces attachés réfugiés peuvent fournir des informations précieuses sur les soins aux patients en situation de crise.

Plus près de chez nous, l’État du New Jersey a autorisé des médecins immigrants titulaires d’une licence dans leur pays d’origine à prodiguer des soins aux patients. Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, est allé plus loin et a autorisé les médecins immigrants à travailler sans licence s’ils ont au moins un an de formation postuniversitaire.

Ces exemples peuvent s’avérer utiles pour le Québec dans sa propre lutte contre la COVID-19. La province se trouve dans une situation particulière. D’une part, elle compte plus de cas de COVID-19 que les autres provinces canadiennes, en valeur absolue mais aussi en proportion de la population. D’autre part, plus de professionnels de la santé immigrent au Québec que partout ailleurs au Canada. Depuis 2015, environ 10 550 professionnels de la santé ont élu domicile dans la province, soit près de 2600 de plus qu’en Ontario. Beaucoup aspirent à contribuer au système de santé publique du Québec.

Forcés de renoncer

Malheureusement, ces espoirs peuvent être difficiles, voire impossibles à réaliser en raison d’un processus d’accréditation difficile, long et coûteux. En conséquence, de nombreux professionnels qualifiés finissent par occuper des emplois bien inférieurs à leur formation et sont souvent totalement forcés de renoncer à leur vocation originale pour les soins de santé.

Naturellement, les Québécois méritent de savoir que leur médecin, pharmacien, infirmier ou dentiste est un professionnel formé, qualifié et compétent. Cela peut cependant prendre des années et des dizaines de milliers de dollars à un professionnel ou à une professionnelle venus d’ailleurs pour se qualifier à nouveau dans une discipline déjà maîtrisée. Pour une chirurgienne cardiovasculaire de Colombie ou l’infirmier venu de Moldavie occupés à conduire un Uber ou travaillant dans un dépanneur, l’argent gagné pour couvrir le loyer et la nourriture de sa famille ne sera jamais suffisant pour pratiquer au Québec. Les perdants sont à la fois les immigrants et les Québécois.

La lutte contre la COVID-19 a été comparée à un état de guerre. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer un plus noble engagement que celui qu’incarnent les professionnels de santé dans les hôpitaux du Québec. Supprimer les barrières qui empêchent des volontaires hautement qualifiés de participer au combat n’est pas seulement une bonne politique publique, mais aussi un acte citoyen.

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