Prolongeons les statuts de nos étudiants et travailleurs étrangers

«Il est ainsi devenu primordial que le gouvernement fédéral annonce une prolongation automatique de tous les statuts d’immigration temporaires au Canada, et ce, pour une durée d’au moins trois mois», affirme l'auteur.
Photo: Getty Images «Il est ainsi devenu primordial que le gouvernement fédéral annonce une prolongation automatique de tous les statuts d’immigration temporaires au Canada, et ce, pour une durée d’au moins trois mois», affirme l'auteur.

À l’instar de la France et du Portugal, le gouvernement de Justin Trudeau doit rapidement décréter une prolongation automatique du statut des étudiants et travailleurs étrangers qui se trouvent présentement au Canada, et ce, pour une période temporaire d’au moins trois mois. En effet, dans le contexte de l’actuelle pandémie de la COVID-19 et suivant le fait que le statut d’immigration de centaines de nos ressortissants temporaires expire chaque jour, il est primordial que le gouvernement fédéral prenne rapidement les mesures nécessaires pour limiter les allées et venues que commandent les démarches de prolongation de statut, le tout afin d’assurer le bien-être de ces derniers, mais également de l’ensemble de la population canadienne.

Sans une telle mesure, les étudiants étrangers qui se trouvent présentement au Canada et qui doivent obtenir le renouvellement de leurs permis d’études doivent d’abord s’adresser à leur université ou à leur maison d’enseignement pour obtenir une confirmation d’admission pour la session prochaine. Ils doivent ensuite faire la démonstration de fonds suffisants et solliciter un Certificat d’acceptation du Québec auprès des autorités provinciales, sans oublier le fait que certains doivent obtenir le renouvellement de leur passeport et d’autres documents d’identité. Ils doivent par la suite réunir des attestations bancaires ici ou à l’étranger, des confirmations d’emploi, des lettres de leurs garants et plus encore.

Dans le contexte sanitaire actuel, de telles démarches exposent les étudiants étrangers au grave risque de contracter le virus, et celles-ci ne sont certainement pas en adéquation avec les directives de santé publique exigeant une limitation des déplacements et une distanciation sociale. De plus, notons qu’il peut leur être tout simplement impossible d’obtenir la documentation nécessaire au renouvellement de leur statut auprès de certains établissements qui demeurent fermés ou dont le traitement des demandes s’est considérablement complexifié et allongé. Or, ces derniers se retrouvent alors à risque de perdre leur statut d’immigration au Canada, malgré leur diligence, ce qui pourrait leur causer de graves préjudices dans le futur. La situation actuelle est donc la source d’une grande anxiété pour les étudiants étrangers et il est de notre devoir collectif d’agir pour les protéger.

Quant aux travailleurs étrangers, ceux-ci se retrouvent dans une position tout aussi précaire, sinon pire, devant la fermeture de certaines entreprises pour une durée temporaire et indéterminée dans des services jugés non essentiels. Comment alors pourront-ils obtenir une offre d’emploi ferme de la part de leur employeur alors que la survie à court ou à moyen terme de certaines entreprises demeure incertaine ? Les démarches d’affichage de postes et les activités de recrutement étant également suspendues, les prérequis au renouvellement de certains permis de travail deviennent tout d’un coup illusoires et sans fondement. Ces travailleurs doivent obtenir un contrat de travail renouvelé, démontrer qu’ils répondent toujours aux exigences de leur poste, obtenir également un Certificat d’acceptation du Québec et renouveler toute autre documentation nécessaire. En ces temps de pandémie, ces exigences s’avèrent également extrêmement difficiles à remplir et peu judicieuses. Or, notons qu’une fois que la relance économique sera amorcée, nous aurons rapidement et de manière vitale besoin de ces derniers en emploi, ce qui sera impossible si leur statut n’est pas maintenu.

