L’illusion de la déréglementation comme réponse à la pandémie

«L’application rigoureuse des lois environnementales représente l’une de nos meilleures garanties pour prévenir des catastrophes sanitaires et nous assurer un futur sain et stable», affirme l'auteure.
Photo: Pierre Lahoud «L’application rigoureuse des lois environnementales représente l’une de nos meilleures garanties pour prévenir des catastrophes sanitaires et nous assurer un futur sain et stable», affirme l'auteure.

La semaine dernière, la Maison-Blanche autorisait la principale agence de protection environnementale des États-Unis à tolérer la pollution générée par les entreprises, une sorte de mesure de clémence face à la pandémie. Emboîtant le pas, le premier ministre de l’Alberta suspendait certaines conditions cruciales des permis et certificats d’autorisation dans cette province, ce qui a été interprété par différents professeurs universitaires de la province comme une suspension de facto de toute réglementation et de toute vigilance environnementales dans la province. Puis, ce fut au tour du gouvernement de l’Ontario d’utiliser la pandémie comme prétexte pour suspendre les processus de consultations publiques prévus par la Charte des droits environnementaux.

En agissant ainsi, les États-Unis, l’Ontario et l’Alberta font fausse route. Il est impératif que le Québec et le Canada n’empruntent pas cette voie.

En temps normal comme en situation de crise, il est essentiel de faire preuve de solidarité sociale, y compris auprès des entreprises qui font face à de nombreuses contraintes. Cependant, la suspension des règles qui assurent la protection de notre environnement ne profitera à personne. Au contraire, les coûts environnementaux et sociaux d’un tel laisser-aller pourraient être très élevés.

En ce qui concerne la pandémie, nous constatons que les situations de crise imposent une discipline rigoureuse de la part de toutes et tous. Comment exercer une telle discipline si le gouvernement ne sait même pas ce qui se passe sur le territoire ou s’il se départ des pouvoirs de supervision et de surveillance dont le dote la loi afin de protéger la population de façon efficace ? Ne va-t-il pas de soi que s’il y a bien un moment où il faudrait redoubler de vigilance, c’est maintenant ?

L’application rigoureuse des lois environnementales représente l’une de nos meilleures garanties pour prévenir des catastrophes sanitaires et nous assurer un futur sain et stable. En toile de fond à la COVID-19 se dessine depuis longtemps une crise dont l’ampleur est sans précédent : la crise climatique et écologique. La pandémie vient nous rappeler, nous qui sommes encore abasourdis par l’ampleur inouïe de la situation actuelle, et au moment où nous nous y attendions le moins, à quel point ces deux crises sont intimement liées…

Nombreux sont celles et ceux qui ont salué la gestion de crise faite par le gouvernement du Québec, rassurés par une prise en charge généralement responsable et efficace. La crise climatique doit être abordée avec le même sérieux que celle de la COVID-19, en se fiant à ce que nous dit la science. Les mesures à mettre en œuvre seront forcément différentes de celles mises en avant pour contrer la COVID-19, mais la crise climatique et écologique doit être abordée avec la même rigueur et la même détermination. L’Organisation mondiale de la santé nous dit que le réchauffement planétaire va causer des millions de morts. Si nous écoutons aujourd’hui les épidémiologistes, écoutons également ce que nous disent avec insistance les climatologues et biologistes qui nous alarment sur une courbe qui, elle aussi, doit être urgemment aplatie.

La crise actuelle nous impose de devenir une société plus résiliente, comme l’a souligné le premier ministre. Cela doit passer par la mise sur pied d’un cadre législatif qui permettrait au gouvernement de poser les bases d’une saine gouvernance climatique afin de s’assurer que tous les ministères travaillent ensemble pour effectuer le virage vers une économie juste, résiliente et véritablement durable. La concertation et l’agilité dont font preuve le Conseil des ministres et l’ensemble des ordres de gouvernement envers la COVID-19 doivent nous servir d’inspiration. Tous les ministères, et celui de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques au premier chef, doivent être impliqués dans le plan de relance. Bien sûr, la population doit pouvoir y jouer un rôle crucial, à la hauteur de l’extraordinaire capacité de mobilisation, de solidarité et d’engagement dont sont capables les Québécoises et Québécois, précieux carburants collectifs pour répondre aux défis actuels et à ceux qui nous attendent.

Dès que la COVID-19 nous permettra de souffler un peu, assurons-nous que le gouvernement du Québec ancre la relance sur une fondation solide et durable en se dotant d’une loi climat. Soyons cohérents et dotons-nous du cadre législatif dont nous avons besoin pour qu’au lendemain de la pandémie, nous puissions continuer à dire que ça va bien aller.

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