Cris d’alarme pour les industries créatives et culturelles

Même nos plus grandes entreprises culturelles, comme le Cirque du Soleil, ne sont pas épargnées.
Photo: Marie-Andree Lemire Même nos plus grandes entreprises culturelles, comme le Cirque du Soleil, ne sont pas épargnées.

À mesure que les cris d’alarme et de désespoir résonnent et s’amplifient dans tous les secteurs des industries créatives et culturelles, il devient difficile et complexe de définir les modes d’intervention qui s’imposeront pour accompagner les entreprises, les artistes et artisans vers l’après-crise. A priori, tous souffrent, sans souffrir également; même nos plus grandes entreprises ne sont pas épargnées.

Le président du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, laissait ces derniers jours planer l’optimisme, bien que 95 % du personnel se retrouve temporairement en congé forcé. Le Cirque est non seulement le plus précieux fleuron québécois du domaine du divertissement, il est aussi une inspiration et un moteur de création, de génie, de technologie et de développement de la main-d’œuvre pour l’ensemble de notre activité culturelle. Le Québec ne peut pas se priver du Cirque et heureusement, la Caisse de dépôt et Investissement Québec accompagnent la direction de l’entreprise dans une reprise durable et dynamique.

Le président et propriétaire de la chaîne Renaud-Bray, Blaise Renaud, appuie à son tour sur la sonnette d’alarme, en évoquant même la possibilité que son entreprise disparaisse. Renaud-Bray est, aux côtés des libraires indépendants, la pierre d’assise de la vente de livres au Québec. Même si on me rapporte que les produits numériques profitent dans les circonstances d’un nouvel élan de ferveur des lecteurs, la chaîne du livre québécois est absolument essentielle dans sa forme et sa structure annuelle. Quel sera le plan pour accompagner les éditeurs, les libraires, les distributeurs, voire les auteurs, vers des chemins plus ensoleillés ?

On peut comprendre que nos gouvernements soient submergés par les répercussions de la COVID-19 et ne sachent plus très bien où donner de la tête pour définir un plan d’intervention mesuré, approprié et efficace. Le gouvernement du Québec, à travers ses ministères concernés et ses agences, observe, documente au mieux et analyse la situation en vue de mettre en œuvre le plus tôt possible des mesures de sauvegarde et de relance d’un des secteurs les plus névralgiques et indispensables de notre économie. Pour l’heure, on dirige beaucoup les entreprises et les travailleurs vers les programmes mis en place par Ottawa pour temporiser la situation. Devant la complexité d’une intervention plus fondamentale et plus durable, l’approche du gouvernement du Québec est acceptable. Les initiatives à venir pourraient bien être de nature chirurgicale, davantage qu’un plan « one size fits all ».

Les industries créatives représentent un secteur vital de l’économie du Québec, particulièrement de la grande région montréalaise, où on dénombrait, fin 2018, 101 000 emplois directs et 9,7 milliards de dollars de retombées annuelles.* Ce tableau impressionnant, composé par KPMG pour la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, n’empêchait pas son président, Michel Leblanc, d’exprimer bien avant la crise « un sentiment d’urgence » pour préserver la vitalité culturelle et économique du secteur, en évitant surtout de perdre du terrain dans « un environnement en mutation rapide ».

Pour les gouvernements, il sera crucial dans les semaines et mois à venir de dresser la liste des activités les plus menacées et d’appliquer des mesures plus urgentes de stabilisation dans les secteurs les plus affectés. Qu’on pense aux spectacles vivants, dont les revenus perdus seront peu récupérables. Qu’on pense aux artistes et artisans, dont le statut de précarité n’a pas à être démontré. Qu’on pense aussi aux entreprises, le plus souvent de petite taille et qui vivaient déjà avant la crise sur la corde raide.

Mais une fois cette première opération de sauvetage menée, il faudra s’attaquer à un plan de reprise plus substantiel, orienté vers la résilience et la croissance des entreprises. Le rapport de la CCMM fournit à cet égard un guide stratégique incontournable. La pertinence des orientations qu’il propose se trouve nettement renforcée par la situation tragique que nous vivons. C’est pourquoi la sortie de crise devra s’appuyer sur une documentation soignée de ses répercussions, dégager des stratégies et des actions fortes, et prévoir un accompagnement adapté des entreprises aux ressources stratégiques et financières limitées.

*Industries créatives : Réussir dans un environnement en mutation rapide. KPMG pour la CCMM, novembre 2018.