Il est ainsi devenu primordial que le gouvernement fédéral annonce une prolongation automatique de tous les statuts d’immigration temporaires au Canada, et ce, pour une durée d’au moins trois mois en espérant un retour possible à la normale d’ici là. Nos étudiants et travailleurs étrangers sont établis ici, souvent avec des enfants, ils ont les mêmes obligations et engagements que l’ensemble des citoyens canadiens et éprouvent les mêmes difficultés et la même détresse que nous tous en ces temps difficiles. Un moindre mal, il nous appert, serait d’assurer la pérennité de leur statut de manière temporaire afin de ne pas ajouter un fardeau supplémentaire sur ces derniers, et ce, d’autant plus que nous aurons grandement besoin d’eux une fois la situation stabilisée. Nous appelons ainsi le gouvernement fédéral à agir rapidement, avec humanisme et compassion.


* Cette lettre est signée par plus de 200 avocats et professeurs.
5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 2 avril 2020 09 h 05

    On retourne à la maison

    Non tout simplement. Aucune prolongation automatique du statut des étudiants et travailleurs étrangers. S’ils ne sont pas des citoyens, eh bien, ils doivent tout simplement retourner dans leur pays respectif et attendre la fin de la crise qui risque d’être beaucoup plus longue que prévue.

    Nul besoin de faire des démarches, ils ne sont pas des citoyens mais tout simplement des visiteurs comme nous le serions si nous étions à l’étranger. Nul besoin de s’adresser à leur université ou à leur maison d’enseignement pour obtenir une confirmation d’admission pour la session prochaine, ils doivent retourner dans leur pays respectif. Nul besoin de faire la démonstration de fonds suffisants ou de solliciter un Certificat d’acceptation du Québec auprès des autorités provinciales ou obtenir le renouvellement de leur passeport et d’autres documents d’identité, ils doivent retourner dans leur pays respectif. Nul besoin de les exposer et exposer les autres au virus, ils doivent tout simplement retourner chez eux.

    Les étudiants et travailleurs étrangers se sont établis ici de facon temporaire sur des visas pour en tirer une éducation de qualité et de l’argent. Ce qui est difficile à comprendre, c’est le pourquoi d’amener leur famille sachant fort bien qu’il s’agit d’une situation temporaire au mieux, surtout pour les étudiants. Les citoyens en ont assez avec tous les problèmes qu’ils ont à faire face et nul besoin d’en rajouter. Nous avons des ressources limitées et nous ne sommes pas la conscience de la planète. Et lâchez nous avec la compassion; charité bien ordonnée commence par soi-même. Et on doute fortement que nous allons avoir besoin d’étudiants et de travailleurs étrangers pour face à la crise économique qui nous frappera ensuite lorsque les taux de chômage dépasseront les seuils du Krach de 1929.

    Fait à part, peut-être que les avocat.e.s de l’Association québécoise en droit de l’immigration devraient se cotiser pour aider les gens à retourner chez eux.

  • Nadim Tadjine - Inscrit 2 avril 2020 12 h 23

    Notre maison c'est ici.

    Cher Cyril Dionne notre maison c'est ici, et votre commentaire témoigne de votre méconnaissance des réalités de ces étudiants étrangers mais aussi de leur plus-value pour l'économie québecoise.

    Relisez attentivement la lettre, tout y est.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 avril 2020 16 h 28

      Cher Nadim Tadjine ou inscrit,

      Oui, votre maison est ici si vous êtes un citoyen ou un immigrant reçu. Mais si vous n’avez pas ces deux dernières classifications, vous êtes seulement un visiteur avec un visa quelconque et votre patrie ou votre pays n'est pas ici. Idem pour nous lorsque nous visitons un autre pays.

      En ce qui a trait à l’impact économique de l’après COVID-19 et de la crise économique qui se dessine, les étudiants et travailleurs étrangers seront tout simplement un fardeau fiscal pour les contribuables. On va s’occuper de nos pauvres avant de s’occuper des citoyens du monde et nulle part des autres pays. L’état postnational était un rêve imaginaire des mondialistes de tous crins. Si vous voulez du support, vous pouvez en demander aux Nations unies.

  • Manon H - Inscrite 2 avril 2020 16 h 13

    Cher Cyril Dionne,

    Vous n'avez rien compris à la situation des résidents temporaires. Ce qui est temporaire pour nous, c'est notre statut légal car il est très long, coûteux et compliqué d'obtenir une résidence permanente puis une citoyenneté. La plupart d'entre nous résidons au Canada depuis de nombreuses années et n'avons jamais imaginé retourner dans nos pays d'origine. Où retournerions-nous d'ailleurs dans ce contexte ? Nous n'y avons ni maison, ni ressources, aucun compte en banque, parfois plus de réseau, rien. Vous souhaitez nous jeter à la rue dans des pays où il est présentement impossible de trouver de nouveaux logements et emplois ? Notre vie est ici et nous contribuons à la société canadienne chacun à notre échelle. Vous projetez sur nous des intentions qui semblent davantage refléter vos priorités que les nôtres. Nous ne sommes pas venus nous enrichir et profiter des ressources canadiennes. Nous sommes des étudiants chercheurs qui contribuons aux avancées scientifiques du pays, nous sommes des travailleurs qui oeuvront pour le bien-être des citoyens canadiens laissés pour compte par votre société, nous travaillons dans le milieu communautaire, dans le milieu de la santé, nous aidons vos entreprises à subsister, nous produisons et livrons vos aliments. Votre haine et votre égoïsme habilement cachés par votre belle prose me consternent. La crise actuelle fait naître des élans de solidarité partout à travers le pays, une partie du monde réalise enfin que le capitalisme n'est pas un système viable et qu'il accentue les impacts socio-économiques de cette pandémie. J'espère sincèrement que cette crise changera nos sociétés et nos mentalités pour le mieux, je souhaite que nous en tirions les bonnes leçons et que nous ne nous refermons pas davantage sur nous-même comme vous semblez le faire.

    Vous ne croyez pas en la compassion ? Mais en quoi croyez-vous donc ? Prenez le temps de vous regardez dans le miroir Cyril ! Aimez-vous vraiment ce que vous y voyez

    • Cyril Dionne - Abonné 2 avril 2020 21 h 10

      Cher Manon H ou inscrite qui ne veut pas s'identifier (ça commence bien),

      Si c’est très long, très couteux et compliqué d'obtenir une résidence permanente puis une citoyenneté, pourquoi le faire ici? La plupart des gens le font dans leur pays d’origine avant de venir s’établir chez nous comme immigrant reçu. Pour le reste, on aurait fallu y penser avant de venir s’établir ici. Difficile à comprendre pourquoi vous n’avez pas été reçue à moins que votre pointage sur les compétences linguistiques et professionnelles en incluant les études qui conduisent à un diplôme, un grade ou certificat canadien, étaient déficientes.

      Ceci dit, oui les étudiants chercheurs sont les bienvenus, mais ils doivent cependant respecter les mêmes règles d’immigration que tout le monde. Mais combien sont vraiment des étudiants chercheurs? Et l’interlocuteur plus haut, Nadim Tadjine, est un doctorant en design et innovation sociale à l’école de design de l’Université Laval. Qu’est-ce que ça mange en hiver cela?

      Ensuite, si vous êtes des travailleurs temporaires, cela veut dire très poliment que vous devez retourner chez vous si vos services ne sont plus retenus. C’était l’entente conclue par les deux partis lorsqu’on vous a octroyé un visa temporaire. Et les visas sont toujours temporaires partout dans le monde.

      Bon, maintenant le bon vieux réflexe Adil Charkaoui. Si on n’est pas d’accord avec vous, on est certainement des racistes. Misère. Oui, on croit dans la compassion mais on commence avec nos proches et surtout les aînées qui ont bâti le Québec. Donc, avec les citoyens du Québec et ensuite, si nous avons encore des ressources, on aidera les autres. Et les gens veulent se départir de cette idéologie mondialiste de la libre circulation des biens et services en incluant les gens qui nous a conduit directement à cette pandémie venue d’ailleurs. Ce n’est pas le capitalisme sauvage qu’on pratique ici, c’est le capitalisme rhénan. Toute une différence.