Soyons des déviants positifs

«On ne répétera jamais assez l’importance pour tous les Québécois d’utiliser les lavabos pour se laver les mains avec de l’eau et du savon ou les solutions à base d’alcool», soulignent les auteures.
Photo: iStock «On ne répétera jamais assez l’importance pour tous les Québécois d’utiliser les lavabos pour se laver les mains avec de l’eau et du savon ou les solutions à base d’alcool», soulignent les auteures.

Déviants positifs ? Cela n’a pas beaucoup de sens, n’est-ce pas ?

Généralement, on définit la déviance comme négative (crimes, perversions, etc.) et pourtant, le terme « déviant positif » — un concept relativement nouveau en recherche — s’applique à des individus qui réussissent mieux que d’autres alors qu’ils sont confrontés aux mêmes obstacles. Les résultats de l’étude doctorale récente de la première auteure (JL) sur l’hygiène des mains dans un hôpital québécois réfléchissent d’une façon intrigante les mesures sociales qui sont prises actuellement au Québec pour lutter contre la propagation de la COVID-19.

Entre janvier et octobre 2015, 21 infirmières œuvrant dans deux unités de soins d’un centre hospitalier de la région de Montréal ont été interviewées et des observations prolongées ont été réalisées pendant plusieurs semaines afin d’explorer la dynamique intrinsèque de chaque équipe de soins.

Le but de cette étude doctorale était de comprendre pourquoi ces deux équipes de soins « déviantes positives » avaient réussi à améliorer leur adhésion à l’hygiène des mains beaucoup mieux que leurs collègues du même centre hospitalier.

Sans surprise, les infirmières ont mentionné l’importance d’avoir les connaissances sur le rôle de l’hygiène des mains, d’avoir accès aux solutions hydro-alcooliques et aux lavabos — bref, de prendre toutes les mesures afin de se protéger et de protéger leur entourage. C’est aussi le message que la population québécoise (ainsi que partout à travers le monde) reçoit par l’entremise des médias, des politiciens et des experts. On ne répétera jamais assez l’importance pour tous les Québécois d’utiliser les lavabos pour se laver les mains avec de l’eau et du savon ou les solutions à base d’alcool.

Pourtant, ces facteurs seuls ne pouvaient expliciter la réussite de ces deux équipes de soins, car la formation sur l’hygiène des mains, les lavabos ainsi que les solutions hydro-alcooliques étaient aussi disponibles pour les autres équipes de l’hôpital.

En fait, deux facteurs mobilisants ont été identifiés lors des observations prolongées dans les deux unités. Dans une unité, c’était surtout le leadership de l’infirmier-chef qui faisait la différence. Il insistait sur la pratique de l’hygiène des mains, encourageait ses collègues et trouvait toujours le bon ton pour le faire. Qu’est-ce que nous pouvons apprendre de cela ? Que ce n’est pas seulement la transmission d’informations sur la COVID-19 qui est importante, mais aussi la capacité des leaders d’encourager les individus de manière répétée à l’aide d’arguments sensibles aux différents groupes – arguments qui se veulent rassembleurs en même temps.

Dans la deuxième unité étudiée — une unité de soins palliatifs —, le facteur principal explicitant la meilleure adhésion à l’hygiène des mains était moins évident. Dans cette unité, ce n’était pas nécessairement le leadership d’un individu, mais toute l’équipe de soins qui s’était mobilisée afin d’être adhérente. Les infirmières partageaient une philosophie de vie – peut-être aussi un certain type de personnalité — selon laquelle l’aide à l’autre est centrale.

En fait, quelques études ont montré que les personnes qui œuvrent en soins palliatifs ont souvent adopté une vision du monde moins individualiste et cette « mission » commune presque religieuse a fait que les infirmières procédaient à l’hygiène des mains pour le bien de tous. Cette attitude est en lien avec le message que nous entendons souvent ces jours-ci : nous réussirons à ralentir la courbe de propagation de la COVID-19 seulement si, dans la société québécoise, chaque individu est capable de penser à l’autre — spécialement aux personnes âgées, aux malades, aux sans-abris et autres groupes vulnérables.

Dans les deux unités de soins, on a pu observer une grande collaboration et une grande entraide entre les infirmières. Cette cohésion sociale dont nous entendons parler beaucoup ces temps-ci — les conséquences de l’isolement pour le bien de tous jusqu’à la cohésion mondiale quand il s’agit du partage des ressources (masques, aide financière)— est probablement le facteur le plus important de réussite au regard de la COVID-19.

En somme, si des infirmières ont réussi à améliorer leur adhésion à l’hygiène des mains afin de prévenir la transmission des infections au niveau local, et ce, mieux que leurs collègues, nous sommes aussi en mesure de réussir dans cette lutte contre la COVID-19 au niveau sociétal — devenons tous des déviants positifs ! Tout comme pour les infirmières étudiées, ce qui va faire la différence est d’avoir les bonnes informations, de respecter les consignes afin de se protéger et de protéger les autres, mais aussi de comprendre l’importance de créer une responsabilité collective et d’avoir des leaders qui nous mobilisent, et ce, d’une manière bienveillante.

3 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 10 avril 2020 10 h 11

    Soyons d'abord simplement intelligents


    Voilà un bel exemple de comment la recherche arrive à forger des nouveaux concepts en apparence pour donner l’impression qu’elle amène la découverte. Ainsi, avant de connaître ce nouveau concept de « déviant positif », quand je pensais « à des individus qui réussissent mieux que d’autres alors qu’ils sont confrontés aux mêmes obstacles » j’appelais « intelligents » ces individus qui comprennent vite et bien et s’adaptent facilement aux situations.

    Marc Therrien

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 avril 2020 10 h 58

    Une pierre deux coups

    Les gels alcoolisés sont efficaces contre le Covid-19, mais totalement inefficace contre les bactéries sporulées comme le C. difficile. L’eau savonneuse est très efficace contre les deux.

    L’intérêt renouvelé pour le lavage des mains avec de l’eau savonneuse aura un bénéfice inattendu; la diminution des cas de C. difficile dans nos établissements de santé.

  • Yvon Bureau - Abonné 10 avril 2020 11 h 27

    ET pas de poignés de mains

    en milieu de soins. Jamais. Place aux paroles accueillantes et aux regards chaleureux !

    Humour : N'oublions pas de prendre ausii de bonnes douches régulièrement!!!